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pour la Réfofmmtion i etê. i gS
les affaires de la réformation , car il défendoit l'adoration de la croix du vendredi saint « Tasage de l'eau bénite et du pain béni j et do quelques autres superstitions dont la list» devoitétre fournie par le primat d'Angleterre^ Thomas Crammer , archevêque de Cantorbéry • Et de plus il étoit déjbndu par le même édit de prêcher sans en avoir particulière commission du roi , de ses visiteurs j de l'archevêque de Cantorbéry et de l'évêque da diocèse. C'étoit pour arrêter le cours de ces prédications séditieuses qui tendoient à sou«« lever le peuple contre tout ce qui se faîsoit* Au même temps on fit un changement con« aidérable. Le conseil du roi écrivit à l'arche* vêque de Cantorbéry comme au primat de l'église anglicane , et lui donna ordre d'abat^ tre et de faire enlever tontes les images det églises. Il avoir bien été ordonné auparavant que Ton ôteroit les images dont le peupla abu« soit par un culte idolâtre j mais cette clause produisit de grandes contestations. Ceuxqu| Touloient retenir leurs images disoient que l'on n^en abusoit pas ; les autres soutenoient que si | pour lever cette pierre d'achopper ment ^ on les ôta toutes ^ l'on établit - en tbii# lieinc des prédicateurs au. gré du conseil du roi qui eurent charge d'arrêter l'impétnosito |i^ peuples ; lesquels soulu^JL^â^ill \a x^^^::.
^94 ApologU
mation , afin qu'ils n'entreprissent pas de changer sans autorité ; car on vouloit par degrés » c'est pourquoi les réforma anglais épargnèrent , dans ce commencée quelques-unes des superstitions et des erj du papisme. La première chose que V\ ensuite ce fut Fex^men de l'olBce de ]'é| c^est à'dire des liturgies et des prières p ques. L'on commit à cela dix- huit évêqi six théologiens} Bonner , évêque de Lonc .étoit Vun des commissaires. L'on exa premièrement l'office de la communion ; trement la liturgie de la messe } Ton n'e trancha pa3 d'abord tout ce qui pouvoil retranché « on se contenta d'y ajouter c ^toit nécessafre pour faire de la messe communion , et peur communier les fii tious }es deux espèces, L'on commença cet examen à donner une atteinte à la fession auriculaire } dans une exhortatio étoit 4 la tête de cet office corrigé} disoit que ceux qui tronveroîent bon i t^onfesser Au prêtre, ne dévoient pas coni lier ceux qui se contentent de se confes 4>iett$' et d'ailleurs que ceuic qui ne se ;Ipient confesser qu^à Dieu avant la cpn l^ipn De dévoient pM faire de procès À qui vouloient se confesser h leur pasteu que . cJiacun en çel^ wyl{ 1Q9 pipuyeme
pour la Ré formation y etc. I95
Ce nouveau formulaire pour la communioa fut reçu par toute l'Angleterre sans aucune opposition 9 excepté celle de Gardiner ^ évêque de Winchester. Il est vrai qu'il n'osa pas s'y opposer ourertement , mais en secret il prenoii à tâche dans ses discours particuliers de décrier la conduite du roi et de ceux qui gouvernoient sous lui. Cela obligea le conseil de rappeller la mémoire de sa conduite passée 9 et de se ressouvenir qu'après avoir été mis en prison sur les troubles qu^il avoit excités , on l'avoit relâché et renvoyé che;& lui sous la promesse qu'il avoit faite de se soumettre , ce qu'il n'avoit pas fait. A cause de cela on l'avoit encore fait venir devant le con-^ seil f et on lui avoit ordonné de se tenir à Lor^-. dres 9 dans sa maison^ et de ne pas retourner dans son diocèse , afin qu'il n'y travaiil4t pas & érmouvuir des séditions. Mais en de^ meurant à Londres il ne se pouvoit taîre çt parloit autant qu'il le pouvoit contre )es eqtreprises de ceux qui gouvernoient. \\ en fut ^ccasé 9 on s'en plaignit à lui, et il demanda : de^ se pouvoir justifier publiquement p^^* ua setmoni . qu'il feroit devant le roi sur le^ se^i* timens qu^oQ lui imputoit d'avoir. ^^^e .qui lîiî fut accordé. Mais au lieu de se fu&iiger il parla dans ce sermon d'une rnhuiière si ^^">. «
fietise contre Je |:oarerne|nent, î^u^ \5Ç55^^^^
1^9 Apologie
re même il pensa y avoir un fort grand l Cela obligea le conseil du roi à Tenvoyei Tour et à faire poser le sceau sur la ] de son cabinet. Dans ce sermon il est qu'il déclara franchement qu^il regardoit me nuls tous les actes qui se fiisoient l'autorité du roi dans sa minorité : et c< tout ce qu'il y eût de sincère ^ car au il prêcha fortement contre la primauté di pe , il approuva la destruction des mon res et généralement tout ce qui avoit étf sous Henri VIIL Ce qui fait voir quel éti tour de l'esprit et de la conscience de Jiomme dont le papisme anglais fait son h il condamna publiquement les choses fidoroit en secret, car sous le règne delli! il fut le plus ardent à rétablir l'autorit ]pape qu'il avoit auparavant combattue.
