CHAPITRE IV
Milan, ce qui est à retenir pour Finlellig'ence des renseignements qui suivent. On voit aussi i)ar un discours synodal du pape saint Célestin \^^^, el par une lettre de l'évêque Fauste de Riez [Episl. ad Gral. : per omnes Italix et Gallix recfiones persultat Ecclesia'), que le chant des hymnes se répandit bientôt dans toute l'Italie et peut-être à Home même.
Nous verrons dans le chapitre suivant, d'après saint Césaire, saint Benoît el Cassiodore, que les hymnes formaient souvent déjà une partie intégrante de l'office, encore que pendant longtemps elles ne fussent employées à Rome qu'au commencement et à la fin de cet office. On a dit, avec raison, que dans toutes les hymnes liturgiques attribuées à saint Ambroise éclatait on ne peut plus claii^ement, et on ne peut plus magnifiquement, le caractère de la poésie des hymnes latines : dignité solennelle , gravité élevée , profondeur des pensées dans un langage très simple, qui dédaignait fréquemment Télégance classique, mais qui en imposait d'autant plus par son énergie et par sa force. Saint Ambroise n'a pas renoncé aux types classiques ; mais la nouvelle manière d'envisager le monde, tout en se revêtant des anciennes formes, « rompt les vieilles outres, » crée une langue nouvelle pour de nouvelles idées, de nouvelles images et de nouvelles expressions, pour la vie spirituelle plus riche, pour les rapports plus intimes avec la nature. Dans ces hymnes, c'est la profondeur et l'intimité des sentiments qui prédominent, tandis que dans les chants de l'Eglise grecque apparaissent une plus grande abondance d'esprit et d'imagination, une langue plus pleine de grâce et de charme, mais fréquemment aussi de l'enflure et du grandiose , qui parfois sentent trop la rhétorique et ne paraissent pas toujours naturels^.
On voit déjà, par ce qui précède, que saint Ambroise célébrait l'office des Vigiles dans l'église de concert avec le peuple. Il exhorte à plusieurs reprises les fidèles à la prière nocturne en général , sans qu'il soit possible de voir en cela un office
1 P. L., t. L, col. 457.
2 P. L., t. Lviii, col. 854. Cf. Gennad., De script, eccl., c. .\civ (P. L., t. Lviii, col. 1116). Duchesne, Le Liber pontifie., Paris, 1885, t. i, p. 255 sq.
•* Cf. aussi Fôi'ster, op. cit., p. 263-264, et Bahr, Geschicfite der rômischen Literatur, t. iv : Die christ. Dichter iind Gescliiclitsclireiber , Carlsruhe, 1872, p. 9 sq.
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des Vigiles célébré en commun dans l'église'. L'épître à Irénée, où il est dit que Ton récitera ou chantera le soir avant les ^'igiles le psaume xliv ou du moins un de ses versets, semble parler en faveur des vigiles solennelles, si toutefois on ne doit pas entendre par là les Vêpres ou le Lucernaire qui étaient célébrés in prima iwclis vigilia'^' de même l'épître à Marcelline sur l'invention des corps des saints Gervais et Protais^, dont parle aussi saint Augustin''.
Le docteur de Milan parle des Laudes matulinœel des Heures du jour dans son ouvrage De virginihus, adressé à sa sœur Marcelline; il y traite des sept prières {Solemnes orationes cum ffraliarum actione) et y indique les heures auquelles se font à peu près ces sept offices du jour; mais on peut se demander s'il veut parler doflices célébrés en commun et avec solennité dans l'église ou seulement d'une prière privée^. Pour les trois petites Heures : Tierce, Sexte et None, et leur existence à Milan, on peut invoquer les hymnes de saint Ambroise ." lam surgit hora tertia, Bis ternas horas explicans et Ter hora trina solvilur , et celle des Vêpres, Deus creator omnium. La première et la quatrième sont sûrement de lui; la deuxième, d'après Cassiodore**, lui appartient aussi très vraisemblablement. Pour l'office du
1 Expos, in ps. cxviii, serm. vu, n. 30, 31 {P. L., t. xv, col. 1291-1292) : Non dormiamus ergo totis noctibus , sed maximam partem earum leclioni et orationibus deputemus. Cf. serm. viii , n. 45, 46, 47, 49, 52 (P. L., t. XV, col. 1313 sq.); et serm. xix, n. 32 (P. L., t. xv, col. 1479).
