‹ Histoire du CalvinismeChapitre 15 sur 30 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

JÊtrocité et fausseté^ de i\zccusaiion du sieur Maimbourg au sujet des guerres cwiles de France dans le siècle passé. Caractère des principales personnes gui étaient d la tête du parti ennemi des huguenots : de Cathé* rine de Médicis , de Charles IX , de Henri III ^ roi de Nai^arre : du duc de Guise* Origine véritable du nom de huguenot. Du cardinal de Lorraine et de son frère ; leurs desseins sur la couronne. Du connétable de Montmorency , du duc de Montpeneier, et des maréchaux de Taçanes et de Montluc.

ous entrons dans Texamen de cette grande querelle qui dans le siècle passé fit tant de bruit dans l'Europe , et qui a fait de la France , durant 4o ans , le plus affreux théâtre da inonde. Voici comme le sieur Maimbourg s'en exprime. (1) » Tout ce que la rébellion , la )^ perfidie, l'aVarice, TambitioUi la cruauté, 1^ le désespoir, et toutes les passions les plus

(i) Ifist, ({a Çj^T. ^u ço9VD&«iicemeut,

pour la R^formaiion , ele. ry 1

j^ tumultueuses el les plus farouches ont ins- ^^ pire de fureur et de rage aux plus scélérat» ^ des siècles passés , le calvinisme dont je par- ^5 le, l'arenouvellé de la mémoire denosayeux ^j et de nos pères pour s'y établir par le fer ^ et par le. feu, s'il eût pu sur les ruines do ^j le religion et deTétat, etc. Plus d'un millioa ^ de français qu'on a fait périr sans aucu-. .^ neforme de justice par divers genres d'horrî- ^ blés tourraensjsont les superbes monumens .y^ sur lesquels cette hérésie s^est érigée dans ^ l'histoire''. Voilà des périodes capables de faire frémir et de pousser toute la patience à bout. Ilfautavoir toutes les passions dont cet homme parle, et pousser la fureur à l'extrême, pour avancer une calomnie aussi violente et aussi cruelle. Mettez le papisme en la place du calvinisme et d'un mensonge outré vous en feress «ne exacte vérité. Car tout ce qui se peut imaginer de violent, de cruel et de furieux, I0 papisme l'a produit durant ces 4o ans. Ne di« roit-t-on pas que c^est nous qui avons fait des martyrs de Féglise romaine, qui les avons brûlés y tenaillés, grillés, rôtis , écartelés , roués, et sjuppliciés par divers genres dWioiribles toUrmens ? Qui ne croiroit que c'est nous qui avons fait les massacres de Paris, d'Orléans , de Cahors , de Sens, de Tours, de Cabrières» de Meriudol^ et pour tout dii^ ^^^ V;^\\^\è»

flga "jipologiê

la France? Je veux bien croire qu'il est péri un million d'hommes^ comme il dit^ dans cette querelle; mais comment at'il la hardiesse de produire cette vérité avec un tour qui signifie que nous avons fait mourir ce million d'hommes ? Combien at'on fait périr de millions de calvinistes avant qu'ils ayent répandu uns seule goutte de sang? Et depuis le premier moment auquel on nous a vu les armes à la main , de dix mille hommes qui sont mort^ il n'y en a peut-être pas cinquante qui soient morts par les mains de ceux qu'on appelle calvinistes , tous les autres ont été lea victimes delà fureur du papisme. Ce nombre d^un million d'hommes péris dans les guerres civiles , est tiré des mémoires de Michel de Casteinau. Si le sieur Maimbourg avoit eu de la sincérité^ il auroit rapporté la chose comme elle y est ex- . primée. Casteinau n'a pas eu dessein dédire que nous ayons fait périr un million d'hommes, mais il a dit, y^ qu'en moins de douse ou ,, quinze ans Ton a fait mourir à l'occasion des ^ guerres civiles plus d'un million de person- ^ nés de toutes conditions : le tout sous pré- ^ texte de religion et de l'utilité publique dont ^, les uns et les autres se couvrpient. ^' S'il est péri un million d' hommes , il y en avoit neuf cent quatre vingt mille de Huguenots. Puisr*

^ue Vçn i»pu? vbJiçe 4 ejut/er 4^*19 resawei»

pour la Réforriiaiion , ett» sgS

de cette grande querelle , dans laquelle la religion s'est trouvée purement par accident et pour servir de prétexte , il faut faire voir qui avoit tort et qui avoit raison. Et pour cela il faut premièrement examiner les personnes qui ont soutenu ces grandes affaires de part et d^autre, et voir quel étoit leur caractère. En suite nous verrons leurs actions et leur, conduite. Et enfin nous jugerons de la nature de leurs démêlés.

Je dis qu^il faut premièrement examiner quelles ont été les personnes qui ont soutenn cette grande querelle: c'est un favorable préjugé pour une cause quand elle est soutenue par d'honnêtes gens. Or je prétens faire voir que du coté de la cour et du prisme on ne voit que des vicieux, des monstres d'orgueil, d'ambition.^ de cruauté, de perfidie, de trahison et de toute sorte de crimes , et que de l'autro si l'on y voit quelques malhonnêtes gens ils y sont en très petit nombre , désavoués de tous les autres, mais que le plus grand nombre a-« voit un caractère d'honneur , de vertu , de piété et de bonne foi.Etpour commencer,con-. sidérons quelle a été cette cour si catholique et si zélée a soutenir la prétendue cause de Dieu contre le calvinisme. Si nous la considérons en gros, nous trouverons, sglon le témoignage de tous les auteurs^ que ceUe covxx 4^ ^V^djLrv

•afg^ Apologie

les IX et de Henri III^sous lesquels les gr coups se sont donnés > a été la plus corron et la plus détestable de toutes les cours du n de. La corruption venoit de loin , nous a \ vn quelque chose de la cour de Franco] celle de Henri II, dont la cruanlé contr \ réformés fut si grande , vit augmenter désordres jusqu'à un degré qui île peut représenté. Celle de Charles IX qui lui céda ,héri(a aussi de tous ses e^cès et de «es déréglemens : écoutons la description j| Monsieur de Mézeray nous en fait : (i) « !(ji » mêmes vices de Timpudicité , du luxe il; » ^impiété et des abominations magique )5 aroîent régné sous Henri II , triomphé ij )) sous Charles IX avec une licence effre

)) Mais . outre ces déréglemens la trahis » l'empoisonnement et l'assassinat devin )) si communs que ce n'étoit plus qu'un ii que de perdre ceux de la mort desquel }> croyoit tirer quelque avantage. Je ne >v le point de celte fureur meurtrière qi

i^^ 'pout la Réformation , etc. 295

^ I) Mais depuis que les amourettes firent la D plus grande partie des intrigues et des mys<* D tères c'étoient les femmes qui alloient au- » devant. Leurs maris leur lâchoient la brid^ » par complaisance et par intérêt. Et d'aile . » leurs ceux qui aimoient le changement » trouvoient leur satisfaction dans cette li • » berté qui au lieu d'une femme leur en don- D noit cent. » Si vous voulez savoir quelle étoit la dévotion de cette cour si zélée pour les intérêts de lafoj, le Laboureur nous l'ap<prendra. ( 1 ) « L^esprit galajnt avec l'éclat » des lettres humaines l'emportoît sur Tes- » prit dévot et religieux 9 quoiqu'accompa- )> gné de la doctrine vraiment apostolique. D Le bel air^arroé du masque de la dévotion y )) charmoit les dames à qui le fard ne dé- » plaitpas. La prédication étoit devenue l'un » de leurs plaisirs. Llles en jugeoient comme. » autrefois des tournois et des courses do ^ bagnes , enfin elles en distribuoient les ré«- » compenses. )> N'étoit-ce pas une belle chose de voir un beau prédicateur en descen-* dant de chaire aller recevoir la récompense de ses peines de la main et dans le sein d'une dame? Nous avons ouï ce même auteur qui nous disoit ci-devant dans l'histoire de Marie Stuart, que la cour dans laquelle elle avoit

(1) AdOitioiis^ iiy. IJ.