Ensuite Cramnier ^ archevêque de Cai tbéry , ( 1 } fit un catéchisme réformé l'instruction des peuples; il y combatti images sur l'explication du deuxième < mandement , surtout les images de la Tri dont l'usage avoit été fort fréquent durai abus àiï îpiiijpisme. Entre les autres il y ( voit ^tfèn Angleterre , où le Père étoi pré|(rtit^ coptiflie nn vieillard avec unet i^lTuronne ,I«fîlfrâquelque distance avec
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pour la Rèformation ^ ete. 1 97
simple couronne et des rayons , et la vierge Marie entre les deox ayant sur sa tête le St. Esprit y sous l'emblème d'un pigeon. Selon cette célèbre image , la vierge Marie deve* noit uite des personnes de la Trinité. II re« tranchoit dans ce cathécliisme les faux sacre^' mena j excepté celui de la pénitence , sur lequel apparemment il ne jugea pas à propos de s^expliquer alors pour éviter le scandale dés peuples qui avoient un si grand respect pour ce prétendu sacrement. Ce n'^étoit en« core que des préparations à un plus grand ouvrage y auquel on résolut de s'appliquer tout de bon. La résolution fut prise de corriger entièrement tout le service et de réformer foutes les liturgies. Pour cef effet lesévéques et les théologiens députés à cela rassemblèrent tous les divers offices qui étoient en usage en différentes parties de TÂngletcrre. Ils exami* nérent les défauts de ces anciennes liturgies^ et reconnurent d'autant mieux quelle forme on deyoit donner à la nouvelle liturgie , laquelle ils vouloient faire. Elle fut achevée 9 mise en vulgaire et composée àpeu-près telle qu'elle est encore aujourd'hui en usage dans l'église anglicane , sous le nom de prières communes du soir et du matin. Ainsi l'on abolit toutes les litanies en l'honneur dea saints , les prières , les hymnes et les leçops
tgS Apologie
qui tendoient à rendre un culte aux créatu^ res. Quant aux habita que les ecclésiastiques Hvoient accoutumé de porter dans le service on les laissa y comme une chose fort indiffé*-. rente en soi , mais qui étoit quelque chose pour le peuple , lequel aime le paroissant et le pompeux. On retint aussi dans l'adminis* tration du baptême quelques cérémonies qui depuis ont été retranchées, comme 8ont*di-i vers signes de croix sur le front et sur la poi^ trine de celui qui devoit être baptisé y avec tin exorcisme contre le démon , par lequel on Tadjuroit de sortir de cette maison et de n'y plus rentrer : ensuite le prêtre devoit pren? dre Fenfant et le plonger par trois fois , une fois sur le côté droit y une fois sur le gauche et une troisième sur l'estomac. Cette liturgie fut imprimée avec la préface qui se lit encore aujourd'hui au-devant des prières communes^ Ce grand changement émût les esprits j et fournit une matière aux prédications et aux déclamations emportées des ennemis de la réformation. Et ces prédications séditieuses donnèrent lieu & la défense qui fut faite pour un temps aux éiréques de ne permettre à aucun de monter dans les chaires; qu'à ceux qui auroient permission du roi ou de l'archevêque. lie bruit de cette réformation passa la mer et vint jusqu'aux oreilles de ceux qui travail-
foitr la Rèformaiiùn , ete. 1 99
loient à la même chose en France et en Allé* magne ^ ( 1 ) et Martyr qui vint environ ca temps'là en Angleterre^ en écrivît et en informa tous ses amis. Calvin en écrivit au Pro« lecteur et approuva la forme dans laquelle on avoit mis les prières publiques , i l'exception des prières pour les morts qu'on y avoit laissées. Il ne jugea pas aussi qu'on eût prudemment fait de réserver l'usage du crème et de l'extrême onction. A cela près qui étoit peu de chose et qui même fut corrigé depuis^ il trouva tout fort bon. Ainsi il n'y a aucun lieu de mettre ceux qu'on appelle calvinistes aux mains avec l'église anglicane , comme s'ils et oient de différente religion.