2 Versiculum illiim cœpi mecum volvere, quo vesperi in viffiliis usi fueramus : 'L2paTo; xaXXet x. x. X. {Epist. classis i, n. 29; P. L., t. xvi, col. 1054). Cf." /n ps. xxxvi, n. 65, 66 (P. L., t. xiv, col. 1001). Expos. Evang. sec. Lucam, lib. II, n. 76; lib. VIT, n. 87 sq. (P. L., t. xv, col. 1580, 1721).
3 Nam cum diebiis ac noctibus continualam videam sanctitatis vestrœ celebritatem, istos esse dies prophetici carminis oracula declararunt , hesternum atque hodiernum, de quibus apporta nissime dicitur : Dies diei éructât verbum; et islas noctes, de quibus aptissime disputaiur; quia nox nocti indicat scientiam. Quid enim aliud hoc biduo, etc. [ad Marcell. epist., classis I, n. 22; P. L., t. xvi , col. 1024). Il parle des jours de Tannée 386.
* Confess., lib. IX, c. vu (P. L., t. xxxii, col. 770).
5 S. Ambros., De virginib., lib. III, c. iv (P. L., t. xvi, col. 225) : Cum e somno surgimus , etc. Après les Vêpres, hora incensi, il nomme encore une prière : Cum denique cubitum pergimus. Quelques-uns veulent y voir une indication des Compiles.
6 In ps. cxix{P. L., t. Lxx, col. 895).
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matin ou les Laudes peuL-êIre pourrait-on alléguer un discours, attribué à tort au saint, mais qui pourrait appartenir à la lin du iv^ siècle ou au commencement du v*^ et à la province de Milan ou à la Gaule cisalpine'.
On chercherait en vain, dans les discours et les écrits d'Ambroise, des renseignements plus détaillés sur Toffice.
Saint Jérôme. — Saint Jérôme, avec lequel nous abordons pour rOccident le v*' siècle, parle tout d'abord des Vigiles dans Tépître à Riparius, qui lui avait signalé les invectives de Vigilantius (en Espagne et en Gaule) contre Tusage de TEglise de passer les nuits dans les basiliques des martyrs-; puis dans son ouvrage contre Vigilanlius , où il réfute avec un sarcasme mordant les objections que l'on avait fait valoir en se basant sur quelques abus commis dans la célébration des A^igiles. Il y donne également à entendre que la Mgile principale et le type de toutes les autres était celle de Pâques, qui faisait loi partout, tandis qu'on avait plus de liberté relativement aux autres^.
Peu de temps auparavant, il avait très expressément recommandé à une pieuse et illustre matrone romaine de prendre sa fille avec elle lorsqu'elle irait à l'église, la nuit ou le soir, pour assister aux \'igiles solennelles, les jours de grandes fêtes ou de dimanche ou pour les fêtes des martyrs, mais de ne pas se séparer d'elle d'un regard ou de l'espace d'un doigf*. Dans la même lettre^, il parle de plus de la prière du matin {hi/mnos canere), de la troisième heure, de la sixième et de la neuvième, auxquelles la jeune fille doit assister comme un soldat du Christ dans les rangs du combat (allusion à la Slalio du jour dans l'église, particulièrement aux jours de jeûne depuis Tierce jusqu'à Noue, en
1 Qui iuxta Ecclesiain esl et occiirrere potest, quotidie aiidiul Missain, et qui potest, omni nocte ad matutiiium of'ficium veniat. Qui vero longe ai Ecclesia inanent , omni Doininica studeaiit ad Matulinum ventre (Sernio XXV [De Quadr-arj., 9], inlei- Ambrosianos; P. L., t. xvn, col. 656, n. 5).
