CHAPITRE m
gestor. Sidoine Apollinaire le nomme une fois Psalmorum modalator et phonasciisK Ces chantres avaient Tordre de lecteur; en Orient, celui des canlores ou psalmislœ, qu'on pourrait appeler un quasi-ordre de constitution particulière^. Le chantre empruntait au psautier ce qu'il lisait; c'est ce qui explique pourquoi les Pères disaient souvent du psaume qu'on venait précisément de lire ou de chanter : Psalmiis^ qui lectiis est; Psalmum, quum legeretur , audistis. [« Cette forme de chant se rapproche de la lecture; elle laisse au chantre le rôle principal. Mais la reprise indique que le chœur et les fidèles, en union intime avec le chantre, ne perdent pas le contact. Forme très antique de la prière, usitée déjà chez les Juifs, comme il paraît par la contexture de certains psaumes ; forme d'une beauté simple et grande ; cette intervention du peuple dans la prière rappelle celle du chœur dans la tragédie antique^. »]
La plupart du temps, dans la liturgie, on faisait suivre une lecture plus long-ue (de l'Ancien Testament, Pentateuque ou Prophètes) d'un Psalmus responsorius, pour porter plus de vie et de variété dans la célébration du culte. Mais peu à peu on réduisit ce Cantus responsorius à quelques versets d'un psaume ou de quelque autre livre , qui devaient traduire l'impression produite par la lecture. On nommait cette pièce de chant, composé de quelques versets, sorte de strophe et d'antistrophe , Responsorium prolixum, comme cela a lieu encore aux Matines après les leçons, ou Besponsorium brève, comme on en dit encore aux petites heures du Bréviaire romain, et à Laudes et à Vêpres du Bréviaire monastique.
Antienne, — p) Cantus antiphonus, de àvTtîpoivsTv ^ ex adverso, reciproce et allernalim canere. Ce chant passa d'Orient en Occident. D'après Socrate*, saint Ignace d'Antioche aurait emprunté au chant des anges cette mélodie psalmodique et l'aurait introduite dans son église. Mais Théodoret^ affirme que ce
1 Lib. IV, epist. xi (P. L., t. lviii, col. 518). Cf. Cassien, toc. cit., lib. III, c. VIII (Petschenig, loc. cit., p. 43; P. L., loc. cit., p. 144) : uno modulante.
2 Cf. Concit. Laodicen., can. 15, 23, 24.
"> [D. Cabrol, Le livre de la prière antique, J900, p. 45 sq.l
'' H. E., lib. VI, c. VIII (P. G., t. lxvii , col. 692).
^ H. E., lib. II, c. xi.\, alias xxiv (P. G., loc. cit., t. lxxxii, col. 1060).
fut seulement au milieu du iv'^ siècle qu'elle fut introduite à Antioche, par les moines Diodore et Flavien. Ceux-ci, à Tépoque des troubles de Thérésie arienne ou pour supplanter les chants apoUinariens et les chants g-nostiques de Bardesane, auraient encouraj^é le peuple, de la voix et par l'exemple, à demeurer sans relâche nuit et jour dans Féglise, occupé à prier et à chanter. Ils partagèrent ceux qui psalmodiaient en deux chœurs et leur apprirent à chanter alternativement les hymnes de David. Quelques-uns, en s'appuyant sur Théodore de Mopsueste^, pensent que le mérite de ces deux moines se borne à avoir emprunté à la communauté syrienne le chant antiphoné ou alternatif, pour le transporter dans la communauté de langue grecque, ce qui expliquerait qu'ils en soient regardés comme les auteurs, tandis que saint Ignace avait introduit cette façon de chanter chez les chrétiens de Syrie dès Tan 100. On doit, dans tous les cas, dire avec Théodoret que « ce qui fut introduit alors à Antioche pour la première fois (ou chez les habitants grecs d'Antioche) se répandit bientôt et parvint jusqu'aux confins de la terre ». [La question de l'origine de l'antienne est donc encore non résolue. Peut-être même cette forme de psalmodie date-l-elle des Juifs. Il est même possible que, dans certains cas, on ait confondu antienne et répons (dom Gabrol).]
Le chant antqohoné consiste en ce fait : après un ou deux versets du psaume, on intercale une courte phrase musicale, espèce de refrain appelé antienne-, tandis que le psaume est chanté alternativement par deux chœurs. [« Ce qui fait donc l'essence de l'antienne, c'est la récitation par deux chœurs alternatifs, tandis que le caractère du répons est constitué par l'alternance d'un chantre. Dans la forme antiphonée, c'est au chœur ou aux fidèles que toute l'action est dévolue; leur intervention n'est pas momentanée comme dans le répons, elle est continue; la prière marche d'un pas égal, renvoyée d'un chœur à l'autre, elle progresse de verset en verset , soutenue par la reprise, rebondissant en quelque sorte par l'altei^nance, réveillant l'attention des fidèles qui se répondent et s'excitent à la prièi-e dans ce dialogue serré, ininterrompu. La psalmodie atteint souvent sous cette forme à
1 Dans Nicetas, Thésaurus orthodox. fid., lib. V, c. xx.
2 'Axpoaxi'xiov; Const. apost., lib. II, c. lvii.
