‹ Histoire du Calvinisme: et celle du Papisme, mise en parallèle: Ou apologie pour les réformationChapitre 11 sur 17 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Histoire des troubles guB le papisme a < flans r^llema^ne et dans l* Italie, g les papes ont trat^ail/é d rendre les d reurs leurs xfassaitx et l^em^nre un Jii V église romaine.

'est une chose digne d'admiration q manière dont les papes travaillèrent à et Jieur grandeur , vous diriez qu'ils ne sont <]

du Papisme. sSg

iomme » que l'ame de l'un passe dans le I de Tautre^ou que de main en main ils se lissent de la tablature pour agir d^une ma* nniforme et efficace, tant leurs mesures nt justes et partout semblables à elles mê* Nous avons vu cinq grands desseins que oire VII avoit formés pour ragrandis* nt de son siège. Si ses successeurs et lui nt voulu tout emporter tout à la fois 9 être que tout leur seroit échappé, mais les voyons s'avancer par degrés , après gagné un pied en gagner un autre. Nous 18 de voir comment ils vinrent k bout de 'e leurs élections indépendantes de la tédesemperenrs:commentils se délivrédu )oug de rendre hommage pour lea teniporels qu'ils possédoieiit; et enfin lent ils se rendirent souverains de Rome.

t voir présentement comment ils travail* t à se faire maîtres de l'empire , à le renn fief de l'église , et à mettre les empe-*.

au nombre de leurs vassaux. Car ils reprirent hautement et fortement cette ième aCaire que quand ils eurent achevé )is premières. Et cela est encore de nôtre parce que ces superbes prétentions du sont le papisme, et qu'elles causèrent uveaux troubles dans TEurope, q^ui allém peu plus loin que ceux que le calvl- ^ a causé dans la France.

a4o Histoire

Le premier pape qui entreprît ouvc de soumettre les empereurs et de le Bes vassaux fut Adrien IV^ monstre d élevé de la poussière^ (ils d'un paysan qui avoit été gueux mendiant , ensui d'un chanoine de Valence en Daupl Ces sortes de genseont les plus propn blier quand ils montent aux grandsh

Cet homme deven u pape parce que s cesseuis Tavoient rendu indépendant pereurs pour rendre ce qu'il avoit faire pour les autres ce qu^on avoit :

lui , voulut rendre les empereurs Ai de lui et de ses successeurs. F^a prem se qu'il fit qui lendit à cela , c'est quf .ne entrevue de Pempereur Frédéric .rousse et de lui, il fit proposera Fr< lui tenir Télrier quand ilmonUToit \ ajoutant qu'autrement il ne lui donnf le couronne impériale. Cette superbi sition fit tant de peur aux cardinaux qu'ils s'enfuirent 9 persualés que IV feroit éclater son ressenliraent d'une terrible quipasseroit jusqu'à eux. (a dant Frédéric ne le fil pas , il fit < pape voulut : mais pour se moquer (

( l)Ncnk. 1.2. 1154.

( 2 J Helmold 1. 1. Hist. SUvor. Otho de Frlsiii^. de ge ozp. 0,

du Papisme, 24 1

venger de son mépris par un autre mépris, t lieu de tenir Tétrier droit il tint le gauche dit après pour se jastiGer, que comme c'étoit

prt^niière fois qu'il avoit fait cet office il ne s falloit pas étonner s'ils'étoit trompé. Le pae en colère de cette raillerie refusa opinia- •ement de couronner Frédéric jusqu'à ce u'il lui eut tenu Tétrier une seconde fois , et u'il eut tenu le droit au lieu du gauche. C'est 3 premier exemple de ce prodigieux orgueil, t ce fut la première action d'éclat par la- [tielle les papes voulurent rendre les empeeurs leurs vassaux; car c'est là proprement 'action d'un vassal à son seigneur. La secon*le chose qui fut faite pour établir cette sou- 'èraineté des papes sur les empereurs dans e temporel^ fut une peinture que l'on fit faire I Rome 9 représentant l'empereur Lothaire,

1 ) qui à genoux, recevait la couronne de la nain d'Innocent II , avec ces deux vers au >a8 du tableau.

V Rex venit ante fores, jurans prius urbis

honores^

V Post homo fit papœ, sumit que dante

coronam. ''

L'empereur Uarberousse eut la patience le voir et de souffrir tout cala; mais enfin il

(i) Radev. Uv. l.c. 18.

!9'4a Histoire

éclata a la troisième action qai fat telle certaia évéque anglois revenant de R< avoit été maltraité en passant par les t de Tempire. Adrien^ là-dessus, envoya d gats à l'empereur qui étoit alors à Besa dans la Franche- Comté ; et lui écrivit c manière haute pour avoir réparation c tort et de la brèche qui avoit été faite immunités deféglise.E^nit^auire» choses disoit qu'il avoit reçu de lui le bénéfice fief de la couronne impériale : insigne i ficium coronce tibi contulimus, (i) La le de ces paroles causa un si furieux emp< inent à tous les princes de l'empire qui ronnoient l'empereur, que sur le cl Olhon , comte Palatin , aurait passé son au traders du corps du légat si Fréder Tavoit empêché. Et ce, qui avoit encore irrité ces seigneurs allemands, c'est que des légats avoit eu la hardiesse de dire :

qai donc cotre empereur tient* il l'empii ne le tient de notre seigneur le pope. Ci gats furent chassés honteusement de la co Tempereur écrivit un manifeste qu'il ad à tous les états de l'empire dans lequel i posa srla vue de toute l'Allemagne l'inso de la oouir de Rome et la témérité du { protestant qu'il ne tenoit son empire q

(i )Badey. liy. 1^ c 15.

i wn ■ mm »

'âa Papisme. 245

Heu et «le l'élection des princes» En même Qmps il se prépara à passer en Italie aveo ne bonne armée pour châtier la témérité d'un ijet qui aprèss'être retiré de dessoussa domi*^ ation vouloit encore devenir son maître , et our effacer cette injurieuse ptinture de Lolaire que Ton avait mis aux pieds du pape»

.drieri qui ne se trouva pas en état de souteir ee grand orage baissa la tête, se soumit , » feignit de^e soumettre. Il écrività Tempesur, des excuses et des éclaircissemens : il 31 représenta qu'il n'y avoit pas lieu d'élre si >rt en colère pour quatre mots; (1) quo uand il avoit dit qu^il avoit donné à Temper eur la couronne , il n'a voit voulu dire autre ho«e sinon qu'il avoit fait la cérémonie du oaronnement , que par le mot bénàftcium , aisigniûoit à la vérité un fief, il n'avoit ensndu quanta lui autre chose que bonumfac^ um f une chose bien faite ; et qu'il croyoit aoîjr fait une fort bonne oôuvre en couronnant ^réderic. Au reste il reconnoît dans ces letr^s , l'empereur pour souverain de la ville de lome et par conséquent pour le sien; car il appelle dominas urbis et orbisy seigneur de Lomé et de l'empire.

