CHAPITRE VIL
Suite de V histoire de la te formation de TE^ glise anglicane. Le règne de Marie j cruel et sanglant ; celui d'Elisabeth^ doux et dé-bonnaire. Ri^flexions sur toute cette histoire de la réformation d^ Angleterre.
Douard VI. ( i ) en mourant avoît pr?» toutes les sûietés qu'il lui avoit été possible de prendre, pour affermir et conserver après Iiii la réformation qu'il avoit si heureusement acJievée. Il avoit bien prévu que si sa sœur Marie lui succédoit, elle ruineroit entière* ment son ouvrage. C'est pourquoi il l'avoit déshéritée et excluse de la couronne, nom* mant pour lui succéder Jeanne Gray, fille da duo de Suffolk, sa cousine. Cela s'étoit fait non seulement au préjudice de Marie, mais aussi d'Elisabeth: non qu'il eût du soupçon sur la religion de la dernière , mais apparem^ Xnent parce qu'il crut qu'il étoit plus aisé d'ex-? dure les deux soeurs , que de mettre la ca^ dette sur la tête de Tainée'^ ou plutôt parca '^ que. ceux qui lui avoient donné ce mauvais
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conseil, avoient des vues toutes différente» des siennes j et n^excluoient les légitimes héritières que pour profiter de leur exclusion. Mais ce conseil fut malheureux, et toutes les précautions furent inutiles. Les menées du duc de Sufiblk et celles du duc de Noi'thumberland , qui youloit avoir une reine de sa façon, afin de régner absoluement sous son nom, ne servirent qu*à leur faire perdre la tête et la vie; la pauvre Jeanne Gray que Ton fit monter sur le troue malgré elle, n'y fut pas longtemps, et n'en descendit que pour monter fur l'échafaut.
On voit en cet endroit la fausseté de cette accusation que l'on nous fait , que nôtre reli^ gton inspire l'esprit de rébellion contre les princes. La princesse Marie avoit été exclue de la couronne par ces gens de cour qui se fervent toujours du voile et du prétexte de la, religion pour couvrir et pour avancer leurs desseins ambitieux : mais les véritables réformés rendirent à Marie cette couronne que çon frère lui avoit ôtée. Cette princesse, après la mort du roi son frère, fut obligée de se re-. tirer dans la province de Suffolk pour se mettre en lieu de sûreté , de là elle écrivit au conseil , duquel elle ne reçut pas une ré-» ponse favorable } Jeanne Gray fut proclamée /çfpe ^r Pli leva 4Ç9 Uouçes pourVopppsojj
j) our la Rè formation i ete. ^1%
à ceux qui tiendroient le parti de Marie. Sur cela tous les réformés de la province de Nor--; folk et de Suffolk la vinrent trouver , et lui demandèrent si elle vouloit laisser la religion en l'état où Edouard Tavoit mise, ( i ) et qu'ea ce cas ils se déclareroient pour elle et soutiendroient ses droits. £lle leur protesta que soa intention n^étoit pas d'apporter aucun changement à la religion et qu'elle se contenteroit de faire célébrer la messe chez elle. Là dessus ils se déclarèrent pour elle, mais dans la suita ils furent payés d'infidélité et d'ingratitude ; Marîis fit courir ce bruit par tout le royaume qu'elle ne feroit aucun changement dans C9 que son frère avoit établi. Cela disposa tous les peuples qui aiment naturellement leur légi^ lime prince , à rentrer dans l'obéissance. Et même les troupes que le duc de Northumber-* land avoit fait lever contre elle , quoiqu'elles fussent de la religion réformée^ se rangèrent du parti de la reinfe au lieu de joindre le duc. Enfin le conseil même dont la plupart des membres étoient fort attachés à la réforma^: lion ^ revint et la proclama reine. Ainsi l'on peut dire avec toute sorte de vérité , que co furent les réformés qui établirent Marie sur la irone » et que sans eux elle n'y seroit janiais remontée. Car bien que tout le parti p£(*
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piste fut pour elle , il étoit si peu consi ble en comparaison de l'autre , que si le réformé eût voulu s'unir et s'entendre , il plus fort qu'il ne falloit pour soutenir clusion faite par Edouard sixième. Nous ( voir de quelle manière elle reconnut obligation.
