CHAPITRE V
née commençait jadis le le mars', et février (purificateur) terminait Tannée. Ainsi chaque trimestre était sanctifié à son début par les Quatre-Temps, du premier mois, du quatrième, du septième et du dixième. Le samedi des Quatre-Temps s'appelait Sahhatum duodecim leciionum, et le dimanche suivant Dominica vacat. Le premier, parce qu'à la messe on lisait douze leçons, comme aujourd'hui au Samedi saint, ou parce que les six qui nous restent étaient lues deux fois, d'abord en grec, puis en latin; le deuxième, parce que la Messe du dimanche était la même que celle qui était chantée le samedi soir ou dans la nuit, après None^.
Fêtes de la Trinité et de la Transfiguration. — Déjà , dans cette période, on commença à distinguer les mystères de la très sainte Trinité et de la Transfiguration par des formulaires de Messe et des offices particuliers. Pour le premier de ces mystères le Sacramentaire d'Alcuin a déjà une Messe propre qui fut admise, en 1022, au concile de Séligenstadt, pour toute l'Allemagne^. Il régna, du reste, un grand désaccord de la fin du viii« au commencement du xive siècle, et même plus tard, au sujet de l'office de la Messe à célébrer le premier dimanche après la Pentecôte; les liturgistes des divers pays et des diverses provinces ecclésiastiques ne s'entendaient pas pour dire si c'était l'Octave de la Pentecôte [Officium et Missa de Spiritu Sancto) ou le mystère de la sainte Trinité, ou encore le simple dimanche, Dominica per annum, que l'on devait y célébrer*. L'évêque Etienne, de Liège, introduisit vers 920 dans son diocèse une fête propre avec un office particulier, qui se répandirent aussi dans l'Allemagne du Sud au xie siècle, grâce à Bernon de Reichenau, et bientôt après furent établis à Cluny, bien que le pape Alexandre II (7 1073) eût déclaré que Rome ne les acceptait pas^. Très fréquemment le dimanche Trinitatis était le dernier dimanche post Penfecosten. L'extension de la fête en Allemagne et en Angleterre (Rupert de Deutz et Thomas de Cantorbéry (1162) et les Cisterciens), la composition d'un nouvel office par Jean Peckham de Cantorbéry, l'acceptation
' Cf. Horatii Od. III, 8, Marliis cœlebs quid agam Kalendis.
* Pamelius, loc. cit., i. n, p. 222; Martène, De ant. Eccl. ril., t. m, passim, et t. iv, p. 19; Muratori, Anecd., t. n, p. 259; Quaclt , Liturgie der Quatemhertage, Aachen, 1869; E. Langer, dans la Zeitschrift Christl. Akademie, Prag, 1884, t. v, p. .33-34.
3 Pamelius, loc. cit., t. n, p. 518, et P. L., t. ci, col. 445.
^ Détails dans Binterim Denkiviirdigkeiten, t. v, p 265 sq.) et Amalaire (De eccl. off., iv, 29), et les liturgistes postérieurs jusqu'à Raoul de Tongrcs [De can. observ., prop. 16).
5 Foulon, Histor. Leodiens., t. i, p. 162, dans Binterim. op. cit., p. 270. D'après Binl. et Martène, Caturphius aurait été le premier auteur d'un Off. de Trin. Cf. Walafrid, Rupert, Tuit. et Microl. (ibid.).
définitive par Rome, et l'extension de la fête à toute la chrétienté par le pape Jean XXII, en 1334, appartiennent à la période suivante'.
Pour ce qui est de la fête de la Transfiguration, la liturgie mozarabe-espagnole ou gallo-gothique du xie siècle a, d'après Mabillon -, des Messes De Transfiguradonc , comme De Natall Domini et De l'enlecoste. La liturgie mozarabe d'Isidore connaît déjà un office de la Transfiguration^. D'après Jean de Wûrtzbourg, la fête était célébrée en Orient avec une messe propre à la fin du xio et au commencement du xii« siècle'*. Sicard de Crémone la nomme déjà parmi les fêtes en usage, in die S. Sixti, et mentionne la coutume de consacrer avec du vin nouveau et de bénir les raisins^. Un codex de la Bibliothèque nationale de Paris, manuscrit du xiie siècle", utilisé par dom Pothier et dom l'Huillier'', contient un Officium proprium cum hymnis, antiphonis, lectionibus et responsoriis de feslo Transfigurationis, vraisemblablement composé par Pierre le Vénérable pour Cluny. Et le cod. lat. 3783 de la même Bibliothèque nationale, pro venant de Limoges 3653, a un Sermo de feslo Tranafiguralionis du xic siècle.
La façon dont s'exprime le moine Pothon de Priim dans ses livres De domo Dei^ montre ce qu'on pensait encore en 1152, dans certains milieux bien intentionnés de Rome, de l'introduction des fêtes de la sainte Trinité, de la Transfiguration et de la Conception de la sainte Vierge.
Nous avons déjà dit l'essentiel sur deux autres fêtes du Seigneur :
' On conserve encore la charte de 1109, datée in Octavas S. Trinitalis, d'un contrat entre les Flamands et la cour royale d'Angleterre, d'où il ressort qu'à la fin du xi<' et au commencement du xii« siècle la fête avait déjà une octave en Belgique, en Allemagne et en Angleterre. Wauters, Table chronologique des chartes et diplômes de Belgique, Bruxelles, 1871, t. m, au 20 juin 1109.
2 De litiirgia gall., n (P. L., t. l.xxii, col. 174).
•^ Liturg. mozarab., dans les Opéra S. Isidori (P. L., t. lxxxv, col. 806).
■* loann. "\\'irceburg, Descriptio terrse sanctse. Id. Aug. (P. L., t. clv, 1190. Dans le codex 100 de la Bihl. Cass., t. ni, p. 403 sq., se trouve un sermo S. Bedse, et une homilia Panli Diac. pour la fête de la Transfiguration au xe siècle.
s Milrale, lib. IX, c. .\xxvni (P. L., t. ccxni, col. 419). Pamefius a aussi la Bénédictin ucœ octavo Mus Augusti , id est Natale S. Xysti = 6. die, dans le Sacramentaire de Grimaldus ou d'Alcuin, Lit. lat., t. n, p. 324.
6 Fonds lat., n. 17 716.
' Illustrations dans la Vie de S. Hugues, Solesmes, 1888.
8 Dans Mabillon, Annales 0. S. B., Paris, 1739, lib. LXXIX, n. cci, t. vi, p. 521.