CHAPITRE II
brée huit jours avant Noël, comme pendant des huit jours avant Pâques*.
Fêtes des Martyrs. — Il nous reste encore à parler des fêtes des Martyrs ( au nombre desquelles nous plaçons celles des Apôtres). Dans rÉpître aux Hébreux, xni, 7, saint Paul exhorte les fidèles à se souvenir de ceux qui les ont précédés, de leurs pères dans le Christ ; ils devaient avoir devant les yeux le couronnement de leur sainte vie, leur mort glorieuse, et imiter leur foi. Les chrétiens suivaient ces exhortations en fêtant par des chants sacrés et par le saint sacrifice la mort des saints Martyrs comme un triomphe de la foi, afin de manifester par là leur communion avec ces héros et de se mettre sous leur protection. C'est dans ce sens que saint Ignace d'Antioche écrit aux Romains : « Accordez-moi seulement d'être immolé à Dieu, et puis formez un chœur dans la charité et chantez des louanges au Père en Jésus- Christ'^; » et à la fin du récit du martyre de saint Ignace (son authenticité étant supposée), on lit : « (Nous vous écrivons ces choses) et nous vous marquons le jour et le moment, afin que nous puissions nous réunir au temps de son martyre ( anniversaire) et affirmer notre communion de foi avec ce héros et noble martyr^. » Et il est authentiquement prouvé de saint Polycarpe (f 155, d'après d'autres 164 ou 168), qu'aussitôt après sa mort la fête de son Natalis^ fut célébrée avec une sainte
1 Hefele, Conciliengeschichte , t. i, 2« édit., p. 745.
2 S. Ignatius, Ad Romanos , c. u : IDiov [j.oi jj.-)) ■Kixpâ(7yji(y^z toù cttcovoi- (j6r|Vai 0ew ...l'va èv àydcTCr, "/ôpo; ysvôfjievot acnQXS tm Ilax-pl sv Xpt(7Tw Iy)(7o0.
— Aolite plus mihi prœhere quam ut immoler Deo , dum adhuc altare paraium est, ut in caritate chorus effecti canatis Patri in Christo lesu, quod Deus episcopum Syriœ invenire dignatus est [Patres apost., éd. Funk, p. 214-215).
^ MaxaptaavTEC Tov ayiov £(pavcp(iJ(ja[j.£v û[xïv y.a't ty]v ïîjjiépav xal tôv -/povov , cva y.aTà tôv xatpôv toO (xapTupt'ou auvaYÔjj.evot -/oivovwaev xû àb)..-t]xri y.ai yevvaîfo iiâpxupt Xpccr-rou [Martyrium S. Ign., c. vu, 3; éd. Funk, p. 264).
— On peut voir les éclaircissements donnés par Lightfoot, The apostolic Fathers, i. ii : Ignalius , London, 1889, p. 363-475. Ce qui fait le fond des Actes est un récit plus ancien, presque contemporain, d'après lequel S. Ignace, livré aux bétes, aurait souffert le martyre à Rome le 17 octobre, entre 110-118. D'après Lig-htfoot, la date de son martyre est le 17 octobre; chez les Grecs, on le fêtait le 20 décembre, en quelques lieux le 17 novembre. Le 29 janvier, on fête la translation de ses reliques.
'* C'est le plus ancien témoignage de la désignation du jour de la mort d'un saint ou d'un martyr par le jour de son Natalis: mais déjà S. Ignace [Ad Rom., c. VI ) explique pourquoi les premiers chrétiens avaient choisi
joie^ Il est donc ainsi démontré que la célébration des fêles des Martyrs avait lieu en Orient dès le n* siècle. Pour le ni*' siècle, outre ceux que nous avons indiqués ci -dessus, les Actes des saints Tryphon et Respicius, martyrs en Bithynie (j 250), que l'on tient pour authentiques et contemporains , rendent le même témoignage^. Peut-être peut-on voir, dans le fait que ce sont les Romains auxquels s'adresse saint Ignace , un argument en faveur de la célébration des fêtes des Martyrs à Rome dès le commencement du n^ siècle. Nous savons, par Tertullien et par saint Cyprien'', que ces anniversaires des Martyrs étaient fêtés en Occident, du moins en Afrique, et même, comme le dit Tertullien, d'après une tradition universelle [traclitio auctrix, consuetudo confirmatur ). Cependant une chose frappe, c'est que dans le plus ancien calendrier des fêtes de Rome et dans la plus ancienne liste des Martyrs on ne trouve aucun des gi^ands martyrs et des papes romains du ii^ siècle, à part les princes des Apôtres. On n'y rencontre ni saint Justin (-j- 168), ni saint Télesphore ( -|- 139) , ni saint Anicet (-}- 168), ni saint Eleuthère (-}- 190), ni saint Victor (-J-202), ni saint Clément (j 101 ), à moins qu'il ne faille chercher ce dernier parmi les martyrs marqués au 9 novembre, comme saint Corneille ( -]- 252), d'après l'opinion de Mommsen,
celte expression , lorsqu'il dil : Ka/ov [jloi aTtoQavEîv e'.ç Xpio-Tov 'Ififfoùv Tj ^7.où,s.'jziy Tù)v WcpocTwv tf,; yyj;. 'Ey.eïvov ïr,Ttô , tov CiTtÈp -JjfjLtôv aTro6avôvTa ■ IxEïvov 6£>,to, Tov ôi' r|[iâ; àvaffxâvTa. 'U Sk Tov-eTÔç |j.ot âutxeiTai (c.-à-d. être ne par la mort à la vie élernelle). S-JyyvwTi (xoi, àoE).cpo\, ji-rj iav:oL{<Ty]-zé \L0<. îr,(Tat... "AsETÉ (lî y.aôapbv çw; Xaêeîv • èx£Ï TtapayevofiEvo; , avOpwTto; ÔeoO £(TO(j.at. ^S. Polycarpe fut fêté à Smyrne, Lib. pontif., t. i, p. 250; Mari, hieron., 3 nov. Tr.]
1 "Ev6a (c.-à-d. là où sont renfermées les saintes reliques, ibi ou quo etiam loci, ut fieri poterit , ox; Swatôv tkiïv ffyvayo[ji£voi;, èv àya>,Àiâ(7£i xai ■/o'pôi ■napéist 6 xvpio; £TîtT£),£Îv tt,v toO [iaprupto-j a-jxoû riixlpav ysvsÔXiov. — In exiiltatione el gaudio natalein martyrii diem celebrare, lum in memoriani eoriim, qui certamina tam perlulerunt, tum ut posteri exercitati sint et parati ad eadem .sustinenda i^Martyrium S. Polyc, c. xviii; éd. Funk, p. 303 .
* Convenerunt autein viri reli(jiosi et sacerdoles Doniini et dedicaverunt martyriuni illorum... commendantes animas suas sanctis beatorum martyruni patrociniis Ruinarl, loc. cit., p. 210).
3 Tert., De cor., c. m et iv : Oblationes pro defunctis, pro natalitiis annua die facimus; Cypr., Epist., xxxiv, c. m : Sacrifie ia pro eis semper offerimus, quolies martyrum passiones et dies anniversaria conimeinoratione celehramus; et Epist., xxxvii, c. ii : Dies eorum , quibus excedunt, annotate, ut commemorationes eorum inter memorias Martyrum celebrare po.ssimus (P. L., t. IV, col. 323, 328).