‹ Histoire du Calvinisme: et celle du Papisme, mise en parallèle: Ou apologie pour les réformationChapitre 13 sur 17 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Schismes de Benoit FUI et de Grfgoii lie Benoit IX, de Jean XXÏ ^ de SU m et de Gratien > de Nicolas II et dx noit JT, d? Alexandre II et de Cado de Grégoire Fil et de Clément II Gelase II et de Grégoire VIII^ d^Im H et éCAnaclet , d^ Alexandre III et for IV , de Jean XXII et de Pierre h aria.

ft-ra 5iriniEk« tlioa pvnnpr#knr.a n'^fnîpnf

du Papisme. Soi

Km prédécesseur Otiion pour appaiser les ti ou*-' ble^ qui étoient à Rome à l'occasion d'une dous ble élection qui se fit après la mort de SSrgins [V. (loiâ) Les uns élurent par le crédit et l'au* lorité des comtes de Tuscanelle un homme de sette maison qui pritle nom de Benoit YIII. Les seigneurs de Tuscanelle et d'Etrurie étoient ^n possession depuis un siècle de mettre des scélérats dans le siège romain. Celui-ci nétoit pas tel qu'avoient été les autres , cependant la plupart des romains n'en voulurent point prenant d'une si mauvaise main. Ils firent un au- Kre pape qui prit le nom de Grégoire sixième. Le parti (le ce dernier fut le plus fort par la roye des armes et par l'effusion du sang. Be« noitfut obligé de s'enfuir en Allemagne auprès d'Henri qui le ramena l'année suivante en Italie avec une bonne armée et le rétablit à Rome. Jamais le seigneur Jésus-Christ n'auroit pensé que ses vicaires dussent ainsi lui succéder et se succéder les uns aux autres par tant de combats , et que l'on dut conquér rir son trône à la pointe de l'épée comme ce-v lui des Césars. Et p'est une chose assesr singulière qu'on se fraye le chemin aju souverain sacerdoce par le pillage , par le meurtre et par l'effusion du sang.

L'on prétend que la faction .^es comtes 3e Tuscanelles et d'Etrurie avoit bien ren-^

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contré en faisant le pape Benoit VIIL Maïs îb 1 ne furent pas si heureux dans la promotion 1 de leOr fils Benoit neuvième qui succéda à Jean XX son oncle , (io33j car l'on avoue qae c'étoit l^un des hommes du monde le plus infâme et le plus débauché. Le cardinal Benno dans la yie d'Hildebrand nous dit que ce Benoit étoit sorcier , qu'il sacrifloit aux démooi dans les bois et quHI attiroit l'amour des fera* mes par des sortilèges. Il fut pourtant durant plus de dix ans la bouche sacrée par laquelle Dieu rendoit ses oracles et le juge in* faillible des controverses, (i) Mais au bout 'de ce temps-là le peuple romain se lassa de lui ; ou pour mieux dire une autre faction de scélérats comme la première , gagnée par l'argent de Jean , évéque de sainte Sabine , créa cet évéque pape sous le nom de Silvestre III| qui fut Tunti-pape de Benoit IX. Ainsi Rome devint le champ de bataille des deux papes; inaiî$ bientôt il y en eut trois. (2) Car Benoit IX qui trouvoit que le pontificat ne lui étoit plus commo^le pour la satisfaction de ses brutales v^oluptos , parce qu'ij étoit toujours obligé à être en garde contre son anti-pape, Yen*dit son sacerfloce à un autre scélérat nommé 3ea|i^ lequel il consacra pour pape et se. retira dans ^ maison d'Alberic , (io44) marquis

<l) OUio Frlsîn^ Kb 6. Léo OsUeuis.

\ij 4>4*uu.îu juia. 1044.