Dans cet endroU de l'histoire, le P. Mainrourg découvre bien son caractère d'homme

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\\) Radev.

24i Histoire

sans sincérité. Il pose en fait que celte cotvduile d'Adrien vint de ce que ce pape se fit justice à lui même, et qu'il reconnut bien que ses expressions n'avoient pas été justrs. Comme si ces termes si superbes étoient éhap! pés par hasard à ce pape y et que dans le fonds il n'eut pas prétendu que l'empereur étoil véritablement vassal et feudataire de Péglise.

Mais la vérité est que Adrien voulut faire cette tentative pour assujettir les empereurs , et que son intention danà sa première lettre étoit de faire comprendre à Frédéric qu'il étoit soB vassal: cela paroit premièrement par ce qa*oa disoit tout hautement â Rome : Lesromaihil affirmaient témérairement que l'empire de la ville et leroyaum^e d^ Italie n^ avait été possiâi jusque-là par nos rois qiCen vertu de la rfonation des papes ^ etc. (j) C^ est pourquoi ih\ disoient de Vempereur Lothaire qu^il avaitété Jait homme lige et uassal du pape, boai9i papœ, et quil avoit reçu la couronne de.lid après avoir prêté serment de fidélité. Ce sont les paroles de Badevic chanoine de Frisin^ guo, qui a ramassé toutes les pièces de çepro-i ces. Secondement, cela paroit par la lettre que cet Adrien IV écrivit sur ce démêlé à Arnulfei évêque de Mayence» et aux deux autres ilecteurs ecclésiastiques, où il disoit^ queVem

pin

(i;Aadev. Ut. l. c, 10.

au Papisme* a45

Hre romain avait été transféré des frrecs aux ^//eniands par les ^>apcs^ en so te que leur w ne pouvait é're empereur qu^il n^eut été couronné par le pape. (1) Apant la consé- "iration il e*>t r<>i , après il est empereur ; d^où ionc a^t^il l'empire sinon de nous ? Enfin il est ;lair quelles prétentions cet évéque de Rome lYoit sur Tempire et sur tous les autres états, jar ce qu'il eut la hardiesse d'écrire à Henri , •oi d^Angleterre , que r Irlande et toutes les \les auxquelles /. (2) Christ le soleil de Jus* lice auoit relui , appartenaient à St. Pierre H à réglise romaine. Il valloit donc bien mieux confesser franchement qu'Adrien n'osa pa^alors pousser plus loin ses prétentions parce qu'il ne se vit pas Qssez bien appuyé pour [es soutenir.

Xi'empereur Frédéric ayant reçu satisfaction }u pape Adrien , ne laissa pas de passer en [faite pour remettre dans l'obéissance toutes les villes qui s'étoient révoltées à l'imitation Ses papes et à leur instigation. Il le fit avec un grand succès , et comme nous TavOns déjà ru il agita Rome en souverain aussi bien que Sans les autres villes. Si la conduite d'Adrien a? pit été sincère , il n'auroit pa^ du se fâcher de cela 9 puisque par ses lettres il avpit re*

. il) Avent aiwaies Boior. iiJi. 6.

; 12) M»tlh. W>5^m«uîut,

Î948 Histoire

eonnu retnpereur pour maître* Urbis et c de la ville de Rome et de l'empire. Mais toit humilié dans l'espérance que l'emp^ B'appaiseroit absolument , qu'il ne descen pas en Italie ^ ou du moins qu'il ne se ser pas de ses droits jusques dans Rome. Q il se vit trompé et que Tempereur voulu!

le hiaitre , il ne garda plus de mesure, i!

vit secrètement aux villes de Lombardie les porter à la révolte et résolut d^excoi nier Frédéric pour lui ôter Fempire : ni mort Tempêcha d'exéc^t^r cette résoli Le prétexte qu'iî avoit pour se porter à résolution violente éloit que Tempères faisoit rendre hommage par les évêqu par les abbés qui possédoient des fiefs de pire (iiSg) comme si cela eut été cont traité de Heilri V et de Calliste II, ft premier concile de Latran. Ce qui étoi faux, car au contraire par ce traité les e reurs*en renonçant aux investitures p crosse et par Tiintieau, avoient expresse retenu l'investiture par le sceptre ; et le de recevoir l'hommage des ecclésiasi pour les lettres et les biens qu'ils po«sé4 dans l*€mpîre.

Après la mort d'Adrien,bn élut en sa un cardinal nommé Roland, cekiî-là ] que- Adrien avoit envoyé à Besançon , e

du VapUmè: lif

lyoit ^u la hardiesse de dire aux officiers de l'empereur, que leur maître tenait l'empira îlu^ pape. C'étoit justemeat nn homme lelqu'il le fallait, pour achever ce qu'^Adrien atoili commencé , savoir de reiklre les empereurs vassaux des papes. Mais au coaunencement il fat traversé par un ahti-pap€ , dans son é*» lection ; les cardinaux et le peuple rooiain fi« partagèrent en deux factions , qui étaient for* niées depuis long-temps. Car les empereurs a«; voient toujours leurs partisans à Rome et en Italie , et les papes les leurs. Le parti dei empereurs dans la suite prit le nom de Gibe^ lins , et celui des papes celui des Guelphes^ iloland, mortel ennemi de Frédéric y fut donc jjUtt et prit le nom de Alexandre III. Un cer<- Sifii Octavien fut proclamé grandi pontife pur l'autre parti,sous le nom de Victor IV. L'empereur ne pouvoit pas matiqner de prendre le parti de ce dernier^ puisque le premier étoit son ennemi. Les affaires qu'eut Ale^ aodrelU pour se défendre contre son finti^pape , sou-, ■tenu des arm<es de l'empereur \ lui firent aiÉ>i^bfier pour un temps le dessein de son prédécesseur qoii étoit d-oibliger les empereurs i se rèoonnoitre vassaux du pape^ous prélente que tes'papes feisoient les cérémonies du sacre des [ empereurs j ce qu'ils ne faisoient qu'en qualité 'die premiers prélats de l'empire ^ cd 4'fiiôques

