‹ Histoire du CalvinismeChapitre 17 sur 30 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Que pour bien connaître c^s deux partis it faut examiner l^ur conduite. Dins le parti papiste d la cur on voi^ règ er un esprit de trahison et de cruauté. Histoire des perfidies ft df'S conspirations de ce parti de la cour. Nie malignité des Guises et du papisme dans Vaff^aire d' Amboi^e , que cete conjuration n^étoit ni contre le roi ni contre Vétat, Conspirât nn de tuer tous les Iiugnen ts aux ttats d'Orléans , dessein d'assassiner le toi de Navarre \ in\q'dt('9 énormes de Vemprisannem nt et du procès fuit au prince de Cor.dé • condtdit*' perfide ile Cathprinn de 3Iê<licis : violation de redit ; perfide conduite pour oppnmer les ré formé fi après la paix d^ Orléans i autre perfidie aprè^ la paix de Chartres. Tlor^ rible conspiration pour éteindre tout d'un coup la maison de Navarre^

ES chapitres précédens doivent servjr ^ nous, fc^re conuoitre les /gç.T^o\\w«i%.^x ^^32!^.

S5# Apologie

agi dans ces grandes affaires , mais par chapitres suivans nous les connoîu ons enc mieux ; vous les connoitroz à leurs fruits trouve qu'il est raisonnable de justifier la rite de ce que dit Ir P. iVlaimbourg, que\ ce que la perjidtn et la cruauté ont inspiré fureur et de rage aux plue scélérate des i des paesés , a été renouvelle de la mérUi de nos pères. Mais il est juste aussi de [ cer ces cruautés et ces perfidies dans 1 véritable lieu , pour voir à qui elles doi^ être imputées I c^est ce que nous allons fa Si l'on rangeoit les pprfi^/ies et les cruai dans une seule histoire et selon l'ordre temps, la liste en seroit trop longue. Il v mieux les ranger en deux classes. Dans le c pitre suivant nous verrons les cruautés , inhumanités et les violence» qui furent ce mises par le parti catholique romain ; et d celui-ci nous verrons ses infidélités j ses [ fidies , ses trahisons « ses conspirations , calumnieS) ses fourbes et ses empoisonnem^ Nous suivrons dans cette histoire l'ordre temps.

Dans cet ordre pour connoître l'esprit

parti» il faudroit rapporter ici ces horril

calomnies que l'on inventa contre les réfori

pour les rendre odieux au puissances et •

peuples : ces effroyables accusation, de

pour la Reforjnatîon y etê. 85S

lèbrer des tnistères nocturnes et infernaux sem-^ blables a ceux des anciens Gnostiques y qui mangeoient des enfans et qui se méloient en« semble pour commettre des impuretés abomi-* nables, mais nous avons été obligés d'en par« 1er ailleurs. Il faut seulement remarquer qu'il n'y eut jamais de perfidie plus noire et plus infernale que celle-là de suborner des témoins pour attester de la vérité d'un fait aussi abo«^ minable, dont on savoit la fausseté, ce fut pourtant ce grand cardinal de Lorraine ^ ce dévot et ce catholique prélat ^ qui fut le pro« moteur et l'instigateur de cette cruelle per* sécution contre la réputation de ces honnêtes gens.

Je viens à l'affaire d'Âmboise , dont on fait tant de bruit ^ et dont nous aurons à parler plusieurs fois dans la suite. Pour le présent je n'en parle que pour remarquer deux in^ signes fourberies qu'y firent les Guises et le parti catholique romain. La première fut qu'ilâ persuadèrent au roi François II , enfant imbér cille à qui l'on faisoit croire tout ce qu'on von« loit, que cette conjuration étoit précisément contre sa vie et contre sa personne. Et cependant on avoit des preuves incontestables que la partie étoit faite uniquement contre la maisoa de Guise 9 qui vouloit établir l'inquisition en France^ et qui gouyernoil \^ xo^^xvssl^ ^^ >K

554 jépoiogiê

manièredumondelaplustyrannique. Onti

sur la V igneji secrétaire de la Benaudie, le 1

des conjurateurs dans lequel le premiei

ticle portoit formellement, çu^on ne i^ioi

en façon du monde la Majesté du roi^

reines et de toute la maison royale, ni VéU

royaume: Tous les conjurés persistèrent

cette affirmation jusqu'à la mort. Tout ce

y a d'auteurs judicieux et non passionni

demeurent d'accord. Alicbel de Castelnai

étoit alors fort avant dans les affaires^ el

étoit créature de la maison de Guise en

être cru. Il étoit alors auprès du roi, el

envoyé exprès pour découvrir quel éto

dessein des conjurateurs. Il nous dit exf

sèment que-ce qu'il apprit fut, Q\) » qu'

» voit été résolu dans l'assemblée de Nai

» qu'on se saisiroit des personnes du du

;) Guise et du Cardinal de Lorraine pour

)) faire leur procès sur plusieurs concussi

)) et crimes de lèze majesté que les dits ]

» testans prétendoient contr'eux, et qu'ai

2) fin la requête en seroit présentée ai

)) comme plusieurs quifurent pris, condar

D et exécuté» confessèrent sur les procès

)) leur furent Caits par devant le feu chanc

1) Oliver^ etc. et combien que l'on l'eût

3> à sus qu'ils avpient voulu, et s'étoient e

^i ) Jdénoiret du Ça|t«Uivi | Uy, U chap. 8. .