'296 Apologie

été élevée èloit entièrement soumise à Fen^ pire des damep. Brantôme nous apprend dei histoires effroyables de cet empire des femmes. Il dit que la maîtresse de Clermont Tallard lui demanda pour preuve de la force de fia passion qu'il se donnât du poignard dam le bras. La maîtresse de Genlis laissa à des* sein tomber son mouchoir dans la Seine aa droit du Louvre et le pria de l'aller chefr cher. Il s'en excusa sur ce qu'il ne savoit pat nager. Elle , ne se payant pas de cela , Tobligea à se jeter dans l'eau , où il fût péri si on n'eût été le pêcher avec un bateau. Le jeune des Bordes perça dans la bataille di Dreux le sixième rang des ennemis et mou rut au septième pour se signaler avec la faveur qu'une maîtresse luî avoit donnée. El le sieur de Jarzay se fit tuer à l'attaque du fort de Saijite Catherine au siège de Rouen^ parce que la demoiselle de Pienes lui avoil donné une écharpe afin qu'il se distinguai dans cette journée. Si les femmes étoient im< périeuses et cruelles ^ les hommes ne Tétoienl pas moins. L'histoire ^eRené de Villequierj baron de Clervaux , l'un des favoris de Henii III j est notable. Il tua sa femme grosse avec une demoiselle suivante qui la voulut défendre , non pas qu^il- la soupçonnât d'adultère eu gu'jl pûtl'ea convaincre , mais pour plai^

pour la Rf' formation y etc. '297

re à son maitrç Henri III , à qui ce^p femine avoil refuse ce qu'il croyoît qu'elle donnoit libéralement à d'autres. Pour bien connoitre quelle étoit cette cour , îl faut voir ce qu'en écrit celte grande , chaste et sincère princesse Jeanne d'Albret, mère de IIeniiIV% de triomphante mémoire. Voici comme elle parle à son fils dans le temps qu'elle étoit à la cour dt/ France pour y faire cet horrible mariage où Alecton et Mégère présidèrent, de ce prince avec Marguerite de Valois. En parlantj^i^ Marguerite de Valoia , ( 1 ) (t elle » est belle , bien avisée et de bonne grâce , » mais nourrie en la plus maudite et cor— )> rompue cour qui fut jamais , car je n'en » vois point qui ne s'en sente. Votre cou- » sine la marquise est tellement changée , y> qu'il n'y a en elle apparence de religion , » etc. Ce porteur vous dira comme le roi D s'émancipe : c'est pitié. Je ne voudrois }) pour chose du monde que vous fussiez ici D pour y demeurer. Voilà pourquoi je déî) sire vous marier , et que vous et votre fem- » me vous retiriez de cette corruption : car I) bien que je la crusse très-grande je la trou* » veencore davantage.Cenesont pasleshom- )) mes ici qui prient les femmes , ce sont les » femmes qui prient les hommes. » Les sui—

(1} Addîlions du Labour. Jiv. 3.

tes juslifièrenlle jugement de celle sage princesse. ISIarguerîle de Valois , élevée dans celte école , fut un monstre d'iinpudicité. Après avoir laissé cueillir à son propre frère les prémices de ses débauches , elle se prostitua à toute la terre et s'abandonna à ses valets. Celle effroyable corruption de la cour fit dire très judicieusement au prieur deJiivigné, qu'elle ben/it d Justifier le chssezn que Dieu auoit de consumer la re.ste de la mai^ son des f^alois dans le feu des guerres cii^'i* les. En effel, jamais crimes ne furent si crians que ceux de celle maison et jamais jugemens de Dieu ne furent si sensibles. Ecoulons encore une fois le Laboureur sur ce^lle cour ; il Tavoit fort bien étudiée sur les bons inémoires qu'il en avoil eus. (i) « Encefemps-là, » dit- il , une vertu trop simple et trop nue )) éloit une veitu sans encens , etc. 9 c'ètoit )) a«scs que la couleur de la rtligion tranchât Il un peu sur celle de Tintérct , et après cela )) on en étcit quille pour parler trop catho- » liquement , parce que c'ttoit le parti de la 3) cour. )) Mais savez-vous bien ce que c'étoit que parler callioliquement ? c'étoit parler de couper tête , bras et jambes aux huguenols , de meltre tout à feu et à sang j car au reste les discours catholiques des courti-

( 1 } Ad'^lious ; Lv, 3.

•«Bv«*«Miri^P*imMnMi^l^iMa^«VWiOTai»«amk

j>our là Rèformation , etc. Jsgf

r^ sans d'alors c'étoient des blasphèmes abomir

^ nables, capables de faire dresser les cheveux.

- On en peut juger par ce que Dranlôme rap-. porte du discours du maréchal de Cessé ^ grand persécuteur des huguenots. (1) <( Mon- )) sieur Strozze et moi Tallâmes voir un jour D qu'il étcit malade : Ainsi que Monsieur

' 3) Strozze lui demanda , et bien Monsieur que }) faites-vous. Ce que je fais, Monsieur , mon D grand ami : par Dieu je me recommande à 2) trente mille paires de diables qui me vieni; » nent chercher et guérir , puisque Dieu ne )) le veut pas. a C'est ce que Ton apprenoit à l'école de Charles IX , qui étoit le plus horrible blasphémateur qui ait jamais été : enfin la corruption delà cour de ce temps-là est si reconnue que le sieur Maimbourgqui avoittant d'intérêt à la dissimuler , est contraint de l'a* vouer. Ettout ce qu'il peut faire c'est de partager cette corruption entre les catholiques et les huguenots; (s) » A dire sincèrement y> la vérité , on vivoit alors dans une cour si » corrompue, que les catholiques et les hu- » guenots n^étoient presque distingués qu'en » ce que ceux-ci n'alloient pas à la messe^ ni D ceux là en prêche. Mais quant au reste ils » s'accordoient assez en ce que les uns et les > autres, au moins pour la plupart, n'avoient

(1 ) LMoge^du marécU&l ^e Eriss^u:.

{ 2 ; Liv. 6.

9où ^Apologie

m guères de religion et point du tout de » et de crainte de Dieu. «Les desoriplic : la cour de Charles IX et de celle d'Heur

j n'ont jusqu'ici roulé quesurrimpudiritéi

l'indévotion tout au plus. Mais M. de IMei nous a appris qu'il n^^v oit pas de crime mede quelque espèce qu'il fut qui n'y fut comble. Les portraits que nous allons fai: chacun des personnages de cette cour cj liquele justifiera. Pour faire ces portraits ne tirerons pas nos couleurs de ces dix vol de libelles que le sieur Maimbourg dit avoij nous ferons nos copies sur des origiaaui ne doivent point être suspects.

Catherine de Médicis mérite d'être à I le: elle étoit reine, régente, mère des et le grand ressort qui a fait mouvoir ces ïibles machines qui ont mis le royaume de fois «ur le bord de la ruine. Qui pourroi peindre ce monstre d'ambition, d'irnpudi decruauté? Quand nous n'aurions pas d'aï preuves de Vinfidélitéde Brantôme que l*c qu'il fait de cette princesse, ceseroit assez nous le faire connoître pour le plus im tinent flatteur qui fut jamais. Kn effet ce leur avec ses manières de cavalier et so desincéritéestle plus grand menteur du j de. ( 1 ) Particulièrement où les int

pour la Rtformatîon , etc. Soi

de la maison de Guise entrent directement oa indirectement , il ne mérite aucune créance y car il étoit créature et esclave de cette maison, Premièremcn^il est const-int que cette femme étoit l'une des fameuses magirienuf s de son temps. (i) Quan^ d tamagle^ dit M. de A'ezeray , on sait que la reinp mè e s^etoit ^âté ï esprit par ces curiosttàs i'nptes. EU- avait accoutumé d' portier sur elle des caractères , On en ga de encore <fui sont ma n/ nés sur despar^ chemins fort délias qu^on croit être de la peau d^un enfant mort en penunt au mt nde. C^tte reine mag'n ienne avoit mis en voyue la magie danstoutf lacour,chaciins'en Uiélnil. ( a) Les esprits vains et levers fie portaient Jacilement à suivre ses ^xeni oies: unprêlre nommédes EcheU leisf t exécuté "n Grève pour avoir eu commerce avec les mauvais démons , accusa dnnze cents personnes (tu même crime» Dl'S gens dignes de foi assurent que cette reine faisoit qu^<nd btm luisembloit, paroître les spectre s des personnes abi«cntes avec qui elle vouloit conférer , et l^on assure avoir vu dans sa chambre un fantôme^ lequel par son ordre nvoi( pris la forme de la reine Elisabeth qui étoit en Angleterre*. Le diable qui la tiompoit lui persuadoit que par ce moyen »lle pouvoit tirer les secrels de

( i ) Vie de Charles L\ à h âa.