i48 Histoire

de la première ville impériale. Alexandre c au lieu de penser à humilier Frédéric, fut gé de penser à se soutenir contre lui; i pouvant pas tenir bon en Italie il se sauv France*, où ses prédécesseurs avoient sou trouvé des asiles , Frédéric passa en Ital Tec une grande armée, et ce passage eu suites que nous verrons dans le i hapitr Xious parlerons des schismes. La guerre ra jusqu'à Tan 1 177, que la paix se fit à nise où Alexandre et Frédéric s'entrevii Ce fut là que ce pape fit valoir les prêtent d'Adrien IV son prédécesseur , se fit rei liommage par Tempereur, lui mit le pied la gorge en prononçant ces paroles^ il ei cnt , tu marcheras sur V aspic et sur le bai tu fouleras à tes pieds le lionceau et le dra^ Frédéric lui répondit , non tibi sed Petrc n'est pas à toi c'est à St. Pierre ; Alexai repartit et mihi et Petro , c'est à moi et i Pierre, Le cardinal Baronius , et les aii historiens des papes ne veulent pas recon tre cette histoire pour véritable; et leur ra çst qu'il n'y a pas d'apparence qu'un paj sage ait fait une action d'un si prodigieus gueil. Ce ne sont point les luthériens et calvinistes qui ont inventé cela. (1) On l dan» une chronique de la république de

au PapUme. 5i49'

nise rquî se garde dans la bibliothèque de St. Marc. Je ne sais pas pourquoi les Vénitiens au* roient inventé cette histoire. Au reste c'est une raillerie de dire qu'un pape sage n'au- Toit pas été capable d'en user ainsi ; car Gré^. goire yil a passé pour sage chez les chroniqueurs de ces Messieurs puis qu'on en fait un saint: et certainement la manière dont il en usa avec ce grand empereur Henri IV ne fut pas plus honnête. Nous avons vu qu'il le fit tenir trois jours entiers nuds pieds dans la Slace à la porte de son château ^ et ne le vou« lut voira ses pieds que couvert d'un méchant Aianteau de laint^ au lieu du manteau royal.

.Quoiqu'il en soit et de quelque manière que ^0 puisse être , la paix se fit entre Alexandre tri , et Frédéric Barberousse qui depuis ce temps-là n'eut plus d'affaire avec les papes. Pour s'en défaire , (i) et aGn qu'il ne lui prit 'plus envie de se révolter contre le saint siège, on l'envoya mourir dans la Palestine afin qu'il put être mis en terre sainte: il mourut même avant que d'y arriver comme nous a« Tons vu.

Nous avons vu qu'Othon de Saxe après .avoir long-temps disputé la couronne impériale avec Philippe de Souabe son compéliteur, demeura le seul empereur et fut excommunié

~ (1) L au 1191. "^"^

aâo Histoire

par le pape , et déposé par les électeurs à sa sollicitation. Frédéric II, petit fils do grand Frédéric Barberousse lui succéda ( i )• C'est -ce prince qu'on peut dire avoir été l'objet de la plus cruelle ert de la plus injuste persécution du noBde^ tant de fois eKcomihunié par les popes , et pouraei^i par tdulea sor" \t& d'ammes spiriiuellee et temperellee ^ uniquement parère qu^il ne voulut pas obéir aa pape comoïe un vaseal obéit à son aei^ neur en mardiant à ses ordres. Le pape Iiineceilt IH avoit été aon tuteur, mais tuteur d'un fort s&auTais cempte , car il lui avoit enlevé lepIUB qu'ii avoit pu de son bieo. Je ne sais si outre les dreits que les papes prétendoient avoir sor les empereurs , ils croioient en avoir vu pif^ tictilier sur celui-ci à cause qu'il aveit étô leur pupille: on bien que comme ils le coi»- Boissoient n'être pas d'humeur à souffrir les entreprises de la cour de Rome» noû plus que son grand-père dont il portoit le nom , ils vou- )oient se défaire de lui ; Quoiqu^il en soif, ils entreprirent à toute force de l'envoyer dans la Palestine. Nous avons vu que la folie des croisades éteit à la mode en ce temps- là et que les papes s'en servoient fort utilement pour se défaire des princes dont la vigueur les incommodoit le plus dans TEurope. Innocent III .fit

(1) L'an 1215.

âa Pàpismêé aSi

puLIier la sixième de ces croisades (i) au con^ cile de Latran y et Frédéric II en devoit être le chef. Ses affaires ne lui permirent pas d'accomplir si-tôt ce vœu; et il diflféra tant qu'à la fin les papes las de le souffrir, l'excommunièrent s'il ne faisoit te voyage sans différer ( isss ). Honorius III , qui avoit succédée Innocent III, i^n 1916, le menaça de l'excoaimunication , mais il n'en vint pas jusqu'à l'effet, apparemment parce qu'il mourut. Apris sa mort on élut pape lé cardinal d^Ostie qui prit le nom dé Grégoire IX (1297) qui fut à Frédéric II, ce que Grégoire VII mvoit été à l'empereur Henri IV , c'est- às*dire un cruel persécuteur. Ce pape quelques mois après son élection, excommunia l'empereur sous dcB prétextes vains et frivoles , ( 3 ) dit l'abbé d'Usperg , Frédéric publia un manifes^ te et se prépara à lui faire bonne guerre. Grégoire excommunia encore Frédéric pour une seconde fois,le Jeudi saint de l'année lasS* l^'empereur de sa part se fit ui\ gros parti Cl 998.) dans l'Italie et particulièrement à Rome d'où Grégoire IX fut chassé. Et en mé« me temps comme le prétexté de ces excommunications redoublées étoit te refus qu'il faisoit d'aller dans la terre sainte secourir les

(1) L'an 1215.

(2) L*al)bé d'U»p. Avent. lik. 7.

