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CHAPITRE II

précieuse, relative à la prière noclurne. Elle est sinon de lui, du moins de son contemporain, de son ami et biographe, le diacre Pontius.

La Vigile. — Celui-ci raconte comment, dans la nuit qui précéda le martyre de son bicn-aimé pasteur, le peuple chrétien de Carthage ne voulut pas s'éloigner de lui, et comment il célébra déjà en l'honneur de Tévêque (sacerclotis), durant la nuit qui précéda son martyre, les Vigiles (Travvu/ta) que d'ordinaire on ne célèbre qu'après la mort des saints martyrs et au jour de leur anniversaire K

Actes des martyrs. — Il est encore fait mention dans quelques autres Actes de martyrs du ni" siècle, tels que ceux de saint Sébastien, de sainte Fébronie, de sainte Eugénie"^, des heures canoniales, c'est-à-dire des moments de prière fixés par l'Eglise. Toutefois, ces Actes sont en général regardés comme apocryphes, et il semble que leurs auteurs qui vivaient aux v^ et vi" siècles, ou même plus tard, ont transporté dans le iv" siècle leurs idées et les habitudes de leur époque. C'est à peine si nous pouvons excepter de cette réprobation un ou deux cas; l'un nous amène dans l'Extrême- Orient, l'autre dans l'Occident. Dans les actes authentiques de Théodote d'Ancyre, écrits par un témoin oculaire (Nilus), on lit : Cum ergo in vicum venissent, qui missi erant, occurrerunt Preshyiero egredienti ah ecclesiapost horam orationis sextam^ . Le saint souffi-it le martyre en 303; un usage alors en vigueur pourrait être considéré comme une discipline du ni" siècle. Cependant les paroles que nous venons de donner pourraient tout aussi bien avoir en vue la célébration de la sainte Messe que la prière privée du prêtre; car, comme nous l'avons vu plus haut, s'il était recommandé aux fidèles de prier vers midi, il s'ensuivait que les prêtres pieux devaient observer plus religieusement encore cette recommandation. Et de la sorte il est impossible

• Concessit ei tune divina bonitas, vere digno , ut Dei popalus etiam in sacerdotis passions vigilaret (Ruinart, Acta jnart., édit. Ed. Galura, Vienne, 1802, t. ii, p. 39, n. 15). Ruinart ajoute en expliquant: Alludit ad festa Martyrum, in quitus vigilise agebantur. Cf. Peters, op. cit., p. 315 (P. L., t. III, col. 1495).

* Cf. les indications dans Pleithner, op. cit., 112; Surius, 20 janvier; Bolland. Acta SS., junii, t. v; et Vitse Patrum, dans P. L., t. l-vxiii, col. 612 sq.

3 Ruinart, loc. cit., t. ii, p. 294, n» 11.

de tirer rien de précis de ce passa^^e, relativement à un office public de Sexte.

Actes de saint Saturnin. — Dans le récit du martyre du saint cvêque Saturnin de Toulouse, qui mourut vers 250, durant la persécution de Dèce, et dont les Actes authentiques ont été composés trente ou quarante ans plus tard , d'après le procès-verbal du jugement, il est dit qu'on célébrait par un office de nuit l'anniversaire des grands martyrs, et à plus forte raison l'anniversaire du saint qui avait été évêque de Toulouse et qui y avait souffert'. Nous avons donc ici un témoignage authentique que, en dehors de la fête de Pâques, les anniversaires de quelques martyrs étaient aussi célébrés par des Vigiles en commun, des Travvu/ta ou office nocturne ( Nocturnum , Matines), déjà au ni'' siècle. Pour les autres jours, la prière de nuit était de dévotion pi'ivée.

Nous avons ainsi au ni® siècle les heures canoniales suivantes, qui se célébraient en commun solennellement, mais non tous les jours : office de nuit, Laudes (office du matin), Vêpres. — Tierce, Sexte et None étaient des prières privées et se récitaient en commun tout au plus aux jours de station. Des psaumes, une lecture des saintes Ecritures, des prières et des exhortations formaient le fond de ces heures.

IVe siècle. — Au commencement du iv'' siècle nous n'avons pas encore à constater de changement essentiel dans l'office des heures liturgiques , bien que dans la Thébaïde et dans les déserts d'Egypte, de Palestine et de Syrie, habités par les moines et les ermites, une évolution se prépare dès lors. Il est difficile d'admettre ce que Jean Cassien^, après Eusèbe, raconte « des moines instruits par l'évangéliste saint Marc » et de l'ordonnance de leur psalmodie à l'époque apostolique ; ce récit est en contradiction avec les faits les plus connus de l'histoire ecclésiastique. Cassien avait entendu raconter chez les moines d'Egypte une pieuse légende, d'après laquelle un ange aurait indiqué à leurs premiers Pères (Pacôme, Antoine) combien de psaumes ils devaient chanter la nuit et le jour; il attribua ceci aux théra-

1 Vicfiliis, hymnis ac sacramentis etiam solemnibus honoramus... sanctum istum diem..., quo vir beatissimus Saturninus geminatam coronam proineruit (Ruinant, loc. cit., t. i, p. 301).

2 De inst. cœnob., t. ii, p. 5.

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