* Epist. cix (al. 53), Ad Riparium presbylerum , n. 3 (/'. L., t. xxii, col. 909), écrite en 404.
3 Contra V içj ilantium , n. 9 [P. L., t. xxiii, col. 347 sq.), écrit en 406.
* Basilicas martyruin et ecclesias sine matre non adeat. Viyiliaruni aies et solenines pernoctationes sic virguncula nostra celebret, ut ne transverso quidem ungue a matre discedat (Epist. cvii [a\.\u], Ad Lselam, n. 9; P. L., t. xxn, col. 875 ), écrite en 403.
^ Epist. ad Lvetam, loc. cit.
opposition à la veille de la nuit). 11 y parle aussi du sacrifice de Vêpres {Accensa lucernula reddere sacrifia' uni vesperlinum).
Dans les lettres à Eustochium, Ruslicus et Déniétrius, il mentionne un ordo psalmorum el orationuin et des Heures canoniales supposées bien connues', auxquelles les pieux chrétiens et les pieuses chrétiennes ne néglig-ent pas de prier. Ce sont : la prière de la nuit, la prière du matin (Laudes), Tierce, Sexte, None et Vêpres. Si le saint ne veut pas par là imposer aux jeunes filles Tobligation d'assister à la célébration faite par l'Eg-lise, la façon dont il s'exprime montre pourtant que ces heures de prière étaient une pratique connue de tout le monde.
Saint Augustin. — Saint Augustin est avant tout un témoin irrécusable, authentique, de ce fait qu'au commencement du V® siècle, il n'y avait pas encore pour l'Eglise latine d'ordonnance uniforme concernant le rite et qu'on laissait aux évêques de chaque diocèse, ou au moins aux métropolitains unis à leurs sufTraganls, une grande latitude pour établir et rég-ler comme ils l'entendaient l'office divin. A condition de maintenir certains points essentiels de tradition apostolique , ils pouvaient se conformer aux besoins des temps, des lieux ou des personnes^.
Dans le magnifique livre de ses Confessions , le docteur de la grâce nous raconte que sa pieuse mère, sainte Monique , se rendait à l'église deux fois par jour, le matin et le soir, pour y entendre la parole de Dieu et pour y réciter ses prières; il dit aussi que tous les jours elle apportait son offrande à l'auteP. Il
1 Frœter psaluioriim et oi'alionis ordinem, qiiod lihl Hora Terlia, Sexta, Nona, ad Vesperiun, Media nocte et Mane semper est exercendum, statue, etc. Puis il parle de la lecture de la sainte Ecriture, Epist. cxxx (al. vin), Ad Demetriad., n. 15 (P. L., t. .\xii, col. 1119), écrite en 414; Epist. XXII, Ad Eustoch. de ciistod. virginit., n. 35, 37 (P. L., t. xxii, col. 420-421), écrite en 384, et Epist. cviii, Ad Eustoch. in epitaph. matris Paulœ, c. xix (P. L., t. xxii, col. 896), écrite en 404; Epist. CXXJ', Ad Rustic. (P. L., t. xxii, col. 1109), écrite en 411. Cf. aussi Pseudo- Hieron., Breviar. in Psalmos (P. L., t. xxvi, col. 1352), et Expos, super ps. cxix (P. L., t. XXVI, col. 1276).
2 Epist. Liv, LV, Ad lanuar. (éd. Benedictina, Antwerpiœ, 1700, t. n, p. 94 sq.). [Sur la Liturgie d'Afrique post-nicéenne, cf. dom Cabrol, O. S. B., dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, 1903, t. I, col. 620 sq.J
3 Nullum diem prœtermittentis oblationem ad altare tuum; bis in die mane et vespere, ad ecclesiam tuam sine ulla intermissione venientis, non ad i^anas fabulas et aniles loquacitates , sed ut te audiret in tuis sermo-