‹ Histoire du Calvinisme: et celle du Papisme, mise en parallèle: Ou apologie pour les réformationChapitre 5 sur 17 · CHAPITRE ilL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ilL

Troisième source des troubles que le papisme a causés dans VEuropedes Croisades-que c^est le papisme qui les a faites : hijiTible superstition dans ces Croisades : Vor^ueUy Vavarice et V ambition des papes les ont eau»

iTr/co , quK ctra guorr^a àf oient injustes y qu^îl

est faux que V esclavage des chrétiens sous les Sarrazins fut tel qu^on le dépeint: cru-^ auté du papisme plus grande que celle des Sa razins : Jugement de Pasquier sur ces . Croisades , que le saint esprit n*a pas été V auteur de ce dessein : horrible corruption des croisés.

E schisme des grecs et des latins qui se trouva formé sous Photius se renouvella et se confirma un peu après le milieu duXP siècle, parles démêlés qui se renouvellèrent entre le pape Léon IX, et Michel Cerularins patriar?

che de Constantinople^ soutenu de Léon d'Aciide métropolitain de Bulgarie. La guerre des croisades commença sur la fin du même Xi* eiécle. Ainsi nous passons de la seconde sour*

'Sa Papisme^ gl

eè de troubles causés par le papisme à la f roî siènie sans changer de siècle j tant il est vrque sans aucune interruption,le par' été la causé de tous les grands tf- ^ on

a vus dans le monde chrétîe" ^^ que le

père Maimbourg s'est ' ^ peine de met-

tre l'histoire ^'^ .je? en français, peu

de gem • - que c'est. Tout le monde

^''' -lit les guerres sacrées entrepri-

ctrracher la teire sainte, Jérusalem, .^jpulcre du seigneur et les autres lieux maints des mains des sarrazins et des turcs.

Depuis que Ton écrit Thistoire je ne sais s'il s'est rien fait de plus étrange, qui ait causé d'aussi horribles mouvemens sur la terre ; et une plus grande efrusion de sang. Je n'ai pas dessein d'instruire le public de toutes les aven<« tares qui arrivèrent durant ces longues et cruelles guerres^ cela est déjà fait, mais j'ai dessein de faire trois choses. La première est de montrer que c*est le papisme qui est cause de ces guerres y la seconde qu'elles étoient injustes et imprudentes, et la troisième qu'elles ont causé dans Torient et dans l'occident des maux effroyables auji princes chrétiens et que tous ces maux doivent être imputés au papisme.

Sur le premier article nous ne devons pas Itre long: car £^est une affaire qui n'est pa»

ijt Hisloîn

contestée: le papisme se fait un grand horfneiir d'avoir excité dans le monde ces guerre» Çji'i! appelle des cuefres saintes. Voici comme on du/'^e à cela une apparence de justice et de dévjitîon. La Palestine > dit on, est un pays que Dieu s'est réservé et pour ainsi dire approprié depuis qu'il en chassa les cananéens ses anciens habitans, «iepuîs ce tempslà cette terre avoit toujours apparv«pu enpro^ pre à réglîse, C^est son ancien domaine, j^insi rédise a du travailler à la recouvrer et à rentrer en possession de ses droits : les loix de la nature et celles de la piété la port oient donc là* De plus la compassion chrétienne devoit obIi« ger les chrétiens de l'occident de secourir leurs frères de l'orient, qui gémissoient sous la cruelle tyrannie des sarrazins. Ces chrétiens dQ la Palestine imploroieot le secours de leurs frères ^ la religion ne pouvoit pas souffrir qu'on demeurât en repos pendant que les fidèles souffroient une si cruelle servitude, La pro« fanation de ces lieux saints qui sout l'objet de la vénération des chrétiens les devoit émou^ Toir : les ennemis de Jésus Christ possédoient la capitale de son empire, étoient maîtres dn saint sépulcre, tiroient un tribut infâme de la piété des fidèles; ces lieux rendus célèbres par les miracles de Jésus-Christ , par Peffusion

de sua sang étj^ient profaués par les trophée^

du Papisme, gS

i^t Teâ mahométans y dressoient à la honte d» tout le christiaiiisme qui le soufiVtit sans s'y opposer. On ajoutoit, qu'une telle entreprise devoit indubitablement étendre les bornes de l'empire de Jésus-Christ et porter bien loin la foi chrétienne^ parceque de tous les peuples conquis on en feroit tout autant de peuples chrétiens 9 et qu'outre qu'on feroit refleurir le christianisme par tout où il avoitdéjà été, l'on pourroit le pousser encore bien plus loin* Au reste ^disoit-on, l'on ne fera point d'injus<tice d'aller ôter aux infidèles ces grands états ^ puisqu'ils les ont pris sur Jésus- Christ, et sur l'emptre romain dont ils faisoient partie. Il est clair que le grand et le premier mobile par lequel on fit mouvoir tant de machines et tant de corps fut cette fausse dévotion qui fait une partie de la religion papiste ^ c'est la vénération religieuse pour les reliques, et pour tout ce qu'on appelle les choses saintes, parceque l'on prétend qu'elles ont appartenu aux saints: superstition la plus vaine du monde et la plus opposée à l'esprit de la religion chrétienne , qui se détache de toutes les choses externes pour s'attacher uniquement à Dieu.

Autrefois Dieu trouvoit bon qu'il y eut un certain lieu qui fut plus vénérable que les autres parce que c'étoit le seul où il vouloit qu'oa lui présentât des sacrifices ^ c'élgvV l^ \\\S.^ ^

gï Histoire

Jérusaleni et le temple qui y étoit bâti : ceTft avoit ses raisons qui étoient toutes fondées dans le type , et dans le rapport à Jésus*Christ« Le Seigneur étant venu, cette dévotion attachée k des pierres et à de certains lieux a été abolie^ comme toutes les autres cérémonies.

Le Seigneur le déclare nettement quand il dit À la Samaritaine au sujet de Jérusalem, où les juifs adoroient, et de la montagne de Gae* rizim , où les samaritains vouloient attacher ie service divin : ( i ) En vérité je te dis qu$ Vh ure est penue que vous n'adorerez Dieu ni dans cette montagne ni dans Jérusalem, mais les vrais adorateurs l'adoreront en esprit et en vérité. C'est une grande erreur de s'imagi^ ner que le Seigneur Jésus Christ ait renda vénérables les lieux où il a été et les choses an* quelles il peut avoir touché. La présence do la divinité qui remplit tout et qui est pour ainsi dire Tame du monde, n'est-elle pas incomparablement plus importante à la religion que la présence du corps de notre Seigneur Jésus Christ î^ Cependant il n'y a personne assez extravagant pour baiser et adorer la terre, les rochers et les cavernes qui sont actuig ellement pleins de-Dieu , comme on va adorer le St. Sépulcre et ce qu'on appelle les saints lieux. Il ne faut pas douter que ce ne soit uim

(i ) Evang- stiou St. Jtaii; Chsif , 4«

ISa Papisme. ^5

Sérotîon très désagréable à Dieu « car encore que ce culte se rende à des pierres et à de la terre par rapport à Dieu , comme on parle , et à cause de Dieu , cependant il ne laisse pas de haïr ces superstitions. Dieu n'aime pas ces cultes de réflexion qui tombent immédiatement sur les créatures et quel'on veut ensuite faire rejaillir sur lui, il veut être Pobjet unique et immédiat de tout le culte religieux.

