‹ Histoire du Calvinisme: et celle du Papisme, mise en parallèle: Ou apologie pour les réformationChapitre 6 sur 17 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ab^J^gè d*s maux et des malheurs causés par IdS Cf^oisades opposés d ceux dont on accu^ se le CiUviiiisme ; des trois premières croi^ êadeSy leurs mauc^ais succès et le nombre inconcevable d'hommes qui y périt.

PRES avoir prouvé que ces croisades sont les productions du papisme , il est bon de faire &n petit abrégé des horribles maux çy\'^V\fc^W!X

^iZù Hîsloîre

iCaUsés dans le monde. C'est la troisième chose que nous nous étions proposé de faire» Et je le j uge nécessaire afin de donner à ces Messieurs le plaisir de pouvoir comparer les troubles que notre calvinisme à faits avec ceux que leur papismea produit. Cefuttoutàlafinduonzièmesiè^ cle( 1 096.) que ce certain Pierre l'Hermite,rua des plus grands liypocrites qui ait jamais été au monde 9 se mit à prêcher la première crot sade sous l'autorité du pape. Cet enchanteur avoit si bien charmé les peuples que quand^I passoit on arrachoit les poils de sa mule pour en faire des reliques. Il fit si bien que sous la conduite de plusieurs chefs dont ilfutTun des principaux, il se souleva une multitude de près de deux millions d'hommes enmoinsd'un an de temps. Cet herroile se fit général d'ar- Tnee et pour sa part il eut commission de prendre le devant avec un nombre d'hommes si grand qu'on ne le sauroit marquer: car cela ne se comptoil que par cent mille. Cette mulîitude composée comme*on nous l'a dépein« le, de canaille, de pendarts, de femmes débauchées et de gens de néant, traversa toute l'Allemagne en recevant des vivres pour de l'argent: et les allemands qui les voy oient passer^ se railloient d'eux et de leur dévotion. Car 1 es allemands, à ce que nous dit l'abbé d'Usperg, n^envoyèrenl point à celte ]^remière croisade,

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se moquoient de la peine que 6e donfioient ^8 pèlerins, c'est-à-dire qu'il n'y eut point ) gens distingués de cette nation dans ce preier Voyage. Quand ils furent arrivés en Hon* ie et en Bulgarie , la vertu de leur première spiration étant passée,ils agirent en démons. \y firent des excès horribles^ c'est le père aimbourg qui nous le dit : ( i ) // h*y a au* ne sorte d^ excès , ni de crimes de perfidie ,

cruauté i de brigandage , d^ incendie et de jlence que ces brutaux ne commissent. Les 3ngrois et les Bulgares s'en vengèrent , firent lin-basse sur cette canaille, et le bon saint erre THermite eut bien de la peine à se saur et à ramasser les débris de son naufrage.

u de temps après, les allemands en voulu* it être : une armée de quinze mille allemands Forma sous la conduite du prêtre Godescal, en passant par la Hongrie, ces seconds croi-

y commirent les mêmes excès que les pre- &rs et eurent encore un plus triste sort ^ * ils furent tous massacrés par les hongrois. ns la même année, il s'assembla aux environs Cologne une autre armée de croisés^ c^est le dont nous avons parlé , qui massacra tous Juifs. Celte armée composée de plus de jx cent mille hommes , en marchant sur les ces de Pierre l'Hermite arriva aussi en

I } Hist. des croisa. liv. i.

1 5Ï Histoire

Hongrie en commettant par le chemin de»

abominations inouies jusques à adorer une chêvie ( \ )n Tefi^ deux cent mille hommes périrent dans la Hongrie au siège d^une ville qu'ils vouloîent raser et brûler pour se venger de ce qu^elIe leur avoit refusé le passage. De tant de gjrnemens partis de TEuiope qui périrent en chemin , il s'en sauva pourtant asses pour porter la terreur et le désordre dans la ville de Constantinople^ auprès de laquelle ils se campèrent sous la conduite de leur Pierre THermite. Là ils pillèrent^ ils ravagèrent, ils violèrent et firent tout ce que l'on peut faire en pays ennemi. Après cela on trouve mauvais que les grecs se soient dégoûtés de ces croisés et ayent fait tout ce qu'ils ont pu pour les perdre. Mais je ne trouve rien en cela d'étonnant; ils virent qu'on leur avoit envoyé d'occident des armées pour les pillef et non pour les secourir. Sans doute^en ce siède^le christianisme partout étoit dans upe très grande corruption^ les grecs eux-mêmes n'éloient guères honnêtes gens, C'est pour-^ quoi il n'est pas étrange que pour se venger des croisés ils ayent opposé la tromperie à la violence et qu'ils ayent fait mille fourbes selon le génie de leur nation, pour faire périr c^s pèlerins qui les dévoroient. Cette foule

