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ôaS jipologiê
nouveau Parlement, (i) Gardiner avoît pris Boin d'en choisir les membres el de les mettrer dans les intérêts de ]a reine par de bonnes raisons, c^est à dire par de bonnes pensions. Cela fut cause que Marie ne trouva plus de peine à obtenir le consentement pour son mariage avec Philippe d'Espagne. Elle épousa donc ce prince au mois de Juillet de la même année, âgée de trente huit ans, et lui de vingtsept. Cela étant fait et le Parlement réduit à l'esclavage, on luî fit accroire qu'il demandoit au nom de toute la nation d'être réconcilié à l'église catholique et au saint siège. Le cardinal Polus ^ anglais de nation et du sang royal , mais qui avoit été chassé par Henri rVlII , parce qu'il s'opposoit au dessein qu'il avoit de bannir le papisme , fit la cérémonie de la réconciliation , reçut la soumission des deux chambres à genoux devant lui , et leur donna l'absolution. Ensuite de quoi l'on cassa par acte du Parlement toutes les déclarations qui avoîent été faites contre le siège de Rome. Et enfin l'on fit revivre par un autre acte toute la sévérité des anciennes lois contre les hérétiques-.
C'est le point où Donner, Gardiner et Maria en vouloient venir afin d'être autorisés, pour se venger des affronts qu*ils croyoient avoir
(i; 1554^ AvrU.
pour la Rê formation, etc. aag
reçus , plutôt que pour venger la relîgîon des outrages qu'on disoit qu'elle avoit soufferts. Quand ils se virent armés de cette loi, ils consultèrent comment ils dévoient s'en servir , et Yon dit que le cardinal Polus (i) étoil pour les voies de douceur : mais Gardiner et Bonner furent pour la sévérité, et la reine se rangea du coté de ces derniers. Le cardinal De laissa pas d'exhorter les évêques en les renvoyant dans leurs diocèses, C^) d'en user avec modération et de travailler à ramener les égarés par des instructions et de bons exemples plutôt que par les voies de rigueur. En effet on lui rend témoignage d'avoir quelquesfois arraché des gens à la fureur de Bonner : il en sauva , dit-on , vingt-deux tout à la fois. Alors le cham p fut ouvert au martyre. A Londres , dans toutes les villes du royaume , et à la campagne les bûchers furent dressés ^ on brûla Jes évêques et les pasteurs, les ecclésiastiques et les laïques , les nobles et ceux qui ne Tétoient pas, les hommes , les femmes^ les enfans ; et des gens de toutes conditions ^ de tout âge , et de tout sexe. Nous ne ferons point ici la liste et le catalogue de ces martyrs, parce que nous n'écrivons pas un martyrologe. Ces procédures violentes étonnèrent
i5o j4pologiê
la nation^ on s'en plaignit de toutes parts; Philippe , mari de la reine , ne voulut pas être chargé de la haine que cette con luite attira sur le gouvernement; il s'en purgea. Les per-^ «écuteurs même commençoient à être déconcertés , Gardiner évêque de Winchester s'étoit attendu que vingt ou trente personnes brûlées mettroient tout le reste à la raison : mais il voyoit que des cendres des derniers martyrs il en naissoit de nouveaux, et que la foula se multiplioît au lieu de diminuer. Cela l'obligea à quitter cet office de brûler et de bourreau voyant qu'il auroit trop d'aflFaire: et il en laissa toute la charge à Bonner , qui n'en eut pas trop de tout pour satisfaire sa fureur et sa rage, laquelle n'avoit pas de bornes. Ainsi la persécution ne fut point relâchée j ( i ) et Ton continua à brûler partout sans choix ^ sans distinction et sans nombre. Le célèbre docteur Ridley évêque de Londres, grand réformateur et le bon vieillard Latimer qui étoit échappé à tant de périls sous Henri VIII après en avoir vu passer un grand nombre devant eux • furent brûlés comme les autres à Oxford. Peu de temps après, Gardiner allarendre compte àDieu de ses actions, (aj 11 mourut comme un persécuteur avec assez peu de conso-
(2) Le 16. Oùiolçt iSSS.