jLes affaires étoient en cet état quand le Parlement , qui avoit été prorogé , se rassem* bla au mois de Novembre. Dans cette assemblée solennelle de toute la nation > C s ) l'on confirma la réformation qui venoit d'être fair te. Par acte du Parlement et du consente* ment des deux chambres et du roi il fut permis aux prêtres de se marier. Ensuite on passa un acte pour la conBrmation du livre des prières communes y contre lequel protesti* rent le comte de Derby y l'évêque de Londres^
{ 2 ) L*iii 1549.
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fefoo Apologie
et sept autres évéques. L'on établît aussi Tasage de chanter les Pseaumes en langue vul« gaire tournés en vers. Les jours de jeûne furent laissés dans Tétat où ils étoient dans le papisme , le carême les vendredis et samedis de chaque semaine ,'avec défense de manger de là viande dans ces jours-là. Ce règlement fut plus de police que de religion , pour obliger la nation à ne pas renoncer à la pêche ^ ce qui serolt apparemment arrivé ^ parce qu« les anglais aiment fort peu le poisson et beau* coup la viande^ ( i ) Pour l'établissement de cette -réformatioB on ordonna une nouvelle visite du royaume ^ afin d'exécuter la loi de l'uniformité qui avoit été faite par le Parlement. L'on donna des instructions aux visi^ leurs pour abolir certaines cérémonies que le peuple retenoit encore et pour lesquelles il avoit un grand attachement. Tout le royaume se soumit excepté la princesse Marie ^ qui continua de faire dire la messe en sa maison. Le conseil du roi la voulut obliger à se conformer. au service nouvellement établi; mais elle le refusa , elle écrivit au conseil qu'elle ne pouvoit considérer comme des loia du royaume ces nouveaux règlemens qui venoient d'être faits , parce que le roi étoit mineur , et que ce qu'on faisoit étoit contraire.
Mi^M
pour îa Réfàrmation ^ etc. sot
aux ordres de son père ^ qu'elle s'étoit obli« gée par serment d'observer. Le conseil ré* ^ pondit et insista sur les obligations où elle, étpit de se soumettre aux ordres de l'état p puisqu'elle en étoit membre ; mais elle continaa de refuser et fit intervenir l'empereut Charles Quint pour n^être point forcée en sa conscience : ce qui lui fut accordé*
Jùsques-là (i) l'on n'avoit proprement tou« cfaé qu^u culte ^ et la doctrine a'avoit été altérée qu'indirectement et par la grande liaison qu'elle a avec le service divin. Il étoit encore permis et comme indifférant de soutenir la présence réelle du corps de Jésus > Christ dans le Sacrement , parce que Ton n'avoit ^oiat encore fait de formulaire et de confes*sion de fui depuis la mort de Henri VIII. L'on jugea à propos d'y travailler cette année et l'on examina les matières , surtout celles da sacrement de l'igucharistie. Il y eut des disputes publiques là- dessus dans les académies de Cambridge et d'Oxford, La douceur da gOQvernement et celle de Crammer donnèrent de la hardiesse aux papistes , et furent causa d'un assez grand bruit à Oxford. Pierre Martyr y enaeignoit la théologie et expliquoit \% matière de TEucharistie selon la doctrine do Zvringle et la réformation des églises de Suisse»
^02 jipoîogle '
Un nomnié Smith forma le dessein de l'inter^ rompre dans ses leçons publiques et de le pro« yoquer à la dispute. Il devoit mener avec lui une troupe de gens séditieux à son commandément qui le dévoient soutenir et chasser Martyr de sa chaire. Martyr en fut averti et ne jugea pas à propos d'interrompre ses leçons. Comme il alloit à l'université on lui donna un défi de la part de Smith , il ne laissa pas de poursuivre son chemin et de monter en chaire y où il répondit à Smith qu^il ne refusoit pas de défendre la causerie la vérité contre lui : mais qu'il ne feroit rien en cela sans en avoir permission du roi et de son con* «eil. En efiet la chose fut rapportée au conseil qui députa des gens pour être auditeurs et juges de cette célèbre dispute , dans laquelle 9 sous l'autorité du roi , la présence réelle et la transsubstantiation furent combattues , convaincues de faux et entièrement ruinées , malgré les oppositions de plusieurs docteurs de la religion romaine qui firent les derniers efforts pour la défendre.
