CHAPITRE X
Histoire abrégée des maux horribles causés par les autres Croisades et voyages dans la terre sainte.
\JvxsD Richard étoît parti de la Palestine pourretourner en Angleterre, il avoit fait une trêve de trois ans qui fut assez bien observée par les sarrasins, parce qu'ils perdirent Sala* din cet incomparable chef. Son frère et ses Qolans se partagèrent sur la succession et çen-^
dant ce temps-là , les chrétiens de l'Oj avoient du relâche. Mais les papes n'en < noient pas aux chrétiens d'Occident. Cél III, envoya ses légats par toute l'Europe ] obliger ^s princes à se croiser afin disoi (i) deproliterdelamortdeSaladin et de la sion qui étoit entre ses successeurs. Le roi '. lippe Auguste, et Richard d'Angleterre voulurent plusj le voyage qu'ils avoient fa Avoit rassasiés des guerres saintes, et de ils se faisoient entr'eux une guerre qi; empêchoit de penser à toute autre affain pape n'ayant rien à attendre de ces pays tourna du côté de l'Allemagne et eng Tempereur Henri VI à secourir la '' sainte. Cet empereur voulut lui même se ser, mais ses allemands s'y opposèrent à se des malheurs qui étoient ariivésà Co et à Frédéric de Souabe dans les deux pi dentés croisades.il se contenta donc d^y voyer trois armées j l'une par terre et p voye deConstantinople, une autre par j et la troisième de soixante ou soixante e mille hommes,ful conduite par lui mêm( l'Italie, d'où après qu'il eutconquis du royg de Naples,ce que les pr inces Normands e noient encore , il la fit passer en Syrie trois armées arrivèrent assez heureuseme
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lomraencêrent leurs exploits par une lâche trahison et par une horrible cruauté : la trêve quiavoît été faite avec les sarrazins pour trois ans et trois mois, n'étoit pas encore expirée elles princes sarrazins n^avoient rieii fait qui pût obliger à leur manquer de parole. Cepen-. dant on rompît la trêve et l'on fil un massacre de tous les sarrazins qu'on put surprendre.
Iflfîdélité qui coûta bien cher , car les sarra- «ins par représailles ne manquèrent pas de faire main basse sur tout ce qu'ils purent rencontrer de chrétiens. La guerre étant ouverte, les chréliens donnèrent des batailles , les gagnèrent, prirent des villes et senibloient devoir faire des merveilles ,raaîs celte croîsadequj n'étoit que des allemands seuls eutlemêmesuccés que les deux prccédenles de la même nation.
• 'La division se mil entre les chrétiens d'orient fiés dans la Syrie et les nouveaux venus, parce' que ceux qui étoient en possession pour élre nés dans le pays, vouloient demeurer inuf Ires , et au contraire ceux qui venoient de l'Europe étant les plus forls, Vouloient avoir la meilleure part au butin et à la gloire. Ainsi étant dans des intérêts tout diflerens ils ne s'accommodoient presque jamais. En même temps la guerre civile s^alluma en Allemagne par la mort de Henri VI, à qui les uns voulurent donner pour succeasevxt Ç\\\\â>^>Î^^ ^^
^56 HLtoirc
^ouabe frère de l'empereur défunt^el les auln Othon de Saxe. Le pape avoit favorisé l'éle^ tien de ce dernier pour détruire la maison ( Souabe qui ne lui avoit pas été assez soumis Jjes Allemands croisés^ ayant appris dans terresainte cette divisibn de l'Allemagne^ s'i retournèrent incontinentet abandonnèrent/"/ ritage de Jésus- Christ en proie aux sarrazir Ainsi cette quatrième croisade ne servit qu faire mourir plusieurs milliers dechrétiensq jiérirent ou par les mains des sarrazins^ ou pi ]es accidens qui sont inséparables de la guerr La cinquième croisade fut publiée par Ir nocent III, (i) qui fut successeur de Célesti; Mais avant que de parler de cette croisade, vous prie Monsieur de remarquer par quel macbine le père Maimbourg fait entrer dai fon livre des croisades, l'histoire d'une ve ^ion que cet Innocent III condamna. L'^évéqi de Metz avertît ce pape, que Ton faisoit cour dans son diocèse une version françoise du no veau Testament. (3) Et ceux quilalisoient^^ voient r insolence de protester a vecune incroy hle hardiesse qu*ilsn*obéiroient ni dlcnréui (jue^ ni d leur archevêque , ni au pape mém quand il condamnerait par un décret solenn cette traductiony laquelle ils étoient résolus 1
.1 ■ I I Wl — I I 1
( 1) V. Croisade.
fl) H'st. des croi^des Uv. 7 an. 1 ly8.
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tH abandonner jamais et ensuite ils méprisaient et traitoient de simples et cVignorans lespré-', ires et tous ceux qui ne la vouloient pas rece-^ Puir. L'évêque de Metz donna avis de cela a Innocent III, qui fulmînacette version et ceux qui la lisoient. On ne se seroit pas attenda de trouver l'histoire des versions dans celle des croisades : les nouvelles passions de cet honir mené lui font point abandonner les vieilles.
Il n'est pas comme Louis XII, qui de duc d'Orléans étant devenu roi de France, ne voulut pas venger par le roi de France les injures que le duc d'Orléans avoit reçues. Méta-
\ mbrphosé de prédicateur en historien , il fait passer dans ses histoires toutes les passions ^ qu'il avoit autrefois fait éclater en chaire* II falloit que les pauvres traducteurs de Port-
- iroyal, les filles et les dévots de leur maison trouvassent là en passant leur portrait et une bonne censure. Tirons-en cette conclusion à lïotre usage, que cet homme est si fort possédé par ses passions dominantes que la raison, le temps 9 ni Tâge ne sont pas capables del'en faiie revenir.
