‹ Histoire du CalvinismeChapitre 13 sur 30 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Justification des réformés des provinces unies;

que le Calvinisme n*à point été cause de

la ré(wlution gui est arrivée dans les Pays-'

Bas. Que ces provinces ont été forcées d

faire ce qu'' elles ont fait.

L falloit que le sieur Maimbourg dit quel-** jue chose du Calvinisme des Fa^s-b^^'^\î\^^

s5o Apologie

qu'il avoîl promis de faire l'Histoire du Calvinisme en général. Cependant il a bien eu de la peine à trouver Tendroit où placer le peu qu'il en vouloit dire , parce qu'il, étoit si fort occupé de son principal dessein qui est de décrire d'une manière odieuse les guerres civiles de France dans le siècle passé sous l'idée de guerre de religion , qu'il ne pouvoit penser À autre cliose. Il a pourtant enGn trouvé moyen de faire un très petit abrégé de l'histoire des troubles de Flandres : c'est à l'occalion de Tentrevue de la reine Catherine ^ régente de France et de la reine d'Espagne, qui se lit à Bayonne l'an làBS, où se trouva le duc d'Albe qui fut depuis un acteur si distingué de cette sanglante tragédie dont la scène fut dans les Pays bas. Là le sieur Maimlourg selon son esprit ordinaire tâche démontrer que le Calvinisme s'est établi dans ces pro*' \inces à la faveur des armes , qu'il inspira aux peuples l'esprit de rébellion , ga'il sut se prévaloir des troubles qu'excitèrent leè mécpntens, et qu'enfin il renversa Tétai et la religion. Je ne suis pas d'avis que nous noue engagions à faire ici l'histoire des guerres de Flandre. Comme l'Europe ne vit rien dans le siècle passé de plus considérable que cette grande résolution , laquelle arriva dans les

(1) HisU da Ciftt. Ur. 6.

'W'mr'^rmtrmm^^^^^^m^'im*

peur la Rèformation ^ etc. èBi

PayS'bas, aussi y a-t^il eu plusieurs histoiriens de tous pays , de toutes religions et de tous les partis qui ont fait cette histoire. II nous suffira de faire quelques observations générales pour la justification du Calvinisme ou de la réformation que Von veut rendre odieuse en la chargeant de tous les troubles qui sont arrivés dans l'Europe depuis prés de deux cents ans.

Premièrementjil faut observer ici une illusion qui règne dans cet endroit , comme dans tout l'ouvrage du sieur Maimbourg , et qud nous aurons encore lieu d'observer ailleurs ^ c'est qu'il suppose que le Calvinisme s'est établi dans les Pays-bas par le moyen des ar-meSf à la faveur des mécontens qui prirent la résolution de secouer le joug des Espagnols. Cela est faux : le Calvinisme; puisqu'il lui plait de l'appeler ainsi , étoit établi dans les Pays bas long-temps avant que les troubles commençassent. La première prise d'armes fcefitaucornmencementdel'ap i/SQy ^ or je spulienSi et il est notoire qu'en ce temps-là, ce qu^on appelle le Calvinisme étoit établi dans lcsPays*bas. Cs^"'^ donne , lieu, à, l'illusioa p^estguele sieur MaîmSôurg confonf^ l^fifal^ligsèment d^une religion avec là liberté de^ijjt^ lices ^ et de paroitre en public. 11 est

rmi que la r éformalion ne commença à paroitra

soi Apdloglt

dans leB Pays -bas qu'en i566, c'est à di« re à élre prêchée publiquement dans des temples , «t dans des lieux où il étoit permis à tout le monde de venir. Mais c'est parler ridiculement que de dire qu'une religion com* mence à s'établirdans le monde quand elle commence à régner, ou. du moins à se délivrer du jougdela tyrannie. Selon ce stile ilfaudroit dtfe que la religion chrétienne ti^a point été établie dans le monde que dans le quatrième siècle 9 quand elle sortit de persécution aprè^ l'empire de Dioclétien. JjajCflligion chrétien'^ pesubsi&te aous. la croix d'une monière plo^ belle et plus glorieuse que sur le trpne. L^ téformalion a subsisté dans l§s Pays-bas du^^ rant quarante- cinq ans, comme la Teligioï0 chrétienne a subsisté dans Fempîre romainP< durant près de trois cents ans. Sous les Ne — rons y les Domitiens, les JVTaximins , lesDé-^ cies , les Dioclétiens, l'église , en la plûparC des lieux, n^avoit pas de temples, point d'ae-^ semblées connues , elle prioit dans les boîs y dans les cavernes, elle étoit obligée de cacher ses dévotions dans les ténèbres de la nuit; ^Ue eubsistoit pourtant alors. Il est vrai qu'qkvant Tan 1Ô66, les réformés n'ont point eu d'assemblées publiques dans les Pays-bas ; mais ils en avoient de cachées, et ils étoient déji en très grand nombre.

