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CHAPITRE III

à Constantinople, en 403 ou 404, il se rendit à Rome auprès du pape Innocent P"", pour lui porter la demande de revision du procès de cet évêque, puis s'établit dans la Gaule méridionale, à Marseille, où il fonda en 415, sur le type de ceux d'Orient, deux monastères, pour des ermites et pour des cénobites. Ces fondations en firent naître bientôt une foule d'autres semblables en Gaule, en Espagne et dans les îles de la Méditerranée, peutêtre bien aussi en Italie, encore qu'en ce dernier pays il existât des monastères déjà auparavant, comme existait en Gaule la célèbre abbaye de Saint-Martin de Tours. En 417, il écrivit, sur la demande de l'évêque Castor, à Apta Julia, dans la Gaule méridionale, l'ouvrage De insliliitis cœnohioram en douze livres, où il traite (particulièrement dans les livres I-IV) de l'organisation, des règles et de la manière de vivre des moines orientaux , et où il donne des renseignements relativement très détaillés et très précis sur les réunions pour l'office divin et sur la prière canoniale de ces moines. Son ouvrage a contribué pour une large part à transplanter les usages des Orientaux et l'ordonnance de leur office en Occident, comme on le voit par la Règle de saint Benoît.

Bien que Cassien ait écrit son ouvrage seulement en 417, c'est avant 402 qu'il a rassemblé les expériences qu'il y a consignées; les coutumes décrites sont donc celles des moines orientaux et égyptiens du dernier tiers du iv« siècle, de telle sorte qu'il est opportun de s'en occuper avant de parler des textes d'un saint Ambroise ou d'un saint Jérôme. I>'ailleurs, Cassien nous avertit que l'un ou l'autre rite, qu'il donne, au moment où il écrit, 415- 417, comme coutume des moines orientaux, avait pris droit de cité parfois avec certaines modifications dans les monastères d'Occident. De plus, pour la lecture et l'emploi du texte de Cassien, il est bon de se rappeler ce qui suit : Bien qu'élevé à Bethléem et habitué dans sa jeunesse aux règles des moines de Palestine, et encore qu'il parle toujours avec grande discrétion de ces derniers et de leurs pratiques, notre auteur professe pourtant une admiration et une prédilection marquées pour la manière de vivre et les usages des moines égyptiens. Cette distinction mérite d'autant plus d'attention, que les Consueliidines introduites par lui en Gaule, celles de Lérins, les Règles de saint Césaire et de saint Benoît ont pris quelque chose de l'office des Egyptiens, tandis

que roflice romain ou séculier semble se rattacher à roffice palestinien, sans qu'on voie cette différence fortement accusée. Par suite, il est nécessaire de bien distinguer entre les coutumes des Eg'yptiens et celles des « Orientaux » , les moines de Palestine, de Syrie et de Mésopotanie ; d'autre part, l'on doit remarquer que Gassien parle tantôt des ermites, tantôt des cénobites. Les usages des premiers nous intéressent moins , parce qu'ils récitaient la plupart du temps leurs prières privatim et ne se rassemblaient que rarement pour l'office en commun; or l'office public forme seul l'objet d'une histoire du Bréviaire ou de la pi'ière publique.

Gomme édition nous avons utilisé : loannis Cassiani , De institutis cœnobiorum, etc., recensuit et commentario critico instruxit Michael Petschenicf [Corpus script, lat., Vindobonse, 1888). Gelte édition présente non seulement l'avantage d'un texte critique établi d'après de nombreux manuscrits, mais elle contient aussi trois Indices parfaitement faits. De plus, nous avons consulté l'édition de Migne (t. xlix), G'est une réimpression de l'édition d'Allard Gazaus, 0. S. B., grand prieur de Saint-Waast, d'Arras. Elle est accompagnée d'un bon commentaire, estimé encore aujourd'hui, qui, pour expliquer le texte de Gassien, traite des usages liturgiques et monastiques de l'Orient et de l'Occident, et d'autres curiosités archéologiques.

1° Les prières des moines d'Egypte. — Le deuxième livre traite surtout du rite de la prière chez les moines égyptiens : Necessarium reor antiqiiissimam Palrum proferre in médium Constitutionem, quœ nunc usque per totam yEgyptum a Dei famulis custoditur , quo novelli monasterii rudis infantia antiquissimorum potius patrum instilutionibus imbuatur^. L'Egypte fut le berceau du monachisme (Paul ermite, Pacôme, Antoine).

Tout d'abord le Collecteur , comme jadis on appelait souvent Gassien, par allusion à son ouvrage, les Collationes , remarque que dans toute l'Egypte et dans la Thébaïde un complet accord régnait entre les monastères au sujet du rite de la prière^. Si l'on excepte le saint sacrifice de la Messe les samedis et dimanches,

1 De inst. cœnob., lib. II, c. ii (Petschenig, loc. cit., p. 18; P. L., t. XLIX, col. 79). Cf. pour ce qui suit en particulier Bickell, dans Katholik, 1873, t. Il, col. 401 sq.

2 Lib. II, c. m (Petschenig^, loc. cit., p. 18; P. L., t. xlix, col. 79).

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