‹ Histoire du bréviaireChapitre 48 sur 224 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Noël. — Plus difficile est la réponse à la question de savoir si déjà à cette époque, ou seulement après le milieu du iv^ siècle, la fête de Noël était devenue une solennité distincte de celle de l'Epiphanie, et si elle avait été introduite en Occident. Elle paraît déjà dans le calendrier philocalien , dont nous parlerons plus loin, et qui fut composé d'après les uns en 354, d'après d'autres dès 336, sinon plus tôt, et enrichi de quelques additions vers 350. Le livre De Pascha computus [inter opp. Cypriani)^ écrit en 243, [soit en Afrique, soit en Italie,] ne connaît pas encore la fête du 25 décembre comme souvenir de la naissance du Christ; [il dit que Notre -Seigneur était né le 28 mars, ce qui suppose qu'il ignorait réellement l'existence de cette fête. Tr.] Elle a donc dû être introduite entre les années 243 et 336. Usener croit, il est vrai, pouvoir assigner l'année 353 comme date exacte de son établissement; dans ce cas, elle aurait été instituée par le pape Libère. Mais que ce soit en 353 ou avant 336 (selon Duchesne), elle est, dans tous les cas, d'origine romaine*. L'établissement de la fête est sûrement plus ancien que cette première mention accidentelle qui en a été faite plus haut. [M. A. Baumstark pense que cette fête a du être introduite à Constantinople ou en 398, ou certainement en 399 et 400". Tr.]

* Cf. Duchesne, Oriffines du culte chrétien, Paris, 1889, p. 247 sq. ; Usener, Religionsgeschichlliche Untersuchungen , l""* jiartie : Das Weihnachtsfest, Bonn, J889; Paul de Lagarde, Altes und Xeues ûher das Weihnachtsfest , Gôtting-en, 1891 (cette conclusion, à laquelle les savants modernes se sont ralliés, avait été déjà tirée par Asscniani, dans le Codex liturg. sacr. Gelas.'; Harnach, dans Theologische Literaturzeitung, Leipzig, 1889, 20 avril, p. 199-212; Baumer, Das Fest der Gehurt des Herrn in der altchrisllichen Liturgie, dans Katholik, t. i, 1890, p. 1 sq.; Duchesne, dans le Bulletin critique, l^"" févr., 1890, p. 41 sq. (en pai'ticulier opposé aux conclusions tirées par Usener des discours du pape Libère, dans Ambros., De virg., lib. III, p. 1}. — Ce qu'on a voulu conclure relativement au jour et à la naissance du Christ, d'un fragment récemment découvert du commentaire ( 4« livre) du livre de Daniel par saint Hippolyte, est sans fondement, car Bardenhewcr a prouvé que les mots en question sont une interpolation postérieure, Liter. Rundschau , Freiburg, 1891, p. 232-233; Bratke, dans Hilgenf'elds Zeitschrift fur wissenschaft. Theol., 1892, p. 120-174. L'ouvrage pseudo-cyprien De Pascha computus se trouve dans P. L., t. iv, col. 939 sq., et Hartel, Opp. S. Cypriani, Vindobonae, 1871, append., p. 247-263, où le 28 mars est marqué comme date de la naissance du Christ; c'était un mercredi (P. L., t. iv, col. 964-965).

2 A. Baumstark, Die Zeit der Einfûhrung des Weihnnchlsfestes in

Epiphanie. — La fête de l'Epiphanie fut célébrée de bonne heure, mais il est douteux qu'elle le fut aussi à Rome, Au commencement du iii«' siècle, ce n'était ni en Orient ni en Occident une fête de l'Église catholique. Mais les Gnostiques du parti de Basilide avaient peut-être bien commencé vers cette époque, au rapport de Clément d'Alexandrie\ à célébrer la naissance et le baptême du fils de Dieu le 6 ou le 10 janvier^. L'Eglise se vil bientôt forcée d'opposer une dii^ue aux entreprises des hérétiques et d'ordonner elle-même une fêle. Ce sont les Actes du martyre de l'évêque saint Philippe d'IIéraclée en Thrace qui nous donnent la plus ancienne mention de la fête de l'Epiphanie^. Ce saint souffrit le martyre en 304, et les Actes sont d'un auteur absolument contemporain ^. En Occident , on semble n'avoir pas connu cette fête avant le concile de Nicée; les Donatistes, qui se sont séparés de l'Eglise vers 312-320, ne la célébraient pas^. Mais de même que l'Orient avait reçu de Rome la fête de la Nativité du 25 décembre", Rome emprunta à son tour à l'Orient la fête de l'Epiphanie, ou la lui avait empruntée depuis plusieurs années déjà. Ce ne fut plus seulement la naissance du Christ que l'on fêla, mais aussi la manifestation de sa divinité dans l'adoration des Mages, dans le Baptême et dans le miracle de Cana. Nous rencontrons l'Epiphanie en Occident, en Gaule, Fan 360, dans l'histoire de Julien l'Apostat d'Ammien Marcellin'. La prescription du canon IV du concile de Saragosse de 380, au sujet d'une fête préparatoire à Noël et à l'Epiphanie (a XVI. Kal. lan. usque in dom. Epiphanise , qui est VIII Id. lan., continuis diebus nulli liceat de ecclesia absenlare , nous permet d'y voir l'origine d'une fête de l'Avent célé-

Konstanilnopel , clans VOriens christ., 1902, n. 2, p. 441-446; J. Bonaccorsi, Noël, Notes d'exégèse et d'histoire, Paris, 1903. Tr.]

1 Strom., lib. I, c. .\xi.

2 Katholik, 1. 1, 1890, p. 4-5.

3 Passio S. Philippi, Ep. Heracl., c. ii, dans Ruinart, Acta Mart., Ratisbon., 1859, p. 440.

^ Duchesne, dans Bulletin criti(iue . 1890, p. 42.

^ S. August., Serin., ccii.

6 Constantinople, en 379, où l'introduisirent saint Grégoire de Nazianze et l'empereur Théodore le Grand; Antioche, en 388, grâce à saint Jean Chrysostome ; dans le Pont et en Cappadoce, en 382, par les soins de saint Grégoire de Nysse, frère de saint Basile, mort en 379.

" Lib. XXI, c. II, V.

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