pour îa Èèfprmation , etc. ibè

t ces de tuer le roi , la reine sa mère et toutf » ceux du conseil, la plus commune et cer-^ » t^ine opinion étoit, quMls n'avoient autre » but et intention que d'exterminer la maison y> de Guise comme j'ai dit et tenir la main » forte à remettre et donner l'autorité aux 55 princes du sang qui étoient hors de crédit.'' Voilà un homme de poids qui parle de ce qu'il a vu et non pas de ce qu'il a ouï dire, et qui est plus digne de foi que mille petits historiens modernes, et que Brantôme le plus infidèle conteur qui soit au monde. Le cardinal de Lorraine ne manqua pas cette occasion de faire ides ennemis au roi de tous les ennemis de sa maison. Il gagna fa Vigne, serviteur de la Re* Tiaudie, et par la promesse d'éviter le gibet lui fit dire tout ce qu'il voulut, (i) Ce ne sont pas des huguenots qui disent cela , c'est le prieur de Juvigné. Le cardinal de Lorraine fit tout ce qu^il put pour y comprendre tous ses ennemis. Ily embrassa le prince de Condà par le moyen de la Vigne ^ secrétaire, pour éditer la corde quHl at^oit méritée, etc. Il eut 'le même dessein contre V amiral de Chastillvn et le sieur d^Andelot. Les oreilles du jeune roi qui é.toient fermées à tout le monde , et Ti'étoient accessibles qu'aux Guises étoient continuellement rebattues des noires descriptions

( 1 ) AdOifiow de Laboureur, Uy. 1% tUa^, \^. • ^ \

S&6 jépoiogiâ

%u'on loi faîsoit des attentats exécrables qu^ott Vouloit exécuter contre sa personne. Cependant ce pauvre prince eut assez d'esprit pour concevoir qu^il n'y avoit aucune apparence que ses sujets eussent une si furieuse haine contre un roi enfant, qui ne leur avoit encore fait mi bien ni mal. C'est pourquoi il leur dit nn jour: (i) gu^ai'je donc fait d mon peuple pour l^ obliger âme vouloir tant de mail ?P est* ce point à i/ous qu'on en veut Messieurs^ et ne êeroit'il point à propos gi^e voua vous retiras* si'iz quelque temps afin de voir si votre absence neferoit point cesser ces désordres 1 II n'y a rien de plus perfide^de plus lâche et de plus cri^ ninel que de charger des gens d'un crime dont ils nesont point coupables et de suborner pour cela des témoins. Je ne sauroi^ pas oublier la profonde <)issimulation du duc de Guise dans cette aii&ire d'Amboise. Le prince de Condé étoit accusé d'en être, il s'en purgea en cavalier. ^ Il en donna le démenti à tous ceux qui vou- ^ droient soutenir qu'il en étoit coupable et ^ leur offrit le combat de sa personne renon- ^ çant à sa qualité seulement pour cette oc* ^ casion. (a) Le duc de Guise par une pro- ^ fonde dissimulation loua sa générosité, et

^ dit qu'il étoit prêt aussi de soutenir son in<*

Y i ; Vte 41u âne de Gsise.

pour la Rflformafion , etû. 35y

Il nocence,^' c'est à dire par la même voie des armes en servant de second au prince* Cependant en secret il avoit été d^avis qu*on Varréiài Cela ne me paroit guères du c&rac« 1ère d'un héros comme on lefait. Il falloit laisj jer jouer ce personnage au cardinal de Lorraine qui étoit aussi fourbe que cruel. (i)M.da Mézeray nous dit bien que le duc de Quise a*, voit conseillé d'arrêter le prince de Condé^ mais il oublie de nous dire que le cardinal et son frère conseillèrent au roi de le tuer lu| même, et de lui enfoncer la dague dans le seiii comme en jouant avec lui. Le prince fut a« yerti de ce dessein , et se donna garde de cqt inauvais jeu. Voilà le caractère de ce hérosi^ L'autre iniquité frauduleuse qu'ils firent dans cette affaire, c'est qu'ils essayèrent de perâuaderàtoute la France que les huguenots étoient les seuls auteurs de cette çonjuratiojit cependant il est certain que là-dedans 6^

f oient entrés tous les mécontens du royaume* La Vigne fut trouvé chargé d^une déclaration particulière des protesta ns qui disoient qu'ils s'étoient joints à ce parti comme à une causa purement politique, qui concernoit les loix et les ordoniiançes du royaume. Toute la France étoit pleine de mécontens, la cabale des Mont«» poréncys contre les Guises étoit éclose^ 1%^