La digression du sieur Mainibourg est cause de la nôtre , je reviens à la cinquième croisade qui fut entreprise sous les ordres du pape Inïiocent in, et prêchée par Foulque curé de
^ Nevilli, le second St. Bernard- de la France,
fl
1 oS TJistolrê
Dans celte croisade il ne se trouva pcis de i tuais beaucoup de gens qui souliAiloienl d( devenir ( 12052. ). Ce furent le marquis Bo face de Moniferrat, Louis comte de Blc Simon de Montfort, Baudouin comte de FI dres, et un très grand nombre d'autres, assemblèrent une grande et puissante arme la tête de laquella ils se mirent. Us trouver moyen d'engageç les vénitiens dans la mi entreprise, et se rendirent à Venise pour s\ barquer sur les vaisseaux de la républiq Celte troupe de nouveaux C9nquérans 1< û'abord ses peines pour réduire la forterc de Zara sur la côte de Dalmatie qui s'étoit voUée contre les vénitiens. Et comme 1 croyoil que ces croisés s'en dévoient aller là en la Palestine ( 1 202. ) pour y cueillir palmes, on les vit tout d'un coup se rabattr fondre sur Tempire grec et sur la ville Constantinople, dont la conquête leur pa bien plus aisée que celle des couronnes idtém qui éloient entre les mains des infidèles. Ct action parut ( 1 ) faite par occasion , mais grecs conjecturèrent avec une très grande v seniblance que c'étoît une partie faite et .
par Innocent Iir, tout exprès pour détri ce misérable empire grec et le transpoj aux latins, afin de réduire Téglise grecqu
{ 1 ) eeorg. Logoth»
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l'obéissance de Téglise latine. Quoiqu'il eu soit ce fut l'action la plus violente, la plus infidèle et l'usurpation la plus injuste qui fut jamais. Des chrétiens se croisent sous prétex< te d-aller conquérir des pays chrétiens sur les infidèles, et ils vont arracher à des empereurs chrétiens un bien dont ils étoient en possession depuis tant de siècles. Ils vont déchirer et par conséquent affoiblir cet empire chrétien qui tout uni résistoit avec tant de peine aux efforts des sarrazins qui travailloienl a étein-:: dre le christianisme.
Premièrement, il faut savoir que les historiens latins du XlIP siècle et des suivans qui ont écrit les guerres saintes dans la vue de justiBer cette effroyable action , exagèrent terriblement les maux que les grecs avoient faits aux latins dans leurs voyages d'orient , leurs violences , leurs fourbes , leurs perfidies qui avoient fait manquer les entreprises des croisés et avoient fait périr leurs armées. Les grecs au contraire assurent que tout cela est calomnie et qre leurs empereurs ont toujours agi de bonne foi, mais que les latins faisoient dans l'empire de si horribles ravaj;es que sou-? vent on étuit ohlîgé de s'en rcbseutir. La vérité est que les armées des croisés étoient toutes pleines de garnemens qui fciifioient par*tout 4^hoiribles désolations-, et les chefs éloienl
i6o jËtLtoîfè
des ambUîeuiti ie qui il n'est pas étonnall que les empereurs grecs eussent de la défian ce. Ils comprenoient fort bien que ce n'étoi pas le zèle de la maison de Dieu qui faisoi venir les latins dd si loin, c'étoit l'espéranci du pillage qui attiroit le peuple et l'espéranci de gagner des couronnes qui faisoit agir le grands. On avoit raison de se déËier et de si défaire de gens ainsi faits. Ces injures de grecs . étoient des accusations fausses ou de affaires passées. II n'y avoit qu'à ne point pas fier sur les terres de Tempire grec pour n'étn point exposé aux iuGdélités de la nation » li mer étoit ouverte à tout le monde pour allei dans la terre sainte.
Le prétexte de cette conquête de Constanllnople fut le dessein de rétablir sur le tronc le jeune Alexis et Isaac l'Ange son père, que 'Alexis Comnène son frère avoit renv^^rsé poDl \)ccupcr sa place. Innocent III et les princei croisés conçurent , dirent-ils « tant d'horreai
pour cette usurpation , tant de haine pour iî^usurpateur , et tant de compassion pour Cfll })rinces dépouillés, qu'ils se laissèrent vaiortlf par les sollicitations du jeune Alexis. Jamak il n'y eut un prétexte plc^s ridiculement pris^ 11 fiiut savoir premièrement, que cet Isaaf l'Ange pour le rétablissement duquel onre^ jQOjicç au receuvremeAt du patrimonie d.e Jé^
CTirlst , éloît ce perfide- empereur qui atrahi le grand empereur ^ Frédéric de abe , qui s'étoit accommodé avec Saladin r faire périr l'armée des latins conduite Frédéric , et qui en eSet au préjudice raité qu^il avoit fait^ non seulement refusa vivres à Farméedes croisés , mais leur fere passage, qu'ils furent obligés de s'ouvrir les armes. Homme au reste méchant , ide y sacrilège^ lâche^ voluptueux, qui it les biens et les trésors des églises pour accommoder I (i) c'est ainsi que le dé** it le sieur Maimbourg lui même. Voilà tnme dont on dit que les croi8és embrasnt les intérêts au préjudice de ceux de Je* - Christ. Secondement cette usurpation exis Comnène sur son frère Isaac l'Ann'étoit pas une affaire dont les latins eus»
besoin de se mêler , c'éloit l'affaire des s, il falloit la leur laisser démêler. Alexis mèneétoit de la fanUlle impériale, l'usuron n'en étoit pas ^i criminelle ; de plus, si vouloit regarder comme usurpateurs^ eues empereurs de Constanlinople, tous ceux par des voyes violentes , se sont mis en «s^ion du trône, il n'y auroit quasi point le légitimes empereurs. Car ceux qui ont ement jeté les yeux sur l'histoire Byzao».