. du Papisme So5

l'Ktrurie, son père, pour y mener une vid oiive et consacrée à la débauche. Mais il se aasa bientôt de n'être plus rien , honteux dô ^a lâcheté il reprit les armes pour défaire cô , ]^u'il avoit fait. Il revint à Rome / se rendit maître du palais de Latran et se refit pape a<près s'être défait lui-même de son pontificat» Allers il y eut trois papes dans trois églises différentes , Benoit neuvième dans Téglise de Ht. Jean de Latran., Silvestre III dans l'église de St. Pierre ; et dans l'église de Ste« Maria majeure^Jean qui devoit s'appeler Jean vingt et unième ; car il y en avoit eu déjà vingt. Et dans cet heureux siècle de fer, de plomb y de ténèbresj de Pontifes incestueux et adultères^ les papes aimoient extrêmement le nom de Jean , en moins de cent ans il y en avoit ea dix. Ce qui fut le plus singulier dans ce schisme^ c'est que ces trois papes, après s'être bien battus, jugèrent qu'il y avoit bien de la folie à se battre pour uoe place qui étoit assez grande pour eux trois. Ils partagèrent le hxir. tin qui venoit des divers royaumes soumis au saint siège, l'un prit les revenus du patrimoine de St. Pierre, un autre ce qui revenoit du royaume d'Angleterre, le troisième se réserva une autre portion , et chacun d'eu^c trouva que de ce qui lui éloit échu , il avoit de quoi Vivre fort honnêment à son aise^ en

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grand seigneur^ en entretenant forcé et force concubines. Outre le achisme voit là dedans quelque chose de bien p lier qui pourroit servir de matière à d neB réflexions. Cela vaut bien la Papesse ne I dont ces Messieurs se défendent ta fut un grand plaisir au ciel de voir à • Christ trois lieutenans-généraux en te lieu d'un^ et un grand repos à l'église eut su en jouir^ d'avoir trois chefs en bo telligence. Ce fut à l'occasion de cet i l'église qu'un hermite envoya ces tro rimes à Tempereur Henri IIL

■ Imperator Henrice y omnipotentia yinea Sunamitis , nupsit tribus ma Dissolve connubluTTij et tri forme duh

C'est là ce sîége qu'on nous veut fai:

pecter comme celui de la divinité.

Sans doute ces trois papes auroient ■leilhfps joui fort doucement de la chaire Pierre dans une bonne paix, n'étoit qu' vînt un quatrième plus fin qu'eux j c'é prêtre nommé Gratien que le P. Main appelle un saint prêtre. Ce saint pr cheta le PonliKcat des trois autres à deniers comptans y et les laissa jouir partie des biens ecclésiastiques afin d'à quatrième avec le nom de pape, auq

iroh antres reïvotkcèwxvV% %'ew\^xv^\xv^

cKtf Papisme. So5

reittia 5 qui étoit la seule chose qu'ils cherchoient. Mais ce saint prêtre y qui s^appela [xrégoire VI , et qui par dévotion ayoit acheté le pontificat pour délivrer l'église de ce grand scandale n'eut pas le bonheur de jouir long*» temps des fruits de sa dévotion.(i o46) Car l'empereur Henri le noir vint et le fit déposer comme simoniaque pour mettre en sa place un Allemand Saxon , évêque de Uamberg » qui prit le nom de Clément III. L'empereur retournant en Allemagne , prit avec lui soupape pour le mettre à Pabri des persécutions des romains qui n'aimoient pas les papes allemands y mais la mort lui fit trouver un autre asile. Et après sa mort, Benoit IX rentra dans le siège pour la troisième fois ; il en fut chaséé par un pape, nommé Damase II, que l^empereur envoya tout fait d'Allemagne. Ce Damase ne vécut dans le siège que vingt trois jours , et Benoit rentra pour la quatrième fois en possession du pontificat. Mais enfin î) en fut expulsé par Brunon, évêque de Toul, que l'empereur Henri III envoya à Rome pour être pape sous le nom de Léon IX. Ainsi finit ce schisme , le plus honteux qu'on ail jamais vu dans le siège romain.

Dans ces siècles , dix ans ne se pouvoient a peine passer sans un schisme. (io4g) \\ en

arriva un moins violent que le précédent après

?oS. Histoire

la mort d'Etienne X. Les marquis d'Etrurie)

ea .possession depuis longtemps de faire desi papeS| ne pouvoient souffrir que les enipe«

reurs les dépouillassent de ce beau privilège^ C'est pourquoi durant la minorité de Henri IV ^ COi'^î ^® Germanie et futur empereoTi ils prirent leur temps quand Etienne futmort| dei mettre sur le siège épiscopal de Romej Jean IVlinci.us^ évêque de Yélitre^leur parent» Mais Hildebrand , si connu dans l'histoire sous le nom de Grégoire Vlf^qui commençoit à être fort puissant à Rome, forma une cabali opposée et lit élire Gérard^ évéque de FIo* rence , qui fut nommé Nicolas II. Ce Nicolai excommunia , et par le secours du duc de Toscane terrassa de telle manière le pauvre Benoit X, qu'il ne put s'en relever.

