‹ Histoire du bréviaireChapitre 26 sur 224 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

devait être formé créléments empruntés au judaïsme. Primitivement uni encore à l'oi'fice juif dans le temple et dans les synagogues, il acquit bientôt une situation indépendante, tout d'abord chez les gentils en dehors de la ville sainte , mais aussi à Jérusalem même à l'époque de la première persécution et de la première dispersion. La première cause d'un agencement plus réglé et plus solide de ce culte doit se trouver dans la séparation progressive des chrétiens et de la syiiagogue, et très vraisemblablement nous avons dans la première Epitre à Timothée une des premières prescriptions apostoliques concernant l'office public'. Nous étudierons plus loin ce passage à la lumière de l'exégèse grammaticale et de la tradition ecclésiastique.

Culte exotérique et ésotérique. — Remarquons, avant tout, qu'il nous faut distinguer dans le plus ancien culte, nous voulons dire dans le culte « judéo-chrétien », tel que nous le donnent les premiers chapitres des Actes, un office exotérique et un office ésotérique'^ : a) la réunion dans le temple et h) la réunion xax' oixov, per domos^. Comme on Ta dit avec raison, les premiers chrétiens étaient avant tout un peuple de prière^. L'histoire de l'Eglise naissante débute en nous disant que les chrétiens étaient sans cesse dans le temple , priant et louant Dieu ; que le petit groupe des fidèles était constamment uni dans la prière ; que chaque jour et sans relâche les fidèles s'entretenaient dans le temple, tandis qu'ils se réunissaient pour la célébration du saint sacrifice, pour la fraction du pain, dans les maisons particulières^. Ils avaient leurs moments fixés pour la prière; les Apôtres les présidaient, tandis que les fidèles s'unissaient à eux par un simple Amen ou par la répétition des prières, et récitaient aussi ou chantaient des psaumes alternativement avec eux^

« La première église de Jérusalem demeura unie au judaïsme

* II, 1 sq.

2 Zockler, Ilandbucli der Iheol. Wissenschaften , t. iv; Zezschwitz, Prakt. Théologie, Nôrdlin^en, 1875; n» 6 : Die Liturgie des chrisll. Gemeindegottesdienstes nacli ihrer geschichll. Enticicldiing , p. 399.

3 Act., II, 46.

"* Dœllinger, Chrislenthiim und Kirche zur Zeit der Griindlegung , Regensburg, 1860, p. 3i8 et 355.

^ Luc, XXIII, 53; Act., ii, 46.

6 Act., I, 14; X, 9; vi, 4. Harnack , Der christl. Gemeindegottesdiensl , p. 43 h.; Thalhofer, Liturgik, t. i, p. 243.

par les liens de la religion nationale et continua à prendre part au culte du temple, à l'imitation du Christ. Les chrétiens paraissaient au temple chaque jour aux heures du sacrifice du matin et du soir. De préférence ils se réunissaient sous le portique de Salomon^; en dehors de Jérusalem, ils assistaient aux réunions du sabbat, à roflice qui se composait de la lecture des saintes Ecritures, de la prière et du chant des psaumes. Leurs reg"ards a\ivés par la foi reconnaissaient les rapports prophétiques et symboliques que ces éléments du culte légal avaient avec le Seigneur et leur complète réalisation en lui. L'Apôtre des gentils, saint Paul, maintient aussi les fêtes juives, les sacrifices et les heures de prières^. Toutefois, pour la célébration de la nouvelle Pâque , ce mémorial de la mort du Christ et des fruits de ce sacrifice qu'ils ne pouvaient célébrer qu'unis étroitement, ils se rassemblaient, partagés en petits groupes, dans les maisons des particuliers. C'était aussi ce que faisaient, pour les prières du matin et du soir, les communautés judéo-chrétiennes, qui habitaient en dehors de la Palestine et qui n'avaient point de rapports avec les synagogues^. « Le dimanche remplaça le sabbat juif. On ne sait exactement comment cela se fit. Mais il y avait une tendance à abandonner les pratiques juives, pour bien montrer que le christianisme était la loi nouvelle, et non pas seulement le judaïsme un peu modifié et élargi. Et le dimanche était aussi le jour de la résurrection du Christ. C'était le premier jour de la semaine. Il y a peut-être une raison plus naturelle au choix de ce jour. La réunion chrétienne se tenait le jour du sabbat au soir, et la cérémonie se terminait à l'aurore, le dimanche. La synaxe liturgique se fit donc le dimanche matin ; cela devint une coutume chrétienne. Le dimanche fut le jour liturgique par excellence''. »

Il est difficile d'admettre que les Apôtres aient abandonné tranquillement le culte juif, ou qu'ils aient souffert d'admettre que des chrétiens en fussent exclus (ce qui se produisit de bonne heure), sans prendre soin d'y apporter une compensation. Mais comme les

1 Act., m, 1-11 ; V, 12, 20, 42.

- Act., XVIII, 18 -2J; xx, 16.

3 Act., II, 46; V, 42; xviii, 7; xix, 9.

^ Celte dernière hypothèse est de dom Cagin; elle a été adoptée par dom Cabrol, Le livre de la prière antique, 1900, p. 231.

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