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un caractère de beauté supéi^eure*. »] Plus tard, on ne mit le refrain, Tantienne, qu'après un plus long- morceau ; finalement on ne le répéta que deux ou trois fois seulement (et, dans ce cas, c'était avant et après le Gloria Patri).
On se servait ordinairement comme refrain et comme antienne de V Alléluia, qui avait été emprunté au rite de la synagogue. Une forme particulière de chant antiphoné était celui qu'on appelait hypophonique ou épiphonique. Il consistait en ce que le chantre chantait le psaume entier sans interruption, et, seulement à la fin, les fidèles ou le chœur répondaient au psaume entier ou aux dernières phrases par la répétition d'un verset ou de quelques mots. Cela paraît avoir été la méthode égyptienne. Nous avons vraisemblablement un exemple de la division en deux chœurs et d'un chant responsorial dans la lettre de saint Basile au clergé de Néocésarée^. Saint Athanase nous en fournit un autre. Il fut une fois assailli dans l'église par une troupe de gens armés à l'instigation des Ariens; il ne parvint à leur échapper qu'en se mêlant à la foule des fidèles qui chantaient des psaumes. En rapportant cet incident, il dit : « Assis sur mon trône, j'ordonnai au diacre de lire, c'est-à-dire de chanter le psaume, et je fis répondre au peuple : Quoniajn in spéculum misericorclia ejus^. »
Trait. — y) Le Caiitus tractus est un chant où le psaume est chanté, sans être coupé par un répons ou une antienne, d'un seul trait et par un seul. Tractim cancre signifie non « en traînant » ou lentement, mais chanter en une seule fois. (Amalaire : Hoc differt inier responsorium , cui chorus respondet, et tracluni, cui nemo...) Ainsi ce n'est donc pas un chant « plus prolongé », plus solennel, mais ininterrompu. De même, dans le trait qui est employé aux Messes des temps de pénitence (Carême, Vigile, Quatre-Temps), l'essentiel consiste dans la mélodie, qui, dans une allure légère, remplace V Alléluia. Ce mode de chanter fut particulièrement usité dans les pre-
1 [D. Cabrol, op. cit., 1900, p. 49 sq. ]
2 Comp. (TÛficpwv.ov , àvrfcpwvov àyyéXwv (Ttàffcv , comme saint Grégoire de Nazianze {Poetn. moral., x, vs. 920-923, De virlut. et carm. 50} le dit des moines {P. G., t. xxxvn, col. 746 sq.).
3 Ps. cxxxv, 1, Apoloff. de fuga sua, c. xxiv (P. G., t. xxv, col. 676). Cf. Conc. Laodicen., can. 15.
miers temps chez les païens nouvellemenL convertis qui ignoraient encore les psaumes. Il est expressément attesté chez les moines égyptiens, par Cassien * et saint Jérôme ^, et dans les Règles de Sérapion, Macaire, Paphnuce et d'un Macaire le Jeune ^, où le primus psalmiun dicil doit s'entendre dans ce sens que l'un chantait, tandis que les autres écoutaient et ne chantaient qu'au douzième psaume ou répondaient alors par une antienne.
Le Cantus in directum. — o) Le Canins directaneus, direclii.s ou in directum, directanee psallere, était opposé aux trois modes dont nous venons de parler. Il consistait en ce que tous les assistants, et, s'il n'y avait que des choristes'', les deux moitiés du choeur récitaient ensemble et comme d'une seule voix, tanquani ex uno ore, sans addition d'antienne et sans chant antiphoné, un psaume, comme nous l'apprend saint Basile. Le bienheureux Joseph -Marie Tommasi^ dit : Directaneus sive in directum est, cum totus chorus communiter canit, non alternis, sed uno veluti ore unoque concentu... Accipio hoc loco cantum pro vocum consonantia, elsi fortassis sine speciali musicx sono. Il est naturel, en effet, qu'un tel chant en commun, exécuté par une grande assemblée, à l'exception cependant des mélodies les plus connues, ne puisse pas être très modulé ; il doit se poursuivre presque sur un même ton, si l'on ne veut pas détruire tout l'ordre et toute l'harmonie. Voilà pourquoi on prend avec raison aujourd'hui in directum psallere pour un simple récitatif, bien que cela ne fût pas sa signification primordiale. On appelle également cette façon de chanter : le mode symphonique , pour le distinguer de l'antiphonique; d'après l'opinion de quelques auteurs, c'était le mode
> De inst. cœnob., lib. II, c. xii ( Petschenig:, loc. cit., p. 27; P. L.. t. XLix, col. 102) : Congregationum solemnitates ex more célébrantes, absque eo, qui dicturus in médium psalmos surrexerit, cuncti sedilibus humillimis insidentes , ad vocem p.sallentis omni cordis intentione dependeant.
2 Praef. in Reg. Pactiomii [P. G., t. xxiii, col. 63).
3 P. G., t. xxxiv, col. 972.
< Cf. le passage de saint Basile sur les Trawyyta. — [Nous croyons cependant que Ton pourrait identifier, au point de vue du chant et de l'exécution, le trait et le Cantus directaneus ; ils sont cai-aclérisés l'un et l'autre par l'absence de tout refrain, de toute réplique : c'est le chant continu. Tr.]
5 Prœfat., p. 3; Opéra, t. iv, p. 3; t. v, p. 16-31.