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CHAPITRE IH

les moines égyptiens ne se réunissaient que deux fois le jour pour la prière en commun : pour les Vêpres et les Vigiles nocturnes ou Matines. Dans chacun de ces deux offices on chantait douze psaumes et on disait deux leçons, Tune de l'Ancien, l'autre du Nouveau Testament ^ Le samedi et le dimanche, et aussi durant tout le temps pascal, les deux leçons étaient empruntées au Nouveau Testament; la première était prise des Actes ou des Epîtres des Apôtres, la seconde de TEvangile.

Ce nombre de douze psaumes, pour les deux principaux offices dont nous avons parlé, passait pour avoir été consacré par révélation céleste. Gassien en fait remonter l'origine aux temps apostoliques. Dans les premiers jours du christianisme (m primordiis fidei) , alors qu'il y avait encore peu de moines [pauci, sed prohaiissimi ) ^ c'est-à-dire ceux qui avaient reçu leur manière de vivre de l'évangeliste saint Marc, premier évêque d'Alexandrie, ces Pères du monachisme auraient délibéré une fois sur la fixation d'un règlement pour la prière commune, afin de laisser à leurs successeurs des règles précises et de prévenir pour l'avenir la négligence et la discorde. Quelques-uns, dans leur ferveur, oublieux de la faiblesse humaine, avaient proposé cinquante, d'autres soixante psaumes, d'autres encore davantage. Tandis qu'ils discutaient de la sorte, l'heure des Vêpres arriva avant qu'on se fût trouvé d'accord sur une règle précise. A ce moment un ange apparut tout à coup, chanta onze psaumes , en ajoutant après chacun une prière [orationum interiectione distinctos)^ et ordonna aux frères ou Pères présents de répondre Alléluia au douzième, après quoi il disparut. Ces saintes gens en conclurent que c'était la volonté de Dieu que les frères récitassent comme prière douze psaumes avec des oraisons appropriées, et cela comme règle générale { generalem canonem); et ils établirent une fois pour toutes que cette ordonnance serait obligatoire pour l'office de nuit aussi bien que pour les Vêpres. Ils ajoutèrent seulement aux douze psaumes et aux (douze?) oraisons correspondantes deux leçons des saintes Ecritures, comme nous l'avons vu plus haut^. Cette légende semble résulter d'une

1 Lib. II, c. IV (Petschenip, loc. cit., p. 20; P. L., loc. cit., col. 83).

2 Lib. II, c. V : De duodenario psalinorum numéro Angeli traditione suscepto; c. vi : De consueludine duodecim orationum (Petschenig, loc. cit., p. 20 sq.; P. L., loc. cit., col. 84 sq.).

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confusion entre les thérapeutes de Philon, que nous connaissons par Eusèbe, et les disciples de saint Marc et les anciens moines d'Eyypte ( Pacôme ) ' .

Après chaque psaume, qu'un des frères chante et que toute l'assemblée écoute assise, ou même après chaque division plus courte des longs psaumes [pro numéro versuum duahus tel tribus intercisionihus cum orationum interiectione divisos) ^ tous se lèvent et méditent sur ce qu'ils ont entendu, en priant mentalement [oralio mentalis). Puis ils s'agenouillent un instant et, ainsi prosternés, implorent la bonté divine, puis se relèvent aussitôt et, debout les bras étendus, écoutent la prière ou la collecte que récite le prêtre'^.

On dit le Gloria Patri , non pas à la fin des psaumes, mais après l'antienne. Gassien indique celte pratique comme une coutume de tout l'Orient, tandis qu'en Occident, particulièrement en Gaule, on joint le Gloria Patri aux psaumes immédiatement, de sorte que tous les assistants répondent comme par un refrain au chantre, dès que celui-ci a terminé le psaume^. Comme psaume responsorial à la fin de l'office (c'est-à-dire comme douzième psaume), on choisit toujours un de ceux qui dans le Psautier sont pourvus de la mention Alléluia'' ; pour le chant des douze psaumes, on choisit deux ou trois, au plus quatre frères, de sorte que dans les petites communautés chacun d'eux en chantait six ou quatre, dans les grandes trois, mais jamais moins^.

Les moines égyptiens récitaient en particulier, dans leurs cellules, le pensum servitutis quotidien, qui chez d'autres était divisé en Laudes et en Horse minores; ceci doit s'entendre surtout des Laudes. Après l'office des Vigiles , ils retournent dans leurs cellules et y poursuivent la prière ou la louange divine : Unusqmsque ad suam recurrans cellulam idem rursus orationum officium velut peculiare sacrificium studiosius célébrant. C'était une sorte de prière du malin privée, car tous veulent

1 Cf., outre les passages cités plus haut, Rufinus, Vitœ Patrum, c. x.\, d'après lequel l'Ange parla à Pacôme.

^ Anlequam flectant genua... (lib. II, c. vu)... (c. x 'Petschenig, loc. cit., p. 23-25; P. L., loc. cit., col. 92-98]).

^ Lib. II, c. vni.

* Ps. c.xii sq.

5 Lib. II, c. XI (Pctschenig, loc. cil., p. 27; P. L., loc. cit., col. 101).

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