C'est donc la religion du pape et non celle de lésus-Christ quia établi cette espèce de dévotion ; et puisque c^est cette fausse dévotion qui a porté les chrétiens à se croiser d'où ensuite sont venus de si grands maux^ il est clair que c'est le papisme vX la religion du pape qui est cause de ces croisades. L'histoire en fait foi : ( iog5.) ce fut le pape Urbain II ^ qui publia la première croisade , dans les conciles de Plaisance en Italie et de Clermont en Auvergne; ce furent les ecclésiastiques qui sonnèrent la trompette dans cette guerre. Pierre THermite de la ville d^Amiens en Picardie^ fut l'ambassadeur du pape qui courut dans toutes^ les cours de l'Europe pour solliciter les princes chrétiens à cette conquête de la terre sainte. Ce furent les évéques et les moines qui par leurs prédications enflammèrent les peuples par celte fausse dévotion. On cria la

^8 fHatdirë -

croix de Jèsuê - Christ, la croix defésuê^ Chrisij pendant qu'on la fouloit aux pieds : comme autrefois les faux juifs crioient le temple du Seigneur, le temple du Seigneur^ pendant qu'ils profanoient le temple , et le remplis^ soient d'Idoles. L'on reconnut en cette occa^ sion ce que peut l'esprit de la véritable dévor lion : on vit courir les peuples en foule pour prendre la croix sur leurs habits et pour s'enrôler sous ces nouvelles enseignes. Toute l'Europe se souleva comme de concert , et l'oi| trouva des millions d'hommes , où l'on n'aor roit peut-être pas trouvé un seul homme pouf* une entreprise légitime dans laquelle la gloire de Dieu auroit été véritablement intéressé^ Une aflTreuse et ténébreuse superstition papia^ te règnoit dans ce temps des croisades. Les jnoines ne parloient que de miracles faits ea faveur des croisades > la croix paroissoit à toue niomens dans les airs, la vierge apparoissoit afin d'encourager au voyage, les religieux et les images des saints faisoient des miracles en faveur descroiséStAu reste ces pèlerins étoient pleins du mérite du vœu qu'ils faisoient et de l'action qu'ils entreprenoient, comme si Dieu eut été obligé de les sauver quand ils mou« Toient dans ces voyages de quelque manière que cela arrivât. La couronne du martyre i^jÀT éloïi due à leur compte j^ comme à ceux

ûu Papiêrfiêé 97

qui aToieflt auUefois signé la vérité de Tévan^ gile de lear sang. Us croyoient même rendre ft Jésns- Christ ce qu'ils avoient reçu de lui, Ba« roninsjsur l'an ii87|Tie fait pas de difficulté de dire, qu'ils rendaient à Jésus-^Chriat la pareille j mort pour mort. Enfin cette religion des croisés étoit un papisme le plus corrompa qai fut jamais.

Jusqu'ici il est clair que le papi^me^ c'est^ à-dire la dévotion papiste et superstitieuse ^ est cause de ce soulèvement général de r£u-<* rope. Mais voici une autre cause secrète da ces mouvemens qui n'établit pas moins fortement ce que nous prétendons savoir ^ que 1q papisme est la cause des croisades. C'est que réellement et de fait ce fut Torgueil des pa* peê qui fit jouer ces machines. On peut diret que jamais le démon n^a inspiré une plus damnable ruse aux suppôts du siège romain pour augmenter sa grandeur et l'établir sur la ruilae de tous les souverains de l'Europe. Depuis le VIU* siècle et après le schisme des grecs | les papes aspiroient à la monai'chie univer-^ selle 9 et en effet ils y sont parvenus^ mais rien Ile leur a tant servi à cela que ces croisades. On tient avec beaucoup de vraisemblance que ce certain pèlerin nommé Pierre l'Hermite fut un suppôt d'Urbain II, un homme envoyé à

{éraaôleni exprès pour jouer la CQOxédv^ ^'^.

^8 Tlistoirê .-.

joua dans là suite, pour dépeindre en lei pathétiques le triste état de l'église d'oi çt pour solliciter les princes chrétiens à la quête de la terre sainte. Tout au moins < certain que les papes dans la suite se sont vis avec une merveilleuse adresse de ces g res saintes pour augmenter et affermir tyrannie sur le monde chrétien. Et il est < tant qu'ils avoient^ans cette affaire des purement charnelles comme il a assez ] par l'événement. Il suffît de dire que a l'orgueilleux liildebrand pape sous le de Grégoire VII, qui conçut le premiei grand dessein, pour être persuadé que entreprises tendoient à l'agrandissemen la domination papale, car est ambitieux r treprit et ne conçut jamais rien que tends ce but. Cet homme est celui qui a fait les pes ce q^^ils sont , c'est lui qui les a élevé la tête deërois , qui le premier a osé arra l'empire aux empereurs, aux rois leurs ro; mes et qui s'est véritablement revêtu de toi: caractères de l'Antéchrist. Ce pape ne ji rien déplus propre a réduire les princes de les appauvrir et de les matter , et rie propre à les mater que de les envoyer se $umer eux et leuM' forces dans l'orient. ( gqire VII fut prévenu par la mqrt et ne ] jiâ^t accompli! fioa dessein ( io86t ) ^ il }e

du Papismh |^^

la à ses successeurs. Victor Ill.qui ne fut assis que deux ans sur le siège papal n'eut pas le temps d'avancer cette graade affaire. Urbain U qui lui succéda^ la ménagea avec une merveilleuse adresse ( 1088.) et avec un grand succès. Et voici précisément les vues que set successeurs et lui eurent la dedans.

I, Premièrement, ils jugèrent que c'étoit le. meilleur moyen de se délivrer des sarrazinf qui avbient occupé la Sicile et qui commençoient fort à les incommoder dans l'Italie. lU jugèrent qu'il falloit imiter la politique des anciens romains , qui portèrent la guerre che^ les cathaginojs pour en délivrer l'Italie. 11. De plus par la conquête de l'orient ils vuidoieqt lagrande querelle qui étoit entre Téglise grecique et l'église latine , et qui venoit d'éclater avec un grand scandale.Les papes ne voyoient littcune apparence de soumettre les grecs pap des anathêmes et des excommunications , car pn se moquoit de ces armes dans l'orient , c'est pourquoi ils voulurent les réduire par les ar« ines charnelles. Ils ne fussent jamais venu à ]bout d'obliger les princes chrétiens à se croiser j pour aller réduire les grecs à l'obéissance de l'église latine; il fallut prendre un autre prétexte et l'on n'en trouva pas un puis spécieux que celui de la conquête des pays que

Ififi sairazins avoient arrachés atix chrétie^^^

lôft Histoire

Par ce moyen on se soumettoit non seulemenl le patriarche de Constantinople mais les troifl autres^ celai de Jérusalen^ celui d'Autioche et celui d'Alexandrie* Il est vrai que cette première croisade s'entreprit sous le spécieux prétexte d'aller secourir Tempire grec aussi bien que les chrétiens de la terl^e sainte; mais «n secourant l'empire grec on pouvoit bien avoir en vue de se soumettre l'église grecque^ et la suite fit bien voir qu'on en vouloit i l^empire aussi bien qu'àl'église, car on se sou* mit l'un et l'autre. III. Ces croisades se fai« soient durant laferveur de ces grands démêlés que les papes ont eu avec les empereurs el les rois delà chrétienté sur le droit des investitures et la dépendance du temporel des prin ces. Ces guerres^sous le titre de guerre de re» ligi on >ser voient à épuiser l'Europe de forces j et les monarques d'argent et de soldats : de •orte que dans cette grande destitution d'appuis les couronnes demeuroient exposées eli proie à l'ambition des papes , qui en dispos soient comme bon leur sembloit. Quand m prince les chagrinoit^ilsl'excoromunioientpoiD l'obliger à s'en aller dans un autre monde , q* pendantson absence ils bouleversoient ses états y fa|soient d'horribles factions et sollicitoien les peuples à la révolte: je ne dis rien que ji

jpe prouve d^na la suite.^ C'est ainsi que fu

du Papisme. loi'