Pendant que. dans l'université d'Oxford le papisme employé les armes de l'école pour se défendre , il prjépare d'autres armes à fa campagne. La province de Devon se révolta , les révoltés composèrent un gros de dix mille hommes et présentèrent les armes à la main ^ un
pour la Rèjormatiorij etc; %oS
cahier de quinze articles pour le rétablissement de l'ancienne religion. Les prêtres pour animer les peuples porloient l'hostie au miliea du camp , et Texposoient à la ?ue de tout la mondeavec tous les discours capables de leur inspirer la fureur et la rébellion. Ils furent secondés par d'autres révoltés de la province dé Norfolk et de celle d'York , qui en vouloient moins à la religion qu'à la noblesse^dont ils pilloientles maisons et outrageoient les personnes^ commettant en tout lieux des brutalités et des cruautés terribles. Mais ils faisoient profession d'être catholiques , c'étoit assez pour effacer le crime de rébellion et les excès de leurs cruautés. L'archevêque de Cantorbery eut la charge de répondre au mémoire des rebelles ^ et xnylord Russel eut la commission de repous « ser leur violence. Ils assiégèrent Exester dans la province deDevon. Ci54g) Les assiégés fur réduits à la nécessité de manger leurs chevaax 9 mais ils étoient résolus de tout souffrir plutôt que de tomber entre les mains de ces barbares qui avoient déjà exercé tant de cruautés. Enfin mylordRussel battit cesrévoltés,les obligea à lever le siège et les dissipa , pendant que le comte de Warwikfaisoit la même chose des rebelles de la province de Norfolk. L'on avoit sur eux toutes sortes d'avantages, et l'on eut pu sans risque les faire passer par toute la
io4 ^Apologie
rigueur des loîs. Mais le protecteur et les réformateurs furent pour les conseils de douceur tellement qu^on accorda amnistie générale pour tous les rebelles » et on leur tint de bonne foi ce qu'on leur promit. Ce n'est pas ainsi qu'on en a usé en France et ailleurs avec les réformés , on ne leur a pardonné leurs mouvement que quand on n'a pu }es massacrer, et on ne leur a accordé la paix qu^afin de les conduire désarmés aii gibet et à la boucherie.