SSî Histoire

croisés , afin de lever ce prétexte il fit le voyage et accomplit son vcea. Le pape devoit être appaisé par là ( 1228. ) , si le zèle pour le sepulcre de Jésus Christ Teut rongé, comme il le feignbit. Au lieu de cela, Grégoire IX se servit de l'absence de l'empereur pour lui enlever tout ce qu'il avoit de placés dans le royaume de Napies, et pour faire soulever toute la Lombardie. Il défendit aux croisés, dit l'abbé d'Usperg, de passer dans la Palestine pour fortifier l'armée de Frédéric. Il fit mêma faire main basse sur une partie des lonibardi. croisés qui vouloient aller secourir leur emper6ur. II fit courir des lettres dans toute l'ar* hiée qui étoit en Orient , qui dcfendoient de rendre obéissance aux ordres de Frédéric |.ce qui fît révolter contre lui les chrétiens d'Orient. Il écrivit même au soudan pour Tempécher de traiter avec l'empereur. Enfin il le persécuta à toute outrance dans ce pays qui est au-delà de la mer et fit tout ce qu'il pot pour l'y faire périr. C'est là sans doute la plus noire de toutes les perfidies qui ayent jamais été commises: et cela fait bien voir que les papes en vouloient à Frédéric, non parce qu'il refusoit d'aller faire la guerre aux infidèlesi mais parce qu'il s'opposoit à leur tyrannie et à leurs usurpations. Frédéric II, outré de cet affront^ revient delà terre sainte (1229)1

du Papisme. ii55

reprend toutes les villes qu'on lui ayoit enlevées». Pour le feu que l'orgueil de Grégoire IX avoit allumé, il en allume un autre, et toute rilalie se vit embrasée par les horribles divisions des Guelphes et des Gibelins. C'est dans ce temps qu'on vit naître ces deux noms de faction , je dis ces deux noms, car pour les factions elles èloient nées il y avoit long*temps. Depuis le temps de Grégoire VII et de Henri iV , les empereurs avoient toujours eu leur^ parti dans lîtalie et les papes le leur , et ces deux partis avoient presque toujours été aux mains. Mais il est vrai que depuis Frédeiiclt jusqu'à la fin du règne de Louis de Bavière^ ces deux factions pour et contre les papes et les empereurs, durant l'espace d'environ cent quarante ans, redoublèrent leurs fureurs, et firent des ravages effroyables dans toute Tlta^ lie C'est ici un beau champ à faire des récriminations et des oppositions de ces fureurs Guelphes et Gibelines , produites, nourries y élevées , fomentées et entretenues par les papes et par le papisme à ces prétenrlues fureurs des calvinistes qui ont désolé la France, du^ rant un si long temps à ce que l'on dit. Tous les maux que la France a vus le siècle passé ne sont rien en comparaison de ce que vit alors KItalie partagée entre ces deux factions. Les ?iUes étoient divisées les unes contre les àu<^

très , on n'enff^ndoît parler qne clé batailles^ decombals, de sacs devilles, d'embrasemenS) de nitîurtrepi, d\i<^$asdinats, de proscriptions, do supplices. Non ^eulemenl les villes étoient divisées entr'elles, mais avec elles mêmes. Une même ville éh>it un camp où les deux partif étoient cantonnés, l'un contre l'autre, mai* 6on contre maison , famille contre- famille ^ et la-dedans on se battoit a toute outrance et jusqu^au sang. Boniface VIII fut un cruel persécuteur dea Gibelins : il avoit résolu de les exterminer dans toute l'Italie , CO ^^ ^^ut ceux qui lui tomboient entre les mains périrent sans miséricorde. Quand il avoit appris le lieu de leur retraite il les y faisoit poursuivre; ce qui en obligea un grand nombre à se retirer dans les bois et dans les montagnes et à s'y fortifier. Quelques unes des grandes famillei de rilalie se retirèrest sur le^ rivages de It yner , où n'étant pas encore assez à l'abri de la persécution de Boniface, enfin ils se sauvèrent dans la mer même et se rendirent pirates» Ce pape ayant appris qu'il y en avoit w grand nombre dans Gènes , il y alla pour les persécuter. C'est là que ce pape fit,à ce qut Von dit, une action brutale et profane. Pr(h .chét 9 archevéqne de Gènes , éleit Gibelin > ce prélat étant venu aux pieds du pape le yout

^1) Naoclemii Gêner. 44.

da Papisme a55

appelle des cendres , pour recevoir ces es de la maiiî de Boniface qui les donr* rolennellenient y le pape^ au liea de lui arquer le front selon la coutume > les lui ux yeux en lui disant y non ces paroles aires:memenÈo homo çuod cinié es et in em reuerteri3,$o\xnetks*\oi homme que ta udre et que tu retourneras en poudre ; Celles-ci, aouinens-toi homme que iu ee, 'in et que tu périras apec lei Gibelins.

irti des Gibelins eut son tour, car ce fut i Colonaa ^célèbre GibelÎDj duquel Boni* avoit exterminé une partie delà famille^ ai cassa les dents i le prit prisonnier à nie sous l'autorité de Philippe le bel, et & dans une prison où 11 mourut, reviens a Frédéric II qui se fit absoudrô *é que le pape en eut , (i) la paix se fit )}xx. Le pape n'en eut pas toute la sa-; tion qu'il sou bai toit ^parce que l'empe- ^ns'faumiiiant pour lui rendre bommage, i avoil baisé que le geriotji et même fort ?ment. De plus, comme la crainte des » de Frédéric Pavoit seule obligé à lui 3c l'absolu tion , la paix fut fort mal eil^ lue. Car lé -tfèsf» saint père Irâma con>« rmpeteor les plus noires trahisons qui M ènl" îma'gîner. H enjgagea par sermeinè

an I2j0, • *

s56 Histoire

■toules les Villes d^Italieà la ruine rleFrê et ii'éine il fit révolter ronire loi sou \ fils, rinduisant par ses légats à venir e à Kon père le royaume de Loiubardie. ( j)ère tjouva moyen d'arrêter les dtsse ce fiLs rebelle a Tinstigation du pape , convainquit même de l'avoir voulu emp< ïier : il descendit en Lombardieel mît à tous ces rebelles que Grégoire IX lui mis sur les bras par ses intrigues sec Le pape frémissoit cependant j n'ayant prétexte pour agir ouvertement contre pereur. Mais enfin l'occasion s'en pré Frédéric reprit une partie du royaui $ardaigne que les papes lui avoient er Sur cela le pape l'excommunia une tro:

fois 9 (la^g) le déposa , et voulut donnei pire à Robert , comte d'Artois , frère liOuis , (2) en supposant que Frédéric renoncé d la foi chrétienne. C'est reno la foi selon la théologie romaine que de ter aux entreprises des papes, et voilà c ces saints père» calomnient d'une ni atroce les princes chrétiens. Le «leur 1 bourg lui même nous dit après Matthieuque St. Louis prit bien la peiiie d^'fin^^fS Allemagne poâr s'éclaircir sur "ce fait si

"Hii) Avcnt. llb.' 7. 7^^^ ^ Tïï^j'TTrTT?