Lf 'église romaine ne fut pas trois ans saâi voir un pou veau schisme qui fut plus long él plus sanglant que l'autre; (1061) Le .précèdent finit l'an 10^9 , et le suivant se fit l'ai io6i. Hildebrand qui s'avançoit en crédit, et qui vuuloit ôter aux empereurs le droit d< nomination à Tévéché deïlome , (2) fit élîw contre le gré de l'empereur Henri III , un An selme ^ évêque de Luques , auquel il fit preit are le nom d^Alexandre H. L'empereur qg

,(i)i.'an 405». '

(2) Pierre- Diaica Ga^difl. d*OfUe in Di^l. Herm. conttaçt îi couius g isto.

du Papisme» Sof

sa cour à Bâle, et qui ijiToit assemblé, évêques d'Allemagne pour choisir un e propre à être pape , fut bien en -colèro que Hildebrand avoit fait faire à Rome> tr contrecarrer ce pape romain, les é-« s d*Âllemagne et de JUQmbArdi& élurent OMS, évêque de Parme^ qui prit le nom lorius IL Cadalous vint à Rome poue er lesiège^ Alexandre fut obligé de se r chez le duc de Toscane et entre les le )a princesse Béatrix, mère de MathiU % grande amie des papes et sur tout de )ire VIL En même temps toute Tltalie pour et contre ces deux papea. Hono^.

[ avoit pour lui la faveur de Tempereur^ )onne partie des évêques allemands et > les forcés de la Lombardie, Rome qui t être le prix du vainqueur se vit divisée }hiré6 par les factions qui étoient dans urailles et environnée de plusieurs gran- *mées qui désoloient ses campagnes. Au lencementyHonorius battit lees ennemis > Grodefroi, duc de Toscane, lui déroba le de sa victoire ,. battit ses troupes , les en pièces et les dissipa. .Ainsi le pape rius cessa d'être pape^parce qu'il ne 'fut issez puissant pour se maintenir 9 cft tudre II fut à Téglise romaine ixn époux ng. (io63) Honorius ne se rendit pour-

So8 Histoire

tant pas , il revint j il rentra dans Rome et %n rendit maître du Palais du Vatican à la faveur de son amiCencius^ gouverneur du château Saint-Ange. Aussitôt que le peuple en fut averli il prit les armes , Rome se vit toute en feu et pleine de séditions, mais le parti d'Honoriiis succomba encore une fois y Fanti-pape se sauva dans le château Saint-Ange où on Is tint assiégé deux ans. Pendant ce temps là la achisme duroit toujours, les allemands étoient pour le pape que leur empereur avoit faitt Alais enfin Von trouva moyen de débaucher au pape Honorius ses amis et de lui ôter.mâaid l'amité et la faveur de l'empereur ^ qui étant encore enfant vouloit tout ce qu'on lui inapiroit. Pour conclusion Honorius fut déposé par un concile d'italiens et d'allemands, (1067) quand il se vit abandonné de tous ses amis il mourut et en mourant il fit cesser ce schisme qui étoit le quatrième de ce siècle-là.

Le cinquième fut formé par le terrible attentat de Grégoire VII , (1) qui excommunia et déposa l'empereur Henri IV en le privant des royaumes de Germanie et d'Italie : L'em»

pereur, pour lui rendre le change, fit faire un autre pape^ ce fintGuibert^ archevêque de Ravenne, qui prit le nom de Clément III. Grégoire VII fut déposé par les évêques àilemandt

(1} L'ia 108S, Vsjpeif. Cbiou. Baron, ad aoa. 1080,

du Papisme. SùQ'

& Brixen dans le voisinage tie Trente , conmid sorcier 9 simoniaque, parjure, rebelle, criminel de lèze- majesté et perturbateur du repos public. Clément lit s'en alla à Bavenne taire Iç pape en attendant qu'il put aller sûrement à Rome* L'empereur le vint prendra pour Ty mener Tannée suivante avec une bonne armée, (1081) mais qui ne fit pas tout se qu'il voulut parce qu'il trouva que Grégoire VII avoit pris ses sûretés et avoit tiré un jrand secours de sa bien - aimée Mathilde.