568 Apologie

cardinal de Lorraine avoit fait dresser ni pour y pendre tous ceux qui étoient à h de la cour à dessein d^y demander réconi de leursservices, et parla il s'étoit attiré reur de tous les vieux olFiciers des arm* Les Guises, bien convaincus par la < ration. d^Amboise, que les princes du s les huguenots leur en vouloient mortelle résolurent de les perdre à quelque pri ce fût. Mais ils s^ prirent par des vc basses et si honteuses que rien plus. I jen quelque sorte pardonnable aux hugi d'attaquer leurs ennemis par des ch couverts, parce qu'ils n^eussent osé les quer ouvertement; mais ces gens qui voient si aisément se maintenir par les d^honneur^ et surtout par une conduite accompagnée de modération , ne sont excusables d'avoir employé les plus noin hisons. On voulut que le prince de Coi les trois Chàtillons fussent spectateurs de ribles cruautés qui s'exercèrent sur les jurés d'Amboise. Mais aussitôt que a fait chacun d'eux se relira, le prince de ^ enGuienne,lesColigny8 dans leurs maiso cepté l'amiral qui fut envoyé en Nom par la reine pour y savoir la cause de ce jur^tions. Dès ce temps-là tous ceux <

ficntoÏQui enuemis deU maison de Quise

pouria Rèformation , ête. 55^

flonnéreni la cour pour se niettre en sûreté> et il eut été diiBcile de les rassembler pour lea perdre à la fois. Mais le Cardinal de Lorraine trouva raoyen de faire un piège à tous les pro-] tesfans de ces états qui étoient convoqués à Orléans pour le 18. (l)dumoisde Décembre de la même année i56o. Contrôle droit des gans et contre les privilèges inviolables qui donnent sûreté publique à tous les membres qui composent ces assemblées pour représenter tout le royaume, ils résolurent de faire |ians les états une espèce de massacre et d'y V:oraraettre ensuite des actions qui anroient déshonoré la France pour jamais s'ils eussent pu en venir à bout. Ils se lirent envoyer de toutes les provinces des rôles et des listes de tons ceux qui dévoient être sacrifiés. Et parce queles prisons ordinaires d'Orléans, de Bourges , de Loches et de toutes les villes de la province n'étoient pas assez grandes- pour contenir toutes ces misérables victimes qu'oa destinoit à la mort j on en fît des neuves , et Ton mit les vieilles en état de sûreté. Ils virent bien qtie tout cela ne se pouvoit pas faire 01 secrètement qu'on ne découvrit les desseins que l'onformoitjce qui empêcheroit les principaux de ceux que Ton vouloit perdre , entre les autres les Chatillons , de se trouver 4

56o Apologie

ces funestes états. Sur cela ils suggérèrent aa roi le plus détestable moyen du inonde île découvrir tous ceul qui n'étoient pas favora« blés à leur faction. C/est que le roi par leur conseil écrivit à tous les chevaliers de Tordri absens , et leur commanda de se rendre à la cour. Après avoir assemblé tous les grands du royaume , le roi dans un jour marqué leur devoit présenter à signer une confession da foi qu'il auroit signée le premier ^ à laquelle étoit jointe une protestation avec serment de courir sua par toutes poies sans épargner père y mère y femme , enfans, frères , sosurs y parens ni amis d ceux gui seroient soupçonsnés d'hérésie , ou gui refuseroient de pour* suivre les héréligues. Le cardinal de Lorraine devoit faire signer la inéme déclaration à tout le clergé , et le chancelier de l'Hôpital au3ç gens de justice : ensuite on devoit envoyer la même déclaration de la cour dans toutes les provinces pour être souscrite par tout le inonde. Par ce moyen on auroit découvert tout à la fois tous ceux qiri auroient été dans de» sentimens de modération j et pour ces gens*li il y avoit des prisons , des bûchers et des gibets prépinrés : car on devoit brûler les refusans sans antre forme de procès. Bon ï)ieu ! quelle partie ^ y en eut-il jamais do

0itmblable faite dan» U& twfets f Pour venir

pour la Réformation ^ ete. 36 1

î bout d^un 51 grand dessein , il falloit abat« Ire les principales têtes , c^étoient celles des leux premiers princes du sang, Antoine, roi de Mavarre et Louis prince de Condé. Ces deux princes avoient lieu de se défier de tout , iU ^avoient qu'on avoit juré leur perte j on leur ionnoit perpétuellement des avij de ce qui >& tramoit contr'eux , cependant les Guises les attirèrent à la cour ^ar des fourbes tî-^ froyables et par de belles promesses , aux^ juelles leur propre frère le cardinal de Bour* }on donna croyance et servit à les tromper, 1 1 ) Us ne furent pas plutôt arrivés à la cour (ue le prince de Condé fut arrêté et Ton tra** railla a son procès. L'on manqua deux beaux ioups sur le roi de Navarre , l'un fut le poi^ on et l'autre l'assassinat. Ces deux voies l'ayant pas réussi , on délibéra de s'en dé-i iire par la voie la plus horrible qui ait j^^ lais été imaginée : ce furent le cardinal da iorraine et le maréchal de St. André qui er| rent le projet. Le roi devoit contrefaire la lalade et faire appeller le roi de Navarre , 9US prétexte de lui conin^uniquer quelque ouvelle découverte sur le princç de Condé ui étoit prisonnier. Jl devoit reprocher au oide Navarre qu'il étoit entré (lûns )a conju* nation avep son frère | lui faire des m^procbe^

