CHAPITRE m
complétées par des renseignements occasionnels des Conférences. Il est peu croyable que dans les longs et fatigants offices de nuit du dimanche on ait moins prié que les Egyptiens, vantés par Gassien pour leur modération , ne le faisaient aux Vêpres et aux Vigiles moins solennelles des jours de la semaine. Cassien a voulu dire par là que, pour éviter la monotonie et la lassitude, on avait partagé le tout en trois offices [ut labor hac diversilale divisus delectatione quadam defectionem corporis relevet) [Iripartilis distinguunt officiis) ^ dont chacun, divisé à son tour en trois parties, se composait de six psaumes (trois antiennes et trois répons) et de trois leçons. Cela paraît d'autant plus vraisemblable, que saint Basile, décrivant le même office, dit: Posteaquani, in psalmodise varietate noclenx traduxere intermixlis precibus... Gassien veut simplement appuyer sur la variété, et il fait abstraction du nombre des prières, qui variaient selon la longueur des nuits d'hiver et d'été. On pourrait penser qu'ainsi la série de six psaumes et de trois leçons se répétait trois fois ou plus souvent même. Gette hypothèse répondrait à la remarque de Gassien qu'en plusieurs endroits on disait dix-huit psaumes aux Vigiles*. En admettant que la série se répétait plus souvent, nous aurions ce nombre de dix-huit, vingt et jusqu'à trente psaumes. 11 ne paraîtrait pas trop hardi de supposer qu'en Palestine, en Mésopotamie, dans l'Asie Mineure, les Matines ou Vigiles du dimanche se composaient à la fin du iv® siècle de dixhuit psaumes et de neuf leçons. De ces dernières, trois étaient empruntées peut-être à l'Ancien Testament, trois aux Epîtres ou aux Actes des Apôtres et trois à l'Evangile ; mais il n'est pas invraisemblable que la leçon de l'Evangile, selon ce qui se passait à Jérusalem, formât une seule leçon. Puis il y avait des antiennes et des répons, de courtes prières intercalées entre les psaumes et d'autres à la fin^.
D'après Cassien, l'office du matin était uni autrefois en Palestine, comme cela a lieu aujourd'hui, aux Vigiles, et on y récitait les psaumes l, lxu, lxxxix, cxlvui-cl; ce qui pourtant n'exclut pas l'addition d'autres chants , d'après les coutumes des Grecs , le cantique Benedicite , par exemple.
' Lib. II, c. IX (Petschenigr, loc. cit., p. 18; P. L., loc. cit., col. 77). 2 Cf. Antequam fratres finito secundo psalmo ad orationem procumbanl (lib. III, c. vu, où il est question de la Palestine).
Z" L'office de prime. — Durant la aIc de Cassien il se produisit au sujet des Laudes, dans le monastère de Bethléem, un changement qui eut comme conséquence la création d'un nouvel office, analogue à notre office de Prime*. Dans les monastères de Palestine, la coutume était qu'après les offices des Nocturnes et des Laudes les frères rentrassent dans leurs cellules, pour s'y reposer ou s'y livrer en silence à la prière et à la méditation. Mais il y eut des désordres. Les négligents abusaient de la douceur de la règle pour prolonger souvent leur repos et leur sommeil jusqu'à l'heure de Tierce, et omettre complètement la prière, le travail et la lecture des saintes Ecritures. Les frères plus réguliers en firent des observations aux supérieurs. Ces derniers, après mûre délibération, décidèrent que jusqu'au lever du soleil on accorderait du repos aux corps fatigués. A ce moment tous les moines se lèveraient en même temps de leur couche et observeraient la pratique suivante : De même que depuis longtemps [anliquitus) Tierce et Sexte sont célébrées comme expression de notre foi en la Trinité, de même désormais nous ferons un deuxième office du matin, pour le commencement (ou avant le commencement) du travail, en récitant trois psaumes et des prières. Par là en effet sera atteint le nombre sept, et sera vérifié à la lettre ce que dit David : Seplies in die laudem dixi tihi'^. Quoique cet usage venu d'Orient se soit très utilement répandu, quelques monastères d'Orient demeurèrent pourtant fidèles à l'ancienne tradition, et ne voulurent pas accepter le nouvel office ^.
* [On consultera avec fruit un excellent article du P. Pargoire, de TAssomption , sur cet office de Prime, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. m, 1898, p. 281-288. Nous nous bornerons à donner ici ses conclusions : 1" Prime a été introduite dans l'office vers 382, et non 390-403, comme le voulait Batiffol, ni à plus forte raison « vers le commencement du v« siècle» (D. Cabrol, Les églises de Jérusalem, 1895, p. 44); 2° Elle eut pour berceau un monastère de Bethléem autre que celui de saint Jérôme, peut-être celui qui se trouvait au delà de la tour d'Ader; 3" La paresse des moines qui prolongeaient leur sommeil jusqu'à Tierce fut la cause occasionnelle de son institution; 4° Au lever du soleil, tandis que les compagnons de Cassien récitaient la nouvelle petite Heure, une bonne partie du monde monastique terminait l'office des Laudes ou le commençait à peine. Ces Laudes renfermaient les trois psaumes réservés à Prime dans les monastères de Bethléem. Tr. ]
2 Ps. cxvui.
3 Sciendum tamen hanc malutinam, quse nunc observatur in occiduis