Les années suivantes (108s) (losr*) furent >Ius heureuses pour Tempereur et pour son pape Clément lit , car Henri IV prit la ville le Rome et Grégoire fut obligé de se sauver lans le château SaintrÂnge , où il demeura issiégé. Il est vrai que Robert de Guiscard 9 lue de la Fouille , vint Ten tirer avec une ar* née, mais tout ce qui lui en revint fut un fâheux exil , durant lequel il mourut à Saler-" ie de la manière que nous avons vu ci-devant, lenri se trouvant maître de Roque ^ (io84) y ttablit le pape Cléiment JII et lui laissa une lonne garnison pour sp maintenir. Cio85) A« irès la mo^ de Grégoire Ville schisme coninua, car sa faction élut Victor III , qui fut nstallé a Rome sur le trâne de St. Pierre , urant l'absence de Clément III l'autre pape« /elui'ci revint à Romç quelque temps apréa[

s 10 Histoire

avec de bonnes troupes ^ et en chassa VictM!

le nouveau pontife » qui se sauva et s'en ails excommunier à Bénévent, le pape Clément III et tôt après il mourut. (1087) Par sa mort le schisme ne cessa point y car il eut pour snçcesseur celui qui prit le nom d'Urbain deuiiè» me, célèbre par la première croisade qu'il fit publier. C'est le troisième pape sous Fantif pape Clément III, (108&) dont la bonne for-v tune les dévoroit les uns après les autres Cet te bonne fortune l'accompagna jusqu'à l'ià iogS. Car en ce temps-là l'empereur quilVi* voit soutenu > ne pouvant plus le secourir s cause que l'Italie s'étoit révoltée contre loi apus son propre fils Conrad , (iog5) il tombSf fut chassé de Rome et n'y reatra jamais. 9 mourut au commencement du pontificat dfl PaschalIIj qui succéda a Urbain > à l'héorfl qu'il se croyoit prêt de rentrer dans le siégti 4^ faveur de ses armes ^ par lesquelles il ravsi gpoit toutes les campagneç aux environs èB Rome. (1100) Ainsi finit ce schisme après s^ voir duré so ans ^ pendafft lesquels il fut encore bien répandu du sang. (1 1 ig)

Un autre recommença bientôt après, p«i la même occasion 9 c'est par le dessein qui les papes laisoient de s'assujettir les empereurs par des entreprises continuelles (1 ) sn:

(1) Usper^. Chroo.Faiidul.Euj^eo. in vitaLudov. gross.

du Papisme. 3it'

Uur aiiforité..Nopg avons vu comme Henri V avoii eu la lâpheté d'abandonner son père Henri IV 9 et de se déclarer contre lui dan4 ^ cette joatequerelle qu'ilayoit soutenue contre lea papes pour les droitsde l'empire, etqu^ans^. sit^t qu'il fut empereur paisible après la mort de#on père, il se repentit de sa lâcheté 9 et soutint ses privilèges et les droits de sa digni« t^ avec autant de rigueur quje ses prédéces« aeors* Cette vigueur le rendit Tobjet de \m, persécution des papes ( 1 ) } Paschal II, lui maoqi^a de parole par plusieurs fois et l'em-* pereur l'en châtia en le chassant de Rome ^ de laquelle il se rendit le maître , et s'y fit eoo» Fountr par Maurice Burdin archevêque de if^raga. Paschal eut pourtant le plaisir de re*» Vemr à Rome et d'y mourir l'année suivante^. Aprèssff mort,la caba}e ennemie des esip.ereurs élut GelaselI.Les Fra^ipanes qui étoient dana le# intérêts de ^empereur Henri V| furentl bien étonnés de ce qu'on n'avoit pas eu d'égard à leur recommandation pour un sujet qui é^ t«^i|; de leurs amis. Et. la-dessua selon l'esprit de fureur alors dominant à Rome 9 ils s'en allèrent avec une troupe de gens armés, s^.

