‹ Histoire du bréviaireChapitre 30 sur 224 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Paul , ont porté des prescriptions relatives à la prière publique ou liturgique ^ Le disciple des Apôtres, saint Clément de Rome, nous dit, dans sa première Epître aux Corinthiens écrite vers 96, que les Apôtres, sur Tordre du divin Sauveur, avaient porté des ordonnances sur le temps (les heures) et la réglementation de la célébration du culte. Et le saint pape, martyr, distingue si clairement la célébration du sacrifice des autres offices, il donne si expressément à entendre qu'il y avait alors un moment fixé pour ces offices , qu'on ne peut pas ne pas admettre qu'il y ait eu , en dehors du saint sacrifice de la Messe, d'autre acte du culte, de moment déterminé pour la prière-.

Ce fait paraît plus vraisemblable encore si , à côté du texte de saint Clément, on place le récit connu de Pline le Jeune, parlant des cœtiis antelucani et vespertini des chrétiens, le dimanche, c'est-à-dire d'une double réunion. Ce récit date de la même époque (vers 104, 110 ou 112^) et corrobore, par suite, les indications de saint Clément.

1 Disciplinse leges tradit pro puhlicis Ecclesiœ precihus in Missa. et Officia divino, telle est l'expression habituelle des anciens commentateurs : S. Ambroise, In I Tim., u (P. L., t. xvii, col. 466); S. Prosper, De vocat. gent., lib. I, c. xii (P. L., t. u, col. 664); Athenagoras, Legatio pro Chrislianis, c. xxxvii (P. G., t. vi, col. 972). Puis S. Justin, ApoL, lib. I, c. XIII, XVII (P. G., t. vi, col. 345, 354, 427, 429); Origène. Contra Celsum, lib. VIII, c. lx.\iii (P. G., t. xi, col. 1627). — Puis plus clairement : S. Chrysost., Hom., vi, in I Tim., n (P. G., t. lxii, col. 530); Amalare, Ce eccles. off., lib. IV, c. iv (P. L., t. cv, col. 1075); et les commentateurs postérieurs tels que : Wal. Strabon (dans la Gloss.), Durand de Mende (dans Rationale div. off.), Hugues de Saint-Cher, Estius, Cornélius a Lapide, Calmet, Bisping, "Wiesinger, Iluther, etc. S. Augustin {Ad Paulinum, epist. eux, 12 sq., P. L., t. xxxiii, col. 635 sq.) s'efforce même de construire là -dessus une explication des différentes parties de la Messe; et Origène (De orat., c. xiv, P. G., t. xi, col. 460) tente une espèce d'interprétation des différents termes employés par S. Paul au V. 1 : Obsecrationes , etc. On peut avoir à ce sujet une opinion différente (au sujet du v. 1), et entendre les expressions en partie comme des synonymes ; il n'en reste pas moins vrai que le v. 2 parle de la prière de la communauté chrétienne ou de la prière liturgique de l'Eglise.

^ nâv-a xâ^st 71018ÏV Ô3îsXo|j.£v, ocra o Ô£ff7iÔT-<i; lmxt\zvi è/ÉXeuacv y.a.xt v.atpoùç TETayiJivoD; (statutis temporihus). Tâç te Tipoa^opà; xa\ XsiTO'jpyca; ÈTciTeXïïaôat... wpiafxÉvot? xaipot; -/.a'i wpatç (oblationes et officia sacra perfici... slatutis temporihus et horis). — 'O XpisTo; ouv oLr.o 0£où %a\ o\ à-KOdioloi oLTzo ToO XpiaToO, s. Clemens Rom., Epist. I ad Corinth., c. xl, -XLii, éd. Funk, Tubingae, 1887, p. 110-114.

3 Epist., X, c. xcvii : Ante lucem convenire hymnumque Christo quasi

Il nous est donc permis de dire, en nous appuyant sur les plus anciens écrivains, que l'ordonnance des heures canoniales remonte, d'une certaine façon, aux Apôtres. Supposer une telle ordonnance est d'autant plus vraisemblable, pour ne pas dire cerlain, qu'on lit au chapitre viii de la Doctrina Aposlolorum, qu'une prière déterminée devait être récitée trois fois jîar jour par tous les fidèles. L'ensemble du passage où nous trouvons d'abord des ordonnances sur le jeûne du mercredi et du samedi au lieu des jeûnes juifs du lundi et du jeudi, puis des prescriptions concernant la prière, son texte et sa triple répétition chaque jour, à rencontre de la prière des Juifs et des Pharisiens ( wç oî uTtoxpixai), ne nous laissent aucun doute à ce sujet. Nous avons bien affaire ici à un temps pour la prière établi par les Apôtres et réglé parallèlement aux trois heures juives alors existantes ou sur leurs types. Pourtant le Pater noster , enseigné par le Seigneur, prend la place des formules de prières juives qui parlaient de l'attente du Messie et demandaient son envoie Ainsi donc le texte de la prière à réciter le matin, à midi et le soir, avait été modifié, mais plus encore l'idée fondamentale de cette prière.

Deo canere... quibus peractis moram cliscedendi... rursusque cœnandi. Cf. S. Justin Mart., Apol., lib. II, n. xviii; Tertull., ApoL, c. xxxix. Nous ne voulons pas attacher plus d'importance à un passage qui se trouve dans le récit du martyre du saint disciple des apôtres Polycarpe (dans Funk, Patres apostolici, p. 288-291), parce que, quoique se rapportant évidemment à une coutume ecclésiastique établie , il est trop vague. Sur la double réunion des premiers chrétiens, sur l'office du matin et celui du soir, sur la Messe, Laudes et Vêpres au temps de Pline, cf. K. J. Neumann, Der rômische Staat iind die allgemeine Kirche bis auf Diocletian I, Leipzig, 1890, p. 20-21.

* Mrfik Trpoire'jyeaOs toç ol ■Û7toy.ptTa\ , àW wç èiiIXeuffev ô xOpioç êv xû sùayyeXîd) aùtoO... tldtTep tjjjlwv v.x\... Tplç tt|; yjfjiépai; outo) •rtpoo'£y-/e(j-8£ (Doctrina Aposlolorum, c. VIII, éd. Funk, Tubing., 1887, p. 22-24). Il est difficile d'admettre que cette triple prière marque l'origine des petites Heures : Tierce, Sexte et None, comme plusieurs interprètes du passage en question (aussi Funk et Minasi) semblent le supposer. C'est comme l'équivalent de la prière juive : Schacharith, Minchah et Arbith : matin (de la première à la troisième heure), après-midi (avant trois heures) et soir (de la neuvième à la douzième heure). Comme on l'a montré plus haut, la Minchah et l'Arbith étaient unies, de sorte que nominalement on avait trois heures de prières; mais en réalité il n'y en avait que deux, celles du matin et du soir, tandis que la prière de la Minchah du milieu du jour ne formait une Heure sépai'ée qu'aux jours de fête et les jours de sabbat. Aujourd'hui aussi, dans le Bréviaire romain, les offices de la nuit et du matin , Matines et Laudes , sont unis d'une façon analogue.

Page 1