<(2) M«lUi,Paii8.adaii. 1239. "'

icf« Papisme. sSy

rîble et pour savoir si Frédéric s'étoit fait sarrazin , ou s'il étoit devenu tiérétîv{ue j et ayaut appris qu'il n'éloif ni l'un ni l'autre il refiisa Je recevoir l'empire pour son frère, el reconnut toujours Frédéric pour empereur. Frédéric passa en Italie avec une bnnne armée y le pape pour se défendre Kt publier une croisade dans Rome: d'une partie de ces noises, l'empereur fit des martyrs el leur fit fendre la tète en croix , à ce que Ton dit, 11 se fit ensuite une espèce de trêve entre Fiéderir et Grégoire IX , celui-ci fi/ignnnt de vouloir assembler un concile pour donner la paix à l'église. IVlais Matthieu Paris nous apprend que sous prétexte d'assembler ce concile, (i24o) il assembla beaucoup d'argent par ses légats lesquels il envoya par toute l'Europe et sur tout en France. »St. Louis fit arrêter cet argent levé sous des prétextes de dévotion ^ mais que l'on destinoit à faire la guerre à un empereur chrétien; Cette trahison de Grégoire IX qui, sous prétexte d'envoyer les légats pour convoquer un concile, faisoit faire de grandes levées de deniers pour faire la guerre à Tenir pertraT , l'obligea à faire cette action sur laquelle les historiens de la cour de Rutne se récrient comme sur le plus horrible de tous l'es attentats 3. c'est qu'il fit prendre les cardinaux légats du pape avec tous les é^éiiues

qu'ils emmenoient au concile par mer, fit conduire prfsonniers à Naples. Gi IX ne survécut pas long*temps à ce ma Célestin IV tint le siège iB jours seule et après que ce siège eut été deux ans y on le remplit du cardinal Sinibalde q le nom d'Innocent IV.

Toute l'église romaine espéroit de paix rétablie par cette élection , parce cardinal ayant que d^étre pape, avoit fs fession d'amitié avec l'empereur Fréd Mais la haine contre la puissance des rains est attachée aux os du pontificat ( de dans ses moelles. C'est pourquoi c de Frédéric ne fut pas plutôt deveni qu'il devint son ennemi. Frédéric n'y : trompé^ car on dit que quand il eut l'élection de Sinibald il s'écria. Tai pA cardinal mon ami et J'ai acquis un pap ennemi. L'f mperear fit pourtant ce qu pQur étr« faux prophète, il envoya ui gnifique ambassade à Innocent, auquel bass^deu^s eurent ordre de faire de de» floûmissiona j de promettre tout l'on Vvoudroil en so^ aom , sauf pc )a majesté do l'etupire. C'est une exe il«at4)n ne veut pointa Home, où W mande une soumission sans réserve. In iV I bon ami de Fr^leric j n'ea vouli rabattre pour la bonne amitié > on exi

âa Papisfne* fiSg

lui qu'il subît tous les jugemens de condamnation prononcés contre lui parGrégoirelXf et il eut assez «le courage pour n^en rit;n faire* De sorte que cet empereur fut encore une fois obligé de laisser agir ses Gibelins en Italie^ qui contraignirent Innocent IV à en sortir.

Ce pape vint en France ( lâtS. } où il célébra le premier concile général de Lion , et là avec des grandes cérémonies à torches éteintes et renversées, il excommunia et déposa Tempe-^ reur solennellement. Si les excommunica-»

lions des papes ont la vertu de damner ( Oi ce pauvre prince devolt être dans un triste état, car le voilà chargé de quatre ou cinq excommunications consécutives* Le bon roi saint Louis et les autres princes intercédèrent pour arrêter 0e coup; Frédéric demanda du temps pour se trouver au concile j on ne vou«; lut lui donner que dix ou douze jours. Il offrit^ fi Ton vouloit le reconcilier à l'église , de s'en aller dans la terre sainte et de n'en revenir jamais. Mais rien n'y fit } il fallut quM fut eX7 communié et déposé. Les rois de France e| d'Angleterre voulurent être cautions pour lui, qu'il iroit dans la Palestine. Le pape ne vou«» lui point de ces cautions et répondit avec un çrgii^il qui ne peut convenir qu'au (ilsde per; âîtiofi , (2) Nous ne voulons point de ces roi$

<1) Matlb. Paris iii Henik. 411.

(2j Lemêase; Ibid.

a6o Histoire

pour caiitiorifipcirce que si Frédéric uenoit ancore ci manquer de parole^ llruMs les faudrait châtier comme lui et pour un ennemi nous en aurons trois. Nous n'avons pas accoatunié (le nous émouvoir des choses qui sont passées il y a plusieurs siècles . parce que nos passions ne sont sensibles qa^aux choses présentes dans lesquelles seules nous sommes intéressés. Cependant je vous avoue que je ne saurois lire de sembltibles endroits dans l'histoire des papes sans frémir et sans être saisi d'horreur. Vous diriez que tous les souverains du monde sont dts valets de la cour de Borne à qui le pape est endroit de donner le* étrîvières tout aussitôt qu'ils manquent à lenr devoir.

Cette excommunication par l'ordre du pape fut publiée dans toutes les églises de TEurope à cloches sonnantes et à torches éteintes^ et là-dessus^ Matthieu Paris nous a conservé la mémoire de Faction d'un des curés de Paris qui fut fort plaisante. Après le prône il dit à ses paroissiens : /'ai reçu ordre du pape rfV«communier l'empereur; je sais qu^il y cl en* ir^eux de fort grands démêlés , mais je ne sais gui est celui qui a tort et qui fait outrage à Voul^-e. C^est pourquoi j'excommunie celui qui a t>rt et absous celui qui a raison. Cette injuste excommunication contre laquelle tous

au Paphme. âGi*

lés honnêtes gens se récrièrent aassi bien que le curé de Paris, ne laissa pas de porter coopi parce qu^en même temps Innocent IV, par ses émissaires fit révolter PAlIemagne contre ^empereur. Son légat assembla les ennemis de Frédéric et fit élire Henri landgrave de Thuringe et de Hesse , et voilà de rechef toute FAUemagne et toute Tltalie en feu, couvertes d'armées (i246.): et Ton ne vit de toutes parts que des ligues, des factions, des révoltés, des sièges, des batailles: Conrad en Allemagne pour son père , Frédéric lui-même en Italie^ combattoîent pour l'empire et pour la vie; Henri, compétiteur de Frédéric, fut tué dans vn combat , la fiiction papale lui donna pour successeur Guillaume, comte de Hollande, qui ne fut pour un temps guères plus heureux que le landgrave, car il fut battu souvent par Conrad , fils de Frédéric. Mais toutes ces victoires de Frédéric tant en Allemagne qu'en Italie coutoient du sang, des travaux et da bien infiniment aux sujets de l'empire qui, par la fureur des papes, étoit un affreux théâ* tre de désolations;

Parce que ces attaques ouvertes ne réussissoient pas assez bien , Innocent IV résolut de faire assassiner Tempereur, et il engagea dans la conspiration les propres domestiques de ce prince, (i) un Thibaut Francisque, un Ja«

(1) Matth. Paris in Ueniico III. an. 1249.