Imité l'empereur Frédéric par Grégoire IX, et ce fut ce qui donna la naissance à la querelle entre Bonitace VIII et Pliilippe le Bel roi de France: Boniface envoya l'évéquedePamiera en France commander à Philippe de se croiser pour aller faire la guerre aux Sarrazins. Cet évêque s'acquita de sa commission avec tant d'insolence y selon les ordres de Boniface , que le roi fut obligé de le faire mettre en prison. IV. Par ces croisades, les papes se rendoient formidables à toute la terre, et sous le prétexte de guerres saintes dont ils étoient les chefir^ ils devenoient effectivement des monarques universels qui envoyoîent leurs prodigieuses armées dans l'orient et dans le midi pour la con-* qaéte du monde:de sorte que de princes spirituelsils se firent ouvertement princes mondains et temporels de toute TËurope.V. Par là ils se mitent en possession d'armer les peuples quand l'eqvie leur en prenoit,quandils vouloientperdreunempereur ou un roi, ou détruire unenation^il n'y avoit qu'à larevêlir du voile de Thérélieoudu schisme et les faire déclarer ennemis du saint siège^sous prétexte de dévotion on le* roit des armées d'assassins et de persécuteurs pour détruire ceux qui s'opposoient à la tyran^ nie papale et qui gémissoien t sous la côrr u ption îel'église.VLPar ce moyen le papese metloit

mpossession d' une do^jinatioa acluo^W^ ^\x\V:^\x%

îos Histoire

les peuples de la chrétienté en levant de grok tributs sur eux ^ tout de ntême que si véritablement ç'eussent été ses sujets. Sous préteste de<!es guerres saintes on levoit des impôts prodigieux , et tous ceux qui ne vouloient pas aller à la guerre étoient obligés de donner de très bon argent, pour lequel on leur donnoit de vaines indv;lgences ; c'est-à-dire que pour de l'or on leur donnoit des feuilles. VII. Enfid ce fut un moyen dans la main des papes pouf enrit liir l^s ecclésiastiques qui sont les sujets de leur empire, ou plutôt les instrumens de leur tyrannie. Les princes séculiers vendirent leurs maisons, leurs villes et leurs fonds pouc subvenir aux fraix de cette guerre , et ce furent les ecclésiastiques qui les achetèrent.

Godefroi de Bouillon vendit le comté de Bouil*-" Ion et d'Ardenneà Aubert évéque de Liège; et Verdun et Stenay à Richer évéque de Verdun; les autres en firent autant. Ainsi pendant que ces pauvres princes croisés alloient chercher dans l'orient des couronnes chimériques à travers mille travaux, les ecclésiastiques de TËu^ rope se reposoient mollement au milieu des dépouilles de ces grands seigneurs qu'ils avoient séduits par leurs illusions. Tout ce que nous venons de dire est reconnu de tous ceux qui ont de la sincérité et presque de tous eenx qui n'en ont point. Ainsi nous pouvons

po^Qf: cela couHxve un çoml ^qw^Vx ^\ biea

du Papisme, ^ io5

éclairci, que le papisme > rambîtion et rava** rice des papes ont fait ces croisades.

La seconde chose que j'ai dessein de prou^ ver c^est que ces guerres bien loin d*étre des guerres saintes ^ ont été des entreprises tout à fait injustes. Premièrement les raisons qua Ton tire de ce que cette terre est de l'ancien-' ne possession du peuple de Dieu, par le donr qui lui avoit été fait de cet héritage promis aux ^1 patriarches , sont si foibles qu'elles ne méri« 'I tent pas d'être relevées. Il semble que cela ''I n'ait été dit que pour donner lieu aux inGcIèloft ^Ide tourner en ridicule les chrétiens. Dieu 'l avoit autrefois choisi ce pays pour lui , mais il l'a abandonné depuis. Les pays sont pour leai peuples et non. pour Dieu , qui ne demeura nulle part, qui i:emplit tout et qui n'occups aucun lieu. Quand Dieu n'avoit qu^un peupla il n'avoit qu'un pays^ et parce que le peupla étoit petit le pays l'étoit aussi. Les bornes qui divisoient le juif du gentil ont été levées , Dieu a 6lé la distinction qui étoit entre les na^ tiens , il est présentement le Dieu de tous les peuples 9 c'est pourquoi tous les pays sont k lui. Et s'il y a quelque terre qu'il ait réprou* véoi c'est celle-là qui semble avoir eu part k la réprobation du peuple par lequel elle étoit -kf autrefois occupée. Les tentatives que les juifs 9al fables de temps en temps pour %'^ liVo^V^^

re

yo4 Histoire

et pour rebâtir* leur temple, et le mauvais succès qu'ont eu ces entreprises font assez voir que Dieu n'a plus d'amour ni pour la nation ni pour le pays. Il est vrai que cette terre a été honorée de la présence du Seigneur Jésus-Christ et de la vue de ses miracles, mais bien loin qu'elle en soit plus sainte, cela à été à Dieu une occasion de la maudire , parce qu'elle n'avoit pas profité de ces bienfaits. Malheur à vous^ disoit-il, Corazin, '^elsaida et Capemaum, car si en Tyr et en Sydon avaient été faites les merveilles qui ont été faites en vous^ elles se seraient répen^ iies il y a longtemps avec le sac et la cendre» C'est un héritage abandonné et qui a été laissé en pillage aux nations: et c'est ce moquer que de vouloir porter le zèle pour les intérêts de Dieu plus loin qu'il ne fait lui-même^ en reclamant après tant de siècles un bien duquel il a dit, voici votre habitation va être laissée déserte. II falloit , dit- on , aller venger les outrages que les sarrazins faisoient àJésus- Christ. Cela nie fait souvenir d'une histoire que rapport'e Froissart.dans la vie de Charles y I roi de France ; qu'un duc de Brabant ayant fait voile en Afrique avec une grande armée pour faire la guerre aux sarrazins^ le jlrinca sarrazm lui envoya un hérault pour savoir de

}u} h causQ de sa venue ; le duc répondit;