Le duc de Northumberland qui éti premier mobile de ces mouvemens , v< que tous les ressorts qu'il avoit cru faire pour lui , agissoient contre lui , se rendit si 9 et proclama Marie reine avec des ma d'une joie affectée qui faisoient voir la sesse de son arae. Cette bassesse parut ei mieux quand le comte d'Arondel vînt rêter de la part de la reine , il se jeta pieds et fit les plus lâches soumission inonde pour avoir sa faveur : ces lâchet lui servirent de rien , car il fut mené pi nier à la Tour de Londres avec plnsienr très. Peu de temps après il mourut p niain d'un bourreau ; en mourant il e qu'il avoit toujours été catholique romaî qu'ainsi ce n'étoit pas son ^èle pour la gîon qui lui avoit fait prendre les armes tre.la reine. Marie entra dans Londr monta sur le trône avec intention , à c( l'on dit • de remettre la religion dans pu spD jpere Tavoit laissée en mourant ^
pour la Ri'fonnation , etc. 221
Ion cela elle ne vouloit point rétablir ni la puissance du pape , ni les monastères , ni les autres choses que son père avoit abolies. Mais cela n'est point apparent 5 elle fit assurément ce qu'elle avoit toujours eu dessein de fdire, c'est-à-dire de rentrer sous l'obéissance du siège de Rome. Elle avoit hérité ces sentimens de sa mère , et le même arrêt qui avoit chassé le pape l'ayant fait exclure de la couronne y elle ne pouvoit avoir qu'un très puissant ressentiment de tout ce que cet arrêt avoit fait* Par inclination et parreconnoissance elle étoit dans les intérêts du pape, puisque le pape avoU soutenu qu'elle étoit fille légitime y elle devolt bien soutenir qu'il étoit légitime souverain de l'Eglise. Elle avoit tenu bon dans son adhérence au pape jusqu'à la mort de sa mère et son opiniâtreté avoit pensé lui coûter la vie. On sait que Henri VIII n'étoit pas fort tendf%, et que le sang de sa maison ne lui coûtoit pas beaucoup à verser ; et d'ailleurs ne pouvant souffrir aucune contradiction il avoit pris la résolution de faire dans sa propre fille un exemple de sévérité , pour donner de la terreur à toute la nation. Ce n'est ni une fable ni une conjecture , c'est une vé« rite confirmée par une lettre de la mère de Marie , dont l'original se trouve encore aujouid'bui et qui se peut lire dans l^ x^^\)i3çJ\
sa» Apologie
des pièces qui sont à la fin de l'histoire dit docteur Burnet. Dans cette lettre la reine ré« pudiée parle à sa fille comme à une personne qui est prête à souffrir le martyre ; elle Vex^ Iiorte à obéir en toutes choses au roi son père excepté celles de la religion^ pour lesquelles elle veut qu* elle souffre avec joie y et pour Ift fortifier elle lui envoie deux livres , l'un étoit la vie de Jésus-Christ et l'autre une lettre de St. Jérôme. Et il est bon de remarquer en cet endroit que le duc de Norfolk, Gardiner et tous les autres zélés catholiques romains abandonnèrent cette princesse à la fureur de son père ; Crammer fut le seul qui osa s'expoéer pour elle , et ce fut lui qui appaisa Henri. De sorte que dans le traitement que ce prélat reçut d'elle dans la suite , il y eut non-seule^ ment de l'inhumanité et de la barbarie , mais de l'ingratitude la plus noire.
Marie après la mort de sa mère n'ayant plu» celle qui la soutenoit dans les sentimens honnêtes de ne rien faire contre sa conscience , même au péril de sa vie , s'abandonna entièrement aux volontés de son père. Et Ton voit encore quatre lettres , trois à son père et une à Cromwel par lesquelles elle déclare sasoumission en ces termes :^, Votre très humble ^ ^^ très obéissante , et très fidèle sujette , hu^m- „ hlemtViX prosternée aux pieds de votre ex«
pour ta R^formation ^ etc. 'asS
^ cellente majesté , etc. Premièrement je reyy connois avoir commis une offense contre to« 5, tre excellente grandeur , très griève et op- ^ posée aux lois de la nature , en ce 'que j'ai ^, refusé de me soumettre à vos très justes et ^ très excellentes lois^ etc. Secondement pour ^ ouvrir mon cœur à votre majesté , etc. je ne lui demanderai jamais miséricorde et compassion si elle s'appercoit que couver- ^ tement ou publiquement je me départe le ^ moins du monde de ce que j'aurai promis et ^ signé , etc. En troisième lieu connoissant ^ votre excellent savoir : votre vertu , votre ^ sagesse et votre connoissance , je remets j^ monameà votre conduite , selon laquelle* „ désormais je veux régler ma conscience. <( L'on ne peut pas voir une promesse plus solennelle selon laquelle elle étoit obligée de conserver au moins la religion de son père dans rélat. Cet endroit est propre à faire voir le caractère de cette reine dont le papisme fait une héroïne. Cela est d'une profonde dissimulation y et d'une conscience a qui les fauxser* mens ne coûtoient rien : c'est assez lu l'esprit de la superstition et de la fausse dévotion.
