‹ Histoire du CalvinismeChapitre 18 sur 30 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ê de r histoire €f»'3 trahisons et des per^ iiea dn par^i catholit^ue romain. Dea^^ in de massacrer tous les huguenots de ormandie. Langue suite €le trahisons mr arrii^er au massacre de la St. Bar-elémy : que le massacre général étoit "émédité de langue main : qu^il est faux ûon n^ait eu deàsein de massacrer que émiral seul.

v^hs la troisième gnerre a laquelle le ce 86 vit forcé par 4a conjuration def ers , se fit la troisième paix au mois lût de Tan i570. Elle se fit de la des réformés avec leur esprit de bonne rdinaire , mais de la part de la cour avec rit de perfidie et d'infidélité qui avoit rèdans tous les précédens traités. Le prince tété tué à la bataille de Jarnac de la ma« s que nous le verrons ci- après. Ils étoient venus à bout d'une partie de leurs desi mais l'amiral et son frère étoient en*

V^vana accompagné» d'uu^ b^V\^tk.^\>\^^^^v

SBs Apologie

Pour opprimer ce parti par la fraude accorda une paix la plus avantageus eut pu souhaiter : ou permettoit aux mes de prêcher en plusieurs fauxbou villes , on les admettoit indifféremmen les universités , dans les écoles et Ai hôpitaux. Ils dévoient être reçus à toi: charges publiques royales , seigneurial justice et de police. Ils av oient la Iib< récuser dans les parlemens ceux qui h roient suspects et même de faire évoqu< tes leurs causes du parlement de Tu aux requêtes de l^hôtel. Enfin je croi s'ils en avoient demandé davantage oi anroit accordé y dans la vue non- seul de ne rien tenir y mais surtout de les c mir comme l'on fit pour les mener à l chérie. Il semble que l'enfer seul puisse Ter une suite de fourbes aussi longue q celle dont on se servit pour amener les { seigneurs protestans au piège qui leui tendu pour les massacrer , comme on fi la journée de la St. Barthélémy. La p des auffeurs catholiques romains > à qu action faithorreur,pour en diminuer la «ssaient de persuader que ce fut une d ration prise à la chaude , un coup pi imprévu , une surprise de la passion ,

A^en vouloit (jti'à V^inkaL ot qu'inseï

pour ta Hilformûiîon y tte. S8S

ment on s'engagea plus avant qu'on n^avoit eu dessein ^'aller. C'est ainsi que le sieor Maimbourg tourne cette grande aiFaire. Mais ceux qui ont plus de sincérité que lui avouent de bonne foi que c'éloit une partie faite de-» puis longtemps. Non- seulement le projet en avoit été fait quand on fit la troisième paix en 1570.) mais la maison de Guise avoit tou^ Jours eu un pareil dessein depuis la conjura* tion d'Âmboise. Et je m'en vais , Monsieur^ TOUS en faire une histoire qui vous le fera bien voir. (1) L'an 1661 ^^ils se servirent du ministère d'un nommé Gui tard , banquier de profession ^ pour tenir compte de tous les protestaus qui étoient dans Rouen et dans toute la Normandie ; cet homme alloit dana toutes les maisons sous divers prétextes ; en« fin ayant été découvert par quelqu'un des intéressés , il fut saisi et mis entre les mains de la justice. On trouva dans ses papiers des lettres à la reine mère et au cardinal de Lorraine 9 par lesquelles il paroissoit qu'il avoit commission d'eux de faire ce qu'il faisoit. La reine le désavoua : ainsi n'ayant pas d^appui^ l'on travailla à son procès et il fut convainca d'avoir fait un projet de concert avec la li>r gue des eélés pour massacrer tous les huguenots de la province de Normandie. Si la chose

( 1 ) Biit« sccj^

S84 Zépohgie

eût réussi le cardinal de LorraiQC s'en fait un grand honneur; mais parce qu treprise échoua, le misérable fui désav on le pendit le 9 de Septembre de la année i56j. Il est donc certain que < longtemps ce parti si zélé pour la foi conçu qu'il falloit un massacre généra!

