CHAPITRE 1I[ M
effet, la prescription de la Atoaxv] (dont nous avons parlé plus haut) de réciter trois fois par jour la prière du Seigneur avec une doxologie, se retrouve dans le septième livre des Conslilutions apostoliques^. Saint Ghrysoslome, à la fin du iv'^ siècle, exhorte les fidèles d'Antioche à visiter Téglise trois fois le jour ou du moins à prier aussi souvent joràvt/j'm ( xary. xpst; ojpa; euxedOat zr^ç ■^txépa; xai ei; exxXyjai'av ÈxTpîx^''*'^ )• Peut-être le passage de l'épître cxLv de Théodore de Gyr (-{- 458) se rapporte-t-il aussi à ce que nous venons de dire; bien qu'il n'y soit pas question de la réunion du milieu du jour, il parle pourtant de la prière du matin et du soir, des Laudes et des Vêpres dans l'église et de la division du jour en trois parties^.
On peut entendre les Pères du iv^ siècle louer dans les termes les plus magnifiques l'excellence et la nécessité du chant des psaumes. Pleithner (p. 141-146) en a cité quelques-uns; il est inutile pour nous d'insister davantage sur ce point. Nous nous contenterons des passages qui renferment quelque chose de précis sur les heures canoniques et publiques.
Saint Épiphane. — Saint Epiphane'^ parle expressément de prières du matin et du soir, d'hymnes (= psaumes) du matin et de psaumes du soir, et de prières ( 5;/.voi , ']>aXaol xal ■k^ocid^oÙ). Sozomène dit du saint évêque Zenon de Majuma (Port de Gaza en Palestine), qui mourut centenaire en 380, et qui peut encore
1 Tp\ç Tri; ■'iP-^P°'? ouTW Tïpoffeû'xsa-ôs [Const. Apost., lib. VII, c. xxiv; P. G., t. I, col. 1016). Cf. la note 54, op. cit., d'après laquelle Euthymius (lequel?), dans le commentaire sur le ps. liv, J8, dit que les fidèles doivent réciter au moins deux fois [qui ampliiis non polest , niane et vespere) le Pater noster et le Symbole des Apôtres. Egalement saint Ambroise recommande ou ordonne de réciter le Symbole le matin {antelucanis horis quolidie) , De virginibus , lib. III, c. iv, n. 20 [P. L., t. xvi, col. 225).
2 De S. Anna, sernio iv (P. G., t. liv, col. 667).
2 Kai (jiévTOt xat Taç ôeta; XeiTOvipytaç iv Taïç 'Ex>cXr,(7;a((; £7ttTeXo0vT£ç, xal à.ç'lo\j(st\ç, xal Xr)YOuaYi; f,[x.£pa;, xal aCirriV ôà tyjv -^(xépav xaTa rpif^pLopcov 6taipoGvTEç ôo^âCo(A£v TÔv riaTÉpa xal xbv Y'ibv xat to aytov riv£Ù|j.a. — Quin et sacras liturcjias in Ecclesiis obeiintes, lam ineunte die tum desinenle, sed et diem ipsum in tertiam partent dividentes, glorificamus Patrem et Filium et Spiritum Sanctiim. Peut-être cela sig-nifie-t-il : Outre l'office du matin et du soir (Laudes et Vêpres), que nous faisons solennellement dans l'église [liturgias), nous prions aussi aux moments du jour divise en trois parties par trois heures canoniales (Tierce, Sexte et None), et nous louons Dieu le Père et le Fils et le Saint-Esprit (i/ji's^., cxlv; P. G., t. LXXAUi, col. IZll ).
* Adv. liœres., lib. III, c. xxni (P. G., t. xlu, col. 829 >
Brév., t. I. 8
114 HISTOIRE DU BUÉVIAinE
servir de témoin pour le milieu du iv'= siècle, qu'il ne manqua jamais rofiice du malin, ni roffice du soir ou Taulre office ( ÀetTOupyta ) , sauf les cas de maladie ^ Et Socratc rapporte que de son temps, c'est-à-dire à la fin du iv* siècle, dans tout l'Orient : Palestine, Asie Mineure, Chypre, Constantinople, Thessalie et Achaïe, en un mot partout, on célébrait les Vêpres quotidiennement, et que souvent les samedis et les dimanches Tévêque ou le prêtre y prêchait ou y expliquait les saintes Ecritures^. Saint Hilaire témoigne également pour l'Occident, qu'au temps où il écrivait son Commentaire sur les Psaumes, c'est-à-dire en 365^ dans toute l'Église latine, on célébrait chaque jour avec une dévotion particulière les Laudes et les Vêpres^. Enfin le synode de Laodicée ordonne entre les années 343-388, qu'à l'office de None (à moins qu'il ne faille lire £t«6ivaTç , office du matin, au lieu de Iwarat;), c'est-à-dire au sacrifice de la Messe, que l'on célébrait après None le mercredi et le vendredi, les mêmes prières ( >.£[Toupyi'av Tojv eù/wv) devront se dire*. Il est certain que par ces paroles il voulait désig-ner ce que l'on appelait les Preces i^Oralio) pro fidelihus, dont il sera question plus loin.