Croisades ^ liv. 5. aun. ( 189*
1 6a Histoire
tine, savent que les eoipereurs grecs se succédoîeiit les uns aux autres par des voyes violentes , par la révoilc des peuples , et par h fuveur des armées ; et presque toujours il en cou toit la vie ou les yeux à celui qui étoit cIiHssé. C'est ainsi que la détestable Irène j é* tablit son empire sur celui de son fils^ auquel elle fît crever les yeux. Nieephore chassa Irène de dessus le trône et la relégua en Tile de Lesbos. (803) Peu de temps après Léon Parmenien chassa de dessus le trône Michel Curopalates. Léon Tarménien lui même fut dê^ pouillé de la vie et de l'empire par (8 1 3) Michel le bègue son successeur.Ce Michel laissa l'era* pire à son fils et à son pelit-fils y mais ce der« nier le perdit par le parricide de Basile te macédonien qui tua l'empereur Michel III, son empereur et son père par adoption. (867) Isaac TAnge lui même éloit un usurpateur; car il avoit chassé son prédécesseur Andronîque , et Tavoît fait mourir de la manière du monde la plus cruelle et la plus horrible. Il fit charger ce malheureux prince de deul grosses chaixics de fer: les menottes auxmaini et les fers aux pieds , on Tamena devant Isaac TAnge qui lui fit mille indignités , lui fit don* ner des soufflets, arracher les poils de la bar * be et les cheveux , briser les dents dans li bouche, et rompre le nez. (1) On lui coupi
0) Kicetas iii Andiouic.
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la main droite , on le jeta en prison mniilé (le relte manière sans lui donner ni à mnnger ni à boire : quelques jours après on lui ar« racha un œil , on le mit sur un chameau couvert de farcin , et on le Ut passer tout nu, la télé pelée, au travers des places de ConslantinopVe : où le peuple te chargea d'injures ^ de boue 9 de crachats, de pierres, de coups da massue sur la tête et de coups de baloa 8ur les épaules. Une putain prenant de sa cuisine une chaudière d'eàu bouillante la lui jeta sur le corps. Après cela, par ordre d'Isaac l'Ange , on prit cet empereur et on le pen'lit par les pieds dans la place publique , où après n)ille maux qu'on lui fit soufTrir, déchiré dans toutes les parties de son corps, on lui traversa une épée par la bouche dans les intestins. Il souffrit cet horrible supplice avec une patience qui tient du prodige sans rien dire, sinon , Seigneur aye [litié de rrui. Et se tournant du côté du peuple enragé il leur disoit : pourquoi brisez-vous es roseau d'jà brisé? Il mourut ainsi, et son corps demeura étendu en spectacle pendant plusieurs jouré jusqu'à ce que quelques honnêtes gensle voulurent enlever poi^r l'ensevelir. Mais le cruol Isaac l'Ange poussa sa fureur plus loin que la mort, car il ne voulut pas qu'on lui donliât la sépulture. Voilà l'homme pour lequel
ï(îi * ffisloire
les latins renoncent à la conquête de la tei sainte. Ils devinrent avec le temps bien te dres et bien délicats du côté de la conscie ce, ces latins. Ils ne peuvent souQrir sur trône de Constantinople un empereur qu usurpé l'empire sur son frère ; et ils avoic bien voulu reconnoitre pour légitime em| reur le tyran etlc parricide Phocas, (6o5) ç avoit assassiné mallieureusemeut Tempère Maurice pour occuper Tempire. Ils avoif communiqué avec Irène comme avec une ] gilime impératrice après qu'elle eut fait ci ver les yeux à 8on (ils le légitime emperei Ils avoient eu une liaison très étroite av Basile le Macédonien : ce parricide qui s'ét emparé de Tempire par le meurtre de Bard et de l'empereur Michel Ilf. Voilà les absi dites où se réduisent les historiens sans si cérité et sans jugement comme le sieur Mai bourg, qui prétend justifier cette entrepr; des croisés sur l'empire de Constantinopl par la raison qu'ils avoient dessein de l'ôl à un usurpateur pour le rendre aux légitin princes , Isaac et le jeune Alexis son ti\s.
Pour nous , nous avons lieu de croire qu' partant de Zara, ils avoient dessein de fai ce qu'ils firent. Et cela paroit assez, par qu'en promettant au jeune Alexis de le r Jablir dans Constantinople ^ ils l^cbligèren
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iSes conditions qu'ils savoient fort bien qu'il ne pourroit jamais exécuter. Ils assiégèrent donc Constantinople;le vieux Alexis Comnéne l'abandonna , et du consentement du peuple^ Isaac l'Ange et son fils furent rétablis sur le trône des empereurs. Mais la première chose que les latins firent à Constanlinople fut ua horrible embrasement qui consuma la plus grande et la plus belle partie de cette superbe ville. Cela y se fit pas de l'ordre des chefs, je l'avoue^ mais par l'insolence du soldat; ce qui fait ?oir quel étoit l'esprit des soldats croisés. Les latins n'avoient point encore ce qu'ails demandoient ; ils vouloient l'ei^pire de Constanlinople^ et il falloit un prétexte pour s'en saisir. Ils )e trouvèrent dans le défaut de payement de la somme que le jeune Alexis leur avoit promise. Et ce que disent la dessus les auteurs latins est d'une si grande absurdité que l'on ne comprend pas comment des gens qui se piquent de bon sens le peuvent avancer. Le jeune Alexis étoit depuis* peu de mois sur le trône, mal affermi ^ haï de ses peuples, parce qu'il les avoit remis sous le joug des latins. Et par conséquent il n'é-toit guères en état de se faire obéir et de tirer du peuple l'argent qu'il avoit promis aux latins pour les renvoyer. Au reste il n'y avoit personne qui eut tant d'intérêt que lui à aa-
165 JJhtoire
défaire des latins , qui lui avoient été d< amis en apparence, mais qui dans le lui étoîent de redoutables ennemis. Il voit bien, ainsi il ne tint pas à lui qu'il renvoyât en payant tout ce qu'il leur promis, aussi leor paya-t-il tout ce qu^i Pour le restant qui n'étoit pas la valeur ville^ nos croisés Tirent la résolution de fiir de l'empire grec et de le faire passe latins, c'est se bien payer. N'est-ce pas prétexte insensé, parce qu'un prince n'a d^argent et ne peut payer ce qu'il doit , dépouille de son empire? Aussi les hîst latins après avoir longtemps tourné c tour , sont obligés d'en venir là , et de c ser rondement qu'on se voulut saisir de pire grec pour se faciliter la conqu< Porient et des pays occupés par les înf Voilà une vue bien chrétienne^ pouri le patrimoine de Jésus- Christ des mai sarrazins et des turcs, on arraché à un ; chrétien son bien et son domaine : autr texte; ce n'étoit pas pour s'ouvrir le c!
