DEPUIS LES APOTRES ET LES PREMIERS TEMPS DU CHRISTIANISME
(commencement du ii^ siècle jusqu'au milieu du iv^ siècle)
§ I. Les heures ecclésiastiques ou heures de la prière.
La synaxe. — Sous l'empereur Trajan, on porta à nouveau la défense de former de nouvelles assemblées et de nouvelles associations {cœtus et hetœrise)^ on prohiba toute réunion, notamment dans les villes'. Par suite, les chrétiens se virent contraints de ne faire qu'un seul office de celui du matin et de celui du soir^. Durant ce temps de persécution ils s'assemblaient donc statuto die, dans la nuit [ante lucem) du samedi au dimanche; il ne fallait plus désormais songer à une réunion quotidienne , comme cela avait lieu à Jérusalem. Par suite aussi, la prescripr tion de la Docfn'na Aposlolorum , mentionnée plus haut, de réciter privatim Pater noster trois fois par jour, était maintenant parfaitement justifiée.
Pline ne rapporte naturellement que ce que lui ont appris les chrétiens, apostats ou fidèles. Mais ces chrétiens, même les apostats, qu'il décrit comme ayant « depuis déjà longtemps renoncé à la foi chrétienne » , n'ont sûrement pas communiqué au gouverneur tous les détails de ce qui se passait dans les réunions. Leurs communications se réduisaient à quelques points vagues. En outre, le païen interprétait mal sans aucun doute
1 Neumann, Der rôinische Slant und die allgemeine Kirche , Leipzig, 1890, t. I, p. 18-19. Cf. sur Neumann l'article de Mommsen, clans la Historische Zeitschrift, 1890; Plin., Epist. XCIV, c. vit : Ediclum meum, qiio secundum mandata tua helœrias esse vetuei-am; Sueton., Aiigusl., c. xxxii : Collegia prseler antiqua et légitima dissolvit. Cf. Ranisay : The Cburch in tha Roman Empire before a. D. 170, Londres, 1893. Cf. aussi le compte rendu dans The Athenœiim , Londres, 22 july 1893, p. 123.
- Zezschwilz, Prakt. Theol., op. cit., p. 400.
beaucoup de détails ou même ne les comprenait pas. C'est du moins l'impression que donne le récit.
Il ne ressort point des paroles de Pline que les Laudes maiutinœ [hymnuin Chn'sto quasi Deo canere) suivissent de quelque façon ce qu'il nous indique comme formant la matière de la réunion nocturne, dans laquelle en tout cas l'on offrait le saint sacrifice et l'on distribuait la sainte communion. De plus, il faut bien remarquer que les mots : rursuscjue coeundi ad capiendum cihum, innoxium tamen, etc., se rapportent dans tous les cas aux agapes ^ Tertullien nous dit de ces dernières qu'elles étaient accompagnées de prières, de lectures et du chant des psaumes, c'est-à-dire des mêmes éléments qui formaient le sujet des prières du soir (Vêpres) et du matin (Matines)-.
Vigiles. — Toutefois, l'on pourrait regarder cette pratique de se réunir la nuit, durant ces temps troublés, comme l'oi^gine première des Vigilise ou de l'office nocturne. Ces Vigiles n'avaient lieu que le dimanche, pour les principales fêtes ou pour les anniversaires des martyrs.
Du passage de Pline il ressort également qu'on n'avait plus pour habitude de se réunir chaque jour, mais seulement à des jours déterminés (staiuto die). La Didachè, que l'on peut tenir pour un écrit de la fin du premier siècle ou du commencement du second, laisse entendre aussi que, durant le temps qui a suivi celui des Apôtres , on ne se réunissait que le dimanche pour l'office en commun. En effet, après avoir prescrit au chapitre vni% comme prière privée quotidienne, trois Pater noster , elle ajoute au chapitre xiv" : Kaxx xuptax-/iv oï xupiou cuva/QévTe; xÀâaats apxov xctt ej/apidr/iiaTE. - — Die dominica autem convenientes frangite panem et gratias agiie'K
Les réunions pour la prière publique n'avaient donc plus lieu quotidiennement, comme jadis à Jérusalem, mais bien seulement le dimanche [slatuto die). Et nous ne nous tromperons pas en affirmant que cette restriction avait été dictée par la prudence , à l'époque de la persécution de Néron. Ses auteurs étaient les Apôtres ou leurs successeurs.
1 Epist., X, c. xcvii. [Plusieurs liturgistes voient, dans la première phrase de Pline, une allusion au chant du Gloria in excelsis. Tr. ;
2 Apol., c. XXXIX.
3 Funk, loc. cit., n. 161.