56s jtpologiê

Banglans » le pousser à bout , ef enfin lui donner d'un poignard dans le sein , après quoi St. André , le cardinal de Lorraine et lean gens dévoient se jeter sur lui pour Taihever. Catherine de Médicis qui n'étoit pas de cette intelligence , et qui alors étoit excluse du cré* dit et de l'autorité par les Guises , découvrit pourtant quelque chose de ce dessein^ elle en lit avertir le roi de Navarre par la duchesse deMontpensier. (i) Ce prince, longtemps cota* battu sur ce qu'il avoit à faire , prit enfin U résolution d'aller quand le roi Tenverroit chercher , mais de vendre chèrement sa vie. Xia première et la seconde fois il refusa , enfin il obéit à la troisième ; comme il montoil l'escalier il trouva quelqu'un qui lui dit ^ Siri P0U8 allez vous perdre i cela ne l'arrêta point ! seulement, s'adressant à celui qui lui parloii et à Renty qui le suivoit, il leur dit : je m'en Vais dans un lieu où je sais quel'on a dessein de me perdre , mais jamais peau ne fut si chèrement vendue que je leur vendrai la mienne. Je vous prie 9. par la fidélité que j^ai toujouri reconnue en vous , de me rendre ce derniei service : C'est que si je meurs vous recouvriez la chemisé que j'ai sur moi et la portiez toute sanglante i ma femme et qa^elle soit gardée à mon fils, pour te faire ressouvenir que me

pour la Reformations etc. 365

devant la vie il me doit la vengeance de ma mort| quand il sera en âge de la prendre. S'étant affermi le courage de cette façon y ii entra dans la chambre du roi qui ne lui dit que des rudesses* Ce crime dont on lui avoit fait naître le dessein , ne Tavoit pas étonné en le regardant de loin , mais il ne put Tenr visager de prés sans frémir et ne passa pa» outre. Le duc en pensa mourir de dépit ei en sortant il dit à quelqu^un , 6 le paut^re prince que nous apons, O homiaem timidum et ve* cordem ! comme le rapporte le président de Thou. Ce coup étant manqué on résolut de l'assassiner à la chasse ; mais Dieu le garantit de toutes ces entreprises. L'atrocité du fait a porté quelques uns à le révoquer en doute; mais il n'y a aucun lieu d'en douter, le roi -de Navarre lui-même l'a redit , Renty à qui il avoit tenu le discours que nous venons de rapporter Ta assuré. Et plus que tout cela^Ia reine de Navarre , après la mort du roi son mari ^ récrivit à la reine Catherine de Médi-; ois comme le tenant du feu roi son mari et les lettres en ont été imprimées. Y a-t'il quel* que effronterie qui allât à publier une telle histoire dans un temps que l'on pouvoit être convaincu de faux avec tant de facilité* Au -reste , non-seulement l'autorité est pour celsi ' niais aussi la raison. On ue 6*eivu:Q\\. m^x ^^*

564 Apologie

lors le prince de Condé n'ait été condamnl a perdre la tête par la main d'un bourreairî Ceux qui sollicitoient cette horrible action eussent-ils été assez sots pour laisser vivra celui à qui appartenoit le droit de venger ni tel affront? Le roi de Navarre eût il-j>u voir mourir son frère de cette manière sans con^ server le dessein d'en tirer la vengeance? Qu'eussent'ils fait de couper la tête à l'un dei chefs et laisser vivre l'autre qui , à la tête du parti , aurpit en moyen de tirer raisoq d'un tel outrage 7 II est donc certain que d les choses eussent réussi comme on le pro^ jetoit et que le roi ne fut pas mort , le roi dfl Jfavarre étoit perdu aussi bien que son frère< Qui pourroit exprimer les iniquités effroyables qui furent commises dans l'emprisonne ment et dans la condamnation de ce pauvn prince de Condé? Des étrangers , des gens qui pouvoient devenir les sujets de ceux qu^ilc maltraitoient si terriblement , abusent de la simplicité d'un roi enfant. Ils perdent le respect qu'ils dévoient avoirpourle sang deleun souverains qui rouloit dans les veines du priace deCondé> j usqu'à entreprendre de verser c< sang par la main d'an bourreau . On ôte à ut prince du sang ses juges naturels qui sont lei Pairs du royaume pour le mettre entre lei Ifi^iw d9 commissaires tels qu'on donnerait \

pow la Réformalten > e^ûê S65

hn simple gouvernenr de place* On viole en sa personne tous les droits de la couronne et da eang royal , et l'on veut commettre sur lui un crime qui n'a point d'exemple dans la troi^ sième famille de nos rois j car on ne trouvera point que dans la race de Capet, aucun roi ait fait mourir quelqu'unde son sang parla maia du bourreau. Charles VII ne voulut pas faire mourir le duc d'Âlençon , convaincu d'avoir conspiré contre lui et contre l'état, il se conr tenta de le retenir prisonnier. Louis XI son fils ]ui aimoit tant a répandre le sang , épargna relui de ce même duc convaincu d'une nourelie conspiration. Pendant cette prison du prince de Condé^les Guises agissoient en rois; [e cardinal de Lorraine se faisoit solliciter courert et assis par le roi de Navarre debout et lécouvert : est-il possible qu'on puisse bien lenser des desseins et des intentions de per^ onnes dans la conduite desquelles on remar« |ue tant d'orgueil , tant de cruauté et tant da perfidie.