Durant tous ces changemens, Bonner , évêque de Londres , fort attaché aux supersti* tions de rancienneriçiigionavoitpris patience lé mieux qu'il avoit pu. C'est à dire qu'il a* voit dissimulé y s'étoit accommodé au temps ^ avoit établi la réformation dans son diocèse cqmme les autres ; et avoit prêché selon qu'on lui avoit ordonné. On m'avouera qu'il n'y à voit rien- de plus lâche^et qu'il lui eut été bien plus honorable selon le monde et plus utile selon Dieu ^ d'en user comme avoit fait JLatimer et les autres évêques réformés du temps * de Henri Vlir, qui avoîent renoncé à leurs évéchés et quitté leurs chaires volontairement ^ plutôt que de souscrire aux six articles. Cependant parce que ce qui est violent ne peut pas être de durée, Bonner qui faisoit violence à son cœur pour supprimer la fureur que lui donnpit le progrès de la réformation ne se peut
pour la Sdformation j ele. so5
pas longtempMenir paisrble. Sa coutume étoit de tenir bon pour les dogmes et pour les cultes du papisme aussi longtemps qu'il y avoit de la sûreté à le faire : c'est à dire » jusqu'à ce que la loi du prince et du parlement les eut condamnés et défendus sous des peines j par c*9 moyen il s'entretenoit dans la faveur des papistes du royaume» Mais tout aussitôt qu^un
* article de la réformation éfoil passé en loi , il. s'y souniettoit en apparence avec piomptitude f et par là il travailloità sa c^>n<iervation et à celle de sts bénéfices. Comiiu^ on sa- ^oU bien que sa conduite étoit pleine de dissimulation on Hobservoit , et il fut reconnu qu'il laissoit dire la messe en divers lieux de Londres et des autres places qui étoient sous sa conduite. Le conseil du roi lui écrivit et lui enjoignit d'arrêter ces désordres^ il eut la bassesse de protester que c'étoit fort son intention p et en effet il envoya dans toutes les paroisses l'ordre porté parla lettre du conseil. Idais sous main il persévéroitàfaire tout ce qui lui étoit possible pour ruinerl'ouvrage du protecteur et de l^archevêque de Cantorbery. C'est pour cette cause qu'on le cita devant le conseil,où on lui ordonna de prêcher toutes les se-
.maines une fois dans la cathédrale de St Paul et de célébrer à toutes les grandes fêtes, (1) par^
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( S ) 1549 , AoAt.
so6 jipologiê
ce qu'on avoit remarqué, qu'il s'abstenoit dé faire le service lui même depuis le changement de la liturgie.
Particlilièrement le conseil lui ordonna d& prêcher contre la rébellion dans le premier sermon qu'il iferoit , et surtout d'enseigner que le roi n'étoit pas moins roi , et le peuple pas moins obligé d^obéir à ses ordres y parce qu'il étoit encore en minorité. Ce dernier article paroissoit de la dernière importance à ceux qui gouvernoient alors; parce que c'éloit le dernier retranchement des mécontens* Il espéroit et même seflattoit de faire annuller tout ce qui se faisoit si le temps changeoit ^ sous prétexte que le roi étant mineur ne pouyoit pas faire des lois qui obligeassent les su* Jets. Bonnerne voulut jamais toucher cet endroit délicat dans son sermon , parce qu'il ne vouloit pas condamner ses sentimens ni y renoncer, et il n*eut osé les publier craignant d'être traité comme Gardiner , s'il parloit librement comme lui. Il parla donc de toutes les autres choses excepté de celle-là ; et ce fut ce silence sur lequel on lui fît son procès. On nomma des commissaires pour examiner Sonner j et la manière dont il se conduisit dans cet examen , acheva de le perdre. II parla outrageusement à ses témoins et irrévéremment à ses juges. Il réprouva les témoins qu'on lui
pour ta Riformation , etc. fio^
prodaisit sous prétexte d'hérésie ( i5!>9} ^ parcç qu'ils ne croyoient pas la présence réel* le et la transsubstantiation , et les traita do gens excommuniés et indignes de paroit re dans des assemblées. Enfin après d'assez longues procédures , il fut privé de son évêclié. Il eut Fait bîen plus honnêtement d^y renoncer lui mêm^ y puisque sa conscience ne lui permettoit pas d'enseigner la doctrine qu'on vouloit g[u'il enseignât. En même temps la cour l'envoya en prison pour y demeurer tant qu'il plairoit au roi.