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du Papisme. j?5

nnombrable do croisés passa enfin le Bos-n phore et s'en alla périr aux environs de Kicée an Bythinie où les turcs en firent un massacro iiorrible, jusques-là que de plus de six cent mille personnes quiétoient parties de l'Europe il n'en resta que trois mille qui retournèrent chez elles nues et désarmées.

Godefroy de Bouillon venoit après avec une armée bien moins nombreuse, mais incomparablement plus belle: car il étoit suivi dequatrevingt mille hommes qui étoientrélite de toute la France et des Pays- bas. Celte belle 'armée grossissoit en chemin parle nom-, bre des pèlerins qui s'y joignoient et qui prenoient parti : et surtout par la jonction de {ilusieurs autres grandes armées, qui partirent BU même temps de diverses parties de notr« inonde f et particulièrement d'Italie sous les princes Normands.

Ainsi ces nouveaux conquérans se trou- Terent au siège de Nicée au nombre de plus de six cent mille combattans, C'^97) rèchappésdetanl de périlsqu^ils avoienl courus^ en chemin: et où plusieurs étoient demeurés.

Nicée fut emportée , mais il en coûta bon aux princes croisés. Car quand ils voulurent en poursuivant leur voyage et leurs conquêtes assiéger la villt^ d^Antioche , ces six cent mille hummoci élolent déjà réduits àiixo'vw^^^

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trois cent mille. Durant ^espace de :

mois que dura ce siège d'Ântioche) cent quanle mille hommes périrent de faim maladie 9 de misères et par les armes turcs : et tout le reste y seroit demeuré la trahison d'un chrétien apostat , noi Pirrhus y qui étoit entre les sarrazins et fit entrer dans Antiocbe l'un des princes ( sés^ et ensuite tous les autres. Les act que firent les cFoisés dans ce siège et dai bataille qui fut donnée auprès de cette ' paroissent incroyables. Si l'on en croit i' loire, en une seule journée les turcs ] dirent deux ou trois cent mille hommes, f en faisant toutes ces merveilles l'armée pèlerins ne laissoit pas de diminuer^ de s que quand elle arriva à Jérusalem , qui i le but de ses travaux, (i) déplus de deux i lions de personnes qui étoient parties de T rope y il ne se trouva plus que 5o ou 60 n combaltans. (s) Jérusalem fut prise par chrétiens, et ils en usèrent certainement i les sarrazins d'une manière peu chrétiei Cf-nx qui assistèrent â ce lamentable sj iacle assurent , que le temple et le pa étoient tellement remplis de sang qu'il y < luit à grands ruisseaux , et qu^on en a

(1) L an 1099.

(2) Hist. desC/oi3ide8;liv, 3.

du Papisme. iZ'J

j usqu^ au dessus du pie(L Mais le sieur Maimbourg a oublié de nous dire ce que nous ap* prend Elmacin , c'est que lesr croisés enfer-mèrenttous Ififi Juifs dans leur temyle et Icsy brûlèrent. C'est ainsi que Jésus- Christ a ordonné que Ton convertit les âmes. Que l'on se souvienne do ce que lit Haiiinar quand il prit cette même ville sur les chrétiens. Les sarrazins agirent alors comme des <lisriples de Jésus-Christ, et. nos pèlerins chrétiens agissent ici comme les disciples de INIaliotnet. lion Dieu quelle espèce de zèle I est ce là le moyen dont Dieu veut que l'on se serve pour établir la foi et l'évangile de son fils. Celle prise de Jérusalem inspira à tous les chrétiens d'occident une nouvelle ardeur, tout le monde voulut avoir part à la gloire, et il se forma une nouvelle armée de deux cent soi?caute mille liommes. La plus grande partie périt encore en chemin par les armes des turcs et par les perCdies de l'empereur grec, (i) Et ceux qui réchappèrent de ce nombre prodigieux allèrent terminer leur voyage el leur vie dans une bataillé que Baudouin 1, roi de Jérusalem perdit contre les sarrazins d'Egypte. Tous ces travaux établirent pourtant quatre petits états dans Torient : celui d'Anlioche, celui d'Edesse, celui de Tripoli, et celui de Jé-

i!îft Histoire

rusalem. En conscience cela vaut-il bien ienic ou trois millions de personnes qui périrent, dans celle conquête? Ce bonheur peut-il être mis en parallèle avec tous les horribles mouvemens que cela causa dans TEurôpe ,.

