CHAPITRE III
Nous devons aussi remarquer ici qu'au temps qui nous occupe, c'est-à-dire du milieu du iv" siècle jusqu'au grand moine et pape Grégoire le Grand (-}- 604), les plus éminentset les plus influents des évêques, aussi bien de l'Église latine que de l'Eglise d'Orient, ou sortaient de l'état monastique ou vivaient dans les plus étroits rapports avec les moines. Ils considéraient comme un devoir pour eux de consacrer la plus sérieuse attention et daccorder leur protection aussi large qu'il était possible à une institution qui, à leurs yeux, était le plus bel ornement de leur diocèse. Nous rappellerons simplement Athanase , qui dans ses luttes contre les Ariens trouva dans les moines son plus puissant appui ; Basile , Grégoire de Nazianze , Epiphane , Cyrille de Jérusalem , Chrysostome , Martin , Eusèbe de Verceil , Ambroise, Honorât, Hilaire d'Arles, Germain et Patrice, Eucher de Lyon, Césaire d'Arles, Augustin, en en omettant beaucoup d'autres. « A la mort de saint Basile (379), le monachisme en Orient avait déjà atteint une telle diffusion, qu'aucune province n'était plus privée du bonheur de posséder des moines vivant en communauté. » (Môhler, op. cit., p. 187.)
Il ressort de la Perecjrinatio sanctse Syîviœ ad loca sancla, retrouvée, il y a quelques années, par Gamurrini, qu'à Jérusalem et dans les églises des saints lieux, en 385, les moines [monazonfes) , et de pieux laïques qui suivaient leurs exemples, célébraient l'office de nuit [Vigilise ante pullorum cantiim et usquead lucem). Le reste du peuple, ainsi que les prêtres etlesdiacres ne prenaient part à cet office qu'à certains jours, tandis qu'ils assitaient quotidiennement aux pi^ères du matin et du soir. Laudes et Vêpres, qui dataient des temps apostoliques, et qui même existaient dans l'Ancien Testament. Dans le même ouvrage sont seulement mentionnées comme heures canoniales , les Matines (Vigilise nocturnse), les Laudes [Hymni malutini cum luce), Tierce, Sexte, None et ^'êpres { lucernare ). Prime et Complies n'existent pas encore ^ Ainsi, dans une certaine mesure. Tierce,
* S. Sylviœ Aquitanœ, Psregrinatio ad loca sancla. Editio altéra novis curi.1 (Gamurrini et J.-B. de Rossi) emendata, Romai, ex typis vaticanis, 1888, p. 45-50, ôl-n. [La Pereyrinalio Sylviœ a fait le sujet de nombre d'études. Nous devons citer en première ligne celle de D. Cabrol, Les églises de Jérusalem , la discipline et la liturgie au iv* siècle, Paris, 1895; puis les articles de M. Kohler, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes,
Sexte et None avaient obtenu une reconnaissance officielle de rautorité ecclésiastique, encore que pour l'importance et la solennité elles fussent bien distinctes des offices principaux. Quoique Cassien parle uniquement des institutions des moines, ses expressions sont pourtant si g-énérales, qu'on pourrait en conclure que Tierce, Sexte et None étaient partout en usage en dehors des monastères, notamment en Palestine et dans l'Orient asiatique, mais non en Egypte ^
L'historien Sozomène parle d'un monachisme perfectionné, en Perse même, dès le milieu du iv'' siècle, sans qu'on puisse dire de quelle façon et par quel intermédiaire il y avait été implanté^. Partout ces moines récitaient la prière publique des Vigiles, des Laudes et des Vêpres.
Avec non moins de persistance , sinon avec autant de rapidité et de majesté, mais avec la destinée d'un labeur plus fécond et plus durable, le monachisme s'étendit en Occident. L'impulsion fut donnée par le grand champion de l'orthodoxie catholique.
t. xLv, p. 111; ceux de M. l'abbé Duchesne, dans le Bulletin critique, !«'' juillet 1887, et les Origiws du culte chrétien, p. 469 sq. ; ceux de M. l'abbé Davin, dans V Univers, 27, 29 sept.; 3, 22, 28 et 31 oct. 1887; de Cozza-Luzi, La Pellegrina bihlica ovvero S. Silvia in Palestina, Romae, 1889; Batifîol, Hist. du Bréviaire rom., 2» édit., p. 21 sq. Une 3* édition a paru en Russie, Saint -Pétersbour§^, 18S9, dans la 20« livraison des travaux de la Société pour les études palestiniennes. Cf. aussi les corrections proposées par l'abbé Duchesne, Origines du culte chrét., loc. cit., et par Mommsen, Ueber ein neuanfgefundenen Reisehericht nach d. gelohten Lande, dans Sitznngsherichte d. Berliner Ahad. d. Wissenschaft , 1887, t. xxin, p. 357 sq. Bibliographie assez complète de tous les travaux publiés sur la Peregrinatio dans Rœhricht, Bihliotheca geogr. Palestinœ , Chronologisches Verzeichniss , etc., Berlin, 1890, p. 5 et 6. L'édition définitive de la Peregrinatio est celle de M. Paulus Geyer, dans le xxxix^ volume du Corpus scriptorum ecclesiasticorum Latinorum, de Vienne, Tr.] Pour les Matines, deux ou trois prêtres semblent avoir toujours récité des prières entre les psaumes (collecta).
1 Instit. cœnoh., lib. III, c. m : Quod per omnem Orientera solemnitas Tertise , Sextœ vel Nome trinis tantum psalniis et orationihus finiatur. — Itaque in Palestinœ vel Mesopotamice monasteriis ac iotius Orientis... Ihid., c. ni : Apud illos [nempe .Egyptios) etenim officia, quœ Domino solvere per discretionem horarum, etc.. In his officiis. quœ nos statuto tempore celebramus , totum diei tempus ahsumunt. Quamobrem exceptis vespertinis ac nocturnis congregationibus , nulla apud eos per diem publica .solemnitas (P. L., t. xlix, col. 112-116).
» Sozomen., Hist. eccl, lib. XII, c. xni, 11-12 (P. G., t. lxvu, col. 962-967).