pour la Reformations etc. s55

tie commencement de la réformafion des Pays- bas doit être compté depuis Pan i529, et elle eut la même origine que la réformation d'Allemagne quise fît par Luther. Les Italiens vinrent en Flandres et prirent à feruie les indulgences. (1) Pour ne pas perdre sur leur marché, ils exercèrent cette horrible simonie de la vente des choses saintes avec de si grands excès que les Augustinsde la ville d'Anvjpr» en eurent horreur. Ils prêchèrent dans leur église contre ces abus avec une si grande affluencede peuple qn^ils furent contraints défaire dés galeries tout à Veniour ,afin (Juetous ceux, qui y venoient pussent avoir place. Charlesquint avoit fjit des lois très rigoureuses contre les Luthériens, elles ne furent point exéca^ées en Allemagne, où Charles n'étoit pas itsez le maître. Mais il les fît exécuter à toute rigueur dans les Pays-bas, qui étoient a lui^ Marguerite d'Autricbe^gouvernante des Paysbas, fit afficher d'eflroyables placards,en vertu desquels il suffisoit d'être accusé pour être condamné sansexaraenjet même sans preuves» Pourvu qu'un témoin eût attestation de son Caré qu'il étoit catholique, il n'étoit pas pos* lible de le récdffer , car on ne recevoit aucune Danse de récusation. Il suffisoit pour être [^ndamné à la mort d'être trouvé saisi d'un

(1) Meter. 1, U

toit jipologie

livre opposé auï sentiniens de l'église romaine ou d'avoir logé chez soi un homme suspect d'hérésie. Si quelqu'un s'enfuyoit, il n^étoit permis ni à son père , ni à sa femme ^ ni à ses enfans de parler et d'intercéder pour lui : on le condamnoit par contumace, et son bien étoit confisqué. Ceux qui se rétractoient | et qui abjuroient le luthéranisme^ n'y gagnoient rien , sinon qu'au lieu de les brûler, on les pendoit ou on leur coupoit la tête. Selon la rigueur des placardantes femmes n'ét oient pas plus épargnées que les hommes^on les bru* loit vives quand elles persévéroient , si elles se laissoient instruire , et qu'elles retournassent à la religion roraaind| bien que ce fût de bonne foi , on ne les brûloit pas , mais on les enterroit toutes vivantes* Quant aux Angustins qui avoient osé prêcher contre les indulgen-ir ces, Marguerite d'Autriche fit détruire leur couvent , et de leur église on fil une église de paroisse : des religieux, les uns furent bj ûlés, et les autres dispersés en divers lieux. C'est l'état où étoit l'église des Pays-bas depuis IS^^o jusqu'à i53o. Les cruelles persécutions n'em? péchèrent pas la réformation de faire des pro-. grèS) car souslerègnedeChar^s-quint (i)oa tient que plus de cinquante mille personnes furent tuées , décapitées , noyées , pendues ^ rôties y brûlées , enterrées toutes vives poiuç

pour la Réformaticn , ete. ùb5

la. cau^e de la religion. Il falloit donc bien qu'il y eût déjà dans ces provinces un grand nombre de réformés ; car quelques violentes quesoyent les persécutions et quelques exacts quesoyentles persécuteurs^il en écbappe pourtant beaucoup plusqu 'on n'en prend; surtout dans un pays où, à cause des privilèges des peuples , on n'osoit pas se servir de toute la violence qu'on exerce en pays d^inquisition. Il est donc certain que le calvinisme étoit déjà établi dans les Pays- bas ^ quand Philippe II. en partit l'an \55q. Et c'est ce qui lui fit reprendre la résolution que son père Charlesquint av oit eue, d'établir rinquisition en Flan- -dres. Si Charles n'avoit été bien convaincu que ces provinces étoient pleines de Luthériens et de Calvinistes, il n'auroit pas tant fait d^efforts pour y établir l'inquisition ^ et son fils n'entra dans ce dessein de son père f que parce qu'il voyoit la ^religion romaine de jour en jour rouler dans la décadence. Il est TTai que dans les six ans qui se passèrent depuis ledépart de Philippe, jusqu'aux premiers troubles, la réformation fil de grands progrés dans ces provinces et qu'une grande partie de la noblesse embrassa ce parti, mais sans bruit, sans émotion , sans trouble , sans effusion de sang , sans même abbattre aucune image jusqu'à l'an 1668. Ainsi c'est une vérité notgir^^

s66 Apologie

et un fait qne Ton ne sauroit raisonnablemei contester ^ savoir qne ce qu'on appelle le li théranisme et le calvinisme ^ s'est établidar les Pays bas sans violence et sans armes.