miâirentdu nouveau pape 5 lui dunnèreai cent coups de pieds et d'éperons , le trainàrent en prison chez eux ) et traitèrent à peu près de

rear. MsUan miUeo de ces désordres^ i reur arriva lui même arec l'élite de la rie de son armée; son arrivée releva le ge k son parti > Gelase faillît à être arr ne le sauva qu'à peine, et abandonna de Borne à ses ennemis , qui de Maurlu din archevêque de Braga, lui firent u pape. Cet anli>pape qui se nomma G VIII se fortifia dans Borne, et Gelase ■es amis pour y rentrer. Les princet Biands furent pour Gelase , l'empereu Grégoire) et ces deux grandes poissant partageoieni l'Italie, la désolèrent pfli armées qui cômbattoient pour la cai . denx prêtres. Toute la vaillance des { Normand» de la Fouille ne put pourtan ser Grégoire VIII de U ville de Boiiie pape Gelase ne trouvant plus de sûr

du Papisme. 3i3

Italie, rentra dans Romé^y en chassa Grégoire et l'assiégea avec une bonne armée dans la rille de Satry : d'où il faisoit continuellement des courses sur le territoire de Rome ^ et dé* Boloit toute la campagne. Enfin il s'en rendit le maître, Grégoire tomba vif entre ses mains. On revêtit ce misérable anti-pape de peaux de chèvres sanglantes, on le traîna par la ville de Rome , en le chargeant d'injures et de coapsi et enfin on le jeta dans la noire prison de quelque monastère où il périt misérablernent. Ainsi finit ce schisme (t i9i)niais cène Put pas sans avoir causé de terribles désordres, des pilleries^ des embrasemens^ des

meurtres, et toutes les suites naturelles de la

guerre.

L'orgueil et la division ne sont guères l'un lans l'autre, ( uSo) car où tout le monde reut régner il faut nécessairement se battre à qui régnera. ( i ) C'est pourquoi il étoit pomme impossible que ce siège où l'on n'aspiroit que par un principe d'orgueil , ne fut pause de divisions perpétuelles. L'église ro* niaine ne fut pas dix ans en paix qu'elle se vit déchirée par un nouveau schisme. Honoriué [1^ avoit succédé à Calliste II ( 9 ) , et quand [lonorius fut mort, ceux à qui appartenait le Ifoit d'élection se partagèrent ( ii3oJf. Vn^

fi) Baron. Petriu Di^cou, 1U>. 4* fl^t. iii Inuoc. \h

3i4 Histoire

partie élnt Innocent II, l'autre partie élut Pierre de Léon qui prit le nom d'Anaclet. Ce dernier eut la plus forte voix des romains , il eut pour lui Hoger duc de Calabre et de la Fouille, auquel il donna le titre de roi de Sicile. Ainsi Innocent II 9 fut obligé d'aller che^ cher un asile hors de lltalie. Baronius dit que ces deux papes furent élus le même jour , mail Platine rapporte la chose un peu différemment. Il dit qu'Innocent II, incontinent après son élection j entreprit une guerre contre Roger duc de Sicile, qui s'étoit emparé de h Fouille après la mort de Guillaume , le dernier delà famille des Guiscards. Roger qnitfo sentoît grand seigneur par la jonction de b province de Naples àla Sicile, voulut a?oirli titre de roi et souhaitoit que le pape le lai donnât. Non seulement Innocent II le luirofusa^maisil entreprit de lui arracfier la villo de Naples dont il s^étoit emparé depuis peu* Cela ne réussit pas à Innocent. Il eut de l'avaii» tavantage au premier combat, mais il fat battu au second et la défaite fut si entière que l6 pape demeura prisonnier avec tous ses cardi^ naux. C^étoit une chose fort ordinaire dans ce siècler-là et fort édifiante de voir des papes à la tête des armées, plonger leurs mains gacer« dotales dans le sang. Platine ajoute que peiirt dant que le paj^e Innocent II, étoit dans cett9

^du Papisme. 5i5

expédition qui lui réussit si mal, les romains durent pour pape Pierre de Léon. Innocent 1 y délÎTré de sa prison de Naples , voulut re-r«?nir à Romey mais il trouva la place prise ^ il s'enfuit en France | se mit sous la protection le Louis VI, dit le gros,et de St. Bernard qui »toit alors Toracle de la France. Il se tint un Concile à Étampe où St. Bernard engagea les èvêques de France à prendre le parti d'Inno* cent n y contre Âoaclet; de son côté Anaclet assembla un concile à Rome dans lequel il ex« communia Innocent et tous ses adhérens»