^du Papisme. lo5

qu'il étoit venu pour venger la mort de Jésus Christ le fils de Dieu, qu'ils avoient crucifié. Le tarrazin lui renvoya le même ambassadeur lai dire que s'il n'étoit venu que pour cela il pouvoit s'en retourner , que les sarrazins n'a<voient pas crucifié Jésus «Christ et qu'il de voit tourner tête contre la postérité des juifs. Mahomet II qui prit Constantinople, se railloit fort plaisamment de ce prétendu zèle pour Jésus Christ: on dit que l'an j4/)5 il écrivit an pape Nicolas V, que s'il l'en vouloit croire il laisseroit là le zèle pour Jésus- Christ^ et qu'ils vivroient en bons amis, que lui et ses turcs n'étoient point descendus des juifs mais des troyens , par conséquent qu'il étoit parent du pape et des romains^ qu'il étoit de leur devoir commun de relever les ruines de ITroie leur ancienne patrie et de venger les affronts que les grecs avoient fait à leur grand père Hector: que c'étoit pour cela qu'il s'étoit léjà emparé d'une partie delà Grèce , et qu'il dloit prendre l'autre : mais que quant à Jésus- Sfarist il le tenbit pour un grand prophète , lu'aÎDsi c'étoit contre les juifs que les rhréiens dévoient avoir affaire. C'est assurément ine plaisante dévotion que d'aller vengerJésus- Dhrist des affronts qui lui sont faits par lesinidèles^ et ce prétexte n'est bon qu'à tromper ietscta et les ignorans. Ou saitbî^iL ^^ V^^

ao6 tlistùirê

héros delà croisade alloient conquérir des pays pour eux et non pas pour Dieu. Nous savons un peu comment le monde est fait et comment il a été fait de tout temps. Je ne sais pour qui l'on nous prend quand on nous veut persua* âer que Godefroi de Bouillon et les braves normands n'avoient pas d'autres vues que d'aller tirer le St. Sépulcre d'esclavage. Je crois que ces Messieurs étoient de fort honnêtes gens selon le monde. Mais on auroit peine & nous persuader qu'ils fussent aussi superstitieux qu'on les fait. Il y avoit plus d'ambition que de religion dans leurs desseins y et même quand on diroit qu'il n'y avoit que de l'ambition je crois qu'on ne leur feroit pas beaucoup de tort. La manière dont ils se sont conduits en cette affaire n'est rien moins que de saintSi j et je suis persuadé que s'ils n'avoieut espéré trouver de bonnes provinces bien fertiles i conquérir dans le pays où on les envoyoit^ ils ne se seroient pas si facilement défaits des petits pays qu'ils avoient dans l'Europe. En effet quand ils furent arrivés c'étoit à qui en auroit le plus et à qui pilleroit le mieux : chacun se Ht roi de ce qu'il put occuper et chercha son règne et non pas celui de Jésus- Christ. Cette guerre étoit injuste comme toutes «elles qui s'entreprennent uniquement pour faire des conquêtes, (^odefroi de Bottillon et

du Papisme» i 07

Boemond avoient tout autant de droit sur Jérusalem et sur Ântioche que Alexandre le grand en avoit sur Tempire des perses , et les romains sur les grands états quMs ont englou* tis. C'est-à-dire que les princes croisés étoient d'honnêtes voleurs comme la plupart deà conquérans. Dire que lessarrazîns avoient usurpé ce pays sur les chrétiens par voye d'une injuste conquête, ce n'est rien dire. La plu- .part des conquêtes sont injustes dans leur iïoiiimencement , et la plupart des conquérans sont des usurpateurs. Mais le temps et une longue possession font devenir légitime une autorité qui au commencement étoit violente, autrement il n'y auroit quasi point de puissances légitimes au monde. Les peuples sujets à Fempire romain étoient tous peuples conqui8:

cependant il n'est jamais venu dans l'esprit des premiers chrétiens que sous ce prétexte il leur fut permis de secouer le joug des empereurs, sous lesquels ils étoient cruellement persécutés. 11 y avoit quatre cent soixante et trois ans que Jérusalem étoit en la main des sarrazins, il me semble que c'est assez pour établir un titre de possession légitime. Et s'il est vrai que Sophronius patriarche de Jérusalem ait concerté avec Thermite Pierre d'Amiens , cette grande partie pour se retirer de dessous la domination de ses maîtres , je UQ C^\% ^^^

lo8 Histoire

de âiïïîculté de dire qu^il étoitun sujet rebelle et traître à ses souvetains.

Pour mieux faire voir que cette guerre n'ayoit pas même ce qu'on appelle l^apparence de justice 9 il est bon de savoir que Téglise ji'étoit pas aussi malheureuse sous les sarrazins que le voulut persuader Urbain II, dans ia pathétique harangue que les historiens ont faite pour lui au concile de Clermont. Il seroit assez difficile de deviner ce qu'il dit alors, cac chaque auteur lui a fait un discours différent. Cependant il est aisé de juger qu'il appuya fort sur la misère de ces pauvres chrétiens esclaves. Mais il est bon d'entendre parler les historiens sur l'état où étoit l'église sous \%s sarrazins»

L'an 26 de l'empire d'Heraclius , Haumar prince des arabes assiégea Jérusalem. ( 1 } Le siège aura deux ans ad bout desquels elleae rendit par composition* Il ne se peut rien de plus modeste que la manière dont les sarra* 2ins se conduisirent dans cal te occasion: voici ce qu'en dit Nicetas Choniates. Ils ne piolè^ rent point les femmes, ils ne remplirent point le sépulcre de Jésus-Christ de cadat^res et ne firent pas de Ventrée de ce tombeau vipifiant une descente aux enfers^ ni ne firent pas de ce

(S) Anu9l. Xheop. OuUl. Tyrios ka, L'An de Christ. 631.

da Papisme^ 109

champ de vie un champ de mort C 1 ) 9 ni de ce monument noble parla résurrection un lieu de ruine et de chute. Ils se contentèrent d^un médiocre tribut par tête et laissèrent posséder à thacun paisiblement son bien sans employer contre eux nilefer, ni le feu ^ ni lapersécu* tion Sophonius quî éloit alors patriarche ca^' pitula pour l'église et obtint que les chrétiens auroient toute liberté de faire leur senrice comme auparavant , ce qui leur fut accordé.

Haumar ne voulut point entrer dans Jérusalem en triomphant maïs en pénitent, il secou-; Trit d'un sac et d'une haire et de vêtemens sar les et sordides. II se fit montrer le lieu où au-^^ trefois avoit été bâti le temple de Salomon à dessein , comme l'on croyoit,d'y faire bâtir une mosquée; ce qui affligea le patriarche, et lui fit dire que le temps étoit venu dans lequel l'abomination devoit être placée sur le lieu saint. Haumar comme prince des sarrazins et parent de la nation d'Israël, pleura sur les ruines du temple de Salomon , se revêtit d'ha; bits de deuil , et ne les quitta qu'à la prière du patriarche. Car après qu'il eut été longtemps dans ce triste appareil^Sophronius le conjura d^en sortir et de reprendre les marques de sa dignité; d'abord il le refusa et cène fut qu'après bien des prières qu'il dépouilla ses habits de

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deuil, et les rendit au patriarche, pour re-^ prendre ses habits ordinaires: voilà un cornxnencement qui ne promet rien de cruel. Cela est tout aussi édifiant que Feutrée des princes croisés en laroéme ville de Jérusalem Van 1099 quatre cent soixante et trois ans après. La qp^te ne fut point si triste que Ton avoit lieu de craindre; les chrétiens vécurent assez paisi* blement sous cette nouvelle domination. Oa peut lire rhistoîre d*Etmacin et les annales d'Eutichius patriarche de Constantinople que nous devons au savant Seldenus et que M. Po chok a tourné deFarabe. On ne verra point làdedans de persécutions sanglantes , point de massacres et peu de sang répandu. On peut dire avec vérité qu'il n'y a point du tout de compai*aison entre la cruauté des sarrazins contre les chrétiens , et celle du papisme con« tre les vrais fidèles. En peu d^années de guer» Tes contre les vaudois , ou même dans les \8euh massacres de la St. Barthelémi on a répandu plus de sang pour cause de religion que les sarrazins n'en ont répandu dans toutes leurs persécutions contre les chrétiens. Il es1 boti qu'on soit désabusé de ce préjugé, qu< le mahoniétisme est une secte cruelle, qu s'est établie en donnant le choix de la mort 01 de Tabjuration du christianisme : cela n'es point . et la conduite des sarrazins a été un<

