CHAPITRE I
Les fidèles devaient, d'après la prescription mentionnée, réciter le Pater noster en particulier trois fois par jour; il est bien entendu que d'autres prières étaient laissées à la dévotion de chacun. Pour la réunion commune et publique du matin et du soir, on avait naturellement d'autres prières encore, des chants de psaumes et d'hymnes. Ils étaient prescrits, ou du moins on avait porté à leur sujet une ordonnance dans des termes généraux, comme c'était le cas pour la litur^ne de la Messe ^
D'après le témoignage de nombreux Pères, depuis saint Ignace jusqu'à saint Ambroise-, outre ces chants, on avait coutume de réciter dans ces assemblées des invocations pour les besoins généraux, et l'on faisait remonter cet usage à saint Paul, ou du moins c'est dans ce sens qu'on interprétait l'ordre donné par lui à Timothée^. On ne peut pas en tirer de conclusions certaines en faveur des heures canoniales, car c'est au iv^ siècle seulement que remontent les témoignages authentiques prouvant qu'on récitait de semblables prières en dehors de la liturgie de la Messe, aux heures canoniales du matin et du soir, à Laudes (ou Matutinss) et à Vêpres. Les Constitutions apostoliques qui, dans leur état actuel, datent du milieu ou de la fin du iv^ siècle ou peut-être du commencement du v'', nous donnent le texte de ces prières (pour le roi ou les autorités, pour la paix, les évêques et le clergé, les malades, les voyageurs, les prisonniers et tous les besoins du peuple et de l'Eglise'').
1 Cf. Probst, Liturgie der drei ersten christlichen Jahrhunderte, Tûbingen, 1870, l^e partie, p. 22-39; et du même : Lehre und Gehet in den drei ersten christl. Jahrh., ihid., 1871 , p. 256-276, 340 sq.
2 Les différents passages des Pères se trouvent dans notre article sur les Litanise et Missœ, dans les Studien des Benediktinerordens, t. ii, Raigern, 1886, p. 287-289. Mais, pour les Pères grecs, on doit recourir au texte grec, car la traduction latine fréquemment ne reproduit pas les allusions à la I Tim., n, 1, qui se trouvent dans les passages en question; par exemple : S. Ignat., Ad Magnes., c. vu : Tipcasu/^ et 8fr,ai(; ; et S. Ignat., Ad Eplies., c. xiii : (ï-jvép-/ecr9ai et; BÙyaçti<j-zl(xv OeoO y.at elç ôd|av, indique certainement une double réunion, pour le sacrifice de la Messe, et une seconde (matin ou soir) pour oô*a, pour la louange, Laudes matulinœ ou vespertinœ; également Ad Smyrn., c. vu : Ey)apiff-saç xal nçioa- EU-/T1Ç àTtsyovTat, ah eucharistia et oratione abstinent, Funk , toc. cit., p. "l82, 196, 240.
3 I Tim., H, 1 sq.
4 Const. apost., lib. II, c. lvii; lib. VIII, c. ix, x, 30-37; .\i. (P. G., t. I, col. 735, 1086, 1138-1149).
Vers le même temps, dans la vi" homélie sur la première Epître à Timolhée, qu'il prononça à Antioche en 397, saint Jean Chrysostome déclare que tous les fidèles savent que les prières prescrites par TApôtre pour les besoins généraux de TEglise et du peuple sont récitées à Toffice du matin (itpwt, mane, laudes malutinse) et à Vêpres. Il s'exprime dans un langage plus voilé, dans sa xxn" homélie sur le xi* chapitre de rÉpître aux Hébreux : Sciiinl initiati — perspicitis , qiiod tacite innui^ .
De ce qui précède nous concluons que : les Apôtres à l'époque de la séparation définitive des chrétiens d'avec la synagogue, vers l'an 65 (date de la composition de la première Epîlrc à Timothée), ont, en dehors de la liturgie de la Messe, adopté et perfectionné tout au moins une heure fixée pour la prière, et vraisemblablement deux heures : Landes (jadis appelées Matines) et Vêpres. Des psaumes , la lecture des saintes Ecritures, des chants et des prières de composition libre écrites sous l'inspiration de l'Esprit-Saint formaient avec la prédication de la parole divine le fond, la matière de ces heures -,
' IIpwTov TiàvTwv ToyT£(TTcv, èv T-^ XaTpsîa xr) xa9-/)(Ji.£piv?i. Kal toOto IVadiv ot {lyorat, tcwç xa6' lxâcTr)v r,p.£pav yîvsTai, xat èv itjnip'x xal èv irptota, Hom., VI, m / Tim., ii (P. G., t. lxii, col. 530). Cf. ejusd. Hom., .vxii, in Ep. ad Hebr., xi, où il explique le verset du psaume Elevatio manuum mearum sacrif. vespertinum, et puis, conformément à la discipline du secret, s'adresse aux initiati, (AÛiTTat : o-uvopôtTe oTcep T,v.^âiJiY)v (P. G., t. lxiii, col. 158). h'Allgemeine Gehet fiir die Anliegen der Christenheit, récitée en Allemagne le dimanche avant la g^rand'messe ou pendant et après le sermon, correspond à ces prières, qui se retrouvent encore aujourd'hui au Bréviaire romain sous la forme de prières fériales ad Laudes et Vesperas.
8 D'après les Act., xx, 7; I Cor., xiv, 26, 28, 35, 40; I Tim., iv, 13; Eph., V, 19; Col. ni, 16, et les passages cités plus haut de saint Ignace et de saint Clément. Nous verrons plus tard qu'aux iv» et v« siècles la prédication formait encore une partie de l'office des ^'cpres. On consultera sur ce chapitre Fr. Henry Chase , Tlie Lords Prayer in the early Chiirch, dans les Texts and Sludies, editcd by Armitage Robinson, t. i, p. 3, Cambridge, 1891, p. 1-20 : Possihly a minute examination of the points of resemhlance hetween S. Clément of Rome and the early liturgies miyht reveal their common origin in Greek-Jewish Prayers (p. 10). Schiirer, Das jiidische Volk (trad. angl.), t. ii, p. 283, montre comment les rabbins de Jérusalem avaient expressément approuvé que les Juifs de Rome et d'ailleurs pussent réciter la Schemah ou Schemone-Esre en langue grecque. fSchiJrer, Geschichte des jndischen Volkes im Zeilaller Jesn Christi, éd. 3, 1898.]