pour la Réformation , de. aîi
[atîonens'écriant souvent, Erraui cum PetrOy %qn Jlevi cum Petro, J'ai péché comme St. Pierre et je n^ai pas pleuré comme lui. (i)
L'on avoit longtemps gardé en prison celui qu'on regardoit comme le chef du parti , Thomas Cramnier archevêque de Canloi bery, pour lui faire souffrir un long supplice par une longue prison, et pour lui donner le chagrin de voir son ouvrage entièrement irenversé. C2) Mais enfin on voulut le faire passer par le même supplice que les autres : convaincu d'hérésie il fut dégradé et condamné au fen ; son courage alla jusques là et périt en cet endroit. Cet exemple doit bien être un avertissement aux hommes les plus affermis de se défier d'eux mêmes et d'êtrebienen garde du côté de la tentation. La crainte de la mort le fit succomber , on luî promit de lui donner la vie, et de le rétablir dans toutes ses dignités s'ilvouloit se rétracter; il le fit. On a beau chercher des couleurs pour couvrir cette action , elle ne peut être excusée que par la foîblesse humaine , par l'horreur d'un si terrible supplice et par la répentance extraordinaire et édifiante qu'il en fît. Et c'est ce qui distingue son action de la lâcheté de Gardiner, de Bonner et de tous les ecclésiastiques an-
(1) Le 12. Novembre.
.<2) 1516, Mars,
a5f Apologie
gloîs qui , sons Henri VIII , souffrirent qu'on renonçât au Pape , et qu'on abbatit sa religion contre leur concience, prêchèrent même hautement pour la souveraineté du roi dans les choses ecclésiabtiques^ et firent brûler ceux qui la nioient. Ces mêmes gens sous Edouard VI, reçurent la réformation , la firent établir dans leurs diocèses et la prêchèrent. Cependant ce ne fut pas la crainte de la mort qui les porta à cela : car on avoit révoqué toutes les loix qui condamnoientles héréjiques à la mort; aussi ne fit on mourir personne. Et de plus ces gens ne se rétractèrent, après avoir renié le Pape, que pour devenir des lions contre leurs compatriotes , et ne témoignèrent leur répentance que par une ample et cruelle effusion de de sang innocent au lieu queCramraersevangea de son crime sur lui même,
Crammerserétractadonc, signa tout ce qu'on voulut, renonça aux prétendues erreurs de Zwingle et de Luther; sa rétractarion fut publiée au grand scandale de toutes les bonnes âmes. C'est ici que Marie fit bien voir que sous prétexte de zèle pour la gloire de Dieu^' elle poursuivoit la vengeance des injuresqu'elle croyoit avoir reçues en son particulier. L'archevêque de Cantorbery avoit prononcé la sentence de la cassation du mariage entre la
mère de la reine et Henri YIIl ; elle ne vou-
"• ■ - ' <, . . .: i CUBA -1,1 « •
pour la Réfurmation 9 eie. 93?
lut jamais lui pardonner cela. De plus , Edmond Bonner, évéque de Londres , qui 8a% voit bien par lui même qu'on peut souscrire et enseigner une doctrine sans la croire , craignoit que les temps ne vinssent à changer, et que sous un autre règne Crammer ne se vangeât sévèrement des cruautés que ce persécuteur lui avoit fait souffrir dans une prison de trois ans. L'archevêque fut donc condamné au feu malgré son abjuration, mais avant que d'y aller il fit répentance publique devant fonte l'assemblée dans une église où on l'a- VoU mené pour ouïr un dernier sermon , et pourluifaire encore une fois abjurer publiquement l'hérésie. Mais au lieu de l'abjuration qu'on attendoit de lui , il fit une confession de foi pure et confornïe à ses sentimens , et déclara que la crainte de la mort Tavoit porté à signer un écrit contre sa conscience.il dit anathéme auPape, comme à l'Antéchrist , et confirma de vive vois sur le Sacrement , ce qu'il avoit écrit contre Gardiner. Sur le champ il expia son péché par une grande abondance de larmes qu'il versa en la présence du peuple. De sorte qu'il pouvoit dire le contraire de ce qu'avoit dit Gardiner , Erravi cum Petro , nonflepi cum Petro, car si son péché avoit été tout semblable à celui de St. Pierre , sa répentance fut aussi semblable. M^\^ 'Axk.^^^