avec tant d'eflVoyables crimes qui furent coni» inis, avec la perte de Félite de la noblesse de France , d'Allt^magne et d'Italie , avec les licences et les débauches énormes auxquelles ces glandes expéditions donnèrent lieu, avec ces loirens de sang humain que l'on lit cou- 1er de tous côtés; enfin avec Tépuisement d'hommes, de forces etd'argent que i^ela causa, dans Tocciclent? Quel profit et quel honneur revint il de tout cela à Jt^sus-Christ et à son. églisx» ? Le fruit de tant de peines fut que l'on établit quatre principautés dans l'Orient j ; c*est-à-(lire qu'on satisfit Tamlntion de quatre hommes, qui cherchoient t\es couronnes au prix du sang de tant de niillions d^liommes.

Dans celte seule croisade la chrétienté soutTrit déjà plus mille foisqu\ lie n'a souilert depuis cent cinquante ans à ^occasion de ce que Ton appelle le calvinisme. Car tous les mouvement d'Ecosse, d'Angleterre, de Flandres et de France au sujet de la réformation , pris ensemble^ n'ont pas consun^é la dixième partie des hommes, (i)qiii périrent en l'espace de

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mu ans dans rétablissement de ce nouvel ein« pire d'au-dela des mers.

JLa seconde croisade fut publiée l'an onze cent quarante six , par ordre du pape EugcnO' lïl, et par le ministère du célèbre St. Bernard^ abbé ce Clairvaux. C'étoit pour aller soutenir ce nouvel empire d'Orient déjà écorné par les infidèles d'une quatrième partie , et dont tout le re^te branloit. St. Bernard déploya tout son esprit et toute son éloquence pour itispirer aux françois ce qu'il falloit de feu pour entreprendre ce voyage. 11 prêcha , il fit des miracles , il s'engagea formellement de la part de Dieu en qualité de prophète et d'inspiré^ que la dessein réupsiroit. Louis le jeune ^ autrement appelé Louis Vil, roi de France et Conrad empereur de Germanie prirent la croix. Le premier aI>andorina ia.

royaume entre les mains d'un moine, c'éloit Sugger Abbé de St. Denis , et prit aven lui presque toutes les forces du royaume. L^en> pereor en fit de même, et partit le premier.

avec l'une des plus belles armées qu^on. ait jamais vues. 11 falloit, comme on la représente^ qu'elle fut de près de trois cent mille combattans , puisque de cuirassiers seu]M|||^t sans la cavalerie légère , il y en avoit soixante et dix mille. C'étoit tout ce qu'il y avoit de plus iieau 2 de plus ^rand et de plus brave daua^

ï'io ïïistuire

l'empire. On se fut bien passé d'allei tant de braves gens à la perfidie de; à la fureur des turcs. L'on prétend nucl , empereur grec, fit des trahisoni blés pour se défaire de cette puiss lui éloi! plus formidable que toute sarrazins. Ce fut dans ce voyage qu cU5e d'avoir fait mêler de la chaux pain qu'il fournissoit à l'armée des Et l'on dit qu^il donna à l'empereu jnagne qui pourtant étoit son beau fr guiles qui, par une trahison de con conduisirent cette armée dans des dés elle périt par la misère et par les ar ennemis en entrant dans l'Arsîe. Ainsi qui peu de jours auparavant s'éloit tète de la plus florissante armée du eut bien de la peine à se sauver seul , e jamais ramasser aucune pièce consi du débris causé par cet horrible ne Il retourna à Constantinople d^où il se que temps après transporter a Jérusa mer, comme un aventurier sans ar quasi sans suite.

