CHAPITRE II
peutes que Philon nous dépeint dans Eusèbe, et que quelquesuns tiennent pour des ascètes chrétiens'.
Méthodius. — Le saint évêque et martyr Mélhodius (-j- 311) compare, dans son Festin, la vie de la vierge chrétienne à une veille nocturne (7ravvu/tç ou tpuXax-^) qui se subdivise en trois parties : le soir (lo-Treptvvi cpuXaxT^, aussi Xuxvixo'v, lucernare) , qui forme la première veille, puis la seconde et la troisième veilles^. On pourrait par là supposer que le soir [vesper)^ les Vêpres étaient le prélude de roflice nocturne, et que les deux autres veilles formaient la suite de la prière jusqu'au matin, soit que toutes deux correspondissent à nos Matines, ou que la deuxième correspondît à nos Matines, et la troisième à nos Laudes. Celte dernière supposition serait très plausible; car plus tard encore, par exemple dans Cassien^, on ti'ouve le premier office ou officium gallicinium uni aux Vêpres, désigné comme office de nuit.
Concile d'Elvire. — Le célèbre synode d'Elvire en Espagne^, qui fut d'une si grande importance pour la discipline liturgique de rOccident, n'a pris aucune mesure pour la réglementation de l'office, bien qu'il ait porté des décrets nombreux et remarquables à propos de la discipline liturgique et du culte.
Les renseignements des éci'ivains ecclésiastiques de cette époque, qui seraient à même de nous édifier sur l'office, sont aussi très rares. Comme pour plus de sûreté nous ne voulons pas faire remonter au delà du milieu du iv^ siècle les Constitutions apostoliques, si controversées, et que d'autres indications fournies par les plus anciens Pères doivent évidemment être fixées au milieu de ce siècle ou même plus tard , il ne nous reste que le témoignage d'Eusèbe de Césarée (-]- 340), le père de l'histoire ecclésiastique.
Eusèbe de Césarée. - — Dans son Commentaire sur les Psaumes,
' Cf. à ce sujet les détails que donne Bickell, dans le Katholik, 1873, t. ii, p. 404-405. Eusèbe parle de Philon et des Théi-apeutes, de leur façon de chanter les psaumes, dans le lib. II, c. xvii, de l'Hist. eccl., éd. Laemmer, Scaphusiae, 1859-1862, p. 124.
2 Méthodius, Symposion sive Convivium decem Virginum, lib. V, c. ii (P. G., t. XVIII, col. 100).
3 De inst. cœnob., m, 8.
^ D'après les recherches les plus récentes, il aurait été tenu non en 306 ou 311, mais dès 300. Cf. Duchesne et Funk, dans Tûb. Quartalschr., 1892, p. 701. Les canons cités ci -dessus se ti'ouvent dans Harduin, Coll. Concilior., t. I, col. 251 sq. {Cereos, can. 34; Lucernas, can. 37).
écrit entre 327 et 310, il parle en divers endroits du chant officiel des psaumes dans roflice liturgique. C'est ainsi que dans l'explication du psaume lxa'^, il dit que la prière du prophète est accomplie dans rÉglise , premièrement par la célébration de Pâques où se récitent des prières, où Ton chante et lit les Ecritures, où Ton fait une prédication, et deuxièmement par le chant partout usité dans les églises*.
A propos du psaume xci, il dit que le dimanche, dans la Nouvelle Alliance, on fait ce que les Juifs accomplissaient le jour du sabbat, et c'est pourquoi le psaume xci [Bonum est confileri Domino), qui en hébreu porte le titre : In diem sahhali , est chanté dans l'Eglise le dimanche durant l'office. En ce même endroit, Eusèbe fait la distinction entre la célébration de l'Eucharistie et une autre heure de la prière, qui se faisait de grand matin , et dont la psalmodie et d'autres prières formaient la matière principale^.
Dans l'explication du psaume lxxxix, 3-7, il parle des Vêpres , mais plutôt dans un sens allég-orique [occidente sole iuslitise = mort du Christ sur la croix ) , si bien qu'on n'en peut rien tirer relativement à la célébration d'un office et à ce qui en constituait le fond. Cependant, en comparant les paroles du psaume précédent sur la prière nocturne avec ce qu'il dit dans la suite de la cuslodia nocturna (cpu^a/;/)), qui est l'une ou la première des divisions de la nuit , on voit qu'Eusèbe entend ici par prière nocturne tout d'abord celle des Vêpres^. Il semble aussi, d'après
* Elra ôeytepov <}/à)>),£iv tw ôvdjjiaTt aytoù upoo-xàTTet • b xal avxb xatà Ttàvta T(57tov et'wOev £9' r^\Lùiv £7rtT£),£Ïa9at. 'Ene\ xarà Tcàcrav £y.x),r,atav aùtà 6-/j xaûta TiapaÔEÔOTat x. t. Ï. — Secundo psallere nomine eius preecipit, quod a nobis omnibus in locis observari consuetum est. Nam in omnibus Dei ecclesiis apud gentes constitutis hsec ipsa modulari et psallere non Grsecis tantum, sed etiam barbaris prsecipitur [Comment, in ps., LXV; P. G., t. xxiii, col. 617-648).
2 "OpÔpoy T£ Tipoç aùxai; àvaTo)>at; tou i)\LS^épov (ptoTo; xo Y£v6[X£vov eXeo; ècp' r)|Aàç ToO ©ôoO èiOLy^iWoyztç... eÎxôtw; xatà ttjv Kv)ptaxf|V r||i.£pav xa\ xiç eCi^apKTTÎa; r,[jiàiv àiroSt6o[jiEv tw Kypi'w, TravTaxoO ttj; oîxov|i.Évif); èv Tac; ÈxxXrio-iatç aùioO o-uv£p-/6(X£voi... r^èt] xal <j;(i)v)xiv x£)v£y6jj.£6a... xal Toûro TrpaTTEtv xaxà xàç Trpwîvà; wpaç. 'A>>Ti6£iâv t£ £Ùa£ê£Îa; ÈTriS£S£Y(J.évoy;, ôià ToO xat ratç vuxTEpivatç wpaiç xrjç xoCJ 0£oO 6£paTi£tac [Ji.£[J.vf,iT6au — Primitias diurnarum hoi'arum Deo dicantes — matulinis horis — repelita nocturnis horis cullus Dei memoria... populornm concentiis , quo in omnibus Dei ecclesiis una mente, une affectu... melos in psalmodiis emittimus [In ps., XCI; P. G., t. XXIII, col. 1772).
' P. G., t. XXIII, col. 1130-1134-1136.