Apologie
contenta pas de cela et déclara qu'il étoit rh* 8olu quand il viendroit au feu , de brûler la première , cette main qui avoit commis la lâcheté. Les prêtres et les persécuteurs quil'a? voient produit en public pour triompher de sa foiblesse , furent couverts de confusion , et le menèrent au supplice avec toutes les marques de la plus furieuse rage. Quand, il fut attaché au poteau et que le feu fut allumé , il tint la parole qu'il avoit donnée , il étendit sa main et la fit brûler et consumer toute entière avant que le feu fut parvenu k son corps , en répétant de fois à autre ces paroles : O malheureuse ^ 6 indigne main f Sei' gneur Jésus , reçois mon esprit entre tes mains*
Celte année ( i ) fut distinguée entre tou«^ tes les autres du règne de Marie par la cruauté des persécutions et par la multitude des supplices/de toutes parts on ne voyoitque des feux allumés. Parce qu'on vit qu'à ne brûler les gens qu'un à un , on n'auroit de long^, temps fait , on se mit à les brûler par troupes. A Colchester , Bonner en fit brûler six tout à la fois , et à Londres il en fit mettre treize tout en un seul feu : sur la fin du mois de Juin, dans la province de SufFolk^ on brûla plusieurs hommes ^ e( dans le mois de Juil-
pour ta Rêformation , etc. ûZ5
\i une mère et ses deux filles furent jetées ans le même feu. L'une de ces femmes étoit rosae et proche de son^ terme , la violence u feu et de la douleur la fit accoucher , l'un es assistans, plus tendre que les autres, tira enfant du feu, mais après avoir un peu conjlté on le rejeta dans le feu. Cette action ne lit - elle pas honte à la nature humaine , et omment est-il possible qu'une religion qui appelle chrétienne y s'en fasse honneur ? Les [roses continuèrent sur le même pied l'anée suivante , comme les torrens grossissent t deviennent plus furieux en s'éloignant de $ur source , la rage de Bonner alloit en aug« tentant et son cœur devenoit de jour en jour lus dur et plus inaccessible à la compassion^ ar rhabitude qu'il prenoit à répandre le ing.
Enfin ce triste et malheureux règne passa. Tarie mourut après une triste et courte vie un règne de peu d'années , mais tout mille et marqué de sang dans tous les en- *oits. Elisabeth sa sœur lui succéda sans auipe contradiction j preuve évidente quetou-
l'Angleterre étoit encore réformée dans le euFj puisqu'elle se tourna incontinent du rté de cette princesse qui avoit toujours fait 'ofession de la réformation. Le Parlement oit assemblé^ les évêques papistes y étoi^wt
d36 apologie
en corps , la mort de Marie leur fut un coup de foudre qui les altéra^ et la proclamation d'Elisabeth comme reine d'Angleterre les jeta dans d'étranges terreurs. Mais ils n'étoient pas assez forts pour arrêter le torrent , ils s'y laissèrent emporter : et comme ils avoient appris de longue main l'art d^accommoder leur conscience au temps , ils furent les premiers a crier vive la reine Elisabetfu Ils vinrent k recevoir en corps à la porte de Londres , elle les reçut tous avec grande civilité , excepté Bonner sur qui elle jeta un regard farouche qui lui parla des sentimens qu^elle avoit pour lui. Deux choses me surprennent en cet endroit , la première est la hardiesse de Bonner ou plutôt son impudence d'oser paroitre devant les yeux d'une princesse réformée souillé du supplice de tant de léformés qu'ail avoit fait mourir si cruellement ; et la seconde est la débonnaireté de cette reine qui ne punit ce misérable que par un mauvais regard , lui à qui elle eût pu faire souffrir left plus sévères supplices comme au plus insi^ gne meurtrier qui fut jamais. Elisabeth elle^ même avoit eu bonne part à la persécution 9 J. elle avoit été longtemps prisonnière' dans la L Tour , et ne croyoit pas en sortir que poulr || perdre la tête , mais elle pardonna généren-l^ êemenl k tous ceux qui avoient été les instrff-
pour la Rèformatitm y etc. 957
Bens des persécutionsqu'elleavoit soulFertes.