C'étoit excommunier bien des geâs tout à la fi»s.Cl)| car Innocent avoit dans ses intérêts une grande partie de TEurope, et l'empereur même ; ce qui dans ce temps-là étoit une chose asses rare,de voir un etnpereur bien avec un pa-. pe.IiOthaire,qui étoit alors l'empereur règnanti isamena Innocent II à Rome et se fit couron-' Qer par lui, ce qui donna lieu à la peinture dont nous avons parlé ^ qui offensa si fort Tem* pereur Frédfrric de Souabe. Anaclet occupoit pourtant encore le Vatican et le château St* Ange d'où il ne put être chassé ( 1 135 ) .Desort^ ique tout aussitôt que Lothaire s'en fut retourné en Allemagne; Anactet> soutenu de Roger qu'il avoit faït roi de Sicile tout exprès pour l'avoir à sa dévotion, cjiassa Innocent , s'em«

5i6 Histoire

para par armes de toutes les villes de Téta ecclésiastique ; et le pape Innocent se retira i Pise , où il se conbola en tenant un concile dans lequel il excommunia Anaclet et tousse partisans Jusqiiesici tous ces démêlés s'étoieQ poursuivis par les armes et par conséquent pft la violence et par l'effûsion du sang selon Vm prit de Tévangile des papes , mais la conclosion fut encore bien plus sanglante. L'empereur Lothaire revint en Italie au seconn du pape« avec deux grandes armées ^ à la têt( de l'une desquelles Innocent se mit , ces deu armées ravagèrent l'Italie et particulièremeni le royaume de Naples, les villes furent prises la campagne fut désolée, la Fouille et unepir fie de la Ca labre furent subjuguées et conqui* ses sur Roger , roi de Sicile; le fout pour 11 querelle de ces deux papes qui furent canst par leur schisme de mille désolations. (iiS8] Anaclet acheva de terminer cette querelle pu sa mort | et Innocent pour confirmer les soi* tes de sa victoire tint un concile^ qui futap* pelé le dixième oecuménique et le second d( Latran. (1169)

A près cela, l'église romaine fut environ ving ans sansschisme^ c'étoit beaucoup en cetempi la. (1) 11 y en eut un grand et oonsidérabl après la mort d'Adrien IV, qui avoit en ces fa

rien:

du Papisme. 5 1 7

îeux démêlés avec le grand empereur Fréleric Barberoushe , au sujet de la question sa- •^oir si les empereurs tiennent Terapire des ^apes. La cour de Rome étoit divisée en deux larties , Tune étoil contre l'empereur et Fauxe étoit pour lui. La cabale opposée aux empereurs, élut un nommé Roland, qui se fit ip peler Alexandre IIL Celui là même, cora-ne nous avons vu , qui avoit soutenu à Fré-leric que les empereurs tenoîent Pempiredes papes. Les partisans de l'empereur au con- :raîre élurent le cardinal Octavien, qui se aomma Victor IV. Et comme ce dernier avoit la faveur du sénat et du peuple, il malmenci jon compétiteur, lui arracha de vive force le nianteau pontifical et s'en revêtit. Il se fit créer et consacrer pape dans Rome , et Roland qui avoit pris le nom de Alexandre III, fut obligé de s'aller faire consacrer à cinq ou 6ix lieues de Rome dans un lieu appelé Nympha. L'Europe sévit encore divisée et partagée entre ces deux papes. L'empereur Fréderic , en qualité d'empereur, se voulut ren-« dre maître de ce différent et le faire décider par un concile, lequel il convoqua à Pavie. (1) JiCs deux papes y furent cités, Alexandre n'y voulut pas comparoltre, Victor y plaida sq.

eau se et la gagna, (2) après avoir prouvé qu'il

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(t) L'an 1160.

(2 5 Radev.liv. 2. cap» 55 et 61,

Si 8 Histoire

avoit été le premier installé et proclame sans au<;une opposition du parti de It L'élection d'Alexandre III fut donc dans ce concile de Pavie, rAIIemagne talie furent pour son compétiteur, et la ce et l'Angleterre furent pour lui. Voie encore une fois l'Europe aux mains pou évêques ; Alexandre se sauva en Frar tint un concile à Tours , (11612) où il e munia et Frédéric et Victor. En Itali tor tint son concile à Lodi^ où il excom aussi Alexandre et tous ses fauteurs. (1 mourut l'année suivante 9 et le schism tinua dans son successeur. Car les can élurent après lui , Gui de Crème, qui nom de Pasclial III. Ce second pape dans son obéissance les mêmes provinc ûvoient obéi à Victor IV, et parce qu^A dre III revenu en Italie , lui dèbaucho partie des italiens et même s'étoit emp Rome, l'empereur Fiéderic I passa er avec une grande armée po\ir le soutenir.