La seconde chose générale que nous ayoi a prouver , c'est que le calvinisme n'a pf mis les armes à la main des provinces d< Pays-bas , et ne leur a point inspiré le des sein de secouer le joug de l'Espagne ; ce n'ei point , dis'je ^ le calvinisme qui leur aint pire ce qu'on veut appeler Tesprit de rébel lion ^ et pour le faire voir il n^y a qu'à 63 poser deux faits notoires, incontestables i avoués de tout le monde. Le premier de ci faits , c'est que quand les princes de la mai son d'Autriche sont devenus maîtres des Pa^yi bas par le mariage de Marie, fille de Charle le preux , héritière de Bourgogne , avec Ma ximilien d'Autriche, l'an 1477 , ils ne soi entrés que dans les droits des anciens comU de Hollande ^ ducs de Brabant et corniez d Flandres. Or ces comtes de Hollande ^ Zê lande , Flandres , ducs de Brabant n'étoiei point maîtres et souverains en toute sonvc raineté de ces provinces ; ils étoient vassau pour certaines provinces , comme pour 1 Flandres , qui relevoît de la couronne i France. Les provinces et les villes avoiei d'ailleurs leurs privilèges selon lesquels f

pour fa Réformation y ete. sSj

tes pouvoit considérer oomme libres y et leur gouvernement étoit mêlé du monarchique , de raristocràtique et du démocratique ; car les nobles et le peuple entroient dans le gouvernement avec le Seigneur du pays. Les principaux de ces privilèges étoient : I. Que les états généraux se pouvoient assembler aussi souvent que bon leur sembloit sans en avoir la permission du prince, (i) II. Que l'on ne pouvoit établir d'impôt sans le consentement unanime des états. III. Que sans eux on ne pouvoit faire ni paix ni guerre. IV. Que les offices de juges , trésoriers et conseillers , ne pouvoient élre donnés à des étrangers. V. Que quand le prince a besoin d'argent , luir même en personne et non par procureur ^ en devoit demander aux ^tats sans les pouvoir obliger à lui accorder ce qu'il demandoit. YL Qu'on ne pouvoit accuser ni condamner personne que par les juges ordinaires. VU. Que les officiers dévoient faire serment au pays aussi bien qu'au prince. VIIL Que le prince devoit faire serment de conserver tous les privilèges des villes , des provinces et du pays en général. IX. Et enfin que les ancien** nés coutumes seroient observées de manière ^ae si le prince commandoit quelque chose

( 1 ) Voi. Guichardia , âescripUoa des Pays4)as, Uuf o Orotius 4a •DtIfulUte rdpub, Mvr^

.158 ^Apoîogîè

de contraire et violoit les privilègeé , on n fieroit plus tenu de lui obéir. Ces privilège et ces lois qui avoientété observés par usag un très- longtemps, furent écrites et souscri les par les princes en diverses occasions, £ enfin , on en fit le recueil tel qu'on le voi encore aujourd'hui y du temps de Marie d Bourgogne. Il est clair que sur ce plan 1 prince^et le pays sont comme deux- puissances parallèles y et que le prince est pour I moins aussi sujet au pays que le pays à lui En effet , quand les princes ont été ou mi ^neurs ou hors d'état de gouverner par eux mêmes , les états du pays se sont mis en pos session du gouvernement comme leurappar tenant à eux seuls par l'absence on par la mi ïiorité du princ«, qui seul avoit droit de l pirtager avec eux. Cela se voit dans ce qu arrivaaprès la mort de Marie de Bourgogne femme de Maximilien d'Autriche , qui laisb. Philippe héritier de ses états , âgé de quatr< ans. Maximilien , mari de la princesse défun te et père du prince vivant , voulut continue d'exercer le pouvoir qu'il avoit eu durant L vie de sa femme ; mais les états généraux s'* opposèrent et accordèrent malgré lui Mar guérite ,.soeur de Philippe,leur prince], ave le dauphin de France , quotque cette princesse n'eût pas encore trois ans. Us ^ôtèrèn

pour la R'fonnatlort , etô» ù5g

. à l'archiduc Maximilien , roi des romains , futur empereur , le maniement des afTairea de leur pays ; et même les Flamands l'emprisonaèrent à Bruges ^Tan i488 y parce qu'il voulut par force se rendre maître du gouvernement sans le consentement des états.