La reine y selon la coutume , fit donner ivis de son avènement à la couronne, à tous les princes voisins et alliés , sans en excepter le pape , qui reçut mal son compliment , et îj'est ce qu'elle demandoit : car elle avoit forné le dessein de secouer sa domination et de 'émettre la religion dans Pétat où son frère Edouard l'avoit laissé. La plupart des mem« HTes qui composoient le conseil avoient des îonsciences de cour fort souples et fort accommodantes. Ils avoient pris une habitude le complaisance dans les choses de la religion jqai les faisoit toujours être de l'avis de eurs souverains. Sous Henri ils avoient été jrands ennemis du pape et bons amis de la nesse^ sous Edouard ils avoient renoncé à la nessé aussi bien qu'au pape: sous ^larie ils ivoîent repris et le pape et la messe ; sous Bh'sabeth il ne fut pas malaisé de leur persua- 1er d'être de la religion de la reine , bons catholiques pourtant quant au reste. Comme a reine savoit que de quelle religion qu'ils *u8sent dans l'extérieur , ( 1) ils avoient touou] a le papism e dans le coeur , pour fortifier ion parti oontre le leur , elle lit entrer dans e conseil six ou sept personnes de la fidélité )t de la religion desquelles elle étoit fort as-
«58 Apologie
8urée ; et entr'autres le célèbre Guillaam Cécile qu'elle fit secrétaire d'état. Ce fut ave ces geps là qu'elle consulta des moyens d rétablir la réformation. Ils ne furent pa d'avis qu'elle changeât rien qu'après qu le Parlement seroit assemblé. Les peuple n'eurent pas tant de patience qu'elle , ceu: que la persécution avoient chassés au-del de la mer , ou que la crainte avoient tenus ca chés , revinrent en leur patrie , et sortiren de leurs retraites. Le service d^Edouard sixii me fut rétabli en beaucoup de lieux par le pasteurs et par les églises , mais il n'en coût qu'à quelques images qui furent brisées e quelques rebuffades aux prêtres qui s'y von lurent opposer. En même temps on travail! à mettre dans les sièges vacans des théolc giens orthodoxes. Heureusement celui d Cantorbéry étoit vacant par la mort du cai dinal Polus qui en avoit été investi après l supplice de Crammer, et qui mourut en me me temps que la reine Marie. La reine nom ma le docteur Parker pour le remplir.
Le Parlement étant assemblé au commen cément de l'année suivante^la reine voulut é prouver quelles serojient ses inclinations ai sujet du changement de religion; et la pre jnière chose qu'elle proposa fut que l'on resti
pour la Réformation > éU. sSg
uât à la couronne , les dîmes et les premiers ruits que Marie avoit rendus à l'église. Cet .cte passa malgré les oppositions des évêques lapistes , et l'on rendit à la couronne non seuement les premiers fruits et les dîmes , mais ussi tous les bénéfices qui , sous Henri VIII t Edouard VI, avoient été annexés au do- Daine , et que Marie avoit abandonnés quand lie rentra sous la domination du pape. Dans B mois suivant on passa à la réformation de 'église : l'on rétablit les lois de Henri VIII tour la souveraineté des rois d'Angleterre Lans les affaires ecclésiastiques. Par un autre (dit l'on remit en vigueur toutes les lois d'E* [ouard sixième qui avoient été abrogées sous farie. Ensuite l'on ordonna que la reine Eliabeth auroit le droit de nomination aux évéhés , comme avoit eu Edouard VI , qu'elle uroit la souveraine disposition des affaires ecclésiastiques , lesquelles elle pourroit faire xercer par telles personnes qu'il lui plairoit n vertu de ses lettres-patentes. Les évéques apistes s'opposèrent à tout cela et particu-? èrement à la puissance qu'on donnoit à lu sine de régler par ses commissaires les affai^ es de la religion. Mais leurs oppositions f u« entinutiles y seulement on en rétablit pas les lis pour la primauté dans toute la rigueur
24o jipologie
c'étoit un crime de lèze majesté^ qu'on punissoit (le mort , de nier la primauté du roi dans le spirituel. Sous Elisabeth tous les ec* clésiastiques qui nièrent cette primauté , en furent quittes pour la perte de leurs béné' iices.