Tout étoit préparé pour la plus sanglante ragédie qui fut jamais. La tête du prince le Condé devoit tomber à Touverture des tats. On avoit préparé 4o bonrreaux qui é« oient dé>à à Orléans , vêtus d'une même lirée, appelés de toutes parts : une image de nort étoit répandue dans tout^U \\W^^ V^\^

868 ^Apologi^

aroit fait défense à tons les bourgeois de ni( tre seulement la tête à la fenêtre avant midi quelque bruit qu'ils entendissent , sous peii d'être pendus aux grilles de leurs maison^, sans forme de procès. L'amiral, malgré toutéif les oppositions de ses amis et bien averti dé cequ'on«Iui préparoit à Orléans, ne laissa pal d'y aller, mais comme on va à Téchafaud , ed disant à sa femme le dernier adieu , en doiA nant les ordres nécessaires à sa maison , eA conjurant sa femme de persévérer dans il crainte de Dieu et dans la véritable religioOi Enfin , il est certain que si Dieu n'y eût pour^ TU par un coup imprévu , c'étoit fait de II moitié du royaume. Le ciel y pourvut, François II tomba malade j il fallut qu^il moural malgré le désespoir des Guises qui menaçoieni les médecins et qui vouloient à toute force <j[u'on fit vivre le roi au moins jusqu'à Pâques. Ils avoient besoin de ce temps-là pour établit leur domination et pour se défaire de toui leurs ennemis..

Cet événement changea bien la face des affaires j il sauva la vie au prince de Condé e1 tira sa tête prête à tombersur l'échafaud. Les Guises cragnirent à leur tour^ ils se retirèrent dans leurs maisons et n'en voulurent point sortir qu'ils n'eussent assurance de la reine 9t du roi de Navarre^ q^u'on ne leur feroil

pour la Rèformatlon 9 etc. S67

point de mal. Les états se tinrent ; les pre-*miers qui se fussent tenus depuis quatre vingts ans , car il n'y en avoit pas eu depuis Char«> les yill ; mais cette assemblée eut un succès fort différent de ce que la cour de François U aroit espéré quelques mois auparavant.

Les protestans dans ce changement ne chan* gèrent guéres de condition ;leur destinée étoit de passer de perfidie en perfidie. Délivrés comme par miracle des horribles conspira- Jtions qui s'étoient formées contr'eux par la cabale des Guises , ils tombèrent entre les mains de la perfide Catherine de IVIédicis qui elHrrcha à les perdre par une conduite en apparence toute opposée à celle des princes Lorrains. La mort de son fils François II l'av oit remise en liberté ^ mais cette joie ne lui dura guères. Les Guises trouvèrent moyen de mettre le connétable de Montmorency dans leurs intérêts, et par ce moyen ils gagnèrent encore une fois le dessus. Catherine, pour lutter cette cabale qui lui vouloit ravir l'autorité souveraine dont elle étoit idolâtre , se jeta dans le parti du prince de Condé y elle flatta l'amiral , elle parut être demi huguenote ; elle permit à Tévêque de Valence et à celui de Sées de prêcher le hugueïlotisme presque tout pur y jusques dans le Louvre. Elle écri- Tit au pape en leur faveur ^l\ùx^^tb>w^^^«Cw

568 jfpologié

qu'on ne devoît pas les exclure de l'église, (i) puisqu'ils recevoient récriture sainte et les six premiers conciles; enGn elle rendit le premier édit qui ait été fait en letir faveur. Tout cela étoit une comédie , ( 3 ) car en même temps elle suscitait le connétable à se plain' tire hautement et en public de ce changement <iu^ on faisait au préjudice deVégHse romai" ne^ Elle n'avoit point d'autre dessein que de ruiner le parti des princes Lorrains , par ce« lui des princes du sang , pour ensuite abattre celui-ci afin de régner toujours seule. Quoiqu'il en soit , les protestans reçurent de bonne foi cet édit de Janvier que la reine mère leur avoit accordé. Et par ce moyen, sur la foi publique et avec consentement des parle* mens deFrance ^les voilà en possession du libre exercice de leur religion dans tout la royaume et cela sans guerre et sans armes ; car cet édit fut accordé et enregistré avant la première guerre. Il est très-certain que si l'on eût voulu leur tenir la parole qui leur fut donnée et les laisser jouir de ce privilège qui leur fut accordé dans toutes les formes, le royaume alloit jouir d'une profonde paix et jamais il n'y auroit eu une seule goutte A%

sang répandue pour la religion ; car la rup-

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ri) Mezer. an. i561.

r/J Vexer,.

pffVr la Rèformation , «te. Sflg

lure de la paix n'est venue que de ce que Ton H violé cet édit par mille perfidies , par mille trahisons et par mille violences. W est vrai que cette rupture de Tédit n'auroit peut être pas causé la guerre sans les intrigues de Ca^ therine de Médicis qui mit les armes à la main du prince de Condé.

Mais il est vrai aussi que ni les protestansi ni l'amiral, ni d*Ândelot ^ ni d'autres n^au« roient donné aucun secours à Catherine et n^auroient point favorisé les desseins du prince de Condé si on les avoit laissé vivre en paix. Je ne parlerai point ici des violences par lesiiuelles l'édit de Janvier fut violé parce que je les réserve pour un autre chapitre. Je remarquerai seulement que la faction catho^ lique romaine qui avoit juré la ruine des protestans ne se servit de la paix que comme d'un voile pour couvrir ses desseins et pour faire des préparatifs par lesquels le prince de Condé et son parti auroient été subitement accablés sans que Dieu permit le massacre de Vassy , qui fut le signal de la guerre et un avertissement à tous les réformés de se tenir sur leur garde. Les chefs de la cabale ne disposant pas de la r^ine comme ils eussent bien voulu , délil)érèrenl de s'en défciire, et o>>inèrent sur la manière de la faire périr. Ce fut dans cette délibération que le maréchal de St.