Le second fait notoire c'est que la maison d^Autiiche n'a pas plutôt été maitresse des provinces des Pays-bas , qu'elle a. travaillé .à y établir une domination souveraine et despotique sans y avoir jamais pu réussir. Tout le monde sait que Charles- quint fit tout ce qa'il put pour cela : les princes autrichiens ont cherché en toutes occasions des prétextes pour déclarer le pays déchu de ses pri- Ti/éges^ et eux libérés du serment qu'ils a- Toent fait de les conserver. Peut être que Cbarles^quint en seroit venu à bout quand la ville de Gand se révolta et qu'il passa par la France pour aller en Flandres y appaiser les troubles , si c* n'étoit „qu'il en fut empêche par les nouvelles affaires qui lui survins rent. Philippe son £!.«, qui n'étoit pas moins ambitieux et beaucoup plus eruel y épia toutes les occasions d'opprimer la liberté du pays, et se mit en possession de fouler aux pieds fous les privilèges. Il fît entrer dans le pays iilie milice espagnole qui poussa Tinsolenca à Vextxêmité et qui gourmauda. l^& ut^^x^

!l6o Jipoîogie

du pays comme des esclaves, II établit dans tous les conseils et dans les charges des espagnols qui gouvernoient tout selon les manières de leur nation , hautaines et d'un orgueil insupportable , contre les privilèges du pays qui veulent que ces offices soient toujours possédés par ceux de la nation. Il s'opposa aux assemblées des états généraux qu'on Youloit faire sans sa permis» ion ^contre les privilèges qui leur permettent de s'assembler quand il leur plait^méme sans la permission du pria* ce. Il fit ériger par le pape plusieurs évéchés «t archevêchés au préjudice des privilèges du pays qui ne permettent paç qu'on fasse aucun notable changement dans Tétat , sans lo consentement des nobles et du peuple.. Il établit le tribunal de l'inquisition contre le pri • ifilègequi porte qu'aucun ne pourra être )agé ni condamné pour quelque crime que ce soit ' que par les juges ordinaires et établis par las lois. Il imposa à son gré de nouveaux tributs et força les provinces à y consentir sans consulter les' états; Il envoyoit les ordres tout formés du conseil d'Espagne et lesfaisoit exécuter contre le privilège qui veut que toutu affaire concernant le pays soit traitée , réso-' lueiet conclue dans le pays même et davis le conseil d*état conjointement avec le prince. £t pour établir cette domination souvercùae

pour la Rêformailon , eU.

teryif da ministère dé rhomme du mons plus fier y le plus impérieux y le plus lé à la cour d'Espagne, le plus ennemi lys, et l'on peut dire le plus malhonnête ne , c'est Granyelle ^ évéqoe d'Arras » et 18 cardinal. Pour connoitre cet homme | Tut la première cause de tous les désor* irrivésdans les Pays-bas ,il est bon d^en* eùn ecclésiastique désintéressé qui n'est pagnol , ni flamand ^ ni huguenot. C'est ieur de Juvigné qui a fait les additions mémoires de Casteliiau. (i) a L'espagno st vantée de n'avoir point eu de plus and politique , ni de plus affectionné artisan. J'ajouterai qu'elle n'eut pas na us savant homme j ni un plus excellent Eiteur que ce Granvelle. Mais tant s'en it qne je lui donne l'éloge de défenseur la foi et de protecteur de la religion 'il feignit pour motif de sa conduite dans gouvernement des Pays-bas , que je crois fetre obligé de parler de lui que comme i premier auteur du progrès de l'hérésia r la rigueur de son administration et par il orgueil qui lui attirèrent la haine des uples et de tous les grands de Flandres^ ;• L'inquisition qu'il voulut établir étoit dtôtpour servir aux crimes d'état qu'aïuç

Additions da tabovrevr/ lir, 5. p. 373,

sBâ apologie

D crimes d'hérésie, et ce fut pour la rendrÀ' » plus générale qu'il s'avisa de troubler Fé^ » tat ecclésiastique par de nouvelles créa-* )) tiens d'cvéchés en plusieurs villes ^ afin » d^en faire plusieurs sièges d'inquisition ^ et D qn'il en fut le chef par la qualité d'arche* )) vêque de Malines qu'il fit ériger en sa fa** )) veur , etc. »