Le clergé romain s'émeut de toute parts et pensa causer plusieurs séditions : en divers lieux ils faisoient des amas d'armes et les prédicateurs enflammoient les esprits des peuples et travailloient à leur inspirer Tesprit derébelj lion. La reine étouffa ces premiers désordres avec une très grande prudence; elle commen* ça, pour rétablir la véritable religion, par où sa soeur avoit commencé pour la ruiner ; c'est q u'elle défendit comme elle à tous prédicateurs de monter en chaire sans sa permission jusqu'à ce qu'il eut été autrement ordonné. Selon le pouvoir que le Parlement lui en avoit donnée elle nomma des commissaires pour aviser aux affaires de la religion. Ces commissaires furent d'avis avec elle que l'on fit une conférence entre les deux partis dans l'église de Westminster. On ordonna que la dispute rouleroitsurces trois points : I. S^il . n'étoit pas contraire d la 4/olonté de Dieu et d Vusage de Pancimne è* glise défaire le service en langue inconnueé II. Si chaque église n^ avoit pas le pouvoir de changer son service et ses cérémonies guand il
pow la Rêformation i êtel o4£
ut nécêësaire pour F édification du peuple, IIL Si Von pourrait bien prout^er par Cécriturë gue la messe est un véritable sacrifice propi^ tiatoire. Lesévéqoea papistes quisavoient bien mieux brûler les hérétiques que disputer contr^eux ^ n'eurent pas un fort heureux succès dans cette conférence j et la conclusion fut qu'après avoir été battus quelques jours ils se mirent en colère. Les évéques de Winchester et de Lincoln ne voulurent plus répondre disant que la doctrine de l'église catholique é« toit suffisamment établie qu'il n'en falloit pas disputer j que c'étoit donner de la hardiesse aux hérétiques que de les laisser combattre les mystères de la foi en présence d'un peuple!^ gnorant , que la reine en donnant cette per* mission avoit encouru l'excommunication et en effet ils parlèrent de Texcommunier elle et le Conseil. 11 faut avouer qu'on ne peut pas Toir un procédé plus insolent , la reine ne fit pourtant autre chose qu'envoyer ces deux é« véqoes à la Tour. Cette dispute qui avoit éti si malheureusement conclue par le parti ca«r tliiyUque romain y fut suivie de l'acte de Parlement appelle l'acte d'uniformité , par lequel le service d'Edouard étoit rétsibli , les supers« titions romaines abolies et la réformation re« mise sur pied. Les partisans de la religion ro<»
maiae firent à cette fois de plus atand^ ^%^x\a
54a Apologie
qu'ils n'en avoient jamais fait ; ils plaidèrent pour ce qu'ils appeloient l'ancienne religion avec beaucoup de savoir , d'érudition et d'éloquence. Mais ceux qui souhaitoient la réfor^ mation, plaidant pour la vérité avec autant de force que les autres pour Terreur, ils Tempor^ lèrent, la pluralité des voix fut pour l'acto d'uniformité.
Quand le parlement fut séparé ( 1669) ^^^ présenta aux évoques papistes ,1e serment do Primauté pour la reine. Ils furent plus gêné» reux qu'ils nel'avoientété sous Henri et soua l^douard > mais ce fut parce qu'ils espéroient que se tenant bien unis la reine dans un com- . mencement de règne n'oseroit pas chasser tout d'un coup tous les évéques d^Ângleterre de leurs sièges, ^archevêque de York et quinaa évéques refusèrent de prêter serment. Et mô« xne il y eut entre les refusans un nommé Tonstal qui du temps de Henri YIII avoit écrit a-^ vec beaucoup de chaleur en faveur du serment : sur le refus , ils furent dépouillés de leurs bénéfices et rois en prison. Mais xn-n continent après on les mit en liberté excepté trois des plus échauffés^ dont l'un étoit Bonneip évêqnè do Londres.
La reine étoit sollicitée de faire un exemple de ce Bonner y qui avoit répandu tant de
Bi^D^f mais sa bonté naturelle s'y pppoaact
j)our la R^formation , ete. 943
héologiens réformés ne le lui conseillèrent p ainsi elle se contenta de le retenir enpri* . A l'égard des autres refusans ^ elle en usa s la plus grande débonnaireté qui se puisnaginer. L'archevêque de York passa sa tranquillement chez lui , où la reine Lui oyoit de temps en temps faire compliment, ind ou eut rempli les sièges d'évéques or«. loxes le reste fut bien aisé à faire, et il n'éplus besoin de ces 1 ongues procédures dontiv* >'étoit servi sous Edouard sixième. Les ^68 avoient été prép|irées et établies , la ice avoit été corrigé , les communes pi ié« avoient été mises «n vulgaire , la confes- I de foi avoit été faite et consentie ^ il n'jr t plus qu'à reprendre ce qui avoit étà en ce temps- la. C'est ce que Ton £t en igeant seulement quelques petites choses \ la liturgie et dans la confession de foi» a ordonna des gens pour visiter toutes lus ses et pour y établir le nouveau service. Lt cela fut fait sans bruit et sans violence I l'autorité de la reine et du Parlement. là de quelle manière la réformation s'est mencée et achevée en Angleterre. £it dans ; cela Ton ne trouvera rien qui ne toit forme à Tesprit du christianisme | et au traire dans la conduite des partisans do ne on n'y voit que de la basse&s^ tV Ck^ \v
9Ï4 ApoîogU
lâcheté dans un temps et de la rage et ( fureur dans un autre. Avant que de sorti cette histoire, il faut pour notre justifice faire quelques réflexions là- dessus.