3o2 jâpolo^ÎB

toutes les cours ; comme sien prenant la forxue extérieure des gens, son démon eut aussi pu rendre leur esprit, et crocheter leurs secrets. Quenepouvoit'On point attendre d'une personne qui avoit commerce avec le premier des ennemis de Dieu ^ Aussi avoit- elle toutes sortes de vices , elle étoit débauchée jusqu'à réclat.-Je ne sais de quoi le Laboureur s^est avisé de faire son apologie et d'excuser ses sorcélerîeset sesimpudicités.(i) » Pour ce qui est 55 de la magie , dit-il , il est certain qu'elle y 55 ajouloil quelque foi , et peut être plutôt par 55 superstition que par malice. Et si l'on fait ,5 réilexion surles dangers où elle se trouva^ 55 on aura pilié de la nécessité qui la contrai- 55 gnit à avoir recours à tous les moyens poj5 litiques et surnaturels pourse garantir. Les 55 astrologues et le's devins étoient alors enrè* ^ gne parle désordre du temps et des cens- 55 ciences qui étoit si grand que la foi étoit 55 comme exilée. Elle les consulta et quelqu'un 55 d'eux lui composa pour porter sur son esto- 55 mac pour la sûreté de sa personne, une peau 55 de velin semée de plusieurs figures et rarac-r 55 tères tirés de toutes les langues et diverse- 55 ment enluminés qui composoient des mots 55 moitié grecs , moitié latins et moitié barba*

^, res. L'original en est entre les mains de M;

— ^ ... Il ■ ■ «III 1 1 1 1 ^ ■

(ï) Z/i y. 1. additions à Cas. el.

pour la Ri]formatlon , etc. ooS

^ de Vion , sieur dlieronvel , auditeur des ^ comptes. «Voilà une apolo^^ie qui vaut bien une satyre :car je suis trompé si ce pectoral Je la bonne reine conime on le peint ici , n'est ie la plus fine magie. A l'égard desesimpudi- 3Îtés , la manière dont le Laboureur la justi- 3e me paroit assez plaisante. )> Elle n'oublia 0 pas tellement son sexe , i?it-il, qu'elle ait ) été exempte de la passion qui dominoit à la ) cour depuis le roi François I , son beau pè- ) re, et qui a duré jusqu'à l'extinction delà 0 poftériîé des Valois. Elle eut diverses in- \} clinalions et entr'autres pour François de y Vandôme , vidame de Chartres , et pour D Troilus de P>îescouët , en faveur duquel elle » fitériger en marquisat laseigneurie del-i Iloi>£cheHelgouarcli qu'il avoit acquise, etc. IVIais )) ce jeune homme n'usa pas assez discrètement 0 de ses bonnes grâces. « Cependant après sela cet auteur dit qu'il ne croit pas qu il y eut rien de criminel en Ses galanteries. C'est bien fait de juger charitablement de son prochain, chacun en croira ce qu^il voudra : nous interpréterons aussi comme bon nous semblera et selon le caractère du temps , qui étoitceluidela plus affreuse débauche, ce que<!itM, 3e Mezeray de cette femme. (1 ; i^ En effet ,

I) dit- il, il n'y en a jamais CTi qui ait pluscho^r-

^ 1 ) Mezeray , abrégé. Charles IX. iu 15 :û.

5o4 jipôlogie

V elle les doux passeteinps de la galanterie , D de la danse , de la chasse , des {estins, et de » toutes sortes de jeux que celle-là. En quel- D que Heu qu'elle allât y elle trainoit toujoun » avec elle tout ^attirail des plus voluptueui D divertissemens el pai tirulièrement deux ou D trois cents des plus belles femmes de la coai D qui nienoient en lesse deux fois autant de )) courtisans. « On peut voir le catalcjgue de ces femmes dans Brantôme qui étoil fort con tent de la conduite de ces courtisanes parce qu'( lies éf oient très commodes t-t très hpunê< les envers lui et les autres courtisans.

Mais le péché «lonnnant de Catherine de Médiris cetoit rambilion et la passion de règntr. CVst le démon auî|uel elle sacrifioit sâ réputation , sa conscience , le repos de J'état j la vie (fun million d'iiommes, ses enfans et même hcs mignons. Car cette passion lui fil abandonner le vitlame de Chartres qu'elle sa i;rifia aux Guises afin de régner par leur faveur. On fait dire à la mère de Néron quand le même devin qui lui apprit que son fils séroit empereur , lui dit aussi qu'il la tueroit; Qu il me tue pourvu qud règne A^ais Catherine avoit une maxime toute opposée^ elleeul pu dire de ses enfans: Que j^ les tue pourvu qui je règne. Cq n^est pas qu'elle ne fut amhitieu* se pour ses enfans aussi bien que pour elle

pour Lt Réformation j eie. So5

j&ême : pourvu que ses fils régnassent sans lui donner de l'ombrage , elle en étoil fort contente; elle se faisoit un honneur d'être appelée la mère des rois» C'est pourquoi elle fit obtenir au duc d'Anjou son second fils , la couronne de Pologne , et elle fit tout ce qu'elle put pour mettre celle d'Angleterre sur la tête du duc d'Alençon , son troisième fils en le mariant avec la reine Elisabeth. Sa fureur alla même jusqu'à demander au turrle royaume de Tvinis pour le duc d'Alençon. Nous avons de cela un bon témoin , c^est Monsieur de Mézeray sur l'année iSya. C'est peut-être le plus extraordinaire exemple d'ambition qui se lise dans l'histoire. Pour être roi de Tunis et pour obtenir cela du turc , il falloit commencer par renier Jésus Christ et se faire apostat de la religion chrétienne , il falloit dire quHl se damne pouruu quHl règne , c'est toat ce que pourroit dire un démon. Il n'y avoit point de sang qui lui fut précieux lorsqu'il loi étoit un obstacle à régner. Quand elle se vit sortie de la captivité des Guises par la mort de François II , elle prit bien la résolution de ne se laisser jamais ravir la souveraine puissance. Pour anéantir l'autorité de la maison de Guise , qu'elle redoutoit , elle s'entendit avec les princes du sang , elle rappella le connétable de MontmkOi^ti^^i ^^^!^

So6 ytpoiogie

86 déclara hautement pour les huguenots et l'on peut dire qu'elle se fit huguenotte tant elle les favorisoit ouvertement. Elle obligea le prince de Condé à prendre les armes j elle fit sonder toutes les églises protestantes du royaume pour savoir quel secours elle en pourroit tirer. Enfin elle étoit si déclarée cou* tre le Triumvirat et contre la Ligue catholique 9 qu^un jour on s'assembla pour aviser ce que l'on feroît d'elle , le maréchal de St. André opina qu^il falloit la coudre dans un sac et la jeter dans l'eau 9(1) autrement disant qu'ils ne réussiroient jamais dans leurs affaires, et peut-être que ce conseil eût été suivi si le duc de Guise ne s'y fut opposé. Après qu'elle eût allumé la guerre pour détruire la faction- des Guises qui s^éfoît emparée de l'esprit du roi de Navarre , voyant que les choses ne réussissoient pas comme elle avoit espéré , elle tourna tête aux princes du sang et à Tamiral j pour se venger de ce qu'ils avoient éventé ses secrets, elle jura leur perte. Et les regardant comme des ennemis irréconciliables qui seroient toujours de grands obstacles à ses desseins , elle résolut de les abaisser sans les ruiner pourtant tout d'un coup , parce qu^elle vouîoit détruire ces deuxpai'lis des Guises et desprinr

mt ' ■- ■ — III ■ ■ ■ « .1 ■

pour la Réformation , etc. T^of

s du sang , l'un par l'autre, afin de rèer toujours. ( i ) <c La reine mère , dit U Laboureur y voyant ce parti puissant tout formé , fit fort bien d'en vouloir êlre , afin qu'il ne s'y résolut rien oontr'elle et contre sa régence. Et ainsi , elle chassa les Châtillons et tourna le dos aux huguenots, contre lesquels elle témoigna une haine plutôt étudiée que véritable , parce que sa religion étoit là où étoitson avantage. Pour cela elle conserva une secrète intelligence ivec le prince de Condé et l'amiral. » Cette elligence dura jusqu'à la mort du duc de lise qui fut tué devant Orléans. Alors ne Lignant plus rien de la part de cett^mai- I , qui n'avoit plus qu'un prêtre et des en- \% y elle tourna toutes ses pensées vers la ne du prince de Condé } c'éfoit la seule 'tu et le seul mérite qui lui fit ombrage, îst pourquoi depuis ce temps-là elle ne" •da plus de mesures et ce fut elle qui ourcette effroyable suite de trahisons que 18 verrons dans la suite , pour faire tom-