Sfà Apologie

Anrlré opina quW la devoit jeter dans VtM, Ce coup paroissant trop foible à faire , il» formèrent le dessein d'enlever le duc d'Or* léans, frère du roi, et de prendre la campagne pour le mettre à leur tête. lis essayèrent de persuader ce jeune prince qui ne voulut pas «e laisser enlever.Le duc de Nemours se chargea de cette affaire , mais n'ayant pas réussi il fut obligé de se retirer.

Sild cabale des Triumvirs agissoit par fraude, au contraire le prince de Condé agissoit sincèrement, etsouhaitoit de bonne foi la continuation de la paix« C'est pourquoi, quand il ne vit les armes à la main avant que la guerre ne commençât, il fit tout ce qu'il put pour obtenir cette paix* Dans cette vue il promit fort imprudemment de sortir du royaume moyennant que ses ennemis quittassent seulement la cour. C'étoit quitter la partie et la perdre, c'étoit mettre les Guises sur le trône: c'étoit exposer à la mort tous ses amis. C'est pourquoi un million de gens qui étoient intéressés dan» cette affaire ne lui permirent pas de tenir tineparole si légèrement donnée. Mais au moinff cela servit à faire voir combien il a voit de sincérité et d'amour pour la paix. Entre les perfidies et les lâchetés du parti contraire on ne doit pas oublierla calomnie que l'on sema contre le prince d'avoir fait battre de la monnaya

pour la Réformation y ete. ^Sji

îl son coin avec le titre de Louis XIIIj roi de France et de Navarre, Brantôme flatteur do la maison de Guise débite celte calomnie. Le connétable en montra la médaille à la reine et au roi avec de grandes récriminations. Mais il est clair que c'étoit une pièce forgée dans la boutique de la faction des Guises pour rejeter sur ce prince innocent les entreprises et les atten-* tats, dont eux-mêmes étoient coupables.

En cet endroit je passe dessus la premiè-« re guerre qui dura près d'un an y et la paix qui fut signée le 18 de Mars de Tan i563 ^ pour continuer l'histoire des trahisons et des perfidies du papisme. Je puis mettre dans ce rang la ligue qui se fit à Toulouse sous la conduite du cardinal d'Ârmagnac j cruel persécuteur. Le titre en étoit spécieux^ c'é« toit pour la conservation de la foi catholique contre les rebelles hérétiques et sectaires, mais le but étoit à la première occasion de faire main basse sur tous les réformés^ au préjudice de la paix qui venoit d'être solennellement conclue devant Orléans, Malgré cette ligue qui n'étoit que particulière^ les huguenots qui étoient de la bonne foi dormoient paisiblement à l'oiilbre de cette fausse paix qui dura pourtant quatre ans. Mais le parti de la cour travailloit à leur mine. On faisoil démanteler toutes les villes où ils étaient un peu forU *^

573 Apologie

on missacroit les peuples , on assaj^sinoiMef gentilshommes; tout cela pourtant n^é'oil rien en i*omparai<on de ce qui se tramuit couvertement. Catherine feignit avoir envie de voir sa tille Isabelle, reine d'Espagne, Tune et l'autre se rendirent à Biyonne qui est sur les frontières de France et d'Espagne : le duc d'Albe s'y trouva sous prétexte d'y coD" duire la reine d'Espagne. (1) » La reine D mère vouloit qu'on crût que le séjour d» » la cour à Bayonne n'étoit que pour diver- » tir sa fille, mais elle pensoit bien à autre » chose. Car sous prétexte de Talh r voir par 30 une galerie qu'elle avoit fait faire exprès » pour joindre leurs deux logis, elle commu-^ D niquuit toutes les nuits avec le duc d'Albe. » Et l'événement a montré depuis que toutes 1) ces conférences tendoient à faire une se* » crête alliance entre les deux rois pour ex- »- tîrper entièrement les protestans. " Le sage la Noue nous apprend que cette trahison fut découverte par des l tires interceftérs ve^ nant de Rome et d* Espagne^ où (es desseins qu^on voulait exécutir ne découvrirent fort d plein. (1) La résolution p^ise à Bayonn^i avec le du€ d'Âlhe d'exterminer les huifuenois de France et les gueux d Fl.mdres^ etc. de

( 1 ) Meztîf.

