CHAPITRE IV
déclara qu'il consentait à abandonner à Tempereur son arj^ent et ses biens, sa liberté et sa vie, mais qu'il ne pouvait disposer des églises pour lui plaire. Les jours suivants, mardi et mercredi saints, il demeura avec son peuple dans la basilique contestée, entourée par les troupes impériales. Les catholiques s'enfermèrent avec leur pasteur, fermement résolus à y demeurer jour et nuit. Les vastes dépendances, les parvis, les portiques et une espèce de cloître qui entourait l'église, assuraient aux fidèles un lieu de refuge. Ambroise fit annoncer que tous ceux qui violeraient le lieu saint seraient retranchés de la communauté chrétienne. Les soldats catholiques quittèrent alors leurs rangs pour célébrer l'office dans l'église avec l'évêque, et il n'y eut presque à demeurer à leur poste que les Goths ariens ; ils ne pouvaient empêcher le peuple de se porter en masse dans l'église. Ambroise exprima aux soldats calholiques sa reconnaissance et sa joie. L'investissement dura jusqu'au jeudi saint, où l'on apprit que l'empereur désorienté avait ordonné à ses troupes de laisser libre la basilique, de délivrer les prisonniers et de restituer toutes les amendes, de sorte qu'on put célébrer en paix les derniers jours de la semaine sainte et le jour de Pâques.
Pendant cet emprisonnement, qui dura deux jours et deux nuits, saint Ambroise, comme le rapporle saint Augustin, témoin oculaire*, pour remplir les heures longues et pleines d'angoisses, introduisit dans roffice le chant des psaumes alterné en deux chœurs avec antiennes et versets, et plusieurs hymnes qu'il avait composées^. 11 emprunta cet usage aux églises orientales, avec
allemand, Geschichte des hl. Ambrosias, trad. par Bittl, Fribourg-, 1873, p. 258 sq. [On consultera aussi l'article Rit ambrosien , de Paul Lejay, dans le Dictionnaire de tliéologie de Vacant, t. i, col. 954-968, et dans le Dictionnaire d'archéolocfie chrétienne du R. P. dom Cabrol, t. i, col. 1372.1
1 Excubabat pia plebs in ecclesia , mori paratn cum episcopo sno, servo tuo, Ibi mater mea, ancilla tua, solticitudinis et vigiliarum primas tenens, orationihus vivebat. Nos, adliuc f'ri(jidi a calore Spiritus tiii , excitabamur tamen civitate attonita atque turhata. Tune hymni et psalmi ut canerentnr secundum morem orientalium partium, ne populus mœroris tœdio contabesceret, institutum est; et ex illo in hodiernum retentum, multis iam ac psene omnibus (jregibus tuis et per cetera orbis imitanlibus {Confess., lib. IX, c. vu; P. L., t. xxxii, col. 770).
* Dans l'hymne Bis ternas horas explicans , qui, d'après Cassiodore {\ 565; Comment, ad ps. cxviii, 164; P. L., t. lxx, col. 895), est de saint Ambroise, on lit : Nos eryo nunc confamuli — Prophetœ dicti memores,
lesquelles, comme nous le montre sa correspondance avec saint Basile, il était en relations suivies. Isidore de Séville rapporte quelque chose d'analogue. « Les Grecs les premiers ont composé des antiennes. Ils formaient deux chœurs qui chantaient alternativement, comme deux séraphins. Chez les Latins, ce fut Ambroise de vénérée mémoire qui les établit, àFexemple des Grecs. Désormais leur emploi se répandit dans tous les pays de l'Occident^ »
Entre les psaumes furent intercalées les hymnes , ayant une mélodie syllabique ou récitalive, que le peuple pouvait facilement apprendre ; celte mélodie se trouve encore aujourd'hui dans les hymnes ambrosiennes des fériés du choral liturgique^. Il n'est pas facile de préciser quelles hymnes le saint docteur introduisit alors, car parmi celles que nous possédons de lui, et qui toutes sont destinées à l'office, aucune ne reflète l'excitation de ces luttes orageuses; elles indiquent plutôt la paix d'une âme qui cherche à louer Dieu^.
D'après Paulin et Augustin, la manière antiphonée de réciter des psaumes et le chant des hymnes furent aussi introduits pour la première fois en Italie et à Rome sur le modèle de
— Solvamiis ora in canticis — Prece mixta Davidicis, — Ut septies diem xiere — Orantes cum psalterio — Laudesque cantantes Deo, — Lœti solvamus debitum (P. L., t. xvii, col. 1173-1174).
1 Antiphonas Grœci pi-imnm composnerunt , diwhiis choris alternatim concinentibus , quasi duo Seraphim... Apiid Latinos autem primus idem beatissimus Ambrosius antiphonas constitnit, Grœcorum exemplum imitatus : ex hinc in cunctis occidiiis re(jionibns earum usus increbuit {De off. eccL, lib. I, c. vu; P. L., loc. cit., t. lxxxiii, 7 43 sq.).
2 Cf. à ce sujet Anibr. Kienle, O. S. B., Choralschule , Freburg, 1893, p. 98; D. Pothier, Les mélodies çfrégoriennes [Der gregorianische Choral), trad. par P. Ambr. Kienle, Tournai, 1881, p. 188; Ebert, AUgemeine Geschichte der Literatur des Mittelalters im Abendlande I, 2^ édit., Leipzig-, 1889, p. 179 sq.; Kaysev, Beitrlige ziir Geschichte und Erklârung der alteslen Kirchenhymnen, 2« édit., Paderborn, 1881, p. 193; Manitius, Geschichte der lateinischen Poésie, Slult^art, 1891, p. 139 sq. ; et rouvrag-e déjà cité. Brèves, Aiu-elius Ambrosius, der Valer des Kirchengesanges, Freburg, 1893.
3 La critique moderne n'accorde que quatre hymnes à saint Ambroise : Veni redemptor, Deus creator, .Eterne rerum, lam surgit. Mais Ebert, op. cit., p. 382, a reconnu lui-même qu'on devait lui en attribuer davantage; de même Kayser, op. cit., p. 19-i. Le travail de Biraghi, Inni sinceri e carmi di S. Ambrogio, Milano, 1862, qui élève le nombre des hymnes authentiques à dix- huit, mérite plus d'attention et de considération. [Il a été suivi par Dreves. Voir art. Ambroise ( hymnographe ) dans le Dict. d'archéologie chrétienne et de liturgie de dom Cabrol. t. t.]