Dans ce grand abaissement du parti papiste il ne laissoit pas d'avoir encore de grands protecteurs , c'étoient les ennemis du duc de Sommevsei. Ils conjurèrent de le perdre, sans doute bien moins dans le dessein de rétablir leur religion que de profiter du débris de sa fortune; mais les amateurs de l'ancienne superstition espéroient par sa ruine relever leur idole , c'est pourquoi ils agissoient de concert avec ceux qui n'ont point d'autre Dieu que la fortune. Le comte de Soutampton et celui de Warwick,tous deux papistes, entreprirent de perdre le duc de Sommerset, protecteur duroyaume , et auteur de la réformation. lU en vinrent à bout et la cabale fut si puissante ^ que le Conseil obligea le jeune roi à abandonner son oncle ^ son tuteur et celui qui l'avoit
ioS Apologie
si tendrement élevé. Sur des accusations les plus légères du monde il fut constitué prisonnier à la Tour de Londres , et tout ce qu'il put obtenir par ses soumissions ce fut d'avoir la vie en renonçant à toutes ses dignités ^ et en payant deux mille livres sterlingsd'amende.Cd fut alors qus le parti papiste crut avoir gagné le dessus. Et en effet si le roi Edouard VI n'eut eu de la piété et de la vigueur au-delà de ce qui se peut imaginer dans une personne de son âge , ce grand ouvrage de la réformation étoit entièrement renversé peu de temps apréa sa naissance. Le roi se vit entre les mains de deux niéchans hommes , dont le but étoit de rétablir la religion romaine afin de mettre dans leurs intérêts tous les papistes du royaume ^ et régner par leur appui. Mais le jeune roipa<» rutinllexible là dessus. Ce que voyant le com« te lie Warwikil renonça au papisme pour s'ac: commoder au temps et à la volonté du roi. Et Soutampton qui avoit espéré d'être rétabli dans tontes ses charges se voyant trompé ^ se retirade la cour. Ainsi cette chute du duc de Somnierset , par un miracle de la providence ne Gt aucun préjudice à laréformation.Ci54g) Au contraire le parlement , qui se tint dans la même année au mois de Novembre , con« firma tout ce qui âvpit été fait , et le con« 0eil écrivit à tous i^h ecclésiastiques du royau-
pour ta Rèfbrmation ^ eU. . ftog
no 9 qu'on eût à mettre entre les mains de ceux que le roi commettroit pour celay tous les messels , rituels , bréviaires , légendes ^ et autres livres de l'ancienne supersti* tion. Dans le commencement de l'année suivante y Ridley fut nommé à l'évêché de Londres en la place de Bonner. Ce Ridlej fut le second de l'archevêque Crammer j «t travailla conjointement avec le même zèle pour achever et pour affermir la réformation. Le comte de Warwik qui se fit créer diic de Northumberland occupa la première |)lace du conseil ^ et peut être l'auroit-il séduit). (0 n^êtoit que le roi qui n'étoit que dans sa quatorzième année, avoit pourtant foufe la force et toute la prudence d'un homme fait. Il paroit par un journal qu'il a laissé de sa vie que rien ne se faisoit qui ne passât devant lui tant des affaires étrangères que de celles de l'état et del'ËgUse.Le célèbre Cardan qui passa en ce temps-là en Angleterre assure qu'iHui parla en latin et avec toute la facilité qaepoorfoit avoir un homme consommé dana la littérature ; et qu'il pouvoit parler presque également toutes les langues vivantes. Il donnoit audience à tous les ambassadeurs et les entretenoit sur les divers intérêts des états avec une capacité qui les remplissoit d'admira--
#!• ApoîogU
tioD. fl tenoit registre de tout ce qui se pââ- )Boit de remarquable , connoissoit parfaitement la situation y les commodités et les incommodi* tés de tous les havres de France et d'Angle* terre. Et par dessus tout cela il avoit étudié les matières de religion et les avoit pénétrées avec un succès incroyable. Tellement qu'oa peut dire que ce fut un miracle que Dieu voulut montrer à la terra « mais dont ilne latrou« va pas digne, c'est pourquoi il l'en priva bientôt. Cet esprit avancé d'Edouard VI fut cause que la réformation alla toujours son cours au milieu des agitations que ^ambition des grands causoient dans l'état. Dans l'année 155o il se passa peu de choses considérables pour l'église. L'on, revit le livre des communes prières pour y changer quelque chose. Ridley évéque de Londres visita son diocèse , et en renversa les autels pour mettre en leur place les tables de la communion, (i) L'année suivante il y eut des plaintes portées contre quelques ecclésiastiques qui ne s'accommodant pas de la nouvelle réformation s'y sou« mettoient le moins qu'ils pouvoient. Mais pas un n'osa se déclarer ouvertement p et l'on vit encore un nouvel exemple de leur lâcheté. Ceux là même qui sous la Reine Marie persécutèrent si cruellement les réfor?
