‹ Histoire du bréviaireChapitre 36 sur 224 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

ressort que la lecture des Ecritures, le chant des psaumes ou d'autres pièces (dont le caractère n'est pas marqué avec plus de précision) et la récitation de prières particulières formaient le fond de l'office public et de la prière privée ; que l'on répondait dans le chant fait en commun par Alléluia ou d'autres acclamations. C'est ce qui ressort également des œuvres de l'illustre contemporain de Tertullien, Clément d'Alexandrie. Ce dernier est même ^dIus précis ; il dit que par chant des psaumes et des hymnes on doit entendre non pas un simple récitatif, mais bien des modulations musicales ^

Origène. — Pour la discipline liturgique au in^ siècle, on doit tenir compte avant tout du témoignage d'Origène (-|- 254), le chef de l'école catéchétique d'Alexandrie, le docteur de diamant [doctor adamantiniis) ou /aîixévTspoç , d'airain, Thomme d'acier et de fer, ainsi qu'on a coutume de le désigner à cause de son brillant esprit et de son application persévérante.

Dans son ouvrage Contre Celse , il écrit : « Les partisans de la religion chrétienne, qui honorent en Jésus Dieu, le maître et le créateur de toutes choses , disposent leur vie d'après l'Evan-

cum recitatione psalmorum coniiingit. Hsec est optima (ou opima) , hœc est pinffuis hostia, quamad aram divinam perdiicimus. — Le passasse de Tertullien, De anima, c. viii : Est hodie soror, etc., que BatilTol {Hist. du Brév., p. 5) entend des vigiles nocturnes, n'est pas, à mon sens, pi'obant, parce qu'il désigne le chant des psaumes, la lecture et les prières comme textes des Dominica solemnia, et par là on doit entendre vraisemblablement le saint sacrifice de la Messe.

1 On appelait 'AxpoaTr/ia Û7ioi]/âX>,£tv le répons de VAlleluia ou de petites formules de conclusions et antiennes tirées du psaume lui-même. On voit par les paroles de Tertullien, remarque Probst, Lehre und Gebet, p. 262, que cette façon de chanter les psaumes fut adoptée en Occident à la fin du n« siècle. En effet, on lit : Diligenliores in orando... siibiungere soient; quorum... respondeant (TertuU., De orat., c. xxvii). Clément d'Alexandrie dit : ^âXXovrsç yo\)V tov ÛTtàpTOvov xr,; ae[AV0Tr,T0i; kp.\i.E\w<; àvt'e- \Lvi (Strom., lib. I , c. i; P. G., t. vin, col. 708). Des harmonies sobres sont permises; mais celles qui sont délicates et qui dégénèrent en affectation, ainsi que les harmonies chromatiques, doivent être évitées par notre esprit mâle et sérieux : àTrwxâTa) oti [xâXi(TTa. KaraXeiTiT^ov o5v xàç -/pwiiaitxàî âpjxovîai; Taî; à/;pw[xstc Ttapoivtaii; y.a\ tïj àvâo^Ôopo'jo"/) xal ItatpoÛCTY) (louffty./) (Clem. Alex., Psedag., lib. II, c. iv; P. G., t. vin, col. 445). Cf. Pleithner, Aelleste Geschichte des Brev., p. 102. Sur la lecture des Ecritures, cf. Tertullien, Apol., c. xxxix : Fidem sanctis vocibus pascimus, et Clément, Psedag., lib. II, c. n(P. G., t. viu, col. 413 b); Strom., lib. VI, c. XIV ; lib. VII, c. vu, cit. et notes de Le Nourry (P. G., t. ix, col. 469, n. 84).

gile, et, en accomplissant jour et nuit avec zèle, persévérance et révérence, les prières prescrites, ils n'ont rien à craindre ni des arts mag-iques ni des démons^. » On ne peut rien tirer de précis de ces paroles. Peut-être Origène entendait-il pav pi'ières prescrites celles que, comme nous l'avons vu plus haut, les fidèles étaient tenus, d'après la Didachè (chap. vni), de réciter trois fois par jour. A Alexandrie, en effet, on tenait la Didachè pour canonique^. Ou bien on peut encore admettre qu'il entendait par sù/ai simplement la prière que , d'après les exhortations de Notre-Seigneur et des Apôtres (dans le saint Evangile et dans les Epîlres), l'on devait constamment faire [sine intermissione, oporlet semper orare, onini loco orandum) , et que Notre-Seigneur avait recommandée comme unique moyen de triompher des esprits mauvais et des tentations. Peut-être songeait-il à des prières canoniques obligatoires pour tous, comme le veulent quelques auteurs, entre autres Pleithner (page 107). Il nous est impossible, dans tous les cas, de tirer de là aucune conclusion solide en faveur de la prière du Bréviaire.

Dans son livre Sur la prière, Origène s'explique plus clairement; on lit au chapitre xn^ : « Quant à la recommandation de prier sans relâche, nous ne pouvons l'interpréter qu'en disant que la vie entière de l'homme vertueux est un acte de prière perpétuel ; une partie de cet acte est ce que l'on a coutume d'appeler prièi^e xax' eço/'/jV, eù/;/^; on doit la réciter au moins trois fois par jour, » Puis Origène cite l'exemple de Daniel, de saint Pierre et du roi David, qui avaient pour coutume de prier aussi trois fois le jour, le malin, à midi et le soir^. Par eùX"'] il faut évidemment entendre la prière du Seigneur que , d'après la Didachè, chap. vui, l'on doit réciter trois fois

' 01 xaTK y^çiiaxi.aMia\Cv4 5ià toù 'Itjo-oO tov Itù Ttàai ÔEpaire'jovTe; ©ebv, xal PtoOvTs; xaxà xb EyayYÉXtov aù-roù , xaiç 7:poffTa-/8£iffaii; it eùxa'? o"yvexéffTEpov xa\ Sedvxwç wxxb; xal riixépaç -/ptojxevoi, O'jxe (layec'a!, O'jxe ôatfiov^on; £'c(r\v â),wxot. — Nihil est quod ah arte magica aut dœmoniis metuant ii, qui reliffionis christianse cultores Deuni rerum omnium per lesum venerantur, ex Evangelio vitam exigunt et prsescriptas preces diu noctuque frequentius ei qua par est reverenlia adhibent (Contj'a Cels., lib. VI, c. XLi; P. G., t. XI, col. 1359-1360).

* On peut voir les passades cités de Clément d'Alex., d'Origène et de S. Athanase, dans Funk, Doctrina duodecim Apostoloram, p. v, xiv, xv.

2 Cf. aussi Oraliones et deprecationes matutinse, dans le commentaire sur le livre de Job, parmi les Opéra Origen. (P. G., t. xvii, col. 512).

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