du Papisme. m

déboTinaîreté évangelique en comparaison do celle du papisme qui a surpassé [la cruauté des cannibales. Cen'estdonc pas la cruauté des mahométans qui a perdu le christianisme de Vorient et du midi , c'est leur avarice. Ils faisoient acheter bien cher aux chrétiens la liberté de conscience , ils imposoient sur eux de gros tributs y ils leur faisoient souvent rar cheter leurs églises, lesquelles ils vendoient quelques fois aux juifs, et après cela il falloit que les chrétiens les rachetassent , la pauvreté anéantit les esprits et abaisse les courage;^. Mais surtout lemahométisme a perdu le christianisme parTignorance. Les mahométans ont aboli les écoles et les académies, parce qu'ils sont naturellement barbares et ennemis des sciences. Les chrétiens à cause de la dureté de leur servitude se sont abâtardis, et n'ont pas fait d'efforts pour se tirer de cette ignoirance. Ainsi ce ne sont point les persécutions cruelles qui ont abattu les chrétiens. Sur- tout dans le commencement de l'empire des sarra* •zins ils ne traitoient pas la religion chrétienne «en religion ennemie. Les chrétiens conservèrent même la plupart de leurs églises, (i) Entichius nous raconte que le calife Tf^alid Ebn Ahdil voulant bâtir une magnifique mosquée à Damas, il fit venir les chrétiens et leur dit,

* ( I ) Eutych. Annal, tom. 2 p. 357. — -—

ïia Histoire

Nous voudnom ajouter à notre temple CPite église de St. Jean qui vous appartient y or cette église étoit très belle et la plus belle qui fut dans tout le pays. Le Calife ajouta , nous vous donnerons de Purgent pour en bâtir une autre toute semblable en telliiu quHl vousplaù ra. Ou bien si vous voulez je vous payerai ce gu^elle vaut^ et il leur en oJ[frit quatre cent mille pièces d'or. Mais ils le rpf usèrent et lui produisirent le traité quHls avoient fait avec le Calife Ebn Walid. Ce refus le mit fort en colère. Cette histoire fait voir qUeles chrétiens avoient conservé toutes leurs églises, même les plus belles , et qu'on ne lès traitoit point avec tant de hauteur: puisque pour avoir un de leurs temples dont on avoit afifaire, on s'ofr froit de le leur payer ce qu'il valoit.

Nous avons dans Baroniusb lettre de Théo* clore, qui étoit patriarche de Jérusalem Véjx S69, quand les latins tinrent ce concile dont nous avons parlé dans Thistoire du schisme, où ils opprimèrent la liberté des grecs. Soit que cette lettre soit véritablement du patriai^ che de Jérusalem ou non, il ne nous impor^ fe, elle est assurément de quelqu'un de^ft orientaux qui sa voit fort bien Tétat de la r«« ligion chrétienne sous les sarrazins. Dans cette lettre le patriarche rend témoignage ^^ '^Is étoient fort doucement traités par les

€lu Papisme. Ii3

sarrazins. Très saint père , f 1) dit \\ ^ vous sa^ vez bien la cause pourquoi nous n^avons pas pu ni vous écrire ni députer vers vous. C'est afin de ne point donner de jalousie auxpuis»

sauces auxquelles nous sommes soumis^ et de ne leur point donner de soupçon. Car elles nous témoignent beaucoup di compassion et de bienveillance. Ils nous permettent de hdtir nos églises , de faire notre servi e et de con^ server nos cuutumt^s sans nous faire aucune injustice ni aucune violence.

Il est vrai que cet Eutichins, patriarclre d'Alexandrie, que nous venons Je citer ^ dit à la fin de son histoire qui finit vers ]e milieu da dixième siècl^^que les Musulmans ext-itèrent du tumulte à Jéi usaient Tan 5^5 de Thégîre et brûlèrent les portes du fen)ple<le Constantin, et l'église de la résurrection. C'étoit à quoialloit la plupart des persécutions que souffroient les chrétiens , c'est à la perte de quelques bâtimens. Mais entre toutes les é« glises il n'y en avoit pas de moins maltraitée que celle de Jérusalem ^ parce que les sarrazins, parle grand abord de pèlerins tiroient beaucoup de profit de la supeistitieuse dévotion que les chrétiens avoient pour ce lieu.

Enfin 41 est très certain que les chrél ens vi* voient sous les infidèles plus tran|uilleujcnt

(1) Dans Baron, sub. anu. 869. n. 15»

TiA Hisloirê

'que ne vivent les chrétiens sous les clir^ et que les sarrazins n'ont jamais exei millième partie des cruautés que l'égli maiue dans les lieux où elle est domii exerce sur les réformés. £t ainsi la ca des chrétiens sous les sarrazins ne p* êtreune cause suffisante et légitime de r toute l'Europe pour aller venger le ch nisme de la tyrannie qu'on exctrçoit g' Je ne sais si Von trouveroit bon que 1 d'Angleterre allassent dépouiller la n d'Autriche de tous ses états y à cause c persécute la religion réformée. 11 n'y donc aucune ombre de justice à aller at les sarrazins dans un pays que Dieu leui donné, et où chacun pouvoit vivre enp servant Dieu selon sa religion. Aussi bit que ces croisades aient servi à soulaj chrétiens d'Orient, au contraire ce son qui ont perdu le cjirislianisme dans 1'^ par mille raisons, et parce quelles y ont la corruption et l'impiété , et parce q ont aggravé le joug, et ont obligé les ma!

tans a abaisser les chrétiens pour les ] hors d'état de faire de semblables entre Si ces guerres étoient injustes à les der même selon la morale du monde*, forte raison l'étôîent-elles selon les 1 ^'évangile et dans lu inorale dé l'église. C

du Papisme» liS

fce que Jésus-Christ a donné de telles leçons ou de tels exemples? Son évangile s'est établi dans le monde par la voye de la persuasion , et par les martyres de ses apôtres et de &es envoyés : a-t il commandé qu'on le porlat aux extrémités de la terre par les armes? Je sup» plie donc ceux qui nous insultent aujourd'hui et qui nous accusent d'avoir établi notre religion parla violence, d^accorder la conduite de leurs dévots pèlerins de lu croisade avec les maximes de cette sévère morale sur laquelle ils nous veulent faire notre procès.

On nous accuse d'avoir établi notre religion par la gxierre: ce sont les croisés qui sont coupables de ce crime , eux qui s'en vont le sabre et le flambeau à la main, arborer la croix de Jésus— Christ sur les remparts des infidèles, et la faire passer sur un million do corps morts; Jésus-Christ ne veut point de tels prédicateurs.