D J'opposerai à la louange de sa fermeté )i le blâme d'une opiniâtreté malheureuse; D j'attribuerai plutôt à son orgueil qu'à son » affection au service de son prince, le iqau- » vais traitement qu'il fit au peuple , et les )) difi*érens qu'jl eut en son nom avec les D nobles. Et je maintiendrai qu'il eut moins » de religion que de politique dans son des* » sein d'inquisition, qu'il institua plutô^pour }) faire des hérétiques que pour les défaire ; ^ afin d'entretenir pour le besoin des tribu* » naux et des prisons hors des formes et )* des usages de la justice ordinaire' d'où Vqïx » ne put réclamer les lois , ni les privilèges )) du pays , ni ses juges naturels ; et où la. » malheur d'être suspect par trop de méri- )} te , de bonnes qualités et peut ôtre de trop-; » d'amour pour sa patrie , pût être plua^ )) cruellement expié que le plus «oir de tous . » les crimes , par le gouverneur étranger qui; D la yoùdroit opprimer. U xne semble que lu

pour îa Ré/urmat!on f été. â6S

I qualité de cardinal qui le devoit attacher-

' n eux intérêts de l'église , lui devoît par con-

» séqaent inspirer un zèle général , et non

i particulier pour les seuls pays qu'il gou-

2) Vernoit , et qu'il dey oit déployer toute la

■2) puissance de son maître pour poursuivre

I l'hérésie partout où elle s'élevoit. Au moins

D ne pouvoit-il refuser des oJfices de charité

D aux. états qui en étoient tourmentés s'il eût

1» eu des sentimens aussi chrétiens que po-«

t litiques. Mais nous voyons tout au con--

i traire et je l'ai justifié par les lettres ori^

3» ginales de Catherine de Médicis qu'il ne

» fAisoit des vœux que contr^^ nous , et qu'il

H eroployoit tous les talens de son esprit pour

D jpotre ruine par les intelligences qu'il en-

lu tretenoit avec les huguenots. )>

Voilà le véritable caractère du personnage f Toi\àIe3 desseins de l'Espagne , et voilalesvéritables raisons qui émurent les Pays bas ,qui obligèrent les nobles à se confédérer et qui por* tèrent les peuples à se souvenir du principal de leurs privilèges. C'est que quand le prince commande quelque chose contre les lois et can'i icê les anciennes coutumes, on n^est plus ohUgé de lui obéir. Il est donc constant que par cette longue suite d'attentats contre la li« berté publique que fit Philippe II par Gran- Irelle ^ par la gouvernante duchesse de Parme^^

964 'jipôlogié

et par le duc d'Albe , les peuples étoieni tièrement dispensés du ' serment de fid qu'ils avoientfait à un espagnol et à un pi étranger. Le chancelier de Bourgogne i temps avant avoit prédit tous ces malbe quand il vit Charles , prince des Paysrbas river à la succession de la couronne d'E gne ,et les flamands qui en faisoient des joie ; il prit la parole en soupirant et dit : tes feux de joie étaient les premièreêflim de Vembrasement futur de leur patrie, (i reste le calvinisme n'eut point de part à premiers mouvemens de Flandres. II est que les réformés faisoient partie des mé tens ;vet comment ne Feussent-ils pas été prince qui contre les droits de la nature el gens se voulbit rendre maître de leur c cience^ et les faisoit brûler tout vifs parce q ne vouloient pas croire ce qu'il croyoit» ï les réformés qui prirent les armes ne £stisc pas la dixième, peut être la centième pi des révoltés dans les premiers troubles:»

La troisième chose générale qui doitêtr iervée,c'est que le roi d'Espagne^d^unepa poussé les Pays bas et particulièrement le formés à toute outrance , par des prôcéd inouïes ^ cruelles et barbares de la deri