à la terre sainte que ces croisés prirent tantinople, c^étoit pour assouvir leur a par le pillage , et leur ambition en s'é sur le trône des Césars, C'éloit un beau i J)our vaincre les turcs que de déchirer pire des chrétiens! faire un empereur
du PayÀsme. 1G7
à Constantînople , un grec qui eut son singe à Nicée : partis qui furent toujours aux nmius l'un contre l'autre durant les cinquante huit ans que Constantînople fut possédée par les latins j et qui pai conséquent firent une grana de diversion des forces qu'on auroit pu employer pour la ruine des infidèles. En effet ce fut un miracle de la providence 9 ce que les turcs , dès ce temps là, ne profitèrent pas de ce déchirement de l'empire de l'Orient et n'enlevèrent pas cet empire partagé 1 au latins et aux grecs.
Toutes ces raisons me font conclure que ce fut une ambition démesurée qui obligea les latins à se saisir de l'empire de Constantinople comme ils firent Tan i2o4. Il la prirent par une espèce de composition, car quoiqu'ils fussent dans la ville , ceux de dedans s'étoient ^retranchés, et en se défendant ils demandèrent quartier. Mais la grâce qu'on leur fit, c'est qu'on abandonna an pillage la première et la plus riche ville du monde, on y mit le feu en plusieurs lieux et on en fit un champ de carnage et un théâtre do fureurs. Il faut lire la description que nous faU. Nicetas, de ce sac. Ces furies déchaînées qu'on appelolt des pèlerins dévoués à Jésus- Cîhrist, couroient dans les rues le (lambeau dans une main et le cimetère dans Vautre , ils entroiciil daii% le.^
l6B fRistoire
maisons pour en emporter fout ce qui y éi et pour ôter aux femmes ce qui leur est p cher que les richesses et la vie. Il n'y eut temple ni lieu saint qui put servir d'asile c< tre la fureur impudique de ces monstres^ contre l'avarice de ces démons. Ils faisoi entrer leurs chevaux et leurs mulets jusqu pied des autels , pour se charger de la dépo^ le des églises ; les ciboires, les châsses , les Jiquaires , Içs vases d'or et d'argent furent e portés: les reliques, les images, les hosi étoient couchées par terre au milieu de l'< dure et de la fange, et ce qu'on appelle te tin corps de notre Seigneur fut foulé a pieds des hommes et des chevaux. Le sang< chrétiens tués jusquesdans leurs asiles, ce des bétes qui se rassoient le cou sur le pc glissaift des églises, la fiente des cheyauz celle des hommes, fît de ces superbes égll de Constantinople des cimetières affreux des écuries puantes. Une vivandière sautai le trône du patriarche, s'y assit pontifica ment, et pourhymnessacréssemit àychani de ces sales chansons d'armée que les bie heureux pèlerins avoient toujours à la ba che en allant conquérir la terre sainte. \ cette manière fut prise Constantinople par latins qui y élurent Baudouin comte de Fia àr^» pour empereur 9 et qui la gardèn
joanlé huit ans JQsqu^à Baudouin 11^ à qui gr«c8 l'enlevèrent ( i ). Car Théodore Las recueillit les débris de ce misérable eniîdans TAsie et eut soù siège en Bithinre s la ville <le Nicée, fameuse par aes deux cîles ( 1262. ) ; et enfin Michel Paleologue gea les grecs des violences des latins en les ssant de la capitale de l'empire el de toutet
dépendances : Ainsi le fruit de cette cînâme croisade fut la désolation de la plus lejville de Tunivers par deux sièges > par s embrasemens> et par un pillage de plu« irs jours ^ et la division de cet empire grec Jeux parties : durant laquelle division 11 j
du sang chrétien répandi\ en abondaiice.
là les productions du papisme et de l^eUé digieuse ambition des papes qui pour ré- |ir leur domination sur Téglbe grecque f lièrent tout l'Orient et l'exposèrent à la )ar des infidèles. Ne trouvez vous pas qu'a- 8 cela le père Maimbourg a extrêmement I de féliciter les croisades de leurs heureux ces. Cela pourra désabuser, dit il , ( 2 ) V qui se sont imaginés que les croisades fit pas réussi y c'est en parlant de la conite de l'empiro grec par les latins. Voilà tes un admirable succès, aller usurper
) L'an. 1206.
} Cteis. livre |« M^fiu,
■# ■ ■ iii mm
j 70 Histoire
contre tous droits divins et humains la moilî de l'empire des grecs pour en être ensuit chassé honteusement après un peu plus d cinquante ans de possession.