* tous les grands du parti des réforméis dans piège du massacre de la St. Barthélémy. Tes cette sanglante journée , Charles IX i se répentoit sans doute de ce qu'il avoit fait

* le conseil de sa mère 9 commença à la

1 ) AàJdtioas à CasteJnsiu j liv. 3.

Soft apologie

négliger et voulut sortir hors de page, i fit fermer la pi rte de son cabinet et ré depréi/enirses desseins par d^ autres qui doute eussent été fort tragiques , dit M; Mézeray. Comme ce prince étoit au sièj la Rochelle , la reine l'accompagna à la { 8e j il se mit de mauvaise humeur contr Teneurs , sur quoi Catherine lui dit , hé fils il vaudroit bien mieux vous mettre et 1ère contre ceux qui font mourir tant d\ fidèles serviteurs devant la Rochelle. A le roi répondit , Madame qui en e^t c que vous ? par la mort . . • vous êtes c de tout , et la laissa brusquement. Ce chamli^llan du duc d'ÂIençon qui rap{ cela dans une lettre qui se trouve dam additions aux mémoires de Casteinau. A elle ne régnoît plus. C'est pourquoi elU gea à propos de se défaire du roi pour : tre en sa place son bon fils le duc d'Aiij roi de Pologne , qui avoit toujours été si mis à ses ordres et qui avoit si bien profit ses exemples et de ses conseils. EHe era sonna donc Charles IX , on le tient ai ce fut Popinion du temps , Monsieur de 7 se range à ce sentiment non ignara Re^ parente , dit.il. Monsieur de Mézeray f fie ce soupçon par une circonstance im tante. Le duc d'Anjou fut appelé à la <

pour la R'formation ^ ete. 5o|)

le de Pologne , il partoit avec regret r aller régner ou plutôt servir au milieu ette nation farouche : son frère le chassa àt qu'il ne le congédia. Et la reine mère lii disant adieu , entre les embrassemens ^ armes et les sanglots , laissa imprnJem" t échapper ces paroles , allez mon /ils

n*y demeurerez pas longtemps, lesquels* étant entendues de plusieurs augmenté^'

fort les sinistres soupçons cju^on avoii % maladie du roi.

fut là un coup de son métier ordinaire, car étoit maîtresse d'empoisonnemens aussi

qued'enchantemens^ l'un ne va pas sans Ire. Le prince de Château Portien , les duca (ouillon , de Longueville et d'Uzès , le ma** al de Bellegarde et plusieurs autres en Toient dire des nouvelles s'ils revenoient iutre monde où elle les a envoyés. Pour » d'essai en cet art^ elle avoit fait un coup attre par l'empoisonnement de François phin , fils aîné de François I ,qui fut emmné parMontecucuIi , italien. Il eut tant délité pour elle qu'il chargea les impê cde soncrime> mais sans aucune apparen.

9 raison , et les impériaux en accusèrent erinede Médicis. On la soupçonna aussi lir empoisonné François II, le premier de

iifans ^uî porta la cpuronue. l^V ^\i^^i3w

3ro Apologie

put dire qu'elle n'avoit épargné aucun de enfans , elle fut delà conjuration de la 1 contre Henri Ill^afin de faire régner les en de sa fille mariée au duc de Lorraine. Il droit faire un livre tout exprès si Ton voi faire la liste de toutes les iniquités de c femme. On en peut voir une partie dans les ditions aux mémoires de Castelnau, bien pi vées par des pièces- authentiques. L'on j lire là dedans ce qu'elle fit dans TafFaire de conas et de la Molle auxquels elle fit coupe tête , et la manière dont elle traita alors fils le duc d'Alençon etle roi de Navarre fut depuis roi de France. Elle oublia si qu^elle éloitmère, (i) que Henri IV^ prince turellenient débonnaire , exhorta le duc c lençon à oublier qu'il étoit fils, lui conseil! de faire le malade , de prier sa mère de le

\ nir voir , d'éloigner sa suite sous prétexte dire un secret etde Fétrangler. Il fallut un s^éten Jre sur le caractère de cette femme p ce qu'elle est la principale cause de tout désordres .que Ton nous impute»

Jugez un peu quels peurent être les enf

. d'une telle mère ^ nourris de tels exem] et imbus de telles maximes \ Charles IX nourri dans le sang dès son berceau : H< II son père ,1'avoit accoutnméaux specta

pour la Rèformaiion , etc. 5i i

fanglans par les supplices des réformés. La tragédie d'Amboise le fit baigner dans un fleuve de sang, les Guises crioient toujours au feu et au meurtre et tout cela avoit rendu ce prince si farouche que les tigres de la Libie l'étoient à peine davantage. Je ne parlerai point de fies débauches desquelles la reine de Navarre nous disoit ci-dessus , que c*étoit une pitiés Je ne dirai rien des horribles juremens dont il accompagnoit tous ses discours, (1) je dirai seulement qu'il étoit capable de recevoir les conseils les plus violens et de les exécuter avec la dernière cruauté. Témoin le dessseia qu'il eut de faire tuer le duc de Guise parce que Vamour que ce duc avoit pour Marguerite de Valois retar doit le mariage avec Henri roi de Navarre, et par conséquent le massacre de la St.. Barthélémy , qu'il méditoit sous le prétexte de ce mariage. Uamour que le duc de Guise avoit pour cette princessf' y fai» soit quelque obstacle. C2) Le roi qui *''toit extré^^ mement violent j s'en étant apperçu avoit com^ mandé a Henri d^ Angoulême son frère bâtard ûe le tuer comme il iroit à la chasse. Témoin le cruel massacre de la St. Barthélémy dans lequel lui même descendit du trône pour devenir massacreur et bourreau. Brantôme as-

( 1 ) Voi. addit. au Labour. Uv. 2. p. «7. ^2) Mçzer»

5u apologie

sure que depuis le bord la Seîne il tiroit sur les huguenots du fauxbourg St. Genuain avec une arquebuse à croc. Pas un des historiens n'a oublié do remarquer qu'il voulut voir l'amiral mort et qu'il fit à sa mémoire des indignités effroyables. Le sieur Maimbourg n'a pu s'empêcher de le blâmer en cet endroit. Mais rien ne me paroit d'un caractère furieux comme ce qui est rapporté dans une pièce tirée des recueils de Monsieur de Peyreck ce célèbre conseiller du parlement d'Aix en Provence, (i) Le mémoire dit que Charles IX envoya un oï:dre après la St. Barthélémy au comté de Tende de faire massacrer tous les huguenots delà Provence, mais il y avoit une apostille secrète qui lui commandoit de nepoint faire ce massacre. Le gouverneur ne savoit donc à quoi s'en tenir , il voyoit un envoyé exprès de la cour pour commander le massacrei et il trouve une apostille qui le défend. Il envoyé à la cour pour être éclairci, et on lui rapporta un ordre bien précis de tout massacrer; il étoit près d'exécuter cet ordre quand 1 la mort l'arrêta. Le comte de Çarces qui devoit exécuter cette sanglante commission, voyant le comte de Tende mort, ne voulut point paginer outre à une action si violente^ et qui lui

faîsoit

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( ii Aû^» du Labotti» lom. 3k. ^ < U .

