‹ Histoire du bréviaireChapitre 27 sur 224 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

chréliens se livraient à la prière vocale dans une plus large mesure que les juifs, et comme ils étaient o des hommes de prière », les Apôtres durent, au moment de la scission, adopter, parfaire et adapter aux mœurs chrétiennes les pratiques cultuelles qu'ils avaient jusque-là remplies avec tant de zèle dans les synagogues et au temple. C'était un développement naturel, car en ce point aussi la parole du Christ trouvait sa réalisation : « Je ne suis pas venu abroger la Loi (de l'ancienne alliance), mais la parfaire. » Lui-même avait récité des psaumes, lu et expliqué les divines Ecritures dans les assemblées religieuses ^

Afin de comprendre de quelle façon s'y prirent les Apôtres pour organiser le culte, il est bon avant tout d'exposer ce qui se passait à cette époque au temple et dans les synagogues. En comparant ces pratiques avec ce qui fut fait plus tard dans l'Eglise, nous A'errons comment la prière de l'Eglise de la nouvelle alliance se rattachait à celle de l'Ancien Testament , comment la communauté chrétienne se considérait comme la société, la famille, exxXY|(7ia , vraiment théocratique, le véritable Israël, la continuation épurée, transformée, du peuple choisi; l'Ancien Testament n'en était que le type.

Heures et prières hébraïques. — Le Pentateuque ne dit encore rien des heures , et l'ancienne langue hébraïque n'a pas encore pour les désigner de termes spéciaux. En effet, T\T\^ est chaldéen et post-exilien. De Moïse à l'exil de Babylone, le jour était simplement divisé en trois parties : le matin , le midi , le soir^. La nuit avait deux parties ou trois veilles^. Les Juifs ont emprunté aux Romains le partage de la nuit en quatre veilles : o'Ié, [jieiTOvuxTtov, àAexTpooiwvta , TCftoi *. Mais la division du jour en douze heures, les Juifs comme les Grecs ^ l'ont empruntée

1 Matth., XXVII, 46; Luc, iv, 17-21; xxii, 37; xxiii, 30.

2 Gen., XLix, 27; Deut., x.xviii, 29.

3 Lament., ii, 19; Jud., vu, 19; Exod., xiv, 24; I Reg., xi, 11. ^ MatLh., xiv, 25 : TetâpTri ç-jXaxr, ; Marc, xiii, 35.

s Hérodot., ii , 109. Cf. Keil , Bibl. Archàologie , Frankfurt , 1875, p. 367, 369; pour ce qui suit, p. 362 sq. ; Haneberg-, Die relig. Alterthûmer der Bibel, Mûnchen, 1869, p. 356 sq., 589, 604 sq.; Bicl<ell, Messe und Pascha, Mazni, 1872, p. 64; B. Scliâfer, Die religiôsen Alterthûmer der Bibel, Munster, 1878, p. 137, 256. Puis Thomas Goodwin, Moses et Aaron seu civiles et ecclesiastici ritus, éd. J.-H. Hottinger, 2^ éd., Frankfurt, 1726, lib. III, c I, p. 461 sq. ; Conradus Ikenius, Antiquitates hebraicœ, éd. 4, Bremœ, 1764, pars I, c. xx, p. 285 sq.

Brév., t. I. 4

aux Babyloniens ^ Ces heures se comptaient à partir du lever du soleil, et de la sorte en hiver elles étaient beaucoup plus courtes qu'en élé^. Toutefois la sixième heure correspondait toujours à notre midi^; la troisième heure ne correspondait à nos neuf heures qu'au printemps et en automne'', ainsi que la neuvième heure à nos trois heures de l'après-midi. La onzième heure marquait le moment où le jour commence à décliner : en hiver vers trois heures et demie, en été entre sept et huit heure> ; la douzième heure suivait immédiatement le coucher du soleil et l'apparition des premières étoiles. Cette heure {o'\ii^ vespere, sero) était également la première de la nuit ou le commencement de la première veille, prima Vigilia.

Dans le Tabernacle et au temple de Jérusalem, la journée était sanctifiée par trois moments déterminés pour le sacrifice et la prière. Le premier de ces moments était celui du sacrifice quotidien du matin [sacrifîcium juge^), entre le lever du soleil et la troisième heure. A la fin de cette dernière heure ( Aora ieriia)^ on chantait des psaumes, on récitait des prières solennelles, et l'office se terminait par la bénédiction des prêtres^. Le deuxième moment était celui de la Minchah ou du sacrifice de l'oblation (de farine, de vin, etc.). Ordinairement il avait lieu non à midi, mais un peu plus tard. Aux jours de fêtes, en effet, le sacrifice du matin prenait , avec ses rites et ses chants , toute la matinée jusqu'à la sixième heure ou midi. Le troisième moment, sacrifice du soir [sacrificium vespertinum), ne commençait pas avant la neuvième heure, mais avec ses diverses prières et ses différents chants il se prolong-eait jusqu'à la douzième heure, au coucher du soleil'. Plus tard cependant la Minchah se faisait d'ordinaire aussitôt avant le sacrifice du soir®, et la plupart du temps

* G. Bilfinger, Die Zeitmesser der antiken Volker, Stuttgart, 1886.

* Joan., XI, 9; Matth., xx, 1 sq.

3 Matth., XX, 5; Joan., xix, 14.

' Matth., XX, 3; Act., ii, 15.

s Gen., XXIX, 38 sq. ; Num., xxviii, 3 sq.

6 Haneberg, op. cit., p. 604-608.

" Conrad. Ikenius, De ordine ciilfus cotidiani . Antiq. hebra., Bremœ, 1764, pars I, c. xx, p. 285-289; cf. ihid., § 17 : In synagogis extra Jérusalem singulis diehus eodem (empare quo in templo Hierosolymitano cultui sacro vacari solebat , immo lemplo destructo ad has omnis publicus cultus, qui extra templum exerceri potest, translatus est.

8 Dan., IX, 21.

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