Les bienheureux pèlerins conduits par l marquis Boniface de Monlferrat, ( 1 ) el pa Baudouin comte de Flandres, bien oonten d'avoir trouvé en chemin une si précieuse relique comme étoit l'empire de ConstantinO' pie , arrêtèrent là leur dévotion , et ne voularent point passer plus avant, car, selon eux celavaloit bien le saint sépulcre. C^est pour quoi Innocent III , qui vit que sa première en treprise avoil si bien réussi et qu'il avoit mil l'empire des grecsdansles terres de son obéis* fiance, résolut de passer plus avant II publia uni sixième croisade, plus solennellement que 1( précédente, car ce fut dans le quatrième con cile deLatran à qui l'on fait l'honneur de don ner le nom de concile œcuménique, quoiqu'i ne fut composé que de prêtres latins ^ et d quelques gens qu'on appeloit les légats de patriarches d'orient; le sieur Maimbourg fai Bur ce concile une réflexion qui m'a fait rire Il faut aifouery dit-il, que nos pères ^ etc. (s étoicnt bien plus expéditifs pour conclure un grande ajfaire qu^on ne Va été dans les sii
(1 )VI.CroU.
mi^
du Papisme» i7i
tles èulvans. Ce grand concile ou Pan traita de tant de choses tt si ini^yortantes et si diffè» rentes pour la doctrine et pour les mœurs , •fifiur la police , et pour la discipiine de l'4glise^ pour la paix entre les princes^ pour la guerre sainte , et pour les intérêts généralement de toute l'Europe fut heureusement termind en moins de trois se-* maines. II fait, la metne observation sur le ^ coTicil? général de Lim. Ce grand con^ f àTe où Von traita rf-? bien des choses de très grande importance {\^ et dont la moiridre Bemhloit devoir ê^rc d^une très longue et très difficile discussion fut pcurtant terminé en tîois séances. En véiite j *^;:^ .-^i^ pour qui cet homme-là nous prend. Il i ^U rie nous n'a-^ Vons jamais jeté la vue sur l'i .^toir^s ou il est bien imprudent de se faire tm siij«>t d'cidinîratîon d'une chose qui le devroit couvrir d*îC'Mi« fusion et de honte lui et toute bd religion.
C'est la tyrannie des papes, qui en ce li-mpslà n'assembloient pas des conciles jiour délibérer, et pour fiiire des canons , mais pour les écouter. Le pape entroît dans Tassenibiée et faisoit lecture des canons que lui meute avoit formés sans consulter les.évéques- CVst aitj.si qno cela se (It dans le concile quatrième de Latran dont le sieur Maimbourg admire si
( ! ^ Livre U. au. 1245^ sons Inuoç. J V»
^'^•^•^mt^mm^t^f^mmÊmmmm
fort la diligence. ( i ) Chacun ayant prU si place diUis le lieu (jui a été dit et selon lacoW tume des conciles généraux , le pape commen' ça par une exhortation y après laquelle onfii lecture en plein concile de soixante chapifres gui parurent raisonnables à quelques uns et onéreux aux autres. Enfin le pape commença la matière de la guerre sainte etc. Et il dit, nous voulons et commandons que les patriar»
ches , archevêques, êvêques , abbésy prieurs et Jous autres ayant cure drames prêchent soi' gneusement la croisade. Pensez-vous qu^il faille trois semaines pour entendre la lecture do soixante petits chapitrée, pour opiner par un placet, et pour prêter audience d un volumus et mandamus Cela auroit encore pu être fait en moins de temps: nous trouvons toujours quelque singularité du père Maimbourg qui nous arrête er: chemin.
Nous en sov imes sur la sixième croisade pré* chée par Inroceut III, (I217) qui devoit être conduite par .'empereur Frédéric II.lMaisFré' deric n'uyan*: pas voulu laisser ses états dam la confusion -lue la fureur des papes y avoif jetée, laissa celte armée de nouveaux croisée sous la conduite d'André roi de Hongrie, qu 4e vii à la tête derélite des forces de l'Europe
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da Papisme. 173
Les Frisons seuls avec ceux de Cologne équipèrent une flotte de trois cents vaisseaux^ leroi \ de Hongrie arrive par mer dans la terre sainte bien aciTompagné 9 et pour premier exploit avec cette grande armée nouvellement venue deTEurope, il va assiéger la forteresse de Thabor, où il échoue. Les croisés firent une nouvelle entreprise qui ne leur réussit pas mieux. Ils voiilorent entrer dans la Phénicie , îU pensèrent y périr tous de froid, ( 1 ) et par une tempête mêlée de vents, de grêle ^ de tourbillons j de foudre et de tonnerre épou^* vantable. Car le ciel qui ùnimoit les gens à f rendre la croix par des croix admirables qu'il faisoit paroitre dans les airs quand; on [préchoit la croisade ^ leur toarnoit le dos dés qu^ils atoient arrivés dans la Palestine , et na i leur faisoit plusvoirdans les airs quedesfoudres qai les écrasoient. Le pauvre roi de Hongrie après avoir perdu quasi tout ce qu'il avoit me* né en ce pays-là, s'en revint chez lui. Cepen^ dant les croisés ayant reçu du renfort de toutes les parties de PËurope, se trouvèrent plus puissans que jamais, et résolurent de porter la guerre en Egypte 9 qt^i étoit le lieu de la demeure des soudans et la source d'où ila tiroient toutes leurs forces. Cela fut exécuté comme il avoit été proposé: la guerre fut trans*
( t } Hist. des TOÙ. 1. 1. v\. ItU.
in\ Histoire
portée en Egypte, Damiéleyla plus forfe ville du pays^ tut assiégée et de tout côté on vit aborder à ce siège une foule incroyable de pèlerins et de croisés. Il y arriva ane chose C I2i8. ) qui prouve bien ce que nous avons remarqué en parlant de ces guerres , c'est que les papes avoient eu dessein par ceuioyen d'af-^ fermir et d*élendre leur empire temporel en se faisant empereurs et généraux d'armées.