Saint Athanase parle des vigiles ou des Tnxvwyiy. qui étaient célébrées dans l'église, du moins à certains jours, dans son Apologie, où il raconte que les Ariens, sous la conduite de Syrianus, firent irruption dans l'église, au moment où l'évêque, son clergé et le peuple y étaient occupés à la célébration des Vigiliœ, au chant des psaumes et à la prière^.
1 Hisl. EccL, lib. VII, c. xxvm [P. G., t. lxvii, col. 1505).
2 Ilist. EccL, lib. V, c. xxii P. G., t. iixvii, col. 625 sq. ; en particulier 640 ). Tout le chapitre est fort intéressant, parce qu'on y voit la diversité des usages liturgiques à Rome, Alexandrie, Jérusalem et Constantinople, et Alexandrie est la plupart du temps semblable à Rome.
3 Proffressiis Ecclesipe in matutinoriim et vespertinorum hymnorum delectationes maximiint misericordiœ Dei signum est. Dies in oralionibus Dei inchontur , dies in hymnis Dei cluuditur, secundum quod dictum est : Siiavis ei sit laudntio mea ( ps. cui, 34), et rursum : Elevatio manuum mearum sacrificium vespertinum (ps. c.xl, 2). S. Hilar., Inps. Lxiv[P. L., t. IX, col. 420, n. 12). Cf. le passag^e d'Eusèbe cité plus haut.
'' Ilepl ToO Tr|V aÙTïiv ).£tToypYtav xcov £-j;^cbv TtâvTOTS xal èv xat; £-J-/aîç èvvx- -rai? 7.a\ èv Taïç laTrépai; ô:s^zl\zvi yivEo-Ôat. Peut-être cela signifie-t-il seulement que partout dans le pays un rite luiiforme devait exister, aussi bien pour la Messe que pour les Vêpres. Cf. Hardouin, loc. cit., t. i, p. 763 ; Hefele, op. cit., t. i, p. 763.
s Apnloffia de finja. n. 24. C/. Hist. Arianor. ad Monnchos. n. 81 P. G.,
Nous passons maintenant à ceux des Pères qui nous apprennent qu'il y avait en Orient et en Occident plus de trois heures canoniques, et qui donnent des détails sur ce qui en constituait la substance ou sur la façon de les célébrer.
Saint Basile. — Les diverses heures du jour el de la nuit. — Nous avons déjà indiqué plus haut un passage de saint Basile qui prouve qu'aux Vêpres on récitait l'hymne <ï)wç iXapov, Le même saint docteur mentionne, dans un autre passage, les heures canoniales observées dans les monastères. Il dit dans sa règle pour les moines, qui plus tard fut obserA'ée dans la plupart des monastères de presque tout l'Orient, qu'on doit en tout temps, il est vrai, rendre grâces à Dieu et le louer; mais qu'il y a cependant dans la communauté plusieurs moments fixés pour la prière particulière , moments qu'on ne peut négliger, car ils sont institués en souvenir de bienfaits tout particuliers de Dieu*.