barl

pour là Ré formation i ete^ s65

barie; et qàe d'antre côté les peuples ré-» nés aussi bien de ces provinces que les au« I ^ ont fait tout ce qui leur a été possi-« pour se conserver sous leurs anciens prin* en conservant la liberté de leurs conscien-* . C'est encore un fait notoire ; premièrer nt il est connu de tout le monde , que la ma* re dont le roi d'Espagne s'est conduit & {ard de ces provinces qui dévoient être à^' i-près libres , est la plus étrange du mondes ar s'opposer à l'établissement de Tinqui-* on 9 à la création des nouveaux évéchés et iir la modération des rigoureux placards fkita sujet de la religion , les nobles se confédér *eDt et présentèrent leur requête à la gour liante duchesse de Parme ^ en toute for*^ lité, et autant dans les fprmes qu'il se peut, ns les pays les plus soumis à leurs souve^ m, il n^y auroit rien eu dans cette procé<* re qui n*eut été très régulier. Mais lo iieil d'Espagne leur en fit un crime qu'on promit bien de ne jamais pardonner. Phi^ pè ne cherchoit qu'un prétexte pour so ire absous du serment qu^il avoit fait do iserver les privilèges du pays. Il crut l'a-^ tb^rencontré , et il ne chercha plus que l'oc* jon de faire éclater le desjaein qu'il avoit M Tenger et de se rendre mattre absolu,^ m» k sa^sse , la vigueur, et \% la^c^^^w

^6 Apologie

lion des nobles d'alors ne produisit autr< 86 que le changement de supplice po fiuspects d'hérésie ; au lieu de les brûler ordonné qu'on les pendroit sans miséric La gouvernante fut obligée peu de tem près de relâcher encore de cette rîgueui les réformés commencèrent à sentir leui ces et prirent la liberté de prêcher pnb quement. La ville d'Anvers intéressée qu'aucune autre dans liberté de consci «^opposa avec une extrême vigueur à blissement de l'inquisition et à la riguei placards, qui ruinoient le commerce, 1 y fleurissoit alors. La gouvernante fut obligée de traiter avec les nobles et l'u articles du traité fut qu'en maintenant '. ligi.on catholique on ne forçeroit peri dans sa conscience. On en fit un édit toutes les formes et de la maniéré la pli lennelle y mais il parut bien dans la suit c'étoit un piège dressé pour surprend peuple , et pour l'endormir par une c de paix. Car la gouvernante trouva moy diviser les nobles , elle leva de$ troupe quand elle se vit assez forte y elle ré' l'édit quMle avoit donné ; elle se moq toutes ses promesses , elle employa le le feu pour réduire ceux qu'elle appelo

fèlfeths* Le pria^a d^Oran^e jusques-lj

i pour la Réformatiau , ete» f 87

I demeuré dans les intérêts de la cour , et ne s'éloii pas joint aux nobles du pays. Au con* traire il avoit traité avec eux au nom du loi et pour la gouvernante. Mais il fut fort bien arerti qu'on n'en vouloit pas moins a lui et au comte d'Ëgmont qu'a tous les autres , et il fut obligé de se retirer après avoir refusé de faire le serment qu'on exigea de lui pour la conservation de la religion romaine. Il pa*rut quelques troupes pour les confédétcs f mais elles furent bientôt dissipées 9 et la gou« vernante abattit les temples des réformés ^ dissipa leurs assemblées , en fit pendre un très-grand nombre dana toutes les villes , fit rebaptiser les enfans et fit revivre les plue (îgoureux placards ; tout cela ponftant n'est rien en comparaison de ce qui se fit sont le duc d'Âlbe , fameux par ses cruautés ^ jamais Cannibale né poussa si loin la fureur et la barbarie. Le roi d'Espagne , à l'entrée de QB gouverneur daii^ les Pays bas , fit une cho- §e qui li'a peut^tre pas d^exemple dana tous les siècles passés : sur une consultation de rincjaisition il mit à l'interdit tous les Iiabif* tans des Pays-bas , les^ déclara confisqués de corps et de biens, criminels de léze-^maj esté ^ dignes de mort et déchus de tous leurs pri* Vilèges ; tellenvent qu'on vit en un moitient

jm« grande. njUioia^ coadùan^bè

ï68 Jpoh^ê

aux gibets et aux roues. Pour ^exécution dé cette effroyable sentence on établit à Bruxelles un conseil appelé le conseil de sang , qui eut ordre de couper télé ^ bras et jambes à ce misérable état. Tous les autres conseils do rétat furent anéantis : tous les tribunaux perdirent leur autorité , tous les privijèges du pays furent abolis : Tinquisition fut établie } tous les nobles qui avoient présentés des re-^ quêtes pour la conservation de la liberté da pays I furent condamnés à perdre les biens et la vie. Les comtes d'Egmont et de Hprne eurent la tête tranchée , et si le prince d'0« range n'avoit été plus prudent qu'eux, il àa« roit passé par le même supplice Mais il y avoit pourvu en se mettant en lieu de sûreté ^ et Dieu le réservoit pour être le glorieux insr Irument de la délivrance de sa patrie , pour mettre son église en liberté , et pour donner à TEurope une postérité qui protégeât la rér formation contre ceux qui la vouloient éteia^ dre. On ne vit en tous lieux que des bûchers^ des échafauds , des gibets dressés , que des feux allumés , des proscriptions » des suppli* ces. Et ce qui fait horreur k penser et à dirOi pz monstre de cruauté , en six ans de gour rernement de' sa confession^ fit passer dix^i lipit mille personne par la main du bourreai||