â6s Histoire

quès de Mora, un Pandolfe de Phasaiii et un Guillaume de saint Séverin et sieurs autres. Mais la conspiration fut d^ verte par Tun des conjuratenrs. li'emp^ fut tout prêt d'en envoyer enchaînés , si principaux en montre par tonte TËuro] vec la bulle du pape qui les anfmsoit. L( aas&ins n'ayant pu faire leur coup» le employa les empoisofinears. Il gagna F des Vignes chancelier, q«i jusque-là été si fidèle à son maitre Frédéric. Ce f d«s Vignes fit préparer par nn médeci poison quelVmpereurquiétoit malade 4 avaler comme «ne médecine. Frédéric q fat averti fit faire l'essai du b^reuvage su eriminels condamnés à la mort ^ qui nio rent incontinent après. Sigoaiua ne diasi point que cela n'ait étékimputé a Innoce a l'église romaine. Il est vrai qu'il a; que ce furent les ennemis du pape qui ré dirent cette atrooe accusation contre lui, un auteur italien ne pouroit moins dire justifier son maître* Pour l'empereur i fort bien d^où cela lui venoit , car il %' dans son lit qtiand cette dernière conjur.

fut découverte y qne /a auis misérable ^ mes prtfpres entrailles s^ arment contre \ gaeoe Pierre qui Hoii la moitié de mei*n me veuille donner ia mort y et que lepapi

làu Papisme. afiS

^rèdhesaeura ont créés enrichi y etjaii ir ffrand de rien qu'il étoit ^ s'efforce 'ner Vempire et de me donner la mort.

} l'Europe fut aussi très persuadée qu'Int IV éloit l'auteur d^ cette action da ^ des Vignes ; car Matthieu Paris nousqne cela rendit le nom et la réputation pe infâme , et obsorduit Domini papœ per hoc non mediocriter* Tout au moins ut-on pas nier que ces lâches conspiracontre la Tie de ce ^and empeireur ne kt des suites iBétitables de la croisade locenC IV fit publier centre ce prince^ ij fit prêcher par les cordeliers : comme e voit par Iss lettres de Frédéric au roi leterre. (i) Car par ces flambeaux de sér il le faisoit traiter partout dans les cftiaid chien enragé , de monstre, d'Hérode | arao , de Néron, d'infidèle pire que les ins , et d<>nnoit des indulgences à tous qui Touloient se croiser contre lui , et romettoient d'en délivrer le monde de ne manière que ce fut. Ces croisés s'o« ient par vohi à faire périr par toutes sor^ voyes ceux contre lesquels ils se crci^ ) et qui ne sait que les bigots entêtés fausse dévotion sont capables dfê enses les plus infernales ; Nous tfri avons

Qs Matth. Paris,

aeS Histoire

de bonnes preuves dans nos Cléments Jean Castels , nos Ravaiilacs et dans les £ assassins des rois. Nous pouvons juger que les papes de ce temps-là étoient cap de faire contre leurs ennemis, parce qu'i fait depuis la réformation contre le^ téte^ ronnées. 11 n'a pas plu au sieur Maiml de toucher cet endroit de la vie de Fréde de celle d'Innocent IV , parce qu'il ne voit pas de bon tour à, lui donner. Fré ainsi persécuté par le fer , par le feu , p poison I paf les excommunications et \ déposition^ ne laissoit pos de rechercher tinnellément le pape, (i) Mais jamais le put néchir, ainsi il fallut qu'il mourui absolution.

L^empire après lui tomba dans une hoi confusion par un inlerrègnede seize ans.

rad son fils prit le nom d'empereur , ma nocent IV, l'excommunia comme, son ] et le contraignit de quitter l'Allemajgne venir conserver en Italie les deux roya de Sicile et de Naples , que ce pape lui loit oter. Âiubi Guillaume de Hollande, ] pereurdu pape, futseul empereur durant ques années ( i356. ) ; Mais après sa mo électeurs se partagèrent et firent deux e reurs qui . ne furent que des empereij]

CO L'an 12€g^

du Papisme. ^65

kèâtre, car ils ne jouirent pas de Tempire , ui durant seize ans^ demeurant sans maître • il cruellement déchiré par les guerres civiles. !e« Messieurs trouveront bon s'il leur plait ue nous imputions au papisme ces derniers roubles aussi bien que les précédens. Car il st certain que ces divisions entre les électeurs le venoient que des cabales des papes qui jeoient toujours de nouvelles semences dé discorde, et qui avoient partagé les espris de oute rAllemagne par la persécution qu'ils ivoient excitée contre Frédéric et contre sa liaison. Si le pape eut laissé jouir Conrad de *empîre après son père, toute TAIlemagnese* 'Oit demeuréâ en paix. Mais la cour de Ro« aiemettoitles grands de l'empire aux mains , le sorte que ces esprits animés et aigris les ans contre les autres ne purent se rapprocher^ pour convenir de l'élection d^un empereur.

C'est ainsi que les papes persécutèrent les empereurs pour les rendre leurs .vassaux : et ce fut de cette manière que Frédéric s^opposa à cette entreprise, tlodolph fut élu après l'interrègne , et il jugea que pour n'avoir point Se démêlés avec les papes, le plus sur étoil de leur laisser leur couronne impériale à Rome , 9ontiL se passa fort bien demeurant véritableonent empereur en Allemagne, mais il perdit toute ritalje ( 1 992. )• Adolphe et Albert ^ui

lui succédèrent ( i sgSr ) , ne prirent non plus la couronne de la main des p quelques instances que les papes leur e sentj et cela fut cause que la querelle chant la sonveraioeté du pape sur la cl des empereurs^ n'éclate pas durant ces i là.

