CHAPITRE I
formait avec lui un seul office. Les pieux Israélites avaient coutume de réciter leurs prières privées à ces heures consacrées ^
Une conséquence de l'exil babylonien fut la nécessité de remplacer le sacrifice quotidien par une prière quotidienne répétée deux fois. Des passag-es de l'Ecriture et des compositions libres en formèrent le texte. Les Juifs en font remonter l'oi'donnance , telle qu'elle se conserva jusqu'à l'époque du Seigneur, à Esdras; celle qui était en usag-e au temps des Apôtres et postérieurement, doit avoir eu pour auteur Gamaliel, le maître de saint Paul'^. Après la cessation du rite du sacrifice, et en dehors de Jérusalem dans les synagogues, où Von ne pouvait accomplir de sacrifice, la prière remplaça le triple sacrifice. On conserva avant tout, à ce qu'il semble, les prières en usage dans le temple, auxquelles on en adjoignit quelques autres^.
Par conséquent, les heures de prière observées par les Apôtres Pierre et Jean'' correspondent aux heures des sacrifices dans le temple et dans les synagogues, de même que la prière récitée par les disciples à la troisième heure dans la salle de la Cène, au moment où l'Esprit- Saint descendit sur eux, correspond à l'heure de la prière au temple"^.
Quel était le texte de cette triple prière officielle, en dehors du sacrifice ?
Liturgie judaïque à l'âge apostolique. — Il faut, pour connaître la liturgie juive du premier siècle ou de l'époque apostolique, recourir au Talmud, à quelques-uns des plus anciens commentaires qui en ont été donnés et aux Antiquitates jadaicœ de Flavius Josèphe (-{- vers 101 "^j.
1 Ps. Liv, 18; Dan., vi, 11, 13.
* Precationem aliquam cotidie a toto cœtu fundendam Ezras prsescripsisse (traditur) , qiise continiio usque ad tempora Gamalielis eadem série dicehatur , Gochvin-Hottinger, loc. cit., p. 143.
3 Ordinariiis cultiis consislit in precihus mane, post meridiem (après la sixième heure) et vesperi fusis — sacrificio iugi respondere volunl. Precum matutinarum tempus proprie est ah orlu solis usque ad horam tertiam — post meridiem iterum conventus in synagoga, uhi tempore Minchse Ps. lxxxiv et cxlv cuni precihus et supplicationihus... (Postea) sacra vespertina sequehantur... quihus peraciis domum nocte incipienle reverlehantur, Ikenius, p. 290, § 18.
'' Act., III, 1 ; X. 9.
3 Act., II, 1 , 15.
6 Mischnah Megilla, m, 5, 6; Tamid., vu, 4; Tract. Berachoth., i, 1, fol. 2 sq. ; Flavius Josèphe, Antiq. jud., trad. de Kaulen, 2» édit., Go-
Le verset du Deulrronome où l'Israélite confessait sa foi en un seul, éternel et vrai Dieu (sorte de symbole), forma le noyau de ces prières ^ Et comme ce verset commence par STÇ^, « écoutez, w on le désignait et on désignait ce symbole et toute la prière qui suit par le mot de Schéma ou Schma (Schéma). Mais il y avait aussi différentes autres prières, plus ou moins longues, et des formules de bénédictions appelées Schomone-Esre. Avec ces prières d'actions de grâce et ces prières impélratoires on chantait des psaumes, au moins un chaque jour de la semaine. C'étaient les psaumes xxiii (le dimanche), xlvu (lundi), lxxxi (mardi), xciii (mercredi), lxxx (jeudi), xcn (vendredi), xci (samedi). Le dernier tenait lieu de chant du sabbat ; les autres devaient se rapporter à chacun des jours de la création du monde (Tamid, vn, 4). D'après Kaulen^ et Schulting^, on ajoutait chaque jour à la prière du matin les psaumes v, xxi et lxii, et plus tard les psaumes cxlviu, cxlix et cl. Ces trois derniers se trouvent déjà du moins dans les livres de prières juifs, dont le noyau ou le premier recueil peut remonter jusqu'aux premiers siècles de notre ère. Le jour du sabbat, on chantait quelques autres psaumes, outre ceux qui sont indiqués, en particulier les psaumes lxxxix et cxxxv et le cantique de Moïse : Audite, cseli, quK loquor'^; le soir c'était le cantique : Cantemus Domino^. De plus, on lisait, de préférence le jour du sabbat, des passages déterminés de la « Loi » (Pentateuque) et des Prophètes {Haf-
logne, 1883; Haneberg-, op. cit., p. 358 sq. ; Bickell, op. cit., p. 64 sq. et 71 sq. ; lo. Lightfoot, Opéra omnia, éd. 2, cura Jo. Leusden, 2 vol., Franequerœ, 1618-1619, t. i, p. 553 sq. et 673 sq. : Ministerii templi seu functionum sacrarum in templo Hierosol., tempore Servatoris nostri, descriptio ex S. Scriptura et antiquissimis ludœorum monumenlis (c. vu, sect. 2), t. Il, p. 142 : Chronica temporum ad annum Chri.sti 70, tempore Vespasiani; sect. 4 : Utrum Oratio Vesperlina apud ludœos, etc. Responsio Gamalielis. Ibid., Horœ hebraicse in Evangel. Lucse, i, 10, et in Acta Apostolorum, m, 1-2, p. 490 et 501; item, p. 697; appendix, p. 33, c. IV : De tempore precum. Sur la prière des Juifs postérieurs d'après le Talmud, cf. August Wûnsche, Der babylonische Talmud in seinen haggadischen Bestandtheilen I, Leipzig, 1886 ; Tract. Berachoth, p. 33 sq., 44 et 46. [Cf. dom H. Leclercq. il/o7un)ien<a ecclesiee liturgica, Paris, 1902, p. xi, sq.i