Au reste il faut que Ton sache que ce ne sont pas les huguenots seuls q\ii font ces réflexions sur les croisades 9 et qui les regardent de ce côté-là: si vous voulez. Monsieur, je vous transcrirai ici un grand passage d'Etienne Pasquier qui vous apprendra ce qu'il en pensoit. (1) » Tout cela sembloit spécieux et ]D plein de religion. Toutefois le malheur

(1) Recherches liv. 5. cb. 21,

«Ml— i ■ I I ■ —— — —— I^M»— — —

il 6 Histoire

}} voulut que le levant fut le lomBean de»

h chrétiens « que nos croisades se soient é- Il vanouies en fumée, et que tous les pays que )) nous espérions convertir par les armes soient )) demeui es dans leurs anciennes mécrélances. )) Et qui plus est que noub tiyons tourné avec » le temps ces premiers fondemens des croi-; » sadcs en une ruine et désolation de notre )) église. Parce qu^en premier lieu depuis les )) papes exerceant inimitiés particulières con- » tre quelques princes souverains lorsqu'ils )) s'en voulurent venger, les excommunièrent^ n puis à faute d'absolution les déclarèrent )) hérétiques. Et à la suite de cela firent sou* )) vent trompeter des croisades contr'eux )) r.ommes'ils eussent été infîdéles , afin que )) les autres princes s'armassent et s'emparaa- )) î^ent de leurs principautés et royaumes. Ce )) qui causa une infinité de divisions, de trou- )) blés et de partialités dans notre chrétienté. )) Davantage, lorsque les courtisans de Rome » vouloient sous fausses enseignes faire un D grand amas de deniers , on fdisoit publier D une croisade contre les Turcs : et pour ex- ^) citer chacun à y aller ou contribuer à cette » sainte ligue ; les papes envoy oient par toutes )) les provinces plusieurs gens porteurs de )} leurs indulgences afin d'en faire part plus

p OU moins . belon le plus ou moins de de-

au Papisme. 1 1 j

D niers que l'on fînanceroit pour l'expédition

)) de tels voyages. Comme de fait ilavint sous

D Clément cinquième, (i) Car ayant été une

D croisade conclue au concile de Vienne , il

» la fit prêcher par un cardinal en France,

» et se trouvèrent une infinité de seigneurs

» qui se vouèrent à ce pèlerinage. Eutr'autrcs

1) choses , qui donnoit un deni&r avoit par-

D don d'un an, douze deniers de douze ansi

2> et qui donnoit autant comme il convenoit

» pour défrayer un liomme de guerre avoit

D indulgence plénière et absolution de tous

V ses péchés. Et le pape disposa des person-

D nés auxquelles il se fîoit pour recevoir ces

l> offrandes durant cinq ans, pendant lesquels

» il leva une incroyable somme de deniers.

D Mais au bout du temps le voyage fut rom-

9 pu par occasion j et dit le livre dont j'ai

% tiré cette histoire, que la plus grande par*

D tie de ces deniers fut donnée par le pape

B à un marquis sien neveu.

C^est à quoi servirent les croisades; à enrichir les papes et à les rendre redoutables.

C'est assez parler de l'injustice de ces entreprises^disons un mot pour faire v«>ir qu'il n'y avoit pas plus de prudence que de justice là dedans. Cela est d'une évidence si grande qu'on n'a pas besoin de le prouver: quand

ï 1 8 Histoire

même ceux qui entreprenoîent ces guerreit auroient eu de bonnes intentions cependant il n'y avoit rien de plus mal imaginé , qued'6ter à la chrétienté tout ce qu^elIe avoit de for* ces 9 de braves gens , d'argent et de soldats pour les envoyer en Orient. C'éloit exposer TEurope et Téglise à la fureur des sarrazina d'Occident. L'Espagne en étoit pleine, laSi* cile et toutes les côtes de l'Afrique. Si cea gens avoient su prendre leur temps et qu'ih eussent fait un grand effort sur ces côtes , ili auroient trouvé tous les états dénoués. Il ne faut point dire qu'on donnoit assez d^occupa' tion aux sarrazms dans l'Orient par ces croisades pour les empêcher de rien tenter sai rOccident, car ils avoient de quoi fournir é tout^ et de quoi se défendre et de quoi attt" quer. Les sarrazins d'Afrique et d'Espagne ne se sentirent guère des efforts des croisél contre la Palestine. Mais outre cela quelle espèce d'entreprise e^U:e ici? Entreprendre d( mener de prodigieuses armées presqu'au boul du monde à travers mille ou douze cents lieuei de pays, sans savoir de quoi vivront ces armées dans un si long voyage, sans munitions < sans vivre et quasi sans armes. Enfin l'on m peut rien de plus imprudent que de qnittei son trône 9 abandonner ses propres pays à la divisiondu dedans et aux efforts desélrangerSj

àa Papisme. 1 1 §

s^aller battre contre des barbares afia jir arracher trois pieds de terre qu'on ne oit les empêcher de reprendre le lende- . Un roi qui feroit aujourd'hui ce qu'ont Qtrefois les empereurs , les rois dé Fran-

ceux d'Angleterre, passeroit pour un ne à mettre aux petites maisons. Sous les 3S d'un prêtre s'en aller courir des aven-

I de chevalier de roman dans l'Asie et ans l'Afrique, abandonner ses propres

quasi sans espérance de les revoir, pour conquérir des royaumes pour le pape ; illoit-*il pas avoir perdu le sens? Cepensi l'on en croit ce que dit le père Maimg, il ne tiendra pas à lui que le roi ne he sur les traces du bienheureux St.

6 y et n'aille porter son courage^ sa prue, ses forces et ses bons officiers pour ter la croix de Jésus- Christ dans tous les i où est planté le croissant. C'est en pardonne ancienne prophétie qui dit que les èles doivent être détruits par les françois,

II y a sans doute , dit-il, plusieurs pré* ona semblables à celle ci; c^est le temps toit faire voir un jour si elles sont vèrita^

Mais il est bien certain que ce ne sera

lis que quand les françois , qui étant bien

comme ils le sont aujourd'hui sous un

Hist. du scbUm. des grecs ^ 1. 3. p. 355. secoad« édillv&iu

îac> HLtoirà

des plus grands rois qu*ils ayent jamais i sont capables tout seuls d* achever une' si h reuse aventure ^ n^en seront pas empêchés i les guerres étrangères et par dHnjustes ligu gui pour une juste défense les détourne d*i si glorieuse entreprise. En mille six cent sept te sept il n'y avoît que la ligue des Pays-bi de l'Empire et de TEspagne qui empêchât roi d'aller accomplir la prophétie qui ditq les François doivent détruire les infidèles. A jourd'hui cette ligue est abattue , le roi e] glorieusement triomphé et a donné la pai l'Europe. Ainsi selon les vues du père Mai bourg , ce grand prince doit présentemi quitter le glorieux poste qu'il occupe dans 1'^ cident, passer dans l'Orient avec l'élite de sujets ) mener tous ses braves généraux ^ i soncer à tout le présent et aux grandes e^] r^^nces de l'avenir y et avec ses seules for aller abattre l'empire des infidèles. Cette \ tr éprise ne seroit-elle pas bien d^un prii sage et prudent comme lui ^ En vérité qua un historien donne danslaflatterie, il est pi du ; il n'y a pas d'extravagance qu'il ne s capable de dire.