Hfi* 9^Wk 9«» J*TV«tt |^«: les ça(issficr9# «I

pour la Rèformation ^ èlè, i0||

par la main du soldat. Les roues , les (etct et les gibets étoient des supplices trop coimnons trop doux pour satisfaire sa rage ^ on inven^ toit desespècesde tourmensjusques-làinouis^ on rôtissoit les hommes de tout âge , de tout sexe et de toute qualité ^ femmes j enfans ^ jeunes et vieux ^ nobles , roturiers , veuves j orphelins j rien n'étoit épargné. Ce qui ne passoit pas par la main du bourreau étoit aban* donné à ^insolence du soldat espagnol. Il n'y «vint plus de femmes , ni de filles dont l'hon-* neor fut en sûreté. Si un mari ou un père se vouloit opposer à la brutalité d'un soldat qoi entreprenoit de violer sa femme on sa fiUe â ses yeux , incontinent on crioit Espa^ ^nê f Espagne , et à ce mot une centaine de scélérats se saisissoient du père ou du mari, et le massacroient. Une de ces misérables filles rencontrée sur le chemin y fut tirée de dessus un chariot et passa par les mains de plus de trente soldats , qui assouvirent sur elle leur fureur brutale : se voyant prête à •Quffrir les mêmes outrages de plusieurs autres 9 elle se tua ; plusieurs femmes et filles sont mortes entre leurs mains , en souffrant ces exécrables actions qui font horreur à la luiture. Ils ouvroient les femmes grosses et leur arrachoient le fruit du ventre : ils écor* choient des hommes tout vifs elfiiÂfto\txiV^«^

Éj0 Jftpotogté

tambours de leurs peaux , ils brûloîent lei patiens à petit feu et les tenailloient avec des pincettes ardentes jusqu'à la mort : enfin tout gtoit permis contre les^Gueux , c'étoit ainsi qu'cw appejoiTcêux qui-tenoiênt pour la 1^>

"hi^'rîeTïennnaniencfietpn^r la lîliprtPi fl^^ P^ygt

Les confiscations niontoient par an àbnit mil* lions d'or ; le dixième denier à douze millions 9 et parce que les villes et le pays firent de grandes résistances à la levée de ce dixiè-^ me denier , on trouva sur un soldat prison** nier a Flessingues la liste d'une infinité d^i nobles et de bourgeois destinés au massacre , pour amener le pays au consentement qua Ton demàndoit. Quand des personnes riches étoient mortes^avant qu'on put leur faire lenv procès ) il lesfaisoit déterrer, traîner sous les gibets 9 pendre ou brûler^ afin de confisquer leurs biens. Ce prodige de cruauté et d'ara-^ rice ne respectoit pas même les asiles de la mort qu'on a toujours regardés comme inviolables. Il anéantissoit autant qu'il pou voit les droits et les lois de la nature. Il y a eu des femmes dont le bien a été confisqué pour avoir secouru leurs maris fugitifs et proscrits. A Moestrichtj. un père fut pendu pour avoir logé son fils une nuit : un homme qui avoit assisté une pauvre veuve dont le tnari avoitété brûlé pour la religion^ fut aussi con* éamaé à la mort-

pour ta R('formation ^ etû. 2171!

Quant aux biens ils étoient exposés au piilago comme dans un pays de conquête. La duc d'Albe fit bâtir en divers lieux de Flandres^ des citadelles qui étoient proprement des nids de voleurs et des retraites de brigands. En un mot les excès furent si terribles et les violences telles que toute TEurope en eut horreur , et que ce peuple poussa au désespoir se résolut à tout perdre ou à recouvrer sa liberté. C'est ce qui obligea les provinces de Hollande et Zélande de mettra à leur tête le prince d'Orange leur gouver« neur , pour s'opposer à ce monstrfieux ty-; ran. Ce grand prince ^ Guillaume d'Orange, revint d'Allemagne uniquement pour l'intérêt de lo^religion et du pays > presque toutes les villes levèrent, sous sa protection^ Tétendard de la liberté , mais sans secouer pourtant la joug de leur légitime Seigneur, qui étoit la roi d'Espagne. Ils déclarèrent qu'ils n'en vouloient qu'au duc d'Albe : ils emploièrent l'intercession de ^empereur et de la plupart des souverains de l'Europe pour obtenir du roi d'Espagne une paix honnête , et qui en lui conservant les droits de Seigneur du pays ne donnât pas d'atteinte à leurs anciens privilèges. Jamais ils ne purent rien obtenir ; tant de paix qu^on eût voulu ^ mais à la charge qa'ito sa soumettroient à tout ^ Vt^V k <à\^>