Le roi de France , Louis le jeune , q

choit après l'empereur Conrad , vint

temps pour être témoin de la défaite génc

Tarmée de ce pauvre prince. Mais lui

pe/ut guèrcs plus heureux} il eut des t

ilu Pnpîsfné. i4i

ïrtcroyables en pdursuivaut son voyage, ayant iperpétuellement les turcs sur les bras , qui lui enlevoient toujours quelque chose ; et qui lui firent périr en une seule fois la moitié de son armée , c^est-â- lire toute l'arrière garde. Lui même y courut en sa personne le plus grand péril où Ton se puisse trouver. Il se sauva sur un rocher d^où il combattit seul contre une armée de turcs, et ne fut sauvé que par la nuit qui le déroba à la vue des ennemis. Par parenthèse , Monsieur, je puis bien vous avertir que tous les miracles de courage et de vaillance que l'on fait faire auxcroisés, ne sont peut être pas aussi grands \ I qu'on les dit. La Grèce et l'Asie ont été fertiles en héros fabuleux, et il est fatal à ce pays là de nous envoyer des récits d'aventures extraordinaires , et qui sortent des règles de la vraisemblance. C'est pourquoi il est à craindre que l'esprit grec ne soit entré dans les latins quand ils ont respiré l'air et possédé la terre des grecs. Et je ne sais si les prodiges que l'on ftfit faire à ces héros des croisades ne seroient point de l'ordre des aventures des Hercule • et des Thésée comme ils viennent du même- Keu. A beau mentir qui vient de loin, on *nent de bien plus près , et l'infidélilé de nos histoires nous doit obliger à regarder com- I Ole suspectes ces histoires c^ui ïvow.^ ^\^xv:^^\^

lift Histoire

d'Orient. Ce qui augmente le soupçcm, c'ea que les héros qui ont fait de si prodigieuseï actions dans l'Orient , avant que d^y aller ^ et après en être revenus ont agi d^une manière beaucoup plus naturelle dans les occasion où ils se sont rencontrés. Cela soit dit en pas «ant à propos de Faction de Louis le jeune qui sauva sa vie par une action de courage qui tient du prodige. Ce pauvre prince s brave et si vaillant n^eiit pas enfin un meil leur succès dans son entreprise que Fempereur Conrad , et ils arrivèrent en la terre sainti â>peu-près en même état et avec aussi pei de gens. 11 s'étoit donné la peine de traîner L reine sa femme qui ne laissoit pas , ace qu'oi dit y de se donner le plaisir de la galanterii pour se délasser des travaux d'un si lonj Toyage. Mais c'éloit un nouveau travail pou:

ce prince , qui voyoit périr son armée et cor rompre sa maison en même temps. Ces deu:

piinces Conrad et Louis arrivèrent enfin j Jérusalem , et la conclusion de tant de peine fut le siège de Damas, où périrent les misérables restes des deux plus belles armées qu'oj eut pu voir, (O car il fallut lever le siège a près avoir perdu et rhonneuret cequ'on avoi de bons soldats. Conrad comblé de chagrins revint très mal accompagné en Europe, où î

^u Papisme. *i45

mourut trois ans après. Louis le jeune reprit aussi le chemin de l'Europe, et ne rapporta^ en France que des sujets de deuil et de mor^ tificatioii pour tout le royaume. On se vengea à médire de St. Bernard le prophète de cette seconde croisade. Mais ce petit plaisir Be rendit point aux veuves leurs maris , aux mères leurs enfans , aux sœurs leurs frères, nià'ceux qui s'étoient appauvris les sommes immenses qui avoient été tirées de Tétat*

On attribue le mauvais succès de cette seconde croisade à Thorrible débordement des* croisés , et à celui des chrétiens de l'orient. C'est un malheur qui est inséparable de ces^ siunts pèlerins: ils sont les plus débordés de tous les hommes, aussi sont- ils les plus mal-? heureux, car Dieu ne manque pas de les chÂtier selon leur mérite. Le malheureux succès de la seconde croisade entraîna la ruine des affaires des chrétiens de l'orient après soi: les sarrazins eurent toutes sortes d'avantages, et enfin Saladin, prince des sarra2ins d'Egypte reprit Jérusalem l'an onze^ cent quatrevingt 6ept,environ quatre vingt huit ans après l'établissement de ce nouveau royau* ' me. Ainsi périt ce nouvel état qui avoit coûté aax chrétiens plus de sang et plus de travaux que la conquête du monde n'en avoit coûté aux Alexandre ^ ^u^ César et ^utl ^x^Xx^*^

l44 îlistoirê

fondateurs des empires. Cette seconde croisade qui ne servit qu'à précipiter la perte de ce royaume de Jérusalem, fit périr pour le moins quatre ou cinq cent mille âmes, et épuisa les forces de la France et de l'Allemagne. Il faudroit bien joindre ensemble des guerres de calvinistes pour assembler autant de mal-; heurs.