Nous devons prier le matin, afin que le premier acte de notre volonté et de noire intelligence soit consacré à Dieu, et nous ne
t. XXV, col. G73, 793). On trouve aussi dans S. Grégoire de Nazianze [Oratio, V, contra Jiil., lib. II, n. 25; P. G., t. xxxv, col. 693; et Carmen, vers Al -Ai, Conti'a diah.; aussi vers 920-925, De virtute; P. G., t. xxxvii, col. 388, 746); dans Animien Marcellin {Hist., lib. XXVIII, à la fin, Bipontii, 1786, t. ii, p. 168; d'après Pleithner, op. cit., p. 157 [des soldats passaient la nuit dans l'église, parce que c'était un jour de fête pour les catholiques;); dans S. Ililaire : Non periciilo.so nocturnariim virjiliarum otio... : nec ei oblivio officii siii requie médise noctis obrepit, sed in orationibus, in deprecationihus, in confessionibus peccatorum { In ps. cxvni; P. L., t. IX, cul. 550-559, cf. 558); et dans S. Ambroise : Simul ad oralionem nocte surgendum... et coniunctis precihus obsecrandus Deu.s {De Abrah., lib. I, c. ix, n. 84; P. L., t. xiv, col. 451), où d'ailleurs la prière privée de nuit et la solennité en commun des Vigiles, soit à l'église, soit dans les maisons, sont confondues l'une avec l'autre; — des remarques çà et là, qui supposent connu l'usage de célébrer des Vigiles. Pleithner a recueilli avec grand soin d'autres témoignages de l'usage privé de la prière noctvirne et d'une célébration en commun qui avait lieu du moins quelquefois (p. 155 et 156).
1 Pour l'appréciation de ces passages de S. Basile, l'explication de Pleithner est {op. cit., p. 164 sq. ) à la fois la plus rationnelle et la plus complète, c'est pourquoi je la suis; je crois cependant pouvoir compléter Pleithner pour cette période (fin du iv<î siècle) par quelques petites notes et par la Peregrinatio Sylviœ, citée plus bas. Cf. rependant aussi les études fondamentales du prof. G. Bickell, dans Katholik, 1873, t. ii, p. 417 sq. Après ces deux auteurs, on peut renoncer aux indications des anciens liturgistes, tels que Bonartius, Grancolas, cardinal Bona, Bingham, Binterim, etc., au sujet des rites de S. Basile, de son temps et de son pays.
devons nous permettre d'entreprendre aucune autre aflaire avant de nous être réjouis en pensant à Dieu, comme il est écrit : Memor fui Dei et dehctatus siimK Egalement, notre corps ne doit pas se livrer au travail avant que nous ayons fait ce qui est dit dans le psaume : « C'est toi que je veux prier. Seigneur; dès le matin, tu entendras ma voix; le matin, je serai devant toi pour te contempler. »
Tierce, Sexte, None. — A la troisième heure, on doit de nouveau s'appliquer à la prière, et si plusieurs frères sont occupés à dilï'érents travaux, ils doivent se réunir pour demander ensemble d'être dignes de participer à la sanctification de l'Esprit-Saint. Ils se souviendront que c'est à la troisième heure que cet Esprit est descendu sur les Apôtres pour leur dispenser la grâce. Ils lui demanderont aussi qu'il soit leur guide sur la route et qu'il leur enseigne ce qui est salutaire (conformément à ce qui est dit dans les psaumes l, 12-14, et cxlii, 10)^.
A la sixième heure également nous l'éciterons la prière, suivant l'exemple des saints (psaume liv, 18); et afin d'être préservés des attaques du démon du midi , nous réciterons à ce moment le psaume xc. Les Apôtres eux-mêmes nous ont appris que nous devions prier à la neuvième heure, puisqu'il est rapporté dans les Actes que Pierre et Jean se rendaient au temple pour la prière à la neuvième heure.
Office de la fin du jour. — Le jour fini, nous devons encore rendre grâces de ce qu'il nous a été accordé et de ce que nous avons pu y faire de bien; confessons nos négligences et réconcilions-nous avec Dieu par la prière pour tout ce que , volontairement ou involontairement, nous avons commis de mal en paroles ou en actions, ou même en pensées. Car c'est une chose utile de revenir sur le passé, afin de ne pas retomber de nou-
* Ps. LXXVI, 4.
2 s. Basile, Reyulie fusius Pract., c. ^ ou interrog. ) xxxvii, n. 3 (P. G., t. XXXI, col. 1013 sq. ). Saint Basile, le champion de la divinité du Saint- Esprit, est le premier qui ait bien fait ressortir cette signification de Tierce : Souvenir de la Pentecôte et remerciement pour les grâces accordées à l'Eglise et à chacun de nous, et demande de nouvelles grâces. Les Const. Apost., les Can. Hipp, et S. Cyprien (voir plus haut) voient dans Tierce la Passion du Fils de Dieu, la condamnation du Christ. Tertullien (De ieiun. adv. Psychicos, c. x) cite bien la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, mais n'entre pas dans plus de détails.