Enfin Henri yil, de la «raison de Li bourg,fut élu empereur ( i3o8. } , et il foiblesse de croire que son couronnen Rome lui feroit un granti honneur , ot mieux dire étant résolu de passer en pour en chasser les tyrans et les usurp qui déchiroîent l'empire, par occasion i couronner à Rome , par des cardinaux i pape Clément V, séant à Avignon, avoit tués pour faire }a cérémonie. Il n'en fall davantage au pape Clément V^ pour fai loir les prétentions de ses prédécesse pour traiter Henri VII ,• comme son C i3i 2. ). Et sous ombre que l'emperew -sacre avoit juré d'être protecteur de 1 romaine et d^exalter la sainte église h qu'il pou'rreit, Cléraent.V, prétendit qi «voit fait serment de fidélité. Ceîa jeta VÎI dans un terrible emportement, et champ il fit une 8<dennelle protestatio écrit que ni lui ni ses prédécesseurs^ n'a jamais fait cernent de fidélité à par

au Papisme» afiy

33* autre p&rt,Cléiiient V continua & prétendre que ce serment étoit un serment de fidéli-^ té d'un vassal à son seigneur ' i ) ^ et qu'eu effet avant ce serment, un empereur élu n'a aucun pouvoir d'en faire les fondions. Et ce qui ne s'' étoit point encore \\x, Clément en fit une constitution qui est encore aujourd'hui entre ks Clémentines. ( s ) Henri VII sa résolut à soutenir la majesté de l'empire par les mêmes araies par lesquelles Frédéric Barberousse l'avoit défendu contre Adrien IV. Mais la mort l'ayant enlevé du monde , ( 1 3 i 3) il laissa celte aifaire à démêler à son succès* aeur Ltouis de Bavière , (i3i4) qui la poussa avec une admirable vigueur. Clément V mou« rut aussi et eut pour successeur Jean XXII , fils d'^an savetier de Cahors , d'une naissance toute semblabln à celle d'Adrien lY, élevé de .la poudre comme lui: et se méconnoissant dans le faite de graudeur où la fortune Téleva^ Use trouva justement dans les mêmes dispositions où avoit été cet Adrien , pour rendre les empereurs vassaux du pape^ et poussa ces prétentions superbes parles mêmes voye^ II- commença par la publication des constitua tions de Clément sous le nom de Clémeniines.

Cétoient des bnlies que le pape Clément lui<

«>ême avoit supprimées , parce dit Aventinj»

»■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Il

(t; Aaual. Raya. anii. 1309.

^2) Ciem. de jure juraiido»

qu'il jugea qu'elle* étoient répugnantes a la simplicité chrétienne, (i) Entre ces constitulions que Jean XXII publia , étoit la bulle Clementina unica j (i%5i6^ de jure jurando^ qui déclare que l'empire est un fîef du saint siège , et que durant la vacance de l'empire la pape est lui-même empereur. El en même temps lui même par Textravagante ne sodé çacante y cassa tous les vicaires de Tempereur en Italie, et excommunia tous les Gibelins qui tenoient pour la majesté de l'empire contre les usurpations des papes. Les pa^ei n'agirent plus dans cette dernière action d^une manière ouverte comme ils avoient fait auparavant y mais le masque fut entièrement levé, ils entreprirent ouvertement d'obliger les empereurs à se reconnoître leurs vassaux, et la guerre fut déclarée. Car Louis de Bavière résolu à punir cette audace, envoya une bonne armée ^n Italie au secours des Gibelins de Lombardie , et fit lever aux Guelphesj Bmis du pape, le siège qu'ils avoient mis de^ vant Milan. Sur cela Jean XXII publia un in^ «oient monitoire par lequel il déclara quel'é^ lectîon de Louis de Bavière étoit douteuse, parce que Frédéric d'Autriche son compéti-* teur avoit aussi été élu par une partie des é* lecteurs. De plus, il ^accusa de s'être injuster

ment

du Papisme. siSg

ment emparé de Tenipire, parce qu'il u'avoit pas attendu ]a confirmation du «aifit siége^ sans laquelle il ne pouvoit être véritable em« pereur; et là-dessus il lui ordonna comme un seigneur à son vassal de retirer ses troupes d'f- * talie et de se déporter du gouvernement de Tempire jusqu'à ce que le pape eut examina si son élection étoit légitime ou non. En même temps il travailla à soulever toute l'Europe contre lui , il fournit de l'argent à Léopold y duc d^Autriche, pour lever une armée, il donna au duc de Pologne le titre de roi, à condition qu'il attaqueroit Louis de Bavière : îl ordonna aux chevaliers Teutoniques de s.o jeter sur le pays de Brandebourg appartenant a\i fils de l'empereur. D'autre côté Louis de Bavière assembla les é.tats de TempireàRatisbonne , et y fil faire lecture de l'insolente bulje de Jean XXII, où il disoit entr'autres choses que Dieu lui avait commis les droits de rem" pire terrestre et du céleste. Cela donna de l'horreur non seulement aux princes séculiers , mais aux ecclésiastiques. Pans cçtte diète il fut ordonné que l'empereur auroit soin . que la liberté, (i) et la majesté de l^ empire ne fussent opprimées par ce tyran\ la bullo fjat déchirée et l'on mit au ban de Tempire tous ceux qui entreprendroient de Is^ défend|r^«

. /* ^1) Aveut. lib.7.

Zjo Histoire

Cet arrêt qui se trouve tout entier «

annales âe Bavière d'Avenlin, estdîgn

vu. Là sans détour,c6s bons allemand.

lent les {laj^es d^a pharisiens , de foi

tresy des messagers de Vante^christ et

prêtres de Jésus Christ ^ des loups t

de la peau de V agneau. Le pape Jea

en particulier orné du nom d'ante-c

de celui à^saian. Ainsi Louis ayant

commumé par le pape , et le pape ay

traduit par Louis de cette manière ,

tion étant extrême de 'part et d'airtr<

garda plus de mesures, et les suites

sentiment des deux partis passèrent ai

nières extrémités. Car Tempereur ^

Italie; (i5î?6) remit toutes l<rs villes di

béissance , se fil couronner à Milar

couronne de fer. Il fut reçu des romai:

de grands applaudissemens et couroni

ïlomeparquatre baronsromains.(i528^

perefarqui n'agissoit ainsi qu'à regret ;

ce qu'il put pour ramener Jean X-XII à

son par des soumissions , car il le fit p

Vouloir confirmer son élection iet de k

jier la couronne impéi^iale , ce que ja

ne voulut faire. Cette opiniâtreté poi

palienre de Loiiis dé Bavière à bout ;