Félagius cardinal légat du pape Honorius III, vint à ce siège de Damiète \ Jean de Brienne, alors roi titulaire de Jérusalem,y comroandoit en qualité de général. ( i ) Le légeiiluidii net* tement et sans façon qu'il voulait comman^ der r armée f alln^uant pour toute raison que V église avoit ordonné ta croisade et que' les croisés qui étaient venus an secours ihi la terre sainte , n^ étaient pas les sujets du roi de Jà" rusaient^ et qu'ils dépendaient deVéglisepar rautorité di laquelle ils avaient pris la croix» Voilà prci isément quelles étoient les vues du pape, c'étoit de tenir de prodigieuses armées sous ses enseignes, qui le rendissent la terreur de toute la terre. Il commandoit les armées par son clergé , c'étoit une chose monstrueuse mais pourtant ordinaire alors de voir des prê^ très et des évéques à la tête des armées ayant leurs quartiers dans les sièges , montant à l'as-
( 1 } Crois. i.lÇ. '
du Papisme 176
saut, donnant des batailles et plongeant leurs bras dans le sang humain- Peut-il monter dans Tespritd'un homme qui n'a pas perdu le sens 9 que des gens qui sortoient si fort de leur caractère, qVii le souilloient partant de meurtres et qui faisoient gloire de s^approcher de ce qu'ils appellent les autels de Jésus-Christ^tout couverts de sang humain, fussent conduits par l'esprit de Dieu?
Ce siège de Damiète qui dura plus de dix* huit mois,couta à l'Europe ( i34g) un nombre infini de personnes : la ville fut pourtant prise enfin à force d'hommes et de sang. £t I0 Soudan Coradin durant ce siège, pour se ven* ger delà violence que l'on faisoit à Damiète» fit raser toutes les murailles de Jérusalem qui étoit le but des conquêtes des croisés: de sorto qu'ils virent périr en un jour le sujet de tous leurs travaux et l'objet de leurs espérances* Damièto étant prise, les pèlerins s'y reposèrent deux ans de leur fatigue. Mais enfin Thumeur martiale du cardinal Pelage les^ngagea à sor^* iir de celte ville pour aller pousser leurs conquêtes jusqu'aux dernières frontières de l'£thi&pieet de l'Egypte (issi.)* 11^ scrtinent au nombre de soixante et dix mille hommes^ frais comme des :gen8 qui av oient eu tout le temps 4e recevoir du secours de toutes parts* Cette grande et belle armée alla périr daps les
tnarais d^Egyple à la vue du Soudan Méiedin, qui les épargna; l'on ne sait par quelle raison. Quoi qu'il en soit les réchappes de ce funeste naufrage en furent quittes pour rendre Daunièle qu'ils avaient prise avec tant de travaux et tant de sang, Voilà comment se termina cette croisade qui coula la vie a plus de cinq ou six cent mille personnes fissG). Quelques années après ( I ) 2«/z crucifix lumineux qui par rut au ciel avec toutes les marques très dis' iinctes des cinq playes,, donna tant de courage aux anglais pour se croiser, qu'il sortit d'Angleterre plus de soixante mille hommes pour la guerre sainte. Mais ce crucifix si lumineux pe mena ées pèlerins que dans la Pouiile ^ où durant les plus grandes chaleurs de Pété qui sont excessives en ce pays- là , une maladie populaire se mit parmi eux qui en enleva um grande partie et fit rebrousser chemin d plu* sieurs qui périrent presque tous de misère avant qu-iU pussent regagner leur pays. Je vous avoue que je ne saurois me lasser d'adinirer ces croix et ces crucifix de lumière qui ne servent jamais à ces dévots qu'à les condoi" re dans les ténèbres profondes d'une triste et inalheureuse mort,
JSon doit rapporter â la même cioisade le voyage de l'empereur Frédéric II, (iqsS.)
][ i) CrvIs.H. 10 An. Xm,
du Papisme. 177
dans la Palestine « car ce fut à l'occasion de la croisade que Innocent III avoit publiée au concile de Latran, qnece prince persécuté pat les papes fut enfin obligé de faire le voyage de la terre sainte. Cette croisade^ où ce voyagé fut en cela moins malheureux que les précédons , c'est qu'il en coûta la vie à moins de gens, parce que l'empereur en mena fort peu avec lui. Mais au fonds le succès ne fut pas plus heureux : Frédéric qui se prétendoit roi de Jérusalem parce qu^il avoit épousé Jolantie filFe héritière de Jean de Brienne, roi de Jéruri salem \ se fit rendre le royaume par le Soudan. Mais il ne reçut que des masures et des villes démantelées, qu'il étoit par conséquent impos*' siblê de garder. Après avoir traité avec lesoudan^ il revint en Europe pour se défendre de la perfide guerre que lui faisoient les papes- ( 1 929. ) dans son absence.
Pendant que Grégoire IX persécutoit l'empereur Frédéric C * ) 5 ce pape ne négligeoit pas de faire prêcher la croisade, et il ralluma un nouveau feu dans l'Europe qui sembloit plus grand que tous les précédens. Car une* multitude infinie de croisés français et alle^ mands se mirent sous la conduite de Thibault comte de Champagne et roi de Navarre. Mais le pape qui avoit besoin de gens en plus d'un^
( 1 ) VI. Trois.
lieu«envoya une partie de ces croisés à tantinople pour conserver à Téglise cette velle conquête que les empereurs grecs, leur siège à Nicée, étoient prêts de lui La croisade pour la terre sainte ne fut grande qu'elle eut été sans cela y elle no pourtant de l'être fort ; une partie des c prit son chemin par terra comme avoiei les pèlerins de la première croisade ( is aussi eurent-ils le même sort, c'est- à- dir la plupart périrent en chemin. Le roi d varre qui evoit pris la mer avec une pariie^arriva plus heureusement dans 1 Icsline.Mais une seule journée les rend; égau;c ^ et ceux qui étoient péris dans li min et ceux qui étoient arrivés a bon Ce fut la journée de Gaze,ville de la Syi près de laquelle t'armée des pèlerins fi liérement défaite par le Soudan. Et le] Navarre ( 1210) qui heureusement poi ne s*ètoit pas trouvé à cette bataille^ ] parti de s'en relom ner chez lui.