£ip DUcours pcIIitç^MCS et milîtalref / p. 60S|

pour la R^formatwn , elt. SyS

^uoi on avott été aperti par ceux âe f/ui on ne se dcotoii pas. En guerre ouverte tout est ^erw\B^dolas an virtu^ quis in hnsî** n quirat, A1ai9 c^est une lâche perfirlîe que de vouloir epprimer des gens sous Timage de la paix et de faire intervenir la foi des traités et le nom adorable de Dieu pour cuuviir de semblables infidélités. Il est très constant qu'on avoit dès lors ledesbtin de faire le massacre général qui se fit quelques années après^ au jour de St. Barthélémy ; on devoit couper la tête à l'.tmiial , j( ter le prince de Condé dans le fond d'une prison perpétuelle , casser les édits de pacification, et massacer tous ceux qui refuseroient d'aller à la messe. C'eht dequoi l'on eut de bons avis et cela se voyoit asses dans la conduite de la cour ^ la levée de ^et\% de guerre et pat ticuHér ement desix mille Suisses qu'on fit sous le prétexte du pasâage du duc d'Âlbe f Its cruautés qu^on toléroit par tout, et les menaces continuelles et univtrflelles qui se fuisoienl « ontre les réforniés que bientôt ils ne lèveroit-nt pas la tête si haut^ leur signifioieot assrz ce qu'on leur préparoit. On peut assurer avec tous les hibloriens sincères et dé^intére8sés de la religion romaine aussi bien que de la notre, qu'on n'a JHiuôis fait avec nos huguenots auriin traité le bonjiefuj; ça toujours élé avec dt^bselad^ U^v^%

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prendre , de les désarmer et de les opprimei^ à riieure qu'ils y penseroient le moins. Au cpn<trairele prince et son parti avoient toujours dési é la paix y et Vavoient exécutée aue a la mé» me slncérité.C^ebi un témoignage que lui rend le prieur de^ Juvigné. (1) a 11 procéda, dit-il encore, » de si bonne foi dans la négociation )> de la paix d'Orléans qu^elle fut conclue par D sa seule autorité <lans une conjoncture très )) dangereuse , et il ne voulut autre sûreté » que la parole du roi pour rendre toutes les D places de son parti. Il vint a la cour sur les )> promesses que la reine lui avoit faites et % auxquelles elle manqua, etc. Il étoit récon^ 1) cilié avec elle^ mais elle ne Tétoit pas avec » lui.*'

Au reste la manière dont celle première paix, faite devant Orléans, fut entretenue , et ces horribles desseins que Ton forma durant cette paix sont une preuve de ce que j'ai avancé, que du parti de la cour il n'y avoil que de la fourbe et de la mauvaise foi. La suite le fera voir encore mieux. La seconde guerre commença par ce qu'on appelle la conjuration de Meaux, et se termina peu de mois après par la paix de Chartres qui fut conclue au mois de Mai 1 568. Paix de trahibon , paix suivie des plus cruelles violences et des plus noî-

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res perfidies. » L^intention de ceux quiavoient ) fait la paix de Chartres n^étoit pas de faire la I guerre, mais de mieux prendre leurs avan- > tages qu'ils n'avoient fait/' dit M, de Mé- Eeray. Aussi ne dura-tMle que peu de mois^ dt dans ce temps on trama les plus horrible» trahisons qu'on puisse imaginer. On continua Sans le dessein de perdre les protestans à jaelque prix que ce fût Parce que le Chan- [^elier de THàpital étoit un obstacle à cela à cause de sa sagesse et de sa modération , on lui ôta les sceaux et on le relégua en sa maijon. Le prince de Condé s'étoit retiré à Noy ers^ l'une de ses maisons située en Bourgogne, la» de la guerre et ne demandant que la vie sauve et le repos. Il avoit choisi la Bourgogne pour son séjour parce que dans cette province il n^y avoit point de huguenots et qu'elle avoit pour gouverneur Tavanes, un des esclaves de [a maison de Guise et des mortels ennemis îles réformés. C'étoit asseas pourmetfrelacour 3n repos si elle n'eût désiré que la paix, mais slle étoit altéiée de sang. Au préjudice du traité , de la bonne foi et des sermens qui interviennent dans la confirmalion des traités de paix, on forma le dessein de surprendre le prince de Condé par la plus lâche trahison du monde* L'on fil secrètement prendre la mesure de la largeur et de hx j^rofoadâMi ^^V

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fosses de sa inaison, on di<^posa des troupet de ions cotes* ft si Dieu qui veillt* pour la conservation dehinnocens n't ût réveillé ses amis^ quatre jours après il étoit piLs. Mais rainiral qui avoit les yeux o.» verts pour la conservation du prince, l'alla prendre «'an^ Noyers à la faveur de i/)o chevaux, le fit passer à travers les embûches (|u\)nlui avoit drevs.sées; lui, safemmenteurs .«serviteurs et leurs enfan^dans le plus triste équipage où l'on puisse voir des gens de cette qualité. Cette action fut trouvée hon^ teuse et lâche, personne ne voulut être reconnu l'auteur de cet abominable conseil qui avoit eu si peu de succès, Tavanes qui étoit cruel et qui n'aimoit pas le prince , étoit accusé d*être le prehiicr auteur de ce dessein* Son fils qui a écrit des mémoires essaye do justifier son père et rejette la faute sur le car« dinaldeBirague, (1) bomniefourbeet méchant; propre à seconder le cardinal de Lorraine dans tous srs desseins cruels et ambitieux. Et en efflt il ne faut point chercher ci'auti e auteur de cette action que la maison de Guise qui avoit à sa tête ce cardinal de Lorraine, et qui étoit appuyée delà ligue i\^s persécuteurs. llien ne tjauroit mieux faire voir de quoi cette ligue étoit capable , que l'histoire de Thorrible conspiration qu'elle fit en 1 565 pour fair6f

