CHAPITRE III H
les autres y répondent. Ils passent ainsi la nuit dans une psalmodie variée, dans laquelle ils intercalent des prières; et lorsque le jour commence à poindre, ils récitent tous ensemble, d'une seule bouche et d'un seul cœur, le psaume de la confession (ou Miserere, psaume l), chacun pouvant s'appliquer à lui-même les paroles de pénitence. Si donc vous nous fuyez, à cause de ces choses, vous devez fuir aussi les Égyptiens, les habitants des deux Libyes, ceux de la Thébaïde et ceux de la Palestine, les Arabes, les Phéniciens, les Syriens et les habitants des bords de l'Euphrate, en un mot tous ceux chez qui les Vigiles, les prières et la psalmodie en commun sont en usagée »
Ainsi la célébration des Vigiles avait lieu dans les monastères et dans les églises séculières, chez les moines et chez les séculiers.
On ne voit pas clairement, lorsque saint Basile parle de la façon dont son Église célébrait l'office de nuit d'après ses ordres, si la même ordonnance était usitée en Palestine, en Egypte, en Libye et dans la Thébaïde ; on ne peut dans tous les cas torturer le texte. En eiîet, on voit par Cassien, qui entre plus dans les détails, qu'en Egypte la coutume observée n'était pas la même qu'en Palestine et ailleurs. Que l'on veuille bien se rapporter à ce qui est dit des Égyptiens et des habitants de la Thébaïde dans les Instit. cœnoh., lib. II, cap. iv-xii (qu'ils récitaient dans la nuit douze psaumes les uns à la suite des autres [continiiis versihiis], des oraisons et deux leçons, et de telle façon que l'un entonnait [sedentibus ciincfis], et au douzième psaume tous répondaient Alléluia), et à ce que, lib. III, cap. vni, l'on dit des Orientaux d'Asie (Palestine, etc.). Ici on disait d'aboi'd trois antiennes étant debout, stando très antiphonas , ce qui est de tout point conforme à ce que disait saint Basile : ils psalmodient altei'nativement. Puis Cassien dit : « Un seul chantant trois psaumes, ils
1 Ta vOv y.ExpxT-^xoxa ï^-r\ itcîffai; xaï; ToCi 0îoO £x/.>-r,aîxi; a'XHùhi £<7Tt xal G-JiJLSwva. 't^-/cvjXTÔ; yàp ôpôpi^st nap' r|ij.ïv ô ),ab; ÈTti tÔv olxov... 'Eth to'jtoi; )>o{7rov âi r,tAa; àTto^î-jYSTî, ç£-J4î<>0î uX-t 'AtyjTtTto'j; • cp£-J5î<3''Jî Se xa\ Ai'êua? à[içoTépo-j;, ©rjoato'j;, riaXaia-xt'vou;, "Apaoa;, 'ï>oîvt/.a-, S-jpo"j;, xal toC; Ttpb; Tw Wj-:^çixy\ xaT(;)Xto-[/.é/o-j; , xati 7tâv-a; àTia^xTiXài;, uap' oi; àvpuTtvsai xat npoTE-j/al , xal al xoival '];aX[X(u5tat T£T:(XT]VTai {Epist. CCFii [al. Lxiii), ad Cler. Neocœsar.; P. G., t. xx.yii, col. 76 5). La célébration fréquente des Vigiles était donc pour le clergé de Néocésarée quelque chose de nouveau et d'extraordinaire.
120 HISTOIRE DU BUEVIAIllE
y répondenl: Très psalmos uno modulante respondeni, » ce qui est analogue à ce qui se trouve dans saint lîasile, « puis ils chargent de nouveau un des assistants de chanter la mélodie, les autres y répondent. » Enfin, d'après Cassien, viennent trois leçons, lernas adiiciunt lectiones. Saint Basile ne les mentionne pas; on ne pourrait cependant pas conclure de là qu'en général il n'y avait pas de lectures, ainsi que nous le verrons plus loin. Comme la lettre du saint est une apologie contre l'accusation d'avoir changé la psalmodie, il n'insiste que sur ce qui peut servir à justifier l'ordonnance qu'il a introduite contre celle de saint Grégoire le Thaumaturge.
Dans son homélie sur le psaume cxiv, le saint cite un magnifique exemple de l'assiduité des chrétiens à ces sortes de réunions pour la prière. Au jour anniversaire d'un martyr, les fidèles avaient célébré les vigiles solennelles dans sa cathédrale avec le clergé, tandis que le saint avait rempli les devoirs de sa charge épiscopale dans une église assez éloignée. Cette dernière cérémonie le retint plus que de coutume, de sorte qu'il n'était pas de retour dans son église cathédrale pour l'heure de la prédication. Mais le peuple, qui avait déjà passé la nuit en prière, demeura assemblé jusqu'à midi, occupé à chanter des psaumes en attendant le retour de l'évêque^.
Composition interne de l'office. — Il ressort des paroles de saint Basile que les offices se composaient de psaumes , et d'autres prières et de chants. On pourrait se demander si l'on y faisait aussi des lectures de la Bible. Le passage tiré de l'Homélie sur le psaume cxiv nous fournirait déjà une réponse suffisante, car la prédication qui formait la conclusion habituelle ou une partie des Tuzvvu/ia se rattachait toujours à la lecture des saintes Ecritures ou des Actes des Martyrs. Et par d'autres témoignages (en particulier celui de Cassien), que nous citerons dans la suite, nous savons que ces lectures étaient de règle , et par conséquent ne devaient pas manquer dans la basilique de Césarée du Pont. Nous pouvons l'admettre avec d'autant plus de fondement que le saint archevêque, parlant lui-même de la vigile de Pâques, qui était la plus importante et le type de toutes les autres, dit dans son homélie qu'on y lisait des péricopes
' S. Basil., Hoin. in ps. cxir {P. G., t. xxix, col. 484).