Je n'ai plus qu'une chose à faire pour déc< Vrir quel étoit l'esprit qui a inspiré les de seins de ces croisades. Ce fut Dieu^ dit ^ieur Maimbourg, ( 1 ) qui enflamma le z

i ) HïaU des crsisad. IWie 1.

au Papisme. 181'

ife« princes chrétiens peur entreprendre la conquête et la dèlii^rance de la terre sainte, (Test ce qu'il faut voir^ et nous n'en saurions mieux juger que par la conduite de ces croi- Jlés et snr-tout des premiers ; car ce fut dans le couimeiicenientque le zèle fut plus fervent. 'Vous et moi Monsieur, n'avons jamais vu ces lonnêtes gens qui chargèrent la croix de Jésus* Christ pour la porter en Orient,Peut-êtreque li nous avions été dans ce temps-là avec les lispositions où nous sommes aujourd'hui ^ >us aurions bien découvert des choses qu^on ^ifënons a pas apprises. Nous en savons pourtant assez pour être assurés que tous cesgens- [là n'ont pas été inspirés du saint esprit , mais l}ue la plupart ont été possédés de Tesprit du démon: car je ne sais s'il y a jamais eu une conduite plus effroyable que celle de ces croîlés. Déjà ils vivoient dans un siècle où les inspirations étoient fort rares: Je ne crois pas qu'il y en ait jamais eu un plus corrompu dans k christianisme. Les auteurs catholiques romains eux mêmes nous dépeignent l'église romaine du dixième siècle et jusqu'à la moitié du onzième comme une Sodome et une fiaby-^ [lone. Le père Maimbourg avoue que ce siècle des croisades étoit encore beaucoup plus cor- Jtompu que le nôtre. Il remarque entr'autro Ùiose que la coutume étoit établi^ d^ ^^ ^^vi^.

is9 Histoire

justice à 6ol>méme par les armes et par les voyes défaits les plus violentes; c^est-adire que les assassinats , les meurtres et les pilleries de particulier à particulier étoient permis et autorisés par la coutume. Si l'on youloit.; fouiller les anciens registres on y trou ver oit 1 une liste des impuretés pour le moins aussi 1 longue que celle des violences. Il ne faut que ^ lire saint Bernard^ le faisceau des temps^ AU vare Pelage et mille autres semblables auteurà^. très- dignes de foi : voilà des gens bien prépa-^i rés à recevoir les inspirations du saint-esprit.-^ IMais sans nous amuser à faire des conjectu^ Tes, écoutons les historiens qui nous apprendrons des faits certains. En voici un qui neufdft : ( 1 ) Ce n' était pas Dieu ni la prudence '■ mère des vertus qui portait tous les croisés d J faire ces vœux. Mais les uns allaient pour ne ^ pas abandonner hurs amis , les autres pour avoir de V occupation, d' au' res purement par légèreté^ d'autres pour se mettre à couvert di^s poursuites de leurs créanciers. Les autres y étoient portés par le libertinage, par l'assurance du pillage j par le dessein de 9e garantir des peines que méritoient leurs crimes^ et par mille autres motifs semblables- qui ne venoient pas apparemment du saint-esprit. Voici encore une autre historien , c est l'auteur do

(i ) QuilUU T/riu8 d^belU sacr, U. 1 c. i6.

du Papisme îs5

Uclironîque de Jérusalem. Un certain prêtre^ dit -il 9 ( 1 ) appelé Pierre, autrefois hermite y de la ville d^ A miens qui est située à V occident delà France ^fut le premier instigateur , qui sollicita cette entreprise dans la province de Serry par ses senne ns et par ses exhortations» Par lafotce de ses sollicitations il fit entrer dans ce dessein les éuêques , les abbés , les ec» Hésiastiques ^les moines, les laïques des plue grandes maisons, les princes et tout le peu* pie, chastes et incestueux , adultères , homi-i aides , larrons , parjures, brigands , et même des femmes. Mais sans aller plus loin que le père Maimbourg' il n'y a qu'à prendre droit I lur ses confessions. 11 avoue que ces armées de croisés étoient composées de toute la canaille de l'Europe , de moines libertins qui je* I toient le froc pour prendre les armes , de fem- ^mes impudentes qui prenoient des habits (Thooimes, d'ecclésiastiques relâchés qui clierehôient le libertinage, de débauchés, d'athées, ; d'impies et de gens qui n'avoient aucun senr timent de religion. Il ajoute qu'il y avoit parmi cela beaucoup d'honnêtes gens : cela se ■ peut si Von entend de ces honnêtes gens selon ; le monde qui cherchent à faire leurs affaires. Peut-être y avoit-il aussi quelques gens entetés d'une fausse dévotion, mais d'hpnnête^

( i } AIber« A^uen. chron. Hleros. 1. 4 c. Zi

gens selon la morale de Jésus-Christ , îl auroit de la peine à nous y en trouver. Un certaia auteur nommé Dodechindus^ qui vivoit en ce temps-là disoit : Ce fut un admirable esprit qui fi ussa les hommes de ce siècle-^là d faire, i ce voyage. Les femmes voulurent être de lapar^ fie et prirent des habits d^hommes et mar** cJioient hous les armes , toutes sortes d^impu" retés et d'abominations se commirent enir^ eux. , ( 1 }• Cet Albert Aquensis que nous ayons citéi j nous rapporte un fait horrible que le sieur | Naimbourg n'a pas voulu dissimuler. C ^ )'-^ Une armée de croisés , traînant une infinité ■de femmes et menant la vie du monde la plu9 débordile en toutes sortes de débauches , sê forma aux environs de Cologne. Ces croisés pour premier exploit de cette sainte guerremassacrèrent tout ce qu'ils purent trouver de juifs à Cologne et à Mayence , de la manière du monde la plus barbare et la plus inhumaine, sans épargner ni femme ^ ni enfans. Cette fureur poussa ces pauvres gens tellement au désespoir: Que s'^ étant barricadés dans leurs maisons, les mères devenues furieuses coupè'^ rent la gorge aux enfans qu^ elles allait oient jieê maris a leurs femmes et à leurs filles^ lespères^

leê

• ( 1 ) Chron. Hicro. lib. 1 c. 26^ l2')Uyï^\ 1096,

du Papisme* îsS

Us fils et les valais s* entretuèrent pour ne pas \omber entre les mains de ces impitoyables qui profanaient et rendaient odieux le nom de chrétivn. Voilà de quelle manière ces gens étoient inspirés, jugez par quel esprit. Il étoit même si fatal à Tesprit de croisade de devenir un esprit de fureur et d^impureté^ que les meilleurs s'y corrompoient. Il est très certaia que de tous ceux qui ont entrepris ces voya^^ gesjiln'y en a point eu dont les intentions ayent été plus pures que le roi saint Louis.

Et sans doute que pour une guerre si sainte il IToit choisi les plus braves et les plus honnêtes gens de son royaume. Mais ces honnêtes gens devinrent incontinent des monstres.

Voici ce que nous en dit le seigneur de Joia> Tille, (i ) X) Les barons, chevaliers et autres

> seigneurs qui éfoient au camp qui dévoient t sagement gerder leurbien et épargner iceli^i P pour s'en aider, et l'employer à lanécessl*-

> té^ commencèrent k le dépendre follement, » faisant grands et exquis banquets , les uns I) aux autres, prenant tous les plaisirs doQt t ils se pouvoient aviser. Ensoi te qu'en peu ^ de temps tout leur argent fut dépendu, puis

; D commencèrent à oppiimer et forcer le com- 1) mun peuple et les piller par tous moyens.

• Il n'y avoit ni femme ni fijle qui ne fut vio-»

(l)Chrou. deSt.Loui«,

^Êt^^^^mmÊmÊ^Êyi^fk

Ïd9 Histoire

D lée ni mise & hont6« Les bordeaux i }) épandus par tout le camp, ensorte }) roi même trouva plusieurs bordeau D ses gens tenoient autour de son pavil )) un jet de pierre , et de cet averti le rc » na congé â plusieurs de ses officie )» tant d^autres maux étoient Commis e » pétrés au camp qu'il seroit une ch< » grande horreur qui les voudroit to 1) conter* Ainsi donc que tout le monde )) malvivant. Mais nous en endurâmes ] D ne, comme sera dit ci-après.