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périr tout d'un coup tout le sang royal de la maison de Bourbon. ( i ) Le roi de Navarre é« toit mort au siège de Rouen d^un coup qui pouvoit aussi bien venir des assiégeans que des assiégés car on n'a jamais sçu d'où il ve- Boit. On Iravailioit incessajnment à surpren-* dre le prince de Condé, etl'onavoit lieu d'es^ pérer qu'enBn par finesse ou par violence on Fattraperoit. En même temps le cardinal et sa iaction firent dessein de faire enlever la reine de Navarre, son fils et toute sa maison par le roi d'Espagne I à la faveur de certaines troupes de Tezc 5 de Milan > de Naples que la roi d^Espagne faisoit venir d'Italie et qui de«voient passer par la Catalogne voisine de la Navarre et du Béarn. Le projet étoit que ces troupes au nombre de huit ou dix mille hommes arrivées à Barceloneiau lieu de continuer leur chemin, couleroient à petit bruit le long des montagnes dé Fois et serendroient à Pau où étoit la reine.D'un autre côté Montluc^lea Ticomtes d'Ortés et d'Escars s'étoient emparés de Nérac , du Mont-de-Marsan , de Bazas et de Bordeaux afin que la reine de Navarre ne put avoir aucune retraite. Les troupes espa« gnôles dévoient donc surprendre la ville do Pau , et emmener la reine avec son fils en Espagne où Ton devoit les mettre à Tinquiâition

' (1 JM^de ViUs .

Sj% jtpologîê

et leur faire leur procès comme à des héréti* ques. Ils avoient choisi pour conduire cette grande affaire un certain Bearnois , nommé cai» pitaine Dimanche qu'on envoya en Espagne trouver le duc d'ÂIbe qui étoit alors dans la ville du même nom. Le duc après avoir vu les instructions ne manqua pas de donner selon son naturel dans ce conseil de violence. II dépêcha le même homme et le chargea de lettres pour le roi d'Espagne qui étoit alors a IVIouzon ) ville située entre les trois royau* mes d'Ârragon , de Catalogne et de Valences Pour aller là , il falloit passer par Madrid^ où le capitaine Dimanche demeura malade d'une grosse fièvre continue qui pensa termi* ner tous ses voyages. Dieu qui dispense tous les évènemens avec une profonde sagesse fit tomber cet homme entre les mains d'un nom-i mé Anne Yespier , franç£U£ » valet de chambre et brodeur de la reinè d^Espagne. Ce Yespier eut un^ soin extraordinaire du capi-»> taine Dimanche durant sa maladie. Ces bons offices lui donnèrent une très-grande recon* noissance et leur firent lier ensemble une très étroite amitié ; la confidence suivit et elle alla si avant que Dimanche révéla à Yespier le sujet de son voyage , lui apprit que dans deux mois la reine de Navarre et son fils sejrpfent en JSspagne à Vinqyuijïitiou , et lui dé-

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couvrit en même temps comment la chose se devoit exécuter y selon le projet qui avoit été concerté entre le cardinal de Lorraine et le duc d'Albe. Vespier eut horreur de cette noire trahison qui se faisoit en pleine paix , contre une reine innocente veuve et contre un enfant. Il dissimula pourtant , mais à Theure mêmeil alla trouver l'aumônier de la reine d'Espagde et lui fit toute l'histoire. Cet au« mônier frémit à ce récit p et incontinent il mena Vespier à la reine à laquelle il récita exactement toutes les circonstances de ce pro* jet exécrable. La reine se récria là*de5sus les yeux baignés de larmes y et dit a son grand aumônier à Dieu ne plaise mon maître qu'ai ne si grande méchanceté so fasse. Elle en écrivit incontinent en France au roi son frère et à la reine sa mère; et cette action de charité coûta bientôt après la vie à cette bonne reine , car on ne doute pas que ce ne soit une des raisons qui porta le cruel Philippe à se défaire de sa femme comme il avoit fait de 8on fils Don Carlos. L'aumônier et Vespier écrivirent aussi au sieur de Saint Sulpice 9 ambassadeur de France , qui étoit à la suite de la cour d'£êpagne, lui firent le détail de toute cette entreprise et lui dépeignirent le capitaine Dimanche afin qu'il fit épier son arrivée a la cour et qu'il obs^tx^V VoxiNw^ ^'^v.

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démarches. Un laquais basque fut dépêclié pour porter le paquet à l'ambassadeur et fit une telle diligence qu'il arriva à la cour un jour avant le capitaine Dimanche ; de sorte que'M. de St. Sulpice eut tout le temps de donner les ordres nécessaires pour le faire observer. On lui rapporta que le roi d'Espagne , qui avoit pris goût à la. proposition , lui avoit donné audience la nuit trois fois con* aécutives. L'ambassadeur de France dépécha •on secrétaire , nommé Roulleau y qui prit la poste pour aller à Paris et qui eut ordre, sans passer par la ville de Pau , de faire rendre à la reine de Navarre un paquet par lequel on lui apprenoit cette exécrable conjuration} c'est ainsi que le coup manqua : y eut- il jamais rien de plus lâche , de plus perfide et de plus noir. Catherine fit fort Tétonnée quand elle apprit cette nouvelle et parut n'être pas de la partie ; mais Diea sait ce qui en est , ce qu'elle fit dans la suite montra bien qu'elle étott capable de concevoir de semblables atr tentats.

pour la Rrformation ^ ête. Sfti

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