‹ Histoire du bréviaireChapitre 76 sur 224 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

donnance de saint Basile, de réciter le psaume xc à la fin des Vêpres, il n'y ait eu un germe qui plus tard en se développant est devenu un office particulier, une ramification distincte sortie des Vêpres.

1° Prière à la fin de l'office. — Comme on le voit par ce qui précède, les indications que fournit Gassien sur l'office des moines ne sont nullement complètes; les lacunes ne sont pas comblées par ses autres écrits. Ses conférences nous disent seulement que le texte de l'office n'était pas uniquement composé de psaumes, de leçons, d'antiennes, de répons et de courtes prières entre les psaumes. Car dans ces Conférences il est encore question de trois prières ou d'une triple prière, que l'on récitait à la fin des offices communs et qui ne pouvait être faite d'une façon convenable que par tous les frères ensemble ^ On ne peut ici songer aux courtes prières qui suivaient chaque psaume ou chaque partie des psaumes; en effet, il est dit que cette triple prière termine l'office divin, et dans tous les cas elle était d'une plus longue durée, puisqu'on lit: qui inlento animo non supplicat. On pourrait admettre qu'il s'agit de la prière divisée en trois parties , qui commençait avec la prière pour la paix. On lit encore dans les Conférences : Ex prsecedenli enini statu mens in supplicatione formaiur , eorumdenique acluuni procumhentibus nobis ad pacem... imago, etc., ce qui est

1 Satis vero constat illiim trime orationis niimerum, qui solet congreyationihus fratrum ad concliidendam synaxim celehrari. eum, qui intenio animo non supplicat, observare non posse [Collât. IX, c. xxxiv; P. L., toc. cit., col. 816). Petschenig {loc. cit., p. 282) a lu curvationis numerum, au lieu d'orationis. Mais cela pourrait bien n'être pas la vraie version, car curvatio ne cadre pas avec le sujet traité au ch. xxxiv. Pourquoi celui qui ne intenta animo supplicat ne peut- il être à même de faire une curvatio, ou trois génuflexions? Tandis qu'on a un sens raisonnable si l'on dit : Celui qui ne prie pas intento animo ne peut pas suivre avec attention et profit {observare non potest) Voratio super fidèles. C'est pourquoi la leçon du Codex Palatinus du x" ou du ix« siècle, qui a orationis, doit être préférée. Dans le Codex Vaticanus 5766, appartenant au viii« siècle, il y a peut-être curationis ; mais on peut aussi lire urationis u, corruption ou prononciation provinciale de o), ainsi orationis. Dans le même Codex, on rencontre souvent u au lieu de o, ainsi : puculum au lieu de poculum, impurtare au lieu de importare , pustulare au lieu de postulare, nubis deux fois au lieu de nobis. Cf. ces exemples dans Petschenig, op. cit., p. 271, lig. 3; p. 272, lig. 14; p. 274, lig. 11; p. 275, lig. 13; p. 278, lig. 12; p. 279, lig. 6 et 23, note; p. 280, lig. 15, note.

peut-être bien une preuve que ce serait efTectivement cette prière ^ Elle se composait, comme VOratio fidelium, de trois parties : 1" I^itanies pour tous les besoins, commençant par l'invocation pour la paix; 2" Oraison {Gratiarum aclio) du diacre^; 3° Bénédiction de l'évêque ou du prêtre avec cette conclusion : Exite in pace. Cette Oraiio fidelium, comme nous Tavons vu ci-dessus dans saint Jean Ghrysostome et dans les Constitutions apostoliques , devait se réciter en Orient à la fin des Laudes et des Vêpres. On Fa rencontrée aussi dans la suite plus souvent encore ailleurs comme conclusion d'autres offices.

III. La « Peregrinatio Sylviae ». — Jusqu'à ces dernières années, les catéchèses très incomplètes de saint Cyrille et quelques autres indications insignifiantes nous renseignaient seules sur la liturgie de Jérusalem au iv^ siècle. Et cependant une connaissance plus détaillée de cette liturgie eût été d'une grande importance; car on savait qu'au temps de saint Damase et de saint Jérôme , comme le rapporte entre autres saint Grégoire le Grand ^, Rome et tout l'Occident avaient fait de larges emprunts à la liturgie jérosolymilaine, et que très vraisemblablement même cette dernière avait donné lieu à une réorganisation.

Un manuscrit découvert en 1884 par Gamurrini et publié pour la première fois en 1887 comble cette lacune. C'est le récit du voyage d'une femme gallo-romaine, la religieuse Sylvia, parente du célèbre ministre de l'empereur Théodose, Rufîn, laquelle avait visité les lieux saints (vraisemblablement en 385, un an donc avant la mort du saint évêque Cyrille ) ; elle avait fait à ses sœurs une description précise de ce qu'elle avait vu des solennités liturgiques de Jérusalem et des environs''. [Jusqu'ici on

' Collai. IX, c. m ( Petschenig- , loc. cit., p. 252 sq. ; P. L., loc. cit., col. 773 sq.).

2 Ce n'était pas inconnu des moines; on le voit spécialement par le lib. XI, c. XV (Petschenig, loc. cit., p. 202), c. xvi (P. L.. loc. cit., col. 416-517), où un moine dit par cœur ces oraisons et plehis sermonem et catechumenis missam.

3 Epist., IX, c. xii.

* Première édition, 1887, où se trouvent aussi le Liber de locis sancti.^, de Pierre Diacre, et le Tractatus de mysteriis, de S. Hilaire, avec quelques hymnes. Elle forme le tome iv de la Biblioteca deW Accademia storicogiuridica, Roma, 1887. Nous possédons l'édition séparée ou deuxième édition, que les notes de de Rossi ont enrichie : S. Sylviee Aqiiilanœ

Page 1