pour la Rêformàtion 5 été. 5i5 •

faisolt horreur sans avoir un ordre de la cour adressé expressément à lui. Il envoya un nommé Vauclause auquel le roi donna audience et pour s^assurer de sa fidélité et du secret il lui dit ces mots. » Dites au comte de Carces )) qu'à peine de sa vie et de vous aussi de n'é- ]» venter et tenir secret ce qu'il vouloit dire : )) Et c'étoit ce que le dit comte de Carces .na « mit point à exécution la tuerie des hu^ue-*' )> nots suivant ce qu'il avoit mandé par la Molr » le , d'autant qu'il avoit résolu de faire une )) entreprise de grande importance^ et que si r> on faisoit la tuerie en Provence, cela pour-: » roit détourn&r la sienne* Et tout soudain "$ sa Majesté prit derrière son chevet de lit » six couteaux de la longueur du bras fort )» tranchans. Car ils étoient six pour exécutée; "» la dite entreprise aux Tuileries , savoir D Sa Majesté secondée de Fontaine son écuyer^ » Monsieur son frère secondé par le sieur de D Vins, et Monsieur de Guise secondé par'^ » le sieur de Vaux.'' Ce sont les propres motsr du mémoire. Et c^est à mon sens le plus grand exemple de férocité qui soit dans Phistoire 2 qu^un roi qui a mille et mille ministres pour exécuter ses desseins violens s^éri^e lui mémo en assassin, et se fasse seconder par son frèro et par le premier de ses favoris 1 Cette actioa gue Charles IX xnéditoit q^^VàV V ^^^^^\i^^

5i4 apologie

d'Henri roi de Navarre el du prince de Condéi qui étoient en prison et qu'il devoit envoyer chercher sous prétexte de parler à eux dans }es Tuileries.

Pour ce qui est de Henri III, il avoit parfaitement étudié et imitéles mœurs de sa mère, C'éloit cebien aimé duc d^Anjou dont le prieur de Juvigné parle ainsi : )) La reine Catherine )) choisit entre tous ses enfans le duc d'Anjoa }) pour son fidèle et pour son bien aimé, (l)et 30 croyant brouiller dans son éducation du sel » de Florence pour le rendre le, plus habile D de ses frères, il se trouva par une malheureur |) se expérience qu'elle avoit empoisonné Bt% )) mœurs , parce que le sang de France se cor? )) rompt plutôt qu'il ne se conserva par cetto )) prétendue sagesse étrangèrejqui n'cstpropre 1) qu'au gouvernement d'un état usurpé dans )) un p^ys où il n'y en a pas de légitime , et )» qui est si plein d'exemples de tyrannie^ue D les hommes d'esprit ne s'étudient qu'à la D politique, les uns pour dominer, les autres î) pour se préserver d^une domination qui y -^) est plus rude que parmi tout autre peuplCf j> Elle nourrit ce prince dans la dissimulatioD| }y elle lui forma une religion suivant les inp téréts qu'il devoit épouser, et lui ordorinft )) principalement un extérieur dévot jusqu^^

pour la Jtéjormation , ete^ Si 5

D la superstition afin qu'on pût attribuer au » seulzèlepour lafoi cequ'ilferôit pour éta« » blissemenl/' Voilà quel étoit le caractère da temps : toutes sortes de crimes étoient couverts du manteau de la religion. Dans cette . courcorrompue et dans cette école de politique ce pauvre prince devint Tun des hommes da monde , et le plus malheureux et le plus corrompu. Toute la terre sait ses dévotions, ses confréries , ses pèlerinages y ses processions solennelles, et en même temps on sait que là« dessous étoit caché un intérieur affreux, qu'il avoit ses mignons dans ses heures habillés en cordeliers , qu'il avoit un coffre qui lui servoit de trébuchet pour y prendre les hommes qu'il vouloit violer, que ses dévotions ééla-« lantes couvroient toujours quelque galanterie Griniinelle , et qu'enfin après avoir fait sou apprentissage de débauches sur sa propre sœur. il s'abandonna à tous les excès imaginables^ On sait encore qu'il étoit le principal ministre des fureurs de sa mère; que ce fut avec elle qu'il trama cette longue suite de trahisons qui fit éclore le massacre de la St. Barthélémy • A^oilà les. trois principaux acteurs de çetta sanglante tragédie qui a duré plus de 5o ans: et i^on peut juger de quelle nature étoit la pièce qu'ils jouoient. Je ne saurois mieux conr nclure cet éloge des derniers ]^t\Ti^^^^^\^\3&Skv».

9x6 Apologie

Bon de Valois que par le mot de Jean de Mor- \iHers , évéque d^Orléans et garde des sceaux sous Charles IX, qui parvint jusqu'au règne de Henri III. Il écrivoit très bien pour soti siècle; ses amis l'exhortoient à écrire This-* toire de son temps et de ce qu'il avoit vu ; il répondit je suis trop sen^iteur de nos rois pour écrire leur histoire. Ce seul mot signifie tout ce qu'il auroit pu dire de plus désavantageux nux rois de la famille mourante des JValois.

Le roi de Navarre Antoine de Bourbon fut le quatrième personnage. Dieu sait que! hom-* me c^étoit ! Tout le monde avoue que c'étoit le plus pauvre homme du monde et le plus foible;) un vain fantôme que la maison de Guise trouva moyen d'attirer dans son parti y pour Je couvrir de ce grand nom du premier prince du sang après les Valois. Il étoit huguenot aussi bien que Jeanne d'Atbret sa femme: mais il se fit catholique romain. Le sieur Maim ^ bourg appelle son changement une belle conr version. Cependant lui même avoue, que ce changement se fît par des motifs les plus lâches qui se puissent voir selon les règles de l'évangile , car ce furent toutes des considérations d'intérêt, prises des promesses qu'on lui fit de faciliter son avènement à la couronne si la l'ace des Valois venoît à manquer, (i) deà esr

pour la RéforrnaiUm , etc. 5i 7

pêrances vaines qu'on lui donna de retirer la Nayarre des mains des Espagnols , et d'autres pitoyables chimères dont on le berça. Au reste le sieur Maimbourg tombe d'accord que c'é-^ toit un prince voluptueux ce qui énervoit les forces de son esprit , qu^il avoit dans Vame un grand fonds de paresse ^ de lenteur, d'ir^ résolution et d'inconstance^ et qu^on le menoit aisément comme on voulait même d^une ex^ trémité à Poutre. Il étoit si fort irrésolu qu^il mourut sans savoir de quelle religion il étoit* Lies auteurs catholiques romains se font un lionneur de sa persévérance en la religion ro* xnaine. Mais le président de Thou qui est plus sincère^ avoue qu'il mourut plutôt luthérien) Enfin , dit-il , il déclara que 0HI revenait au monde y il embrasseroit la confession d^jéugS'iourg pour y vivre et* pour y mourir» (1) Un homme de ce caractère ne pouvoit faire ni grand bien ni grand honneur dans un parti. Alais il est temps que nous examinions un peu les qualités de ces fameux triumvirs , le duc de Guise et son frère qui ne faisoient qu'une tête 9 le connétable de Montmorency et le maréchal de St. André, Ce furent eux qui. jurèrent ensemble solennellement la perte du parti huguenot, et en même temps celle de la famille des Bourbons. Il faut un peu voir

8>i8 Apologie

par leur caractère si ce fut le zèle catholiqae qui les engagea dans cette partie.