17^ "apologie

Qu'ils tehdroient Testoinac pour être égôf gés. Après sept ou huit ans de guerre la pacifiacation de Gand se fit : ( i ) ce fut un traité de toutes les provinces ensemble pour la li** berté de conscience et pour la conservation des privilèges du pays. La Hollande et la Zélande qui ^ les premières avoient secoué le joug du duc d'Albe,entrérent dans ce traité par lequel on conservoit au roi d'Espagne tous ses droits ; tellement que si Philippe II «ût vonlu s'en tenir là et garder ce traité da bonne foi , il rentroit dans une paisible postessioB de tout les Pays^bas.Un an auparavant on avait essayé de faire la pai^ à Breda | la fioUande i la Zélande avec le prince d'Orange leur gouverneur^ y protestèrent qu'ils iio Youloient point être tenus pour rebelles ; par^ ce qufiU n^ai^oienî jamais pensé à ofisnser Si Majesté ou d travailler à diminuer sa g'-andeur j mais que pour h bien du roi et de ses pays ils aboient défendu leurs mai^ sons , leurs biens et leurs vies contre la ty^^ rannie du duc d^Albe et de ses adhérens. Et dès-lors tout le pays seroit rentré dans l'o* béissance j si ce n'étoit que le roi d'Espagne fit proposer des conditions cruelles ; par exemple , que nomsçulement ils mettroient bas les armes , mais qu^ils rendroient toutes

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pour la Rèformaitm 9 etc. . S75

leurs forteresses , leur artillerie , leurs tilles et leurs armes entre les mains du roi ; c'està-dire proprement qu'ils s'abaDdonneroient à la discrétion des espagnols ^ et quant aa fait de la religion, pour toute grâce on permet* toit aux réformés , une seule fois pour toutee de vendre leurs biens et de se retirer en cer* tain temps qui leur seroit marqué | a la charge que le pays demeureroit après cela soumis comme auparavant à la rigueur des pla-j cards et à la fureur d'une inquisition qui n'étoit guères moins cruelle que nnquisition espagnole qu'on avoit voulu établir. Les étatt avoient alors si peu intention de changer la ibrme du gouvernement , qu^au refus que let rpi d'£lspagne fit de les reconnoitre pour set sujets à condition de les conserver dans leurs anciqps privilèges , ils se voulurent donner a un autre prince de la maison d'Autriche. lU appelèrent l'archiduc Matthias et ensuite la duc d'Alençon , tous deux de la religion romaine. Et même en traitant la première fois avec le duc d'Alençon y ils mirent pour condition que s'ils pouvoient obtenir la paix da roi d'Espagne en congédiant le duc y ils lui donneroient une récompense qui seroit digne de sa grandeur : c'étoit en I578. Ilsn'auroient donc pas eu dessein de se soustraire & la domination du roi d'Espagne puisqu'ils ne d<H>

sjà jipologie

mandoient que la paix. Ce qui fait voir qu'ils ne cherchoient pas à faire dominer leur re-« ligion I mais seulement à conserver la liberté du pays et celle de leur conscience. Après ces remarques il nous doit être permis de conclure que ce n'est point le calvini^^ine qui a fait cette grande révolution dans les Pays* bas , et qu'elle a été causée uniquement par les attentats des rois d'Espagne sur les pri* \ilèges de ces provinces et par les cruautés inouies qu'ils y ont fait exercer. Pour ache- Ter la justification du calvinisme de Flandres on pourroit dire quelque chose de l'accusation que le sieur Maimbourg fait aux Gueux y qui sont ce que les huguenots sont en France, d'avoir brisé les images ^ désolé les églises et profané les autels ; mais je réserve cela pour le chapitre où je justifierai le parti tie ce ;q[U*CQ appelle nos violences.

pour la R^formation f etc. ^j5

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