Premièrement on ne dira pas ici que n réformation s^est établie en Angleterre pi révolte contre les souverains j ce sont les verains eux-mêmes qui l'ont faite ^ ou l'autorité desquels elle a été faite. L'oi "pourra pas dire qu'elle a été introduite des voies tyranniques et violentes. Car le sentement des peuples est intervenu , n'a été Hiit en Angleterre qu'après le cor tement des deux chambres du Parlemen ne crois pas qu'on nous veuille rendre ponsables des violences qui ont été faites Ilenii Vlll 9 car nous n'y avons point ei paît. Fischer , évêqne dp Winchester Thomas Morus chancelier ^ ont perdu I dans cette querelle ; c'est la sévérité de H qui a fait cela ^ et non pas iiotre religion, popdant il nous est permis d'admirer lei gempns de Dieu sur ces deux hpmmes fivoient si cruellement persécuté les réfor pieu voulût que celui à qui ils fivoient pire des pensées de viiolence contre nous fiit envoyé au supplice comme ils y av< f nvoyé tant d'innocens. Si donc il s'es ^p§ çliQs^i inré^ttUèret sqq» )e règne dç ]
pour la Réformation ^ etc. aÀS
ri VIII y il est certain que nous ne sommes pas obligés d'en porter la haine ; car ceux qui travailloxent à la réformation n'ont point été la cause de ces violences. Au reste si Henri VIU a commencé cette réformation par un principe d'orgueil , d'impatience et de dépit contre la cour de Rome , cela ne doit point flétrir ce grand ouvrage ni attirer aucun bl4me sur Crammer et sur les autres qui y pnt fravaillé. Il n'y a point de règles dans la ino^ yale ohréiienne qui défendent de faire un bon 'usage des passions injustes des grands pour le bien de l'église , pourvu que ce qui se fait •oit juste en soi* Henri VIII agtssoit par un un principe j Crammer et Cromwel agissoient par un autre ; le premier se vouloit venger de Rome y et les autres vouloient réformer FEglise de Dieu. Ils pouvoient aller au mé« ne but par des vues toutes différentes, pourvu >^oe l'ouvrage fut bon" il sufSsoit. Dieu lui- .jnéme se sert des passions pour accomplir ses dessdns et il fait pour le bien de son église ce que souvent les hommes font par des rair «tfons purement charnelles.
II faut observer en second lieu combien la conduite de nos réformateurs a été différente de celFe de nos ennemis. Quand ils furent sortis de dessous le joug de Henri VUE , qui sigissoit si cruelle^ient contr'eux » ^\. u^ ^^-^
s46 j4poIof{iê
fioit rien peureux que par caprice ^ ils changèrent la religion par des voies sages et douces. Sous Edouard sixième on ne versa pas un.^ goulle de sang papiste pour la cause de •la religion. Il e6l vrai que Gardiner , éveqùa de ^Yinchester) etUonner^ évêque de Londres , furent longtemps prisonniers j sur le refus qu'ils firent de reconnoilre la validité des lois et des actes qui se faisoient par Edouard yi. Mais c'éloit une afiuire d^état quoique la religion y fut intéressée. Car selon les lois^ tout homme qui ne les veut pas reconnoitrei est solimis aux peines.