Il livra Ici bataille à une armée de trent> romains, qui tenoient pour Alexandre défit. En suite de cette victoire, il entra pliant dans Rome et y rétablit Victc fivantage que Victor remporta sur Alex coûta bien cher à Tltalie et a l'Aller li'avw^é^ 4^^ Vow^ins |)érit par les[ Vft

du Papisme^ Sjg

allemands ^ et celle des allemands périt par la peste. Ainsi la querelle de ces deux prêtre»

ambilieux Gt mourir une infinito d'hommes, Liu ruine de l'armée allemande fit reprendre le courage au parti d'Alexandre, l'Italie fut déchirée , ville contre ville , province contre province , les uns pour et les autres contre Victor, qui mourut à Rome et laissa sa place à untroisième anli pape, (1169) ce fut l'abbé de Strume qui prit le nom deCalliste III.L'empereur Frédéric fit un cinquième voyage en Italie pour soutenir ce troisième anti-pape.

Dans ce dernier voyage Frédéric fut moins heureux que dans les précédens. (1174) Le parti qui tenoit pour Alexandre gagna sur lui une grande bataille dans la Lombardie* (1175) Ce qui le réduisît à faire la paix avec Alexan-i ' dre Hï de la manière que nous avons vue ci-? devant. L'anti-pape Calliste III vît mourir son autorité parla paix quise fit enire Frédéric et Alexandre : après avoir tenu son siège premièrement à Rome et ensuite à Vi-^ terbe, (1 177) il fut obligé de se dépouiller de sa dignité , et de laisser Alexandre seul maîw tre du pontificat. . Ce dernier schisme Aura, plus que les guerres du calvinisme du siècle passé, et donna lieu à tant de combats | de sièges et de batailles que peut être n'en trouveroit-on pas davantage dans ces guorre4 que Ton attribua aux jtoleç^Vaga^,^

52o Histoire

Je ne croîs pas qu'il soit fort nécessaire de nous arrêter sur le srhisnie de Pierre Corbaria , (i328) que* l'empereur Loui^i de fia* viére fit créer anti-pape à Rome contre Jean XXIÏ. Ce que nous en avons dit dans Thistoire des enlrepri^es des papes sur le temporel des empereurs suffit. Parce que les horribles agitations qui troublèrent en ce tempslà l'Italie , ne furent point causées par cet an* ti-pape ni pour ses intérêts , ce fut un fen^ tome que Louis de Bavière éleva pour faire peur à Jean X XII , mais qui ne fit ni peur ni ïnal, et disparut incontinent. Ce pauvre homme aprcs avoir porté le nom de pape un peu plus d'un an , vint y renoncer la corde au col aux pieds de Jean , qui s^assura de sa personne et le retint j)rison\:iîer dans son palais d'Avignon. (i35o) Ainsi n'ayant rien de con-sidérable à dire -de ce schisme nous pouvons passer au dernier et au plus grand de tous:

c'est celui iqui a duré plus de cinquante ans, pendant lesquels l'église romaine avoit un pape à Avignon où en Espagne et l'autre à Rorae. Où étoil alors le siège d« rinfaillibililé, et la bouche par laquelle le ciel prononce ses décidions et ses arrêts? C'est ici que toute U théologie de Rome est à bout. Hors de Té* glise il ne ^auroit y avoir de salut , ceux qui

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du Papisme. Jsi

par conséquent il n'y a pas de salut pour eux, voilà leur principe. Durant ces cinquante ans toute l'Europe étoit partagée^ la moitié nécessairement étoit dans le schisme , car de ces deux papes régnans, il ne pouvoit y en avoir qu'un vrai : Vautre étoit schismalique j excommunié, fils delà géhenne et chef des rë^ prouvés, lesquels il menoit aux enfers avec lui. Cependant le sieur Maiuibourg avoue que dans Tun et l'autre parti il y avoit de très honnêtes gens , même des saints , des saints à réi'êlations et à miracles, (0 II faut donc qu'il y ait eu des saints et des saints d miracles et révélations qui ayent été damnés, parce qu'ils étoient hors de Téglise en qualité d'ex» communies et de schismatiques. Ces Messieurs se tireront de cette difEcnlté quand il leur plaira. Mais avant que de faire des réflexions il faut faire l'histoire.

( \) Hist. du grand schisme llv. 1,

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