pour ta Réfifrmation ^ etâ. ai i
nés , protestèrent alors avec une basse distimulation qu'ils étoient fort contens de ;out ce qui avoit été fait. Entre les autres 3glethorp qui fut depuis évéque de Car« isle sous le règne suivant , signa volontairement un acte que l'on a encore aujourd'hui^ )ans lequel il déclare qu'il approuvoit les )hangeinens qui avoient été faits dans la relf- ^on. Cependant la tentation â laquelle ces lissimulations étoient exposées n'étoit pas fort grande. En fatisfaisant leur conscience il n'y illoit ni de la liberté , ni de la vie , il n'y lUoit que de la perte de leurs bénéfices. Et c'est en vain que Sanderus se vante des Marlyrs de sa religion. On ne fit rien soufirir i personne ; excepté quelques années de pri* (on à Gardiner^ évéque de Winchester, et à Bonner évéque de Londres. On veut pourtant faire une grande affaire de cette prétendue persécution à Crammer y que l'on dit en ivoir été l'auteur. Mais il ne sera pas mallisé de l'en justifier, quand nous y serons ippelés.
•Nous avons vu que l'on avoit déjà examiné es matières de la foi , sur tout depuis la céébre dispute de Martyr à Oxford. Cependant >n n'avoit pas encore trouvé moyen d'en dres« \ev un formulaire, apparemment parce que les esprits n'étoient pas encore bien disposés
ilisi Apologie
à le receyoir.(l)Il se fit cette année, ce formuS Inire, et on le composa de quarante et un articles : dans lesquels toutes les erreurs de l'Eglise romaine étoient reprouvées et les principales vérités chrétiennes établies ; la présence réelle et la transsubstantiation y étoient nommément et expressément condamnées. Le livre des communes prières fut encore revu et corrigé , ^ et dans le chapitre de la commanion on ajouta une Rubrique pour régler la posture de respect dans laquelle on prendroit désormais le Sacrement 9 c'est en se mettant a genoux. La raison et la piété d'Edouard pre-: noient tous les jours de sensibles accroissemens et la réformation aussi ; tellement que tout le Royaume étoit reforpaé ou en e£fet^ oa en apparence. . La seule princesse Marie sœur ainée d'Edouard refusoit de ^e soumettre et faisoit toujours dire la messe dans sa cha* pelle. Cette opiniâtreté chagrinoit infiniment le roi, on essaya d^amener cette princesse à la véritable religion; le roi s'en mêla , le con^ eeil lui en écrivit encore comme il avoit fait autrefois; les évéques s'offrirent de Tinstruire; Mais rien n'y fit, la haine qu'elle avoit contre la réformation j s'étoit fortifiée en son coeur à la faveur du ressentiment qu'elle avoit de l'outrage fait è sa mère ^ par lequel on avoit
pour la Reformations ete. 9\9
anssî flétri sa naissance. Elle regardoit ceux qui avoient chassé le Pape et sa religion com« me les mortels ennemis de sa grandeur et dt sa gloire; et la chute de la religion romaino comme sa propre chute , parce qu'en effet la divorce de Henri VIII avec Catherine d^Arragon, mère de Marie, fut le premier motif qui obligea ce princeà quitter l'église romaine.
Pendant que Crammer archevêque de Canforbery avançoit ainsi les affaires de l'église 9 le duc de Northumberland autrement comte de Warwik faisoit les siennes et ourdissoit de nouvelles trames contre le duc de Sommerset. Ce duc commençoit à rentrer en faveur auprès dn roi, et peut-être qu'il auroit bientôt rechassé le duc de Northumberland si celuici ne Peut prévenu. C'est ce qu'il fit en sur bornant des témoins , qui accusèrent le duo de Sommerset de s'être voulu rendre maître de la personne du roi et d'avoir voulu se faire une seconde fois protecteur : mais surtout d^avoir attenté à la vie de lui duc de Nor^ thamberland ^ et de l'avoir voulu faire assasaÎDer ; sur cette accusation prouvée comme Ton voulut , ce pauvre duc fut condamné à perdre la tête , ce qui fut exécuté.