Mais au reste ni eux ni aucun aulre ne furent violentés en leur con6cience , et forcés à sigàier ce qu'ils ne croy oient pas ^ ou à mourir. Si Ton appeloit violence , ce que l'on cluissoit des sièges épisropaux ^ cei^x qui ne vouloient pas se soumettre à la réformatiori, on dîroit une chose ridicule ^ car il étoit impossible de faire autrement. Quand on veut «tablir une religion l'on ne peut pas laisser dans les chaires ceux qui la combattent. Au reste cette prétendue persécution qui a été faite à Donner, Gardiner et à quelques attires n'est rien en comparaison de ce que les «uémes gens firent sous le règne de Marie. La réformation remontée sur le trône avec Elisabeth pouvoit ce «emblo rendre au papis^
pour la Réformation , etc. 247
tae son change. Au moins Ton pouvoit sans injustice châtier ceux qui avoient tant fait brûler de fidèles et d'innocens j on ne leur fit pourtant aucun mal. Les efforts que firent les prêtres et les moines pour troubler l'An* gleterre obligèrent ( i ) la reine et le Par-: lement à fiiire dans la suite des règlemens un peu plus rigoureux contr'eux. C'est de ces prêtres séditieux ^ assassins , conspirateurs et parricides que Sander fait ses martyrs y comme sont un Gampian jésuite , un Rodolpli Cervin et autres gens qui passoient en Angleterre pour vouloir assassiner Elisabeth et mettre tout le royaume en feu. C'est un plaisant martyr que ce Jaques Laburne, dont Sande* rus dit que jamais il ne voulut reconnoftre Elisabeth pour reine , parce qu'elle étoit bâtarde et illégitime , et parce que le pape l'avoit privée de ses états. Il passa par la rigueur à laquelle les lois soumettent les sujets rebelles , et qui refusent de reconnoitre leurs souverains. Cela s'appelle pourtant dans le style de cet impertinent auteur y JLaburrii ^onfessio et martyrium , la confession et le martyre de Laburne Sous le règne de Marie irouvera-t on de nos martyrs qui soient de ce caractère-là ? Ce que cet imposteur ajoute ju'on fit mourir un plus grand nombre de
XV) SaaAeï. 12b. 3. p. 323. de s.liU. d'Au|l.
's48 Apologie
gens , seulement parce qu'ils refusèrent d^ prétçr le serment de primauté , est une ca-v lomnie impudente dont la fausseté est notôi-^ . re ; car la seule peine du refus étoit la perte des offices et des bénéfices pour ceux qui çn ayoient. C^est un écrivain d'une infidélité si grossière qu'elle est aujourd'hui reconnue de toutes les honnêtes gens. Et si l'on veut avoir un échantillon de sa bonne foi, on le trou* Tera à la lin de Tbistoire du docteur Burnef^ qui a pris la peine de marquer quelques-unes de ses faussetés et de ses mensonges. Il y en a quelques centaines ; mais ce n'est pas tont^ car cet ouvrage semble avoir été composé im« médiatement par celui qui est appelé le père du mensonge.
La dernière réflexion que je fais, Monsieur j c'est sur la différente conduite de nos réformés et des papistes en Angleterre j dans les règnes de calamité et d'affliction ^ pour les uns et pour les autres. Nous avons vu comment cette conduite a été différente dans la prospé- ^ rite. Quand les nôtres ont eu le dessus, ils ne se sont servis de leur pouvoir que pour ruiner la superstition, et les autres dans leur règne se sont servis de leur autorité pour perdre les innocens et leur faire souffrir dey supplices horribles. D'autre part dans Tad"-
jr^rsitéh» nôtres ont été soumis et ont souffert
pour la R^formation ^ etc. 94g
par tiemment. Sous le règne de Maxie ils eussent au des forces assez pour résister aux violences qu'on leur faisoit: car ilsétoient en plus grand nombre 9 cçtia parut clairement aussitôt que Marie fut morte. Ils se trouvèrent dix qui tenoient pour la réformation contre un qui y êtoit opposé. Ainsi rien ne les eropêchoit de de secouer nn joug si pesant. Néanmoins pendant qu'on les brûloit de toutes parts pas un ne branla. Au contraire soua Edouard il y avoit eu des rébellions ouvertes : les papistes prirent les armes, assiégèrent des villes, pillèrent la campagne et Grent des massacres san« glans. Sous Elisabeth on vit une perpétuelle suite de leurs conspirations contre l'état et contre la vie de la reine. De sorte que cette princesse fut conservée durant un si long règne par un miracle de la providence.