Cette chute du royaume de Jérusalem donna lieu à la troisième croisade, (i) Les chrétiens tenoient encore Anlioche et quelques villes maritimes, d'où ils envoyèrent l'archevêque de Tyr pour solliciter du secours. Celte ambassade eut tout le succès qu'on en pourvoit attendre : Philippe Auguste, roi de Fraof ce, Henri, roi d'Angleterre, et ensuite son successeur Richard, cœur de Lion , se croisèrent pour reconquérir Jérusalem. (2) Dans cette occasion il parut au ciel une croix toute éclatante de lumière qui acheva (Temhraser la dévotion de ceux qui se croisaient : car noteZy que Dieu étoit toujours d^intelligence ar V'ec le mauvais génie des états de l'Europe j^bnr les faire donner dans le piège et pour obliger les gens à se croiser. Il me semble que Dieu ne devroit confirmer par ses miracles les desseins des hommes , que quand il a ré*

(i) 1188. SOUS Cîem. 3.

(2) Msl, dès Cfwis. Jiv, !«,

ISu Papismêé l4B

kolu de leur donner un heureux sucK^ès. Jd ne sais donc à quoi bon le ciel fit une sigrantle profusion de miracles en faveur dé gens qu^il menoit à la boucherie. Le P. Maimbourg se sauve quelquefois à la faveur d^un^ on dit\ nais aussi , souvent il trouve ces miracles si beaux qu'il ne juge pas à propos d'en douter. Il auroit mieux fait et dans cette histoire et lâans celle des Iconoclastes de ne débiter tou^ tes ces merveilles que sur la foi de Von dit ^ qui est le père des fables anciennes et modernes.

Le brave et le vaillant empereur Frédéric I^ nommé Frédéric de Souabe , qui avoit accompagné l'empereur Conrad son oncle dans la précédente croisade^ ne fut point rebuté par les malheurs dont il avoit été témoin et où il avoit, eu sa bonne part , et voulut aussi le croiser, ir partit le premier, car les guerres qui brouillèrent les rois de France et d'Angleterre après qu'ils se furent croisés, retardèrent de deux ans l'accomplissement de leur foeu. Frédéric sortit de l'Allemagne suivi 3e cent cinquante mille hommes aussi braves ju'il y en eut daus toute TEurope. Jamais royàge ne fut plus pénible, ni plus glorieux jue le sien. Il est vrai qu'il trouvoit des en-^ Demis à combattre par tout, (i) mais aussi la

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victoire le suivoit en tous lieux. Il eut premièrement a combattre les Bulgares ; Uaac TAnge qui étoit alors empereur de Constan^ tinople le trompfe^ comme les autres empereurs grecs av oient trompé les princes des précédentes croisades. Il fallut que Frédéric non fieulement se tirât des embûches et des piè-* ges des grecs , il fut obligé de repousser leur violence par la force , car ils s'opposèrent ouvertement à son passage. L^empereur gtao fut battu^ humilié et léduit à la raison. Quand Frédéric fut passé en Asie il trouva les turd et les sarrazins , et il eut le bonheur de remporter sur eux une considérable victoire adprès d'Iconium , après laquelle il se rendit maître de la ville de ce nom. Mais peu de temps après ^ toutes ces glorieuses actions se terminèrent par une triste mort que Frédéric trouva dans le fleuve Cidnus^ où il vouloit ht baigner; la froideur de leau le saisit et le tua! 01 ce prince avoit su l'histoire d'Alexandre qui pensa mourir pour s'être baigné dans oc même fleuve , peut-être en auroit-il profité. Yoilà donc où se terminèrent les aventures de ce grand empereur : c'étoitbien la peine d'eii' voyer le plus grand prince qui fut dans l'Ea ropemourirà sept ou huit cent lieues de ses pays, et priver le christianisme d'occidev