rend témoignage d'avoir été l'un <Ieô j

cli; nîpn^-i^ 1^' 'ù^^^ dcu^ç et !e:pliîs .lio

du Papisme. Qji

Et il falloit bien que les outrages qu'il avok reçus du pape fussent extrêmes puisque son ressentiment alla jusqu'à faire déposer Jean "XXIf^à faire élire un autre pape, et même à condamner ce Jean à la mort comme un hérétîqueet un criminel de lèze-majesté. (i)L'ar: rêt en est dans les annales de Bavière d'Âven* tin, et il est digne de la curiosité des honnêtes gens f mais il est trop long pour être rapporté ici. Jean XXII condamné à la mort à Rome n'en vivoit pas moins à son aise à Avignon, où depuis quelque temps les papes avoient transporté leur siège , et de là il faisoit tout autant d'affaires qu'il pouvoit à l'empereur. Louis de .Bavière retourné en Allemagne, vit périr de là tout ce qu'il avoit fait en Italie. Les ro* mains retournèrent sous leur ancien maître , et lui, las de ces divisions, fit tout ce qui se preut imaginer pour se réconcilier avec Jean. XXII et avec ses successeurs. Le pape Jean

" mourut et eut pour successeur Benoit XII qui ne voulut point non plus absoudre Louis d& Bavière. (i534) C'est alors que les états de l'empire, pour mettre .une forte barrière à l'usurpation des papes, ( 1 338) s'assemblèrent aiv ^pris de Cologne el firent un arrêt par lequel ils

[ 4é« larèrenl que l'enipii-o es't absolument iiul'édunt fin pape , que rt^înpcreur no I« tenoit

^i; i.iv. ; .

3J2 Histoire

que de Dîeu et des électeurs , (i) et condamnèrent à la mort tous ceux qui enseigneroient le contraire. JBenoit XH mourut et on lui donna pour successeur Pierre Roger Limosio, moine Bénédictin et archevêque de Rouen, qui prit le non\ de Clément VL Ce pape ralluma le feu que la modération de Benoit XII avoit un peu éteint, il envoya des légats pour faire rérolter ce qui tenoîten Italie pour Tempereur. tl renouvella les excommunications de Jean JCXII , et en foudroya de nouvelles contre Louis de Bavière. Et quand cet empereur fit traiter de sa réconciliation à l'église avec ce pape , il lui posa comme un préliminaire d'une absolue nécessité , qu'il falloit qu'il renonçât à l'empire, qu'il se remît lui, ^a personne et celles de ses enfans entre les mains du pape , (3) c'est-à-dire dans ses priions et qu'il reçut ensuite l'empire du pape s'il jugeoit à propos de le lui rendre. Ces articles furent signes par les ambassadeurs de LouiSj tnaia tous les états de l'empire désavouèrent ces ambassadeurs et eurent horreur de ces propositions.

Sur ce prétexte , Clément VI excomamnia tout de nouveau l'empereur, le déposa et ordonna aux électeurs d'en faire un autre, des voyes honteuses et basses le pape

(1) Hervv. t in. i. adann. 1J37. Alber.Arçeol in Cii^.

du Papisme* ît'jZ

quelques électeurs y dont il acheta les voix a-« Tec de grandes sommes d'argent , quoiqu'il en soit) il trouva moyen de faire élire contre liO^is de Bavière, Charles de Luxembourg ^ prince méprisé et méprisable , qui se rendit esclave des papes et dans la personne duquel mourut la majesté de Tempire : car Louis de.

Bavière a été le dernier qui se soit opposé vigoureusement aux attentats des évéques do Rome. Ce grand empereur mourut Van i347, dans la iréputation du plus grand prince qui fut alors dans TEurope ; et quoiqu'il soit mort excommunié y sa mémoire ne laisse pas d'être glorieuse et en bénédiction même entre les papistes , au moins entre ceux qui ne sont pas absolument esclaves de la cour de Rome et de ses sentimens. Charles IV qui avoit été élu un an avant la mort de Louis de Bavière , lui succéda après avoir eu de grandes aOaires avec les compétiteurs qu'on lui donna. Eniin, demeuré seul empereur, il allaprendre la cou- • ronne impériale à Rome; ce qu'il fit d'une manière si basse ti si honteuse, qu^on le peut marquer comme celui qui vit périr les res-, tes de la majesté des empereurs, (i) Nancle-^ rus nous apprend que le cardinal d^Hostie, auquel le pape Innocent YI donna la comission de couronner Tempéreur Charles IV,

(i) Geuer. 46.

57^ Histoirof-

€ut ordre de ne le pas laisser entrer dans Ro^ me qu'à condition qu'il n'y feroit aucun séjour , et qu'il sortirOit incontinent d'Italie. Et même il fallut qu^il entra dans Rome a Iiied , sans aucune marquQ de grandeur :

pour signifier qu'il n.^ÀYoit encore am:uii- ca« ractère de la dignité impériale. Cette entrée de l'empereur à Rome , dans un équipage si éloigné de la pompe des anciens empereurs^ donna lieu a une application fort ingénieuse que fit un sénateur romain y en haranguant dansleCapilole sur ce couronnement deGhar^ les IV , des paroles de l'évangile qui ont é\k dites de notre seigneur Jésus-Christ à propos de son entrée à Jérusalem sur une ânesse* JEcceRextuus venittibi mansuetufi ethunUliu Voici ton roi vient humble et débonnaire xaovh lé sur une ànesse« Voilà de quelle manière les papes trouvèrent moyen de s'élever au-defr* sus des empereurs et de les rendre leurs var* saux; et c'est là un petit abrégé des troubles effroyables que cette entreprise causa daflfl TEurope avant qu'elle put être achevée^ On nous fera plaisir de comparer ces troubles è ceux qu'on impute au calvinisme, et ai cettf* ci en approchent le moins du monde, nao# aommes prêt» à passer condamnation volon**" taire. .

Au reste ce n'est pas seulement sur l'auti| ;rité des empereurs que les papes ont enlre^

du Papismeé fi75

pvU^ c'est sur Tautorité de tous les autres s(>iiV<eraiQS^ et ces entreprises ont causé par* tiHit d^6 troubles. Mais il faut réserver quel-^ que chose pour les chapitres que nous destinons piarticulièrement à l'histoire des attentats âe& papes sur le droit des princes , et des re-« bellions qu'ils ont causées ou favorisées. Pour 1^ présent je passe à Thi^toire des schismes.

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