CHAPITRE II
valles réguliers des affaires du siècle. De plus, de sublimes mystères se ratlacheuL à ces trois heures*. C'est là une pensée nouvelle qui, autant qu'il est possible de le constater, ne se rencontre chez aucun des auteurs antérieurs.
Si nous nous arrêtons un instant sur cette idée, nous verrons bientôt qu'elle est en complet accord avec le développement naturel que devait prendre, dans le coeur des pieux fidèles, la conscience chrétienne.
Pour le> chrétiens de l'éjjoque antérieure, le Seigneur Jésus était simplement le Dieu-Rédempteur, auquel ils devaient leurs témoignages de reconnaissance; mais avec le temps, à mesure que l'intelligence réfléchit davantage sur les actes de la Rédemption, l'esprit chrétien arriva naturellement à distinguer chacune des étapes qui avaient marqué cette Rédemption, et à déterminer chacun des pas de la route suivie par l'Homme- Dieu, depuis le sein de son Père jusqu'à la croix, jusqu'à son Ascension au ciel.
Et de la sorte chacune des heures du jour s'unit, dans l'esprit des fidèles en méditation , aux faits et aux événements mystérieux de la vie du Chi'ist; ce qui donna une sanction particulière à la célébration et à l'observation religieuse des heures, qui à
1 Nos vero, sicut accepimiis, solo die dominico, Resiirrectionis et spatio Pentecostes... Ceterum omni die qitis dubitet prosternere se Deo vel prima saltem oratione, qaa liicem ingredimur (cf. ci-dessus Clément d'Alexandrie, Iwôcvaî sive matutinse preces). De temporibus or&tionis nihil omnino prœscriptum esl nisi plane omni in tempore et loco orare... De tempore vero non erit otiosa extrinsecas observatio etiam horarum quarumdam. Istarum dico communium , quse diii inter spatia signant, tertia, sexta, nona, qiias solemniores in Scriptura invenire est. Primus Spiritus Sanctus congregatis discipulis hora tertia infasus est (Act., ii, 15). Petrus qua die visionem communitatis omnis in illo vasculo expertus est, sexta hora ascenderat orandi gratia in superiora (Act., x, 9). Idem cum loanne ad nonam in templum adibat, ubi paralyticum sanitati reformatait suœ (Act., m, 1). Etsi simpliciter se habeant sine ullius observationis prsecepto, honum tamen sit aliquam constiluere praesumptionem, qua et orandi admonitionem constringat et quasi lege ad taie munus extorqueat a negoliis interdum, ut quod Danieli quoque legimus observatum utique ex Israelis disciplina (Dan., vi, 10) ne minus ter die saltem adoremus, debitores Patris et Filii et Spiritus Sancti. Exceptis utique legitimis orationibus , quse sine ulla admonitione debentur ingressu lucis et noctis (Tertull., De orat., c. xxiii-xxv; P. L., t. i, col. 1191-1193). [On voudra bien consulter sur TertuUien l'article documenté de dom Cabrol sur la Liturgie africaine anténicéenne , dans le Dictionnaire d'Archéologie chrét. et de Liturgie, fasc. III, Paris, 1903, col. 591-619. Tr.]
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Torigine ne devaient leur existence et leur désignation qu'à la division du jour dans la vie civile.
De la même façon se forma l'année liturgique ou le cycle des fêtes chrétiennes. Nous retrouverons dans la suite des pensées analogues dans saint Gyprien et dans les Canons de saint Hippolytc; nous verrons naître des rapports spéciaux avec la Passion du Christ. Clément d'Alexandrie, saint Cyprien et Terlullien nous rappellent le mystère de la sainte Trinité.
Pour en revenir à Tertullien, il parle dans son Apologeticus des cœlus antelucani , que Pline nous a fait connaître ^
Des détails fournis par Tertullien nous pouA'ons conclure avec assez de certitude que de son temps il n'y avait dans l'Eglise latine, aussi hien que dans l'Eglise d'Orient, dont nous connaissons la pratique par Clément d'Alexandrie, d'heures liturgiques officielles que Laudes et Vêpres , Y office du matin et celui du soir; que les petites heures de Tierce, Sexte et None n'étaient pas des offices récités en commun et ordonnés par l'Eglise, bien que leur observation pinvée fût recommandée, à cause des mystères qui s'y rapportaient. En effet, ce n'était que les jours de stations (mercredi et vendredi) que les fidèles demeuraient assemblés à l'église depuis le matin jusqu'à None, pour y réciter des prières, y faire des lectures et y entendre la Messe.
Un seul office nocturne était prescrit pour tout le monde, celui de Pâques; toutefois, en des occasions particulières, il pouvait y avoir aussi une réunion extraordinaire la nuit. Les mêmes livres nous apprennent ce qui formait le texte de l'oflice public et de la prière privée (cette dernière simplement copiée sur l'office^). En réunissant tous les passages cités de Tertullien, il
* Nihil aliud se de eorum sacramentis comperisse quam cœtus antelucanos ad canendum Christo ut Deo et ad confœderandam disciplinam (Apol., c. m; P. L., t. i, col. 273). Voir à la fin de ce chapitre la note 1 pour le détail des textes de Tertullien.
* Sonant inter duos psalmi et fiymni, et mutuo provocant , quis melius Deo suo cantet (TerLulL, toc. cit., lib. II, c. ix; P. L., t. i, col. 1304). Diliffentiores in orando suhiungere in orationibus Alléluia soient, et hoc r/enus (ou hactenus) psalmos, quorum clausulis respondeant, quisimulsunt. Et est optimum utique inslitutum omne , quod proponendo et honorando Deo competit, saturatam orationem velut opiimam (ou opimam) fwstiam admovere (TerlulL, De orat., c. xxvn; P. L., t. i, col. 1192). Sur le saturata oratio, Muratori remarque : Sicut, ieiuna oratio, alio tamen sensu, a Cicérone dicta est, ita et saturata a Tertulliano dicitur, quse preces