Le duc de (xuise est le héros des historiens catholiques romains. Jamais on ne porta si loin les louanges d'un homme que celles de celui-ci. Je rie viens point ici lui disputer ses belles qualités , je crois qu'il étoit vaillant 5 brave soldat , grand capitaine^ l'un des plus sages politiques de son tempsv Mais Ton ne sauroit lui disputer aussi le titre du plus ambitieux homme de son siècle, si Ton en excepte le cardinal de Lorraine son frère. Pour peu que l'on soit sincère on ne peut nier qu'il n'eût en vue de se frayer le chemin à la couronne pour lui et pour sa maison, la branche des Valois venant â man<quer. Et c'est pourquoi le principe de son grand zèle étoit indubitablement le dessein qu'il avoît d'^éteîndre absolument la famille des Bourbons. C'est de quoi il se chargea par un article exprès dans le traité qu'il fit avec Montmorency et St. ^André, quand ils for^ ttièrent cette ligue qui fut appelée le Triumvirat. Dans ce même dessein l'on fit paroître en ce temps-là une généalogie qui faisoit descendre la maison de Guise de ce Charles de Lorraine , oncle et légitime héritier de %>uis V, dernier roi de France , de la race de Char- Jemagne^ auquel les èlals ol^t^xvlla couronne

pour la RêfoTTtiation y etc^ SÏ9

pour la donner à Hugues Càpet. Dans la mê* TûeTue cette maison prit le nom du duc d^An- }ou. ( 1 ) On dit qu^ ayant toujours affecté de passer pour être de la maisonsoyale , il prit le nom d^ Anjou dans le contrat de mariage qui fut signé à Ferrare^ ce quHl y a de plus certain c^est que divers éc/ipains de ce pays» là ^parlant du duc de Guise et du carJi' nal son frère , leur donnent le nom d^ Anjou guHls n*ont jamais osé prendre en France;^ Ce sont les paroles d'un auteur moderne qui a écrit depuis peu la vie du duc de Guise. Ceux qui ont justifié les pensées de ces princes de Guise , les excusent parce que Tambîtion est le vice de toutes les grandes âmes. (a) JUais c'est le crime des belles âmes, dit le Laboureur , que la république romaine con" damnoit ai^ec éloge sous le nom d^Ambitus, et dont elle tenoit d honneur de dêcoui^rir plusieurs coupables. Il est encore très vrai qu'on pouvoit avoir de très justes soupçons d*un homme du mérite et de la qualité du duc y qui pouvoit trouver assez de prétextes parmi les anciennes prétentions de sa mai-son pour se servir de V exemple de Hugues Capet , ou du moins pour faire le Hugues le gMnd et le duc de France , ou bien le

( ) ) La vie de François de Lorraine , duc de Guise* (i) Adcitioad^ Ji>. H. j^. 405.

5âo apologie

Charles Martel et le maire du palais : car toutes les souveraines autorités de France se sont enfin terminées en royauté. Il y a même «des auteurs qui croient avec beaucoup de vrai* semblance que le nom de huguenot , qui est un nom de faction , a tiré son origine de ce que les protestans de France lenoient pour k postérité de Hugues Capet , contrer les prétentions de la maison de Guise , qui vouloit arriver à la couronne par les droits du sang de Charlemagne. Voici comme en parle un auteur du siècle passé, ^i ) En ce temps là on commença à mettre en usage Je mot de huguenot^ nom de faction^ comme pour re» présenter que Vun des partis sontenoit le droit que la lignée de Hugues Capet oi/oit à la couronne , et transmis d ses successeurs, et pour opposer à Vautre parti que Von di^ soit soutenir que Hugues Capet étoit usurpateur de la couronne , et que de droit elle appartenoit aux successeurs de Charlemagne. Ce qui rend cette origine du nom de huguenot plus vraisemblable qu'aucune autre, c^est qu'en effet M. de Mézeray et les historiens du temps nous apprennent que les protestans firent en ce temps-là plusieurs livres pour soutenir les droits de succession à la couron-

( 1 ) Des œuvres posthumes^ etc. de Gui Coquille , sieur de Roiii VBf, Dialoiue$ sur les caus«» 4^ ^.^^.^ ^ ^^ Francej»

pour ta Réformûtion , ete. .5a i

ne , du roi de Navarre et du prince de Condé^ descendus de Hugues Cajoet . contre ceux qui eoutenoient les djj;àtaulfiA.^.Iu:iaQiei9.jdfî^ ae j comme descendus du sang de .Cbiajc* lemagne et des rois de la seconde race. Jcut.. cela fiU ca^iie q«J3 IfiiS^ Gjiisaj^ les

protestans par railleri^/ZlS^gaiflûfa) Fra Paolo, dans son histoire du Concile de Trente , croit que ce nom est venu de Genève et des Suisses, et que c^est un mot corrompu ^çi%]fx\i^JËuLi^>. f[(mossen^(\\x\ signij§.6Lailié8.C^est l'opinion que le sieur Maimbourg a suivie et que je jugeois autrefois la meilleure. Mais y Monsieur , j'en 6uis revenu , en considérant que quand ce nom a paru au monde il y avoit près de trente ans que Genève étoit réformée. Et ce nom étoit encore inconnu dans'Genève^ dans laSa» voye, dans la Suis&e et dans tous les pays circonvoisins;- c'est pourtant la qu'il auroit dû premièrement être connu , s'il avoit tiré son origine de là. Tout le monde est d'accord qu'il a pris naissance dans la Tourraine. C'est pourquoi quelques- uns veulent qu'il soit venu d'un certain Lutin « qui , selon l'opinion du vulgaire , couroit les rues de Tours tonte la nuit. Et parce que les protestans n'alloient à leurs dévotions que la nuit, dans la Tou« raine on les appela, dit-on , huguenots : qui est-ce qui auroit transporté en Tourrala^ ^^

59 s Apologie

siom y trente ans après sa naissance , de Ge* Xicve où il n'avoit jamais été connu ? De plas il est encore très certain que ce nom parut précisément danà le temps de la conjuration d'Amboise , c'est à- dire dans la grande fer* venr de la querelle entre la maison de Bourbon descendue de Hngues Capet et la maison de Guise qui se fait descendre de la seconde race de nos rois. Je voudrcis bien savoir où ce nom se seroit tenu si bien caché durant trente ans que le Calvinisme aroit été si connu en France pour paroifre justement dans ce temps-là ? C'est un nom de faction , tout le monde l'avoue , et il se trouve que la faction qui le porte est justement celle qui défend les Hugues et les descendans de Hognesy il est donc clair qu'ils furent appelés huf^nenots du nom de Hugues , et je n'en saurois douter après ces réflexions. C'est pourquoi bien loin de nous faire une honte de ce nom de huguenot , je prétends que nous nous en devons faire un honneur ; car c'est un titre de notre Odélité pour nos rois qui régnent aujourd'hui, et depuis Henri iV". Je reviens aux prétentions de la maison de Guise et à ses desseins*. Brantôme fait là-dessus des confes-eions qui sont fort singulières. Nous ayons déjà vu qu'il étoit la ciéature de cette maî-

fon de Guise ^ tt sans doute il en savoit les

pour la Rêfortnatlon , etc. 5s5

«ecréts. ( i ) <( Ces deux moyens , dit-il^ Vnn 9) du prétexte et défense de la religion ca« )) tholique , et Tautre des forces que M. de )> Guise avoit a sa disposition , éloient très- D granfis pour se faire très -grand et pour at- » tirer toute la France à son parti. Et par » ainsi il se fût saisi de la personne du roi, D et eussions vu possible la France plus lieu- I» reuse qu'elle n'a été et qu'elle n'est» )> Voilà selon Brantôme 9 toutes choses disposées à fai« re le duc de (iuise roi. A quoi il ajoute , que même Monsieur le cardinal son frère Vy poussoit frt. Il veut après cela que nous croyons que le duc de Guise , par une excessive délicatesse de conscience, s'est arrêté au pied du trône sans y vouloir monter. 0 Mais , dit il , il n^y voulut jamais entendre^ •) disant qu'il n'étoit de Dieu et de la raison f) d'usurper le droit et l'autorité d'ûutrui ; ) mais pourtant pour chose de telle impor* > tance cela se pouvoit faire justement , ainsi ) étoit trop consciencieux ce coup- là p le boa ) et brave prince. » C'est-à-dire que, selon Brantôme • le duc eut fort bien fait de se sai- ;ir de la personne de Charles IX , après la nort de François II , de le mettre dans un rloître lui et ses deux frères , et de couper la été au roi de Navarre et au prince de Condé ;

