CHAPITRE III
saint Athanase d'Alexandrie. En 360, il vint solliciter Tappui du pape saint Jules à Rome. Ses récits détaillés sur la vie de saint Antoine et sur les nombreux monastères fondés par saint Pacôme à Tabenne, ainsi que le bel exemple des deux moines Ammonius et Isidore, firent sur les Romains étonnés une impression profonde ^ D'après saint Augustin-, saint Ambroise^, saint Jérôme'* et Sulpice Sévère^, déjà à la fin du iv* siècle de nombreux monastères étaient florissants sur les côtes d'Italie, dans les îles des mers d'Ilalie et dans le voisinage des grandes villes, telles que Milan, Trêves et Rome.
Paroisses rurales. — D'un autre côté, il faut noter qu'à cette époque l'institution du clergé paroissial rural, des cures de campagnes, du parochus ruralis ou plehanus, était encore inconnue; dans chaque ville de quelque importance, l'évéque vivait en communauté avec son clergé, à la façon des moines et comme eux récitant l'office en commun. Les quelques communautés chrétiennes disséminées dans la campagne peu peuplée {paganus, habitant des campagnes, avait le même sens que païen) étaient administrées excurrendo'^, c'est-à-dire comme aujourd'hui en pays de mission. A certaines époques, notamment pour les fêtes des patrons ou pour les consécrations d'églises, les évêques visitaient avec leurs prêtres et leurs diacres les églises de leur diocèse, et y restaient quelques jours pour annoncer la parole
1 Socrates, Hist. eccl., lib. IV, c. xxiii (P. G., t. lxvii, col. 523).
2 Monasteriorum grexjes... monasleriiim Mediolani plénum bonis fratribus... siib Ambrosio nutriiore (Conf., lib. VIII, c. vi, n. 15). Pour Rome, cf. De mor. eccles., c. xxxiii (P. t., t. xxxii, col. 1340). Duchesne, Le Liber pontif., t. i, p. 220, 236, not. 13; 241, not. 11.
3 Quid eniimerem insiilas , qiias velut monilia plsriimque prsetexit mare, in quibus ii, qui se abdicant intemperanlise ssecularis illecebris... ut cum nndarum leniter alliientiiim sono certenl cantiis psallentium, plaudant insulse tranquillo fliiclnum sanclorum choro , hymnis sanctorum personent [Hexxm., lib. III, c. v, n. 23; P. L., t. xxxii, col. 1340).
''• Epitaph. Fahiolœs. Epist., lxxvii, ad Oceanum (P. L., t. xxii, col. 691) : Quod monasteriiim... perayrahat insulas... Etrascum mare, Volscorumque provinciam, et recondilos ciirvorum litoriim sinus, in quibus monachorum consistunt chori.
s Vita S. Martini, c. vi sq. (P.L., t. xx, col. 1 64) ; Dial., lib. II, c. vu, p. 205 sq.
6 Cf. Thomassin, Vet. et nov. eccl. discipl., pars I, lib. II, c. xxi, n. 2, 6 c. XXII en entier; Van Espen, Jus eccl., pars I, tit. m : De pastoribus et vicepastoribus , c. i, n. 2; G. Kurth , Les origines de la civilisation chrétienne, Louvain, 1886, c. x.
i08 HISTOIRE DU BRÉVIAIRE
de Dieu, adminislrer les sacrements et pour accomplir des fonctions épiscopalcs , et aussi pour tenir lit de justice; en d'autres termes , ils dressaient leur cathedra dans chaque église ; cela s'appellail aussi tenir station. C'est ce qui explique pourquoi saint Grégoire le Grand dit, dans une de ses épîtres, que les évoques ne doivent pas dresser leur cathedra dans les églises monastiques, parce que Taffluence du peuple produite par cet événement troublait la tranquillité du monastère, et pourquoi le quatrième concile d'Orléans (541 ) prescrit : Principales festivitaies suh prsesenlia Episcopi teneant, uhi sanctum decet esse conventum^ .
Souvent aussi il arrivait que les évêques, lorsqu'ils faisaient la visite de leur diocèse avec le clergé peu nombreux de leur cathédrale, devaient, pour ne pas laisser la cathédrale de leur ville épiscopale sans offices, emprunter à d'autres églises, et de préférence aux monastères, un nombre convenable de clercs. Par suite, dans beaucoup de villes épiscopales, les moines de chacun des monastères du voisinage devaient pendant une semaine, alternativement avec d'autres monastères ou avec des prêtres séculiers, réciter l'office, et ils étaient rémunérés exprès pour cette fonction. On en trouve des exemples dans le troisième volume de dom Martène : De antiquis Ecclesise ritibus , et dans l'ouvrage déjà cité de du Molinet^.
Les épîtres de saint Basile le Grand nous fournissent la première mention d'une prescription, envoyée au diocèse et à la province ecclésiastique, d'avoir à remplacer l'ordre suivi jusquelà dans les heures par l'ordre emprunté aux moines. Le clergé de Néocésarée s'était plaint auprès de lui du changement introduit dans l'ordre de l'ancien office. Ce qu'il a introduit, répondit le saint, est simplement ce qui était observé uniformément dans les monastères et les églises de presque tout l'Orient, en Palestine, en Egypte, en Asie Mineure, en Syrie, en Mésopotamie, etc.; en un mot, partout oii il y avait des moines^.
' C. du Molinet, Réflexions historiques et cur. sur les antiquités des chanoines , Paris, 1674, 1" série, réfï. 3. * Lac. cit., p. 4.
3 Epist. ad Cler. Neocses. {P. G., t. xxxii, col. 723, n. 3).