liO Parlement s'ouvrit le lendemain de cette exécution > ( 1 ) et l'on y confîrnîa tout de
si4 Apologie
'nouveau ce qui avoit été fait pour réforma TEglise anglicane ; le livre des prières communes (le la dernière revision et correction fut autorisé ; Ton y passa un autre acte pour rendre aux Prêtres la liberté de se marier. Après que le Parlement fut dissous , l'assemblée des évéques et des théologiens mit la dernière main à la confession de foi de la«-* quelle nous avons parlé ci- dessus} elle fit des lois ecclésiastiques ) des canons et des règlemens qui furent rédigés sous cinquante et un litres, selon le nombre des livres desPandectes , dans lesquelles Juslinien a ramassé les lois romaines. Enfin l'on acheva ce grand ouvrage de la réformation de l'Eglise anglicane ^ car on la mit en Tétat où elle est encore aujourd'hui ; excepté que , dans la confession de foi qui fut faite sous Elisabeth , on coucha certains articles en termes plus généraux que ceux dont on s'étoit servi sous le règne d'Bdouard. Dieu qui sembloit n'avoir prêté ce jeune prince à la terre que pour faire qe grand œuvre , le voulut retirer quand la rôformation fut achevée. En effet,Edouard mou* rut peu de temps après de la manière la plus édifiante du monde ^ ayant toujours l'ame et les yeux tournés vers : le ciel avec des élpva^. tîons extraordinaires, (i) H finit par cesjp^-
(i) iSS3, eu tm^u
pour la Réformation ^ tte. Si 5
frôles si dé vôteB : Seigneur délipre- moi de cet* te misérable et malheureuse vie , retire moi avec tes élue. Seigneur je remets mon esprit entre tes mains. Seigneur , tu sais combien je serai heureux d'être auprès de toi: cepen* dant j 6 mon Dieu f si tu le Juges à propos rends moi la santé et la vie pour V amour de tes élus. O Seigneur Dieu , bénis mon peu^ pie et sauve tcn héritage : O Dieu , sauve ton peuple d* Angleterre que tu as choisi : O Seigneur garantis ce royaume et le délivre du papisme : maintiens y la véritable religion f afin que mon peuple et moi puissions louer ton s€unt nom par Jésus-Christ. Ce ne sont gnéres Jà les mouvemens d'un réprouvé et d^un prince abandonné de Dieu au point qu'il aurôit dû être ^ s'il ayoit été dans la main du àémon un instrument de la damnation et de la subversion de tant de millions d'ames,com« me le papisme le prétend. On dit que nous faisons de cet Edouard un miracle , afin da couvrir la honte de notre rébellion contre l'Ë* glise , et de persuader qu'elle s^est faite sous l'autorité d'un roi f mais que ce roi n'étolt qu'un enfant , qu'il n'étoit pas en âge d'agir par lui-même et qu'il ne faisoit que prêter son nom. C'est pourquoi je juge à propos j l^lonsieur ^ ( i ) de vous donner un extrait du
a 16 apologie
livre de CarJan j dans lequel il parle dç et prince. Le voici selon que le docteur Burnet nous l'a donné et tel qu'en effet il se lit dans Je livre de Cardan de Genituris. Les grâces Vaccompagnoient , car n'étant encore qu^en-^ fant il savait déjà plusieurs langues , la la-* Une f l'anglaise y la française et n^étoit pas ignorant , a ce qu^on a dit , dans les langues grecque , espagnole et italienne ^ et peut-être quelques autres. Il entendoit la logique ^ la philosophie naturelle y la musique : dans un corps mortel il avpit un naturel digne d'un aussi grand prince , et une majesté grave et véritablement royale. En un mot cet enfant étoit un miracle dans la nature pour la grandeur de son esprit y qui promettait tout ce que Von peut promettre. Ce ne sont point deê louanges d* orateur qui aillent au- delà de la vérité y elles demeurent au-dessous. Cela est suivi d'un beaucoup plus grand éloge que je ne saurois ni vous envoyerj ni vous traduire. Mais cela suffit , et il me semble que cet ita« lietns^ui n'étûit point huguenot y mérite qu'on ' li^i^jajdute foi dans un sujet ou il n'étoit nu^«. léinent intéressés