Des plus occidentales parties de rope jusqu'à Jérusalem il y a fort loin :

pourquoi ces armées des croisés a anoyen de se repurger en chemin : cai Tiairement de cent mille hommes qui par par le chemin de terre , il en arrivoit ci six mille dans la terre sainte. Ainsi ce ] plus que la fleur des saints qui arriv Eooutez pourtant quelles gens c'étoient Selon le rapport d'un certain moine n B roi ardus Argentoratensis ^ qui a fait 1 criptiott de la terre sainte selon ce quHI vu de ses propres yeux dansle temps dei sades. ( s ) » Il y a , dans la terre pi I) de^ hommes de toutes nations qui son

> ' ■ ■ ■ > ■ ■ ■ ■ Il ■ 'immmmitmmmmmmmammm

( 1 ) Apud Canis. ;inliq. lect. \. 6;

du Papisme. i ^7

)) le ciel^ et chaque nation y vit selon ses D coutumes , et pour en dii e la vérité , à notre D très grande confusion, il n'y en a point do » pires et de plus corrompus dans leurs mœurs » que les chrétiens : dont je crois que voici la D raison. En Espagne, en France, en Aller D magne , en Italie,quand quelqu'un est cou- 3> pable de quelque crime comme homicide^ )) larcin , pillerie , inceste , adultère , forni- D cation, trahison, et qu'il craint le châtia )) ment^ il se sauve dans la terre sainte comn Il me pour abolir tous ses péchés. Quand il D est arrivé là^il se trouve qu'il a changé dd D lieu sans changer de cœur. Et il lui arrive D ce qui est écrit : le More peut il changer D sa peau? Ainsi dans la terre sainte il y a D plusieurs personnes qui dépouillent les pé* D lerins logés chez eux,vivant sous leur bou- ,11 ne foi et étant de même pays qu'eux. Ces D pères détestables laissent des enfans encoro H plus médians qu'eux qui foulent aux pieds H le lieu saint^et par leur vie honteuse attirent )i un grand mépris sur les saints lieux. ((Ç'^^l ainsi qu' étoit faite la race de ces bienheureux croisés qui suii^irent Pierre rffermite. Le 4ieur Maimbourg en demeure d^ accord et avoue D que la vie des chrétiens d'orient et i> même celle du clergé étoit si horriblement p débordée ^u'onne peut saii&\voutux %^^^%

r fi8 Histoire

D présenter Vaffreuse peinture qu'en ont fait » les écrivains de ce temps-là (c. Il est vraiy les historiens de ce temps- là nous en disent des choses horribles. Et il est bon d'en savoir quelque chose de moins général que ce qu'en avoue le sieur Maimbourg, ( i ) C'est des écrivains du temps , qu'un écrivain du nôtre a puisé ce qu'il nous apprend , qu'Heracliii»

eur la fin du douzième siècle , peu avant la prise de Jérusalem par Saladin , fut fait patriarche de Jérusalem par hi brigue de la reina mère Marie, veuve du roiÂlmerich. Guillau^ nie archevêque de Tyr, celui là même qui a écrit rhi.Htoire de la guerre sainte jusqu'à la pei le de*Jérusalem , s'opposa à Télection d'Hérucliiis , mais il ne la put empêcher. Le patrierclie, pour s'en venger, et en même temps pour se tléfaire d'un homme qui Tincommodoit parce qu'il étoît trop honnête homme, le fit empoisonner à Rome, où cet archevêque étoit allé pour le faire déposer. Après cela , il obtint du pape sa confirmation dans le patriarcat , sVn retourna en Jérusalem et voici com* me il y vécut selon cet auteur. )> Il devint a« . » moureux d'une certaine Tavernière delfi . )) ville de Naples de Ja Palestine a douze Weu^t » de Jérusalem. II alloit fort souvent la voii » et il la faisoit venir aussi fort souvent-, 1^

du VapUmé. 339

i renvoyant chargée de présens afin que cea

S) voyages ne déplussent pas au mari. Peu de

D temps après le mari mourut, et le patriar-

)) che transporta cette femme avec son père

}) et sa mère à Jérusalem. Il lui acheta une

3) belle maison de pierre de taille ^ et à la vue

D du public il vivoit avec elle comme un mari

D vit avec sa femme, excepté qu'ils nedemeu-

& roient pas dans la même maison. Quand elle

1) alloit à l'église, elle étoit dans Téquipage

s d'une princesse et d'une reine, suivie d'une

D grande foule de serviteurs. Si quelqu'uir

9 qui ne la connoissoit pas, et demandoit qui

J» étoit cette damej sans façon on répondoit

"t que c'étoit la pàtriaichesse ou la femme

K du patriarche. Elle s'appeloit Pacha de

» Riverti, et eut plusieurs enfans du patriar-

J» che. II arriva un jour, qu'étant à l'armée, le

)) roi tenant conseil avec le patriarche et les

t barons pour savoir si Ton donneroit bataille

S) aux sarrazins, un boufon entra hardiment

D et s'adressantau patriarche, il lui dit;mon-

\ seigneur, vous devezme payer mon voyage

> pour la bonne nouvelle que je vous apporte,

> Pacha de Riveri, votre femme, estaccouï <*hée d'un beau garçon. Le patriarche, fut

> un peu confus , mais pourtant sans se dé- • ferrer il lui répondit, taisez-vous, vous êtes

1^ un fou; taisez vous. Celle couduilQ <lvi^^-

i5o Histoire

)) triarche étoit un exemple dont tout son oler- 3> gé > ses moines et ses prêtres profitoient fort 3» bien ; car ils étoient si débauchés qu'aucune' » femme ne tenoit bien contre eux et à peine » y avoit-il une femme chaste dans toute la.

» ville de Jérusalem. « C'étoit pour reprett«^. dre cette sainte ville que L'on avoit donné tant, de combats, afin de la rendre sainte commô vous voyez qu'elle étoit. Il est à juger que cenxi qui l'habitoient et ceux qui Favoient conqui-*: se étoient de grands saints , puisque le clergé, qui la conduisoit étoit ainsi fait. Au reste que cela ne vous soit pas suspect : car Uësoldus atiré cette histoire mot à root de Marin Sanut noble Vénitien, l'un des plus grands zélateurs des croisades qui ait jamais été^ ( i } qui fit t:inq fois le voyage de Jérusalem, et qui fit tous ses eflbrts auprès du pape Jean XXII^ de l'empereur, du roi de France et des autres princes de l'Europe pour les obligera recom* ncncer les croisades; c'est pour cela qu'il composa son livre intitulé Sécréta fidelium crucis (s). Sans doute le sieur Maimbourg prétendra que ces croisés avoient dégénéré de ïa vertu de leurs ancêtres selon le sort de toutes les choses humaines qui vont toujours en empirant, mais s'il nous dit cel^ il faudra

( 1 ) Marin, sanct. sécréta fîde]. cruels ^ I« 3. patt. 6. c. 2 4 . (2) V'ait circa auu. 1310.

liu Papisme. 1 5 i

le faire ressouvenir des descriptions que lui* mêoae nous fait de ces bien-heureux pèlerins en plusieurs endroits de l'histoire. A l'excepr tion de quelques-uns des chefs dont on fait d'assez honnêtes gens^ on nous* avoue que la plupart des autres étoient des monstres d'im-. pudicité et qu^ils vivoient non pas comme dus gens qui alloient conquérir Jérusalem la sainte: mais comme s'ils eussent voulu s'ouvrir le chemin à l'ancienne Corinthe , de laquelle il a été dit , non licet omnibus adiré CorintJium^ à. cause du prix excessif que les courtisanes J mettoient à leurs faveurs, puisque nous sommes obligés à faire un petit abrégé de la conduite et des aventures de ces croisés.

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