de Van de ses plus ]^uis|^a(is appuis et de loi

'au Papisme. \4^

plus bel ornement. Frédéric son fils prit sa place pour achever le voyage avec les pitoyables restes de cette armée ^ qui toute chargée d'honneur et de gloire^ de cent cinquanta niille hommes dont elle étoit composée en sortant d'Allemagne se vit pourtant réduite à sept mille hommes quand elle arriva à la terre sainte. (1190) Il alla joindre l'armée des au^ très croisés quitenoit la ville de Ptolemais a&« siégée depuis deux ans. Ce camp de devant Ptolemais étoit le (1) rendez-vous de tous les chrétiens de l'Europe: le siège avoit été commencé avec sept ou huit mille hommes, pour lesquels les sarrazins de la ville eurent tant de mépris qu'ils ne voulurent pas prendre la peine dev fermer leurs portes. Mais tous les jours il venoit du secours d'occident qui grossissoit l'armée^ et qui ne la mit pas à la vérité en état de prendre la ville ^ mais au moins il empêcha le reste des chrétiens d'orient d*étre entièrement détruits par Saladin. Deux flottes arrivèrent tout à la fois de l'Europe , Tune étoit celle des Frisons et des Danois : l'autre celle des Allemands qui vinrent à propos pour grossir l'armée de leur empereur , qui étoit devenue à rien. Le concours des croisés fut si beureux qu'ils se trouvèrent auprès de Ptolemais plus de cent mille hommes ^ où ils» ne.

(1} I.>a ll$9,

Ï48 Tlistoirê

s'étoient vus que sept ou huit mille an menceinent. C'étoit la plus grande arm croisés qu'on eut encore vue dansiaPale

car en partant elles étoient fort nombr mais en arrivant ce n'étoit plus rien. Ce | corps composé de plusieurs pièces et de sieurs débris, se crut en état de faire unj coup et d'atterrer tout à la fois les sarn Ils entreprirent de donner bataille à Sa qui pourtant étoit plus fort qu'eux de la lié. (i) IVIais les croisés ne firent pas ce i espéroient faire ^ et Saladin aussi ne fu aussi heureux qu'il avoit accoutumé d' la perte fut à-peu-près égale de part et tre. C'est pourquoi cette bataille ne fini cune affaire, le siège de Ptolemaîs conti et il fallut attendre l'arrivée des deux rois ses Philippe Auguste de France et Rie cœur de Lion, roi d'Angleterre. Enattem celte grande et belle armée qui étoit d< Ptolemaîs périt dans son camp de faim maladie et par les armes des sarrazins. 1 les autres Frédéric de Souabe , fils de 1 pereur de même nom , y mourut d'une r die d'armée. Ainei et le père et lo fils pér misérablement dans celle expédition, et '.

rope se vit privée de deux grands hon:

(/j Vânii9Q.

'àa PapismS liâf

Le peu qui restoit d'allemands, las de mourir et de voir mourir retournèrent chez eux comme ils purent. Voilà de quelle manière fut terminé le second voyage des allemands en la terre sainte.

Richard, roi d'Angleterre, faisoit de grands préparatifs pour le voyage de la terre sainte. Fât ses peuples pour se disposer à cette sainte guerre et attirer la bénédiction de Dieu sur leurs armes firent presque partout le royaume ttn horrible massacre des juifs. Voilà justement le zèle du papisme, et à cela Ton reconnoit les frères de ces zélés catholiques du siècle passé, qui se fraioient le chemin à la terre sainte^ c*est-à-dire au ciel, par le» massacres des huguenots. Le roi d'Angleterre £t une flotte de deux-cents vaisseaux la plus lelle et la mieux équipée qu'on eut vue sur l'Océan depuis longtemps. Philippe Auguste leva aussi en France une grande et florissante armée composée de presque toute la noblesse de France et de soldats tous choisis. Ces princes fui prirent leur chemin par la mer , n^eu* rent point de turcs à combattre dans les dé-* iroits des montagnes et aux passages des rivières, mais ils eurent à lutter contre la mef et contre les élémens, car Dieu s'opposoît visiblement à cesentrepriifs ; si les croisés prenoient leur chemin par terre ^ \V^ ^iî^\\^*^^v^\\V