Mais ce €oup ne fut pas encore si te que fut celui que les croisés reçurent que temps après. Ces gens faisoient p sion de n'avoir ni foi ni loi, ils ne gan aucun des traités que l'on faisoitavec lei dans; c'étoit assurément sur la bonne me qui a toujours été si bien pratiquée
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le papisme , qu'il ne faut point garder la foi aux hérétiques et aux infidèles» Nous avons déjà Yu comment après la mort de Saladin ^ les chrétiens rompirent la trêve par une lâche trahison ; et tous les jours ils faisoient la même chose. Les sarrazins d'Egypte, las de souiTrir les infidélités de ces prétendus fidèles de Jésus-Christ, lâchèrent sur eux certains peuples appelles Corasmins^venus d'au-delà de TEuphrate, qui désolèrent Jérusalem et toute la Palestine , dont ils firent un champ de car* liage et de pillage. Les croisés rassemblèrent toutes leurs forces pour résister à ce torrent de nouveaux peuples barbares^ mais ces derniers efforts ne leur servirent qu'à mourir a- *Tec honneur, car ayant donné une bataille contre ces corasmins , ils y furent défaits absolument et demeurèrent presque tous moris ou prisonniers. Et ce fut alors que les chrétiens croisés, avec les foibles restes de leurs conquêtes en Orient, se virent réduits aux derniers abois. (1)
La cour de Rome qui s'étoit fait un si grand honneur de celte conquAle de la terre sainte, résolut de faire aussi les derniers efforts pour en empêcher la perte qui sembloit 6tre prochaine et inévitable. Innocent IV alors séant, assembla un concile à Lion dans le-
*^l) VIII. CroV '
'l5o Histoire
quel entre autres choses que l'on y fit , Ton publia une nouvelle crois&de. Mais ratnbition des pap<:>s avoit mis l'Europe dans une si grande confusion qu'il ne se trouvoit plus guères de prince qui voulût abondonner ses étals exposés à l'avarice de la cour de Rome^ pour s^en aller chercher de nouvelles couronnes dans rOrient : do sorte que si une maladie de St. Louis, dont il revint par roiraclei ne l'eût porté à faire vœu de secourir la terre sainte iln'yauroitplus eu de croisés. Lé pape Innocent IV, eut l'adresse de se prévaloir de la foiblesse de ce bon prince pour l'engager dans une entreprise où l'on avoit fait périr tant d'empereurs et tant de rois. Le pape envoya donc en France un légat qui par ses émissaires et par ses prédicateurs réveilla ce faux zèle par toute la France^ et fit prendre la croix et les armes a tout ce qu'il y avoit de grand et de noble dans le royaume. Le roi St. Liouis et ses trois frères, se mirent à latêfe d'une grande armée qui entratnoit avec elle toutes les forces de l'état. Et pour montrer qu'ils n'avojcnt pas dessein de faire un petit voyage, la reine et les trois princesses, fen:îp-^s des trois premiers princes du sang, furent de la partie, (i) Toutes ces grandes forces après avoir fait quelque séjour dans l'île de
Cl) f /an 12^5.
d(i Papisme* i^i
Chypre, allèrient fondre sur l'Egypte et enlevèrent aux sarrazins la vilJe de Damiète sans siège et sanis surprise, Ci24g) parce que les infidèles l'abandonnèrent par une terreur.
Cet heureux succès fut un piège que la mauvaise étoile dé la France tendoit à ce bon prince , qui étoit digne d'un meilleur siècle et d^une plus heureuse fortune. St. Louis 8or>tit de Damiète avec une armée triomphlante" eomposée de soixante mille hommes. Elle fit des merveilles, elle battit plusieurs fois les sar^ razins, St. Louis y fit des prodiges de vail** lance. Mais avec tout cela il périt avec tou^ te cette grande armée, en partie par des maladies', en partie par la fatigue d'un voyage* en un pays chaud et inconnu , et sur-tout pat* le nombre de sarrazins qui Taccablèrent , (i aSo} lui taillèrent en pièces ses meilleures troupeset le firent prisonnier avec les restes de soà^ armée. Voilà ce q\ie produisit cette grandia^ expédition ; ce fut la perte de toute la nobles^ se de la France, et la captivité de son roi :• lequel il fallut racheter en abandonnant Da^ mièle la nouvelle conquête , et en donnant de prodigieuses sommes d'or: quelques-urtà^ disent que St. Louis donna même son Dieupour sa rançon, c'est-à-dire une hostie con^sacrée. Le P. Maimbourg est fort en colèrede ce qii'ou a dit cela,' mais il me semble qu'iV
t82 Hisloird
ne devroit pas s'en prendre aux huguenot!
comme il fait , car nous ne sommes pas eau* ses que Paul Jove a débité cette histoire t oi celte fable^s'il lui plait de l'appeller ainsi.