( 1 ) Eloje do âac de Gu se^ Tom. tlU

5fl4 jipoîogle

car îl n'en falloît pas moins. Après cela si l'on doute que ce Brantôme fut esclave de cette maison ) on sera bien incrédule. Ce que Ton peut tirer de certain de tout ceci , c'est que le dessein de la maison en général étoit de se rendre maîtresse du trône et de la couronne et qu'ils n'étoient partagés que sur la manière* Le cardinal vouloit que cela se fit €ur le champ et sans façon , le duc qui étoit plus sage et moins emporté vouloit laisser mourir ceux qui étoient en possession. Mais qu'il eut le dessein d'exclure de la couronne la famille des Bourbons pour se mettre eo leur place , et que ce dessein n'ait passé à ses enfans , c'est une témérité que de le nier , car la chose est évidente. Le cardinal de Lor* Taine , après la mort de son frère , éleva son jieveu dans ces projets ambitieux : et c'est ce qui lui donna la penbée de former la ligue •contre Henri III , auquel le cardinal de Guise offroit de faire la couronne de moine avec la pointe d'un poignard. Si Henri lll n'eût été bien convaincu que cette maison n'en vouloit pas à moins qu'à sa couronne, il n'auroit jamais entrepris de faire le grand coup qu'ilfitàBlois, lâihe et timide comme il étoit devenu. Après lout on ne sauroil justifier le duc de Guise , puisqu'il étoit le ministre des fureurs et des passions de son frère le cardinal^ le plus am-;^

pourîa Rèformation , eU. $fiS

bitîeux , le plus superbe , le plus cruel et le plus méch'Hnt de tous les hommes. C'est un éloge que nous n'avons pas besoin de justi* fier , je ne vois personne qui n'en demeure d'accord de manière ou d'autre. Ceux qui flattent cette maison tournent la chose un peu phts délicatement , mais ce qu^ils en disent revient toujours au même sens. Branlome , l'adorateur des Guises , ne laisse pas d'avouer que te cardinal avoit l'ame basse j qu^il étoit poltron et que s'il eût eu autant de courage que son frère , il auroit levé liautement l'enseigne de la rébellion et auroit mis un des siens sur le trône des français. Je ne sais si le chancelier de l'Hôpital les connoissoit bien , au moins les devoit il bien connoi« tre; mais il assure dans son testament , tju'ils n'avaient ni pitié ni religion. Le caractère du cardinal sera mis en son plein jour , quand sous parlerons de la conduite de son parti. . Je passe à la seconde personne de ce que nos huguenots appelèrent le triumvirat^ c'efrt le connétable ^de Montmorency. On veut que ce soit un grand héros, et que le zèle de la religion catholique l'ait engagé dans cette allianr ce. La vérité est que c'étoit un homme d'une vertu farouche qui passoit jusqu'à la. dernière cruauté* Brantôme nous appi end qu'il eut bien l'audace et la brutalité de solliciter Fcauqo\& l^

ia6 Apologie

à faire mourir Marguerite de Valois, (i) sœul? du roi et reine de Navarre w IVlonsitiur de )) Montmorency tn ha plus grande faveur dis- » courant un jour avec le roi, ne fit «lîfficulté )) ni scrupule de lui »îire que s'il vouloit bien )) exterminer les hérétiques de son royaume, » il falioit commencer à sa cour et û srs plus » proches, l'.ii nommant la reine sa sœur. A D quoi leroiréponditrneparJonb point de celle* D là» elle m'aime trop et ne croira jamais que D ce que je croirai/^ Au commencement delà guerre civile, il pendoil tous les prisonniers sans uiiséricor<le , et pour toute raison il leur disoit , puisque vous marchez sur vos têtes et nous sur n*'S pixels , il fut que vous paS' sir^z par là. Si Ton veut lire son élo^e dans Brantôme on y rtvcnnoîira vn caractère fort singulier. C'étoir une assez plaisante déVutioa que la sienne ♦ il étoit fort soigneux de dire ses patrenôtren , mais tout en tournant son chapelet il faiboit étrangler un innoceut. Et de là vint le provci he . Dieu nous garde des ^atenôlr^^s du connelable. Au reste le zèle pour la religion ne fut point comine Ton prétend ce qui le fit renoncer à la querelle de sa maison pour se léunir avec les Guises. C'étoit la crainte qu'il eut que le gouverneîment venant à changer , on ne lui lit rendre

pont îa Rêformatinn , élc^ ^af

i?ompte des sommes immenses dont Henri II Ta- Voit enrichi , comme on l'en menaçoit. Il m© semble que personne ne mérite mieux d'êlre cru là dessus que Castelnau qui vivoît alors , et qui avoit tant de part aux affaires : voici •e qu'il (lit: Quelq es uns désirant de les voir réunis ensemble ^ (i) dirent au connétable y au duc d' GuJ,>e et au maréchal de St. André gu le roi d^ Navarre et le prince de Condé à r instance et suscitation des protestans leur i/ouff tient faire rendre compte desfinances de France ijuils avoient maniées sous le roi Henri y et le roi François II et répéter les dons ercf^ssijs / eux faits, à guoi s^ils ne remé^ df<)ient , leurs mnisons en seroient ruinas» Et un peu après il ajoute. Ijtrs , Its ftfl^ t: ans , serviteurs et amis de toutes ces ruai'* anns^là ainsi unisj donnèrent un muuvaicn p eux protestât s lesquels Jirent une lottfde faute. Car éUinî paisibles dins rexercid de leur religion ils Sf.' voulurent mêfer trop avant des affaires d'état et proposèrent qu^il foll it faire rendre compte d ceux qui auoient maii.é le*y finances ^ comme s^ils eussent été trésoriers ou receveurs. Y oilk la vraie cause de l'union des Triumvirs et la corde par laquelle la mei^ son «le Guise mit aussi le maréchal «le St. André dans ses intérêts. Le maréchtiî de SU

(1 ) Memoirçsde CasteUiau^ Uy, i.

5^ jipologié

André , dît M. de Mézeray , Seigneur aussi brave que spirituel et poli : ( i ) mais ûbtmé dans le luxe et noyé de dettes se déi^oua en^ tièrement à eux et promit au duc de donner ea fille d tel de ses fils qu'ail lui plairait , avec tous ses biens de lui et de sa femme, se réservant seulement V usufruit sa vie durant, C^est qu'il craignait d'être accablé de ses créanciers sHl venait d sortir de la cour. Au reste et Montmorency et St. André avoient bien sujet de craindre ces restitutions, car les étals avoient déjà ordonné sous François II , qu^on examineroit la manière dont les deniers avoient été adnûni?ttrés , et qu'on obligeroit à restituer coux qui en seroient saisis. Tout ce que Ton ]4|K dire de plus favorable pour le connétable c'est que le bon homme étoit savant en religion comme un soldat et que les Guises abusèrent de son ignorance et de sa facilité, pour se servir de son nom et de son crédit à établir leur domination. Nos huguenots qui se vengeoient en bon mots ne pouvant faire pis , l'appeloient le capitaine brûle banc y parce qu'en grand appareil il alla brûler la chaire eties bancs du. lieu dé Popincourt où ils avoient commencé de faire leurs exercices. Il ne reste du Triumvirat que le maréchal de St. André dont M. de Méz ray vient de nous

(i) yiç de Cliarlcs IX.

pour ta R^ formation , etc. ÎJJ

parler, llîen n'est admirable comme de voir cet homme faire une ligue pour la défense de la foi, lui qui n'avoit ni religion^ ni foi, ni loi. Brantôme nous le dépeint comme un Luculle , comme un homme perdu de débauches. II est bon de lire le portrait que nous en'fait le Laboureur, (i) )> Les belles qualités » de ce maréchal m'empécheroient de publier > ses défauts , s'il n'étoit nécessaire de faire )> un exemple de la vanité de tous ses titres » et de tous ses desseins pour ceux qui sont y> dans les mêmes maximes et dans les mêmes )) voies. Mais d'autre part appellerons-nous )> de belles qualités , ces malheureux moyeus » de la ruine des états , une ambition sans i> bornes , une avarice effrénée , et une pasw sion d'intérêt prétexte du service du roi , » qui rend un homme furieux dans son gou- » vernement par tout ou s'étend son autorité, ))' et partout encore où il répand ses conseils? » C^étoient les qualités du maréchal de St. )> Andréa qui s'éleva autant par les adresses >} de cour que par ses exploits de guerre: quoi* » qu'il fut très vaillant et grand capitaine : D et lequel pour se maintenir par les mêmes i> intrigues quil'avoient avancé, tint le royau* }> me et la maison royale en division > et )) fut plus âpre à la confiscation qu'à la dé-

