CHAPITRE IV
suit de là que, en 383, en Afrique, on célébrait chaque jour l'office du matin et Toflice du soir, et qu'on y lisait la sainte Ecriture, peut-être aussi qu'on l'y expliquait [iil le audiret in serinonihiis luis). Nous ne voulons pas trancher la question de savoir si par office du matin on doit entendre les Laudes ou la célébration du saint sacrifice, à laquelle la sainte femme « apportait son oirrande », ou bien même une combinaison des deux. Il est sûr que l'on célébrait un office des Vêpres, où l'on récitait des Oraliones hominum et sermones Dei . Cependant le témoignage de Cassicn', d'après lequel les laïques pieux récitaient aussi leur prière du matin à l'église , pourrait être invoqué ici comme preuve des Matines quotidiennes ; et la pratique générale des P]glises, telle que nous l'avons observée ci-dessus, nous autorise à conclure que, outre la Messe, on célébrait encore les Laudes et les Vêpres.
Dans son grand ouvrage La Cité de Dieu, saint Augustin parle, à un certain endroit, des \'êpres comme d'un exercice quotidien; les expressions qu'il emploie montrent qu'on y récitait des prières, qu'on y chantait des hymnes et des psaumes, ce qu'établit également une de ses lettres-. Il est admis généralement^ que la liturgie de Rome était en usage en Afrique ; ces données permettent donc de déduire à posteriori l'usage romain.
Saint Paulin. — Saint Paulin de Noie (7431) dit dans une lettre adressée à Victrice, évêque de Rouen (vers 399), qu'il se réjouit beaucoup de ce que dans cette ville clergé, peuple et religieux sont dans les églises et les monastères animés d'une généreuse émulation pour le chant quotidien des psaumes^, et sa Vie rapporte qu'il avait coutume de réciter avec son clergé l'office du matin
nibiis , et tu illam in suis orationibus {Conf'ess., lib. V, c. ix; P. L., t. xxxii, col. 714, n. 17).
' Cf. page suivante, n. 2.
2 Ad vespertinos illuc ( il s'agit d'une matrone qui se rendait à une église dans le voisinage d'Hippone) hymnos et orationes cum ancillis suis et quihusdani sanctiinonialihus ex more domina possessionis intravit; atque hymnos cantare cœperunt (De civit. Dei, lib. XXII, c. viii, n. 7; P. L., t. XLi, col. 765). — Acta sunt vespertina , qux quolidie soient, nohisque cuni episcopo recèdent ihus , f'ralres eodem loco hyninum dixerunt non parva multitudine usque ad ohscuratum diem manente atque psallente ( Epist. clxvii [al. xxix], Ad Alypium, n. 11 [P. L., t. xxxiii, col. 120], écrite en 395).
3 En Afrique, conformité presque absolue avec les coutumes de Rome (Duchesne, Origines du culte chrét., p. 83).
■♦ Vbi quotidiano sapienter psallentium per fréquentes ecclesias et ma-
et l'office du soir ex more el ordine*. D'un autre côté aussi, le peuple chrétien assistait avec zèle à l'église à l'office quotidien du matin, pour obtenir la bénédiction des travaux de la journée, se consacrer à Dieu et lui offrir le sacrifice des prémices'^.
Dans les conciles de cette époque, nous ne trouvons que de rares indications et de rares ordonnances concernant les Heures canoniales. Le neuvième canon du premier concile de Tolède, en 400, prescrit que des jeunes filles consacrées à Dieu, en l'absence de l'évêque ou du prêtre, ne pourront pas chanter « les antiennes « avec le chantre (confessor , de confiteri, louer). Le Lucernaire ne pourra être célébré que dans l'église, et dans une campag-ne, seulement en présence d'un évêque, d'un prêtre ou d'un diacre^. Il ressort de cela que les Vêpres étaient considérées comme un office liturgique solennel. Le prince des poètes chrétiens, Aurèle Prudence, composa, on le sait, un certain nombre de ses hymnes pour les heures du jour ou pour l'usage privé des Heures canoniales [Calhemerinon) ^ sans que Ion puisse en conclure qu'elles étaient, dès cette époque, employées dans l'office public**.
nastcrin secreLi concentii, cnstissimis ovium iiiarum et cordibus delectantur et vocibiis ( Epist. nd Victrtciiim Rotomaff. , xvin, 5; P. L., t. lxi, col. 239). ' Ut solehat, excitatis omnibus matutinum ex more ordine celebravit. Fada autem die presbyteris... pacem... prœdicavit : deinde quasi ex somno excitatus, Uicernat-ia; devotionis tempns açjnoscens , extensis manihus, tenta licet voce : paraiù lucernam Christo meo , Domino decantavi (Uranius, Epist. de morte S. Paulini, n. 4; P. L., t. i.iii, col. 861).
2 Cassien, qui rapporte ce détail, place ses paroles dans la bouche de Théonas : Quid vero de primitiis dicam , qnas ah omnibus, qui Christo fidel.ilcr famulantur, quotidie cerlum est exhiberi? — Quod devotionis genus m.ulti etiam sœculares summa cautione rvslodiunt . qui ante lucem vel dihic.ulo consurfjenles nequaquam familiaribns ac necessariis mundi huius actibus implicantur , priusquam cnnctorum actuum suorum operationumque primitias ad ecclesiani concurrentes divino studeant sacrare conspectui (Collai. Patr., lib. XXI, c. xxvi [Petschenig, loc. cit., p. 600, 602; P. L., t. XLix, col. 1201-1203]).
3 Nulla professa vel vidua absente episcopo vel presbytero in domo sua antiphonas cum confessore vel servo suo facial. Lucernarium vero nisi in ecclesia non legatur; aul si legatur in villa, priesente episcopo vel presbytero vel diacono legatur (Hardouin, Coll. conc, t. i, col. 991; Hefele, Conciliengeschichte , t. ii, p. 79). Ici trouve place aussi le canon 49 du IV" concile de Carthag'e, qui dut se tenir en 398, mais dont les canons ne furent collectionnés que dans le courant du v« siècle : Clericus, qui absque corpnsculi sui inseqnalitate vigiliis deest, stipendiis privetur {Hardouin, loc. cil.,i. I, col. 982 ; Hefele, loc. cit., t. ii, p. 69). [Ce prétendu concile de Carthage est un concile des Gaules; cf. dom Cabrol, Di'c</onn/î(>e, etc., arl. Afrique.]
< P. L., t. MX, col. 775 sq.