CHAPITRE m d
Nous avons ici rétablissement de Prime, comme office du matin distinct de celui des Laudes. Le nom de Prime se rencontre pour la première fois dans la Règle de saint Benoît , mais l'office lui-même date de 390 ou 400 (plutôt vers 382, voir la note 1 de la page précédente) ; Cassien Tappelle encore novella, solemnitas ou altéra Matutina ' on y récitait les psaumes l, Lxn et Lxxxix, qui auparavant, comme on le sait par saint Basile, saint Jean Chrysostome et les Conslitations apostoliques, appartenaient aux Laudes (du moins les psaumes l et lxu). On ne voit pas très clairement dans Cassien s'ils furent supprimés pour Laudes et récités seulement à Prime : nihil de antiqiia Psalmorum consuetudine immutatum, sed eodem ordine missam in nocturnis conventihus perpetiw celehrafamK
4° Tierce, Sexte, None. — Cassien parle de Tierce, de Sexte et de None en divers endroits, et il montre que l'ordonnance de ces heures n'était pas uniforme. D'après le chapitre n du livre II, on récitait en divers endroits, parallèlement au nombre des heures, trois psaumes à Tierce, six à Sexte, neuf à None. Mais la coutume la plus répandue était de réciter trois psaumes à chacune de ces heures ; c'était en particulier la règle générale dans les monastères de l'Orient asiatique : Palestine, Mésopotamie, etc.". Le dimanche on supprimait les petites Heures, avant midi , parce qu'on pensait que les psaumes chantés en ces jours durant la célébration de la sainte Messe et pendant la Communion, unis aux lectures saintes (qui, à ce qu'il semble, n'avaient pas lieu aux jours ordinaires), étaient une compensation suffisante pour ces heures'^. Cassien fournit aussi les raisons mystiques de la célébration d'un office en commun à ces trois heures. L'accomplissement de la promesse et la réalisation de notre rédemption y
vel maxime regionihus , canonicam functionem noslro tempore in nostroque monasterio primitus institutam, ubi Dominas noster Jésus Christus natus ex Virgine, etc. ...Denique cum hic idem typus de Oriente procedens hue usque fuerit utilissime propagatus, i'i nonnullis nunc usque per Orientem antiquissimis monasteriis, quse nequaquam vetustissimas régulas patrum violari patiuntur, minime videtur admissus ( lib. III, c. iv [Petscheni^, loc. cit., p. 38-39; P. L., loc. cit., col. 126-132]).
1 Lib. III, c. VI ( Petschenig- , loc. cit., p. 40; P. L., loc. cit., col. 135).
2 Itaque in Palestinœ vel Mesopotamiœ monasteriis ac totius Orientis supradictarum horarum solemnitates trinis quotidie psalmis finiuntur (lib. III, c. m [Petschenig, loc. cit., p. 34; P. L., loc. cit., col. 116]).
3 Lib. III, c. XI (Petschenig, loc. cit., p. 44; P. L., loc. cit., col. 150).
Brév.. t. I. 10
sont rattachés. Ainsi, à Tierce, on fêle la descente du Saint- Esprit sur les Apôtres; à Sexte, la consommation du sacrifice du Christ sur la croix et la vocation des Gentils accomplie, d'après la vision de saint Pierre, vers l'heure de midi ; à None enfin, la descente de Jésus aux enfers: iihi seras ferreas conlerens ciplivilnfem Sanclorum... snluhriler caplam transvexit secuin ad cxlos igneac/uc rhomphœa summofa anliquumincolam paradiso pia confessione reslltuit (lib. III, c. ni)' ; le souvenir de la grâce accordée à Corneille à celle heure et l'exemple des apôlres Pierre et Jean '^. Cassien remarque en outre à ce sujet (peut-être en considération de ce fait que les Egyptiens, qui en d'autres circonstances lui ont servi de modèle, ne célébraient pas ces heures) qu'on doit les célébrer en commun, car autrement on courrait risque de laisserpasser le jour sans prière, occupé qu'on serait aux affaires'^. L'opinion que Cassien a déjà aussi eu connaissance à\x Deiis inadiiilorium, comme prélude des offices, est erronée; Bickell l'a déjà réfutée ''. Le Collateur, quand il parle de ce verset, veut simplement dire que les moines zélés entretenaient l'esprit de prière et se préservaient des tentations et du relâchement par des oraisons jaculatoires, telles que le Deus in adiulorium , qu'ils répétaient fréquemment''.
5° Le Lucernaire. — Cassien, parlant du Lucernanum ou des Vêpres, de cet office qui, comme la Malutina solemnitas , a été si fort recommandé par les instructions du Seigneur dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, et qui a été réglé par la pratique des saints, annonce qu'il en dira par conséquent peu de chose. Tout d'abord il renvoie à l'ordonnance mosaïque concernant le sacrifice quotidien du soir (Num., xxvni), et au verset du psaume, qui appelle la prière et l'élévation des mains
1 Petsclienig-, loc. cit., p. 36 sq. ; P. L., loc. cit., col. 121.
* Act., m, 2; X, 1.
3 Quibus liquide probalur non immerilo a sanctis et apostolicis viris has horas religiosis ohseqiiiis consecratas a nobis qiioque observari similiter oportere, qui, nisi let/e quadam... adiffamur, lotuni diei spatium oblivione aut desidia rei occupationihus involuti absque orationis interpolatione ( interpellatione) consuniimus (l^etschenig, loc. cit., p. 37; P. L., loc. cit., col. 122). Sur rinterprétation mystique, cf. ce qui est dit plus haut sur S. Athanase.
* Op. cit., p. 417.
« Collât. X, c. X (Petschenig, loc. cit., p. 297; P. L., loc. cit., col. 832 sq.).