(1 ) Additions , etd Tom, 2|. ^U

55à Apologie

)> faite des rebelles et des huguenots.'^ Après cela il ajoute ses réflexions et dit entr' autres choses en parlant de la manière dont la cour fut gouvernée, sous le maréchal de St. André: l> Croira- t'on leur gouvernement heureux s'il )> désole les maisons et les fortunes légitimes^ )> et s^il les expose a la discrétion du soldat D ou de Texacteur ? S'ils prennent pour pré- » texte de la guerre l'intérêt de la religion^ et I) qu'ils vivent comme des impies , abandon^ I) nés à toutes les passions du siècle? Diraî) t*on queleur hypocrisiesoit moins criminelle » que l'aveuglement des hérétiques, et qu'elle » ne soit pas encore plus à craindre par le pé- 1) rîl où ils exposent la religion , etc. En vé- » rite il falloit plutôt opposer aux huguenots » unbel exemple de vie et une sérieuse réfor- » mation de moeurs que d'entreprendre de » les débeller à force d'armes. Ou bien il fal- » loit plus de charité que d'intérêt^ princi- 9 paiement de la part de ce maréchal qui » porta toutes choses à l'extrémité par det » conseils violens , et qui continua de satis- » faire son avarice par la dépouille des héréti- 1) ques.'' Voilà en abrégé le portrait du Triumvirat, et la source de ce beau zèle de relv-

. gion : l'un veut devenir grand par la ruine da ses ennemis, l'autre veut frustrer ses créan-

jphra et trouver de qjxoi iouiuir à son luxe et

pour la Réformation , ete. 55 i

868 débauches par les confiscations. Unf itre se veut garantir de la restitution à lajelle on le veut obliger. Comme nous vous )yez que ce ne sont point des huguenots^qui 3U8 ont appris cela : et c'est pourtant tout 5 qu'ils nous auroient pu dire. ^

Il reste encore trois personnes qui se sont ctrêmement distinguées dans ce parti ,Ie\duc 5 Montpensier , le maréchal de Monluc et maréchal de Tavanes. Montpensier et Tames étoient les deux premiers bourreanx du assacre de la St. Barthélémy. Le duc de uise animé à la vengeance par la mort B son père, ne faisoit rien en comparaison 'eux : il sauva plus de cinq cents personnes ans son hôtel en les arrachant à la fureur de ^5 deux chefs d'assassins : Brantôme nous )prend de quelle manière le maréchal de Tames se conduisit dans cette horrible journée, nous dit premièrement qu'il en fut le preier instigateur et le plus violent exécuteur. B prévôt des marchands et les principaux de iris ne pouvant ccfnsentir à suivre les ordres je le roi leur donnoit là-dessus, Tavanes *it la parole devant le roi , et les menaça de 8 faire tous pendre s'ils n'obéissoîent. '^ Saignez, saignez, ( alloit* il criant dans lesrues I Paris ) ) les médecins disent que la saignée est bonne dans tout le mois â? ao\3\ ^oiscov^.

►♦».*^ *^ÊÊ*- •^ -* «*^ 4*- — «> ■

85d jipologiâ

D dans le mois de Mai. a De toas ceux qid tombèrent dans ses mains il n'épargna qu'un seul homme. Ensuite il oiTrit au roi d'aller eu Gujenne faire ce qu'il avoit fait a Paris. En effet il étoit parti avec une armée pour celsj mais Dieu l'arrêta tout court à Chartres , à six lieues de Paris, où il tomba malade et mourut enragé. Ce que le Laboureur rapporte de ce maréchal de Tayanes^ peut servira faire con-^ noitre son caractère. On traitoit du mariage du duc d'Alençon avec Elisabeth reine d'Angleterre. Le Comte de Leycester étoit ambassadeur à Paris pour cette affaire: sur celaTa- Vanes dit au duc d'Alençon > '^ Milord Robert ^ vous veut faire épouser son amie , faites-loi ^5 épouser Châteauneuf qui est la vôtre , vous ,, lui rendrez le panache qu'il vous veut donj, ner. « Se peut-il rien déplus insolent contre une grande reine , et contre son maître?

Le duc de Mont pensier est connu dans l'histoire pour l'un de ceux qui agit avec plus de fureur et de cruauté dans ces guerres de reli* gion* L'histoire que l'auteur de la critique gé* nérale a tirée de Brantôme suffit pour faire connoitre son caractère : des prisonniers qu'il fai- . soit , il roettoit les hommes entre les mains du bourreau pour être pendus , et les femmes entre celles de son Guidon pour être violées. On J^nt pour assuré qu^il ne se porta avec tant

. Si

pour la Réformation , etc^ 535

3e violence dans ces guerres qu'aGn de faire périr la branche du roi de Navarre pour faire règnerla sienne ) car il étoit prince du sang royal et de la famille des Bourbons. On voyoit bien dans sa conduite qu'il n'y avoit qu'une E>ure politique et point de religion. Car ce grand et zélé catholique avoit-il besoin des [luguenots y ilacceptoit leur service sans fajon : comme il fit dans la querelle qu'il eut airec le duc deNevers. Le roi de Navarre , qui depuis fut Henri IV, s'offrit au duc de Montpensier avec tous ses huguenots ( \) qu^il ao* ceptefort librement et très volontiers sans au-^ ûun respect de la religion contraire à la hugue* note. Cette action et quelques s.\xire^ firent pen^ seret dire à aucuns quHlse laissoit plus domi^ nerd son contentement et à son ambition qu^à sa religion, ce n^ eût pas fait son grand patron fe roi St. Louis' auec les Sarrasins , disoit»on. Quant à Montluc , il nous a épargné lapei^ pe de faire son portrait. Il nous a laissé ses com* mentaires, c'est à dire l'histoire de ses actionSê On a dit de lui y multafecitplura scripsit.lEtn effet ce livre est rempli de la plusimpertinentp vanité qui soit au monde. A chaque rencontre^ piège^bataille et combat qu'il décrit après yavoir rapporté en style de rodomont ses belles {iCtions> il apostrophe les gens de sa profession

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554 apologie

pour les obligera le prendre pour modèle, (i) ^ » Ol capitaines, que vous pouvez prendre ici )» un bel exemple , etc. Vous ne devez pas )» dédaigner d'apprendre quelque chose de moi j> qui suis le plus vieux capitaine de France. D Or Seigneurs et mes compagnons qui lisez )) mon livre, prenez exemple a la diligence et » hâtive exécution que je fis. '^ D'autre part il ne fait aucun mystère de ses brutalités et de ses barbaries. Il se représente ayant toujours derrière lui deux bourreaux qu'on appeloit ses laquais , auxquels il ne faisoit que dire frap» pe vilain , et incontinfent un pauvre innocent étoit exécuté. Il avoue que tous les chemins par où il avoit passé étoient distingués par les hommes qu'on trouvoit pendus à tous les arbres. Il se représisnte en un autre lieu jurant comme un démon , et prêt à enfoncer l'épée dans le ventre des juges établis pour faire justice des violences , à cause qu'ils vouloient punir selon les ordres du roi , des gens qui avoient massacré les huguenots de Cahors. IJi ^'introduit arrachant deux innocens des mains des juges pour les pendre , ce qu'il lit eu le9 faisant attacher aux barreaux des fenêtres d^ ia prison où on les tenoit enfermés. Ilfait gloi* re d'avoir massacré un grand nombre d'hommes et de femmes , et il se fait tenir des di|,i

/ i; JPrém. pa^t. |^. 4U. Z.\|ul.)i. Uy^

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cours qui sentent l'enragé et rhomme hors da sens. Ainsi l'on peut dire que cet homme étoit v un composé de sotte gloire et de cruelle bru* talité y l'une et l'autre dans le plus éminent degré où jamais on les ait vues. Voilà le portrait fidèle de ce parti qui combattoit pour la foi contre Thérésie^ à ce que l'on dit.

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