A l'occasion de cette épouvantable défait des François qui périrent dans le fonds de TE gypte par les mains des sarrazins, il arrivi tine chose en France qui fait bien voir qu< cet esprit de croisade étoit un esprit de fureu: et de frénésie. Joinville qui a fuit la chro nique de St. Louis n'en parle pas^ apparem ment parce qu'étant alors à la suite du roi prisonnier comche lui , ou dans la Palestine il ne sa voit guères ce qui se faisoit en France Voici comme la rapporte Antonio dans sa chro nique^selon qu'il Ta trouvée dans Paul Emil et dans Blondus. (i) » Il ne faut pas oublie ;) une étrange illusion du diable qui arrivi ^) apiès que les fidèles eurent été défaits ei )) Egypte pas les sarrazins , ainsi qu'il a et )) dit. L'année suivante^l'on ne sait par que y^ esprit, presque tous les bergers de Franc )) s'assemblèrent et formèrent un corps sou D un chef qu'ils appeloient leur maître. Il î) disoient qu'un ange leur avoit révélé que Ii )) terre promise devoit bientôt être délivréi >) et tirée des mains des payens. S'assemblan ^) à grandes troupes,sous prétexte de ferveai
( 1) Anton. Chron. 3. Tilul. 19. cap. 9. f. 5«
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) et de zèle pour la justiceiils persécutoient ) les prêtres et les religieux qui s'opposoienl à ^) leurs crimes et à leurs actions frénétiques : ils faisoient et défaisoient leurs mariages k) par caprice et par fureur , ils pardonnoient k> les péchés commis et à commettre. Quel- D qnes uns d'enlr'eux port oient l'anneau épis* ïi copal et donnoient la bénédiction au peun ple^ prétextant de faux miracles, ils se rén* D doient les maîtres des églises , ils sonnoient D les choses et disaient qu'ils avoient des vi-; D sions d'anges et commerce avec les habitans 1^ des cieux. Et parce que les prêtres s'oppo- » soient à ces fureurs , ils les persécutoient D même jusqu'au sang. Car à Orléans, à Charp très et en divers autres lieux ils tuèrent ceux l> du clergé et du peuple qui s'opposèrent à H eux. Leur maître, sous la conduite duquel D ils marchoient^étant arrivé à Bourges avec D sa compagnie de bergers , il se mit à y per- D sécuter les juifs et brûla leurs livres : et a«-; D près avoir commis diverses énormités il se » retira. Les bourgeois le poursuivirent et D l'ayant rencontré entre Villeneuve et Mor- » temar ils le tuèrent avec un grand nombre » de ces canailles, le reste fut dispersé.^' Croira ^uivoudia que les autres croisés éioiént beau- , coup plus sages, mais je n'en' croirai jamais ftien : s'il y avoit des sages entr'eux ilsaycient
âurïnoins la folie de se laisser emporte fous..
On ne sauroit exprimer touteslies c£ q,ni paesèreni sur les mivsérables resleî armée de St. Louis , défaite par les Si ïïs demeurèrent prisonniers ,. et dur prison on.leuroreva les yeux, on leur les membres , on les massacra , et un tîîl nombre jouirent du bénéfice di que St. Louts leur procura. Ge prince encore âpres qu^il fut sorti de la pi ^arriizins quelques années dans la 1 pour rétablir les afiaii^s des cbréli rOrienl; mais il ne put en venir à 1 j)rés avoir relevé et fortifié qnelqu démolies, (laSi) il revint en Frau fijîî ans d'absence.
Incontinent après son départ', les dlas^ croisés roulèrent avec précipitât Ja. décadence. Les Mamelucks d'Egj ]h- conduite de Bendocdar prirent que li3s chrétiens avoient possédée c!
première croisadei (1268) Les chrél dirent aussi 'Césaréoj Sidon, Jîiffa, Ifeur restia. plus que deux ou trois vil lïier. Les divisions et les liorribles lions^quirégnoîcnt entre ces restes d etulàns^lfaur^ivillea, achevèrent de le aânXHiàni Ihi&sai toumbejP' eur eux le^;
du Papisme / itfj
éclkts de sa foudre ! St- Louis voulut faire un second effort par un second voyage pour empêcher leur dernière ruine, (i) Il parlit une seconde fois de France avec une armée de soixante niillQ françoîs , et alla mourir en Afrique devant Tunis d'où il fut rapporté en France, (r27o) et canonisé vingt quatre ans après par Boniface Iiuilième. ( 1294) Philippe le Bel', petit lits de St. Louis ré(om>pensafortmal l'honneur que le papeavoit fait à son grand-père de le placer dans le paradis et sur le calen Irier, car il lui fit rompre les mâchoires , le fît. mettre en' prison et l'y fit mourir. Ce bon pape qui faisoit des- saints et q«i ouvrit le paradis aux autres, n'eut pas le crédit de se l'ouvrir à lui même, si l'on en croit le vieux Rébus qui dit de lui, qu'jl en» ira au Papat comme un renard, qu'il y vécut comme un liou , et qu'il en sortit comme un chien, c^est à <lire enragé.
Ainsi finirent les croisades et les travaux desoroisés en Orient ; car Ptolemais, la dernière ville qu'iU ont possédée dans TOrient, fut enfin assiégée et prise par les Mameluck^ d'Egypte, et tout ce qui s'y trouva dé ohré*tiens, y fut massacré ou demeura esclave.
Voilà un abrégé des calamités que ces expéditions ont causées à TEurope. (1291) On ne*
"^.1), L'an 1269..
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peut compter les millions (Hiommes que cette frénédie papiste a fait périr. Pour conquérir ou pour conserver cinqou six villes dans l'Orient, on a donné plus de batailles qu'il n^en a été livré pour la fondation des quatre grandes monarchies. Le P. JVlaimbourg qui s'est fait un si grand plaisir décompter les quatre batailles rangées , et les trois cents combats qui ont été donnés dans les guerres du calvinisme, peut compterici plus de trente ou quarante batailles rangées y et un nombre infini de combats. C'est le papisme qui a fait cela et qui a causé la mort de tant de rois, d'empe^ reurs , de grands seigneurs et de peuples.
Ce&tluiquia épuibéTEurope de forces d'hommes et d'argent durant deux siècles. Ilfaudroît bitn des guerres du calvinisme mises bout à bout pour aller aus^i loin , et pour égaler cette longue et effroyable suite de maux. Outre ces croisades générales pour la conquête de la terre sainte, il y en a eu encore plusieurs autres particulières, qui ne sont pas moins lés eflets du papisme que celles-là et qui ont aussi causé de grands maux. Mais elles troureront leur place dans les chapitres que nous avons a traiter.
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