1 5o - Histoire

par lesmains des infidèles ayant que d'être arri vés au lieu où ils vouloient aller; s'ils alloien par mer, ( 1190. ) leurs équipages et souven leurs personnesétoient engloutis par les eaux Philippe Auguste fut plus hâté que le ro d'Angleterre et il arriva au camp devant Pt^ole mais plusieurs mois avant lui: car pour Richard roi d'Angleterre il sembîoit qu'il ne fui pas extrêmement pressé d'arriver^ il se maria en chemin à Messine et prit ensuite le royaU" xne de Chypre^non sur les sarrazins^mais suf un prince grec et se rendit enfin au camp devant Ptolemais. Après cette jonction on vit dans la Paleûtine ce que l'on n'avoît jamais eu , c'est une armée de trois cent mille chrétiens. Dans la première croisade^le siège de Jérusalem fut formé avec soixante mille hommes seulementt Il est certain que si Dieu eut eu ces armes agréables et les eut voulu bénir, il y avoit asse^ dt* gens pour conquérir toute l'Asie, carc'étoit presque tout ce qu'il y avoit de grand, do brave, de nobU&fet de vaillant dans l'Europe Mais Dieu fit bien voir en cette occasion combien il aime peu que l'on travaille k étendre les bornes de l'empire de son Gis par refTusioi du sang. Car ce prodigieux nombre de vail* lans hommes^ne fit rien que se faire tuer. Li division se mit entre Philippe roi de France et JRivIîard yoi d'Angleterre; ils votrtÇiço

du Papisme. i5i

partager la peau de l'ours avanî que de l'avoir I prisjils faisoient la divii^ion de leurs conquêtes 1 sur la carte , et chacun vouloit avoir tout le " profit et tout riionneur. Cependant, si Ton en croit les historiens, ils n'alloient là que pour la gloire de Dieu et pour celle de TégVise. Malgré toutes ces divisions, ( i ) cette année dô trois cent mille hommes pour grand exploit acheva de prendre une ville assiégée depuis quatre ans et ruinée de toutes partst II périt dans ce siège plus de brades g?ns qu'il rCen ■fallait pour conquérir toute V Asie. De douze mille danois bons hommes qui arrivèrent durant ce siège sur une flotte^ il n'en resta que cent à la fin du siège, et des autres à propor-; tion. Philippe Auguste ne fut que quatre mois à terre ( 1191. ), arrivé au commencement d'Avril il partit le premier jour d'Août de la I même année et s'en revint en France laissant k d'autres le soin de conquérir le saint sépulcre. Richard d'Angleterre demeura et fit des merveilles à ce que Ton dit, (1192.) il tua quarante mille sarrazins dans la bataille d'Antipatride, il eut un combat singulier avec Sa* ladin lequel il renversa par terre. Il fit lever ïe siège que le même Saladin avoit mis devant lafla et lui défit une seconde ibis ses troupes. Dans cette occasion et dans une autre, trois

{i )l^meâePtolemidii

jours après, il fît de ces prodiges de vaîl dont j^ai parlée qui font croire que tout ihX que nos princes de l'Europe avoient i pied en Asie ils devenoient héros de roi invincibles, et invulnérables. Lui dixièi soutint l'effort d'un corps de sept mille s ^ins , coupa bras, jambes, létes^corps^ ai cuirasses^ chevaux^ car rien ne leur pou v( sister. En ce temps-là^ d'un seul coup, ih ])oient en deux des hommes tout arm fer ; la moitié des hommes et des armes l^oient d^un côté du cheval et Tautre r tomboit de l'autre. C*étoient laies coups i^aires de Godefroi de Bouillon. Après ces beaux exploits de Richard il s'en r pourtant sans rien faire, après avoir deu fait feinte de vouloir assiéger Jjérusi lyjais Saladin n'en eut que la peur, et to que Ton gagna par tant de travaux fui trêve de quelques années que les sarr voulurent bi|en donner aux chrétiens. Ce étant fait, Richard s'embarqua un peu i accompagné qu'il n'éloît venu; en avent il se mit sur un méchant vaisseau qui fît frage dans le golfe de Venise et ensuite versant l'Allemagne déguisé , il fut prî Je s gens du duc d'Autriche son mortel eni qui ne le traita pas en prince , et le retin ^onnier plus d*un an. Ainsi finit cette tr

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pe un million drames sans aucune hyperbole^ et de ce nombre il y en avoit cinq ou six cent mille de braves gens et l'élite des royaumes de la chrétienté. Il y périt un nombre in« concevable de seigneurs François, Angiois, Italiens , Danoih , Frisons y et Allemands, C^étoit un malheureux fonds que cette terre qu'on appeloit terre sainte: Elle dévoroit les hommes 9 l'argent , et les bétes. Les troubles que le calvinisme a causés , et les hommes de la mort desquelsilaété occasion y ne montent plus guères auprès des désolations et des XBorls causées parles trois premières croisades.

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