Marie donc , contre les sermens répétés qu'elle avoit faits à Henri VIII, et contre les promesses solennelles qu'elle avoit faites à tes peuples en montant sur le trône ^ xè^^Vwt.
iu4 Apologie
6e ruiner absolument la réformatîon d'Edottard et même celle de Henri. Elle eut pu trouver un milieu pour ne pas violer ses sermens^ et pour ne faire aucun préjudice à sa propre religion ; c'est qu'elle eut pu laisser subsisiCer paisiblement les deux religions y en s^en le' nant à la déclaration qu'elle fit au conseil; (i) Qu^eîle ne voulait contraindre personne enma* tière de religion , qu^ellea^en remettait à Dieu^ pour mettre dans les coeurs la vérité gu^elU avoit dans le sien} qu^elle espéroii g u* elle pourrait procurer cela en leur faisant expli' çuer sa parole par de bons , vertueux et sapans prédicateurs. Dieu permit qu'elle jouât encore cet acte de comédie pour la mieux faire connoifre dans le monde , et pour ajouter une nouvelle infidélité à toutes les autres. Le premier effet de cette parole qu'elle avoit si solennellement donnée , fut une défense à toutprédrcateur de monter en chaire sans en avoir la permission > et par là elle défendit la chaire à tous les réformés. Les habitans réformés de la province de Suffolkjqui avoient rendu un si grand service à la reine, et qui l'avoient mi^ fie sur le trône j crurent que pour ce service ils pouvoient prendre un peu plus de liberté ^ et représentèrent à la reine que sa déclaration
(i) i$S3j U 12 d'Août.
pour la Réformation , etc. a 25
le s'accordoif pas avec la promesse qu'elle sur avoit faite si solennellement. Pour sa* isfaction on les traita d'însolens , et rcn mit u carcan durant trois jours celui qui avoit larlé avec plus de vigueur. Ces bons évêques atholiques Bonner , Gardiner et deux ou rois autres qui avoient été destitués durant 3 règne d'Edouard , furent rétablis } tous ces Iches ecclésiastiques qui s'étoient soumis , outre leur conscience, levèrent la tête et deinrent les plus cruels persécuteurs, Crammer l'eût pas la lâcheté qu'avoient eu Gardiner ^ tonner et les autres sous Henri YIII. Il se L6c\ara nettement contre la messe , il coucha a déclaration par écrit et la soutint en pré* ence du conseil , en disant qu'il étoit bien iché que cette déclaration fut sortie de ses lains en l'état où elle étoit ^ parce qu'il avoit .essein de l'étendre davantage en divers arides et de la faire alHcher ensuite aux por^ es de l'église de St. Paul et des autres égli- CB de Londres. Après quoi Marie oubliant [U^elle lui devoit la vie , l'envoya et lui et l'ééque Latimer à la Tour de Londres , comle des criminels de lèze-majesté.
Ce fut là le commencement de l'horrible lersécution que cette reine fit à l'église réarmée d'Angleterre , Tune des plus cruelles .u'on ait vue depuis la naissance du chrUl^uv^
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nisme. Bonner , rétabli dans son évêché dé Londres^ s^abandonnâ sous l'autorité de Mft^'i rie à 6on naturel , qui étoit le plus insolent f le plus Cer et le plus cruel qui fut au monde. Comme Crammer, archevêque de Cantorbé- I ry 5 avoît été le principal auteur de la réforniation sous les règnes précédens , Bonner fut sous ce règne le plus ardent persécuteur de la vérité et de ceux qui en faisoienl profession; et il est bon que Ton remarque les différens caractères de ces deux hommes/Jont l'un éloit si doux et l'autre si farouche , car cela peut servir d'un favorable préjugé pour «se déterminer en faveur de l'une ou de l'autre religion. Marie fit assembler un Parlement , ( 1 ) dans lequel elle fit casser l'arrêt du divorce entre son père et sa mère , elle procura l'exclusion d'Elisabeth , en faisant déclarer que le mariage de Hemî VIII avec Anne de Boulen avoit élé un adultère ; elle fit annuUer toutes les lois d'Edouard sixième , et confirmer tout ce qu'elle avoit déjà fait contre Crammer , Laliraer et les autres évéques réformés qu'elle avoit envoyés à la Tour , et fait accuser de lèze-majesté. Mais parce que cf3 Parlement ne faisoitpas encore tout ce que la reine eut bien voulu , et qu'il faisoit paroître de la répugnance à révoquer
1 1 ) 1553; 10 d'Oct.
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les lois de Henri VIII , pour rentrer sous la domination du pape , (t) et encore à consentir au mariage de Marie avec le prince d'Espagne 9 il fut cassé , après avoir été seulement deux mois sur pied. Les propositions de mariagei de la reine avec Philippe prince d'Espagne, allarmèrent tout le royaume, et firent prendre les armes à ceux de Londres et a quelques autres de lanation,quiavoientune aversion mortelle pour la domination des étrangers ; mais ces soulèvemens n'eurent pas de suite. L'on essaia d'eu rendre coupable Eli-, sabeth afin de la perdre , mais Ton ne put en venir à bout ,' ( 2 ) parce que les chefs de la sédition qui furent pris , ne la voulurent jamais charger. Marie, délivrée de crain? te , rentra dans ses cruelles poursuites contre les réformés 5 elle fit chasser des évéchés tous les évéques établis du temps d'Edouard, et commit Bonner , Gardiner , Tonstal et quelques autres pour faire le procès aux évéques qui s'étoient mariés, c'étoient l'archevêque d'Yorck et les évêques de saint David, de Chester et de Bristol. Après cela elle rétablit la messe partout et fit convoquer un
(l)Le6Déc.