éteindre le parti des princes du sang qu posoit à la grandeur de la maison de ( mais l'occasion ne s'en étoit pas recoi depuis que la mort de François II la leui fait perdre si belle. Il fallut attendn Charles IX fut majeur et eh âge d'agi lui- même, afin qu'on put couvrir cette efi ble action du voile de son autorité. L'o un grand soin de nourrir son esprit de ; çons et de craintes , on l'aigrit et on le dit farouche , en lui dépeignant les dei des protestans noirs et détestables , et ei minalisant tous les évènemens passés e tlculiérement l'entreprise de Meaux. L dinal de Lorraine et tous ceux qui V geoient, eu jetant ces semences dans sou le rendirent capable de concevoir les jleins I0S plus monstrueux et de les faire jre par des éclats de fureur les plus terx On lui avoit donc inspiré de longue m^ dessein de se défaire tout d'un coup ^

des roiea fiolentes de tou$ les huguenc

pour la Réformùtion , ett. 38à

son royaume; mais surtout en lui faisant faira la paix de 1570, on rafîermit dans cette pen«« sée, de commencer par là les pièges qu'il falH loit tendre à ces mibérables pour arriver à ua massacre universel. Cet endroit est impor-^ tant et il est bon de &'y arrêter un peu : car on veut diminuer l'atrocité de l'action en soutenant comme on fait que l'on n'avoit dessein de tuer que Tamiral. ^t^ Et que pour Je massacre général qui se fit deux ans après l'on n*y pensoit pas alors ; et ce ne fut que sur le champ et par un accident imprévu ^ue Von prit une si cruelle résolution , seu^ lement deux jours avant qu'elle fut exécu^ ^^e. Cet accident imprévu qui donna occasion au massacre , c'est , dit on , le conseil qui fut -tenu chez Tamiral après sa blessure deux -jours avant le massacre. Dans ce conseil lo •sieur Maimbourg dit qu'on y parla fort haut| qu'on y prit une espèce de résolution d'ex* terminer la maison de Guise et de mettre tous les catholiques hors d'état de nuire aux hu- ^aenot-s. Jusquos-li , dit-il, je ne trouve pae 4jiu^on ait eu positivement d'autre dessein quâ «€2^ tuer VamiraL Pour éclaircir ce fait il ne ^aut que rapporter fidèlement l'histoire de la conduite depuis Charles IX depuis la pçiix

de 1670 jusqu'au massacre.

^ 1 ; Maimbouri j^y. 6, sm, 1572.

586 Apolof^ie

Nous avons déjà vu combien cette pai avantageuse en apparence pour les protee Cela ne pouvoil venir que du dessein d tromper j car il est certain que les forci roi étoient asseK grandes et ses avantage eux assez considérables pour les obliger contenter à moins. A ce piège on en je deux autres. (1) » On a voit deux excc ^ leurres pour tromper la reine de Na ,y etTamiral, et ensuite tout le parti : Je ^, dire la guerre contre l'espagnol dm ^, Pays-bas que tous les chefs des hugu ^ croyoient aveuglement parce qu'ils la ^y roient avec passion et le mariage de \ ^ guérite sopur du roi ^ avec Henri , p ,, de Navarre, a D'ailleurs afin que les guenots ne pussent tirer de secours de 1 gleferrcj Catherine de Médicis jrssayo marier son fils le duc d'Anjou avec la reif lisabetb. ( 5) )# La reine mère avoit bieni }> dans la tête Talliance d'Angleterre^ c )) moins elle feignoit de l'y avoir pour n D endormir les huguenots, et pour cmp* l> la reine Elisabeth de leur prêter assista

M. de Meseray nous remarque aussi

( 1 ) Du Thon^ Uv. 50 j Si et 52, A])r^é 4ç Wztnj Cliîirlen IX. " ^ ■

(2) MézerajTr

1 9 J Mezeraj^

pour la Réformation y etc. SSj

Tnémetempson traitoitde la manière dumoiir de la plus honnête et la plus douce les Rochelois sur le refus qu^ils faisoient de recevoir garnison dans leur ville. On y envoya le raaré-; chai de Cossé qui attira leurs députés à la cour, (i) ^ Et ils y eurent toute sorte de con- S», lentement quoique dèslors le conseil du roi i trama un terrible dessein , mais il feignoit D une profonde tranquillité , etc. On conti- D nuoit cependant le grand dessein d'attirer

V les huguenots dans le piège par toutes les ^ feintes ) et par tous les beaux semblans qui D sont capables d*amadouer les plus effarour D chés. On commença de bien traiter tous ceux

V qu'on crut être joinis d'alliance ou d'inté* D rêt , ou d'amitié avec eux | au contraire on » rebutoit tous ceux qui leur étoient enne^; D mis ou suspects. (( Ensuite le roi attira l'a^^ mirai k la cour qui étoit à Fontenay ep Brie^ sous prétexte de traiter avec lui de guerre contre TEspagne* ,, Le roi lui fit mille caresses , ^ feignit de lui ouvrir son cœur et lui rendit ^ le château d'Orange pu jusqu'à cette heur^ ^ il avoit tenu garnison française, a II lui fit por« ter la parole par Teligny j » quHi vouloit don* i) ner isa soçur au rçi de Navarre pour gag© » de sa parole envers tout le parti hugue-* p not , et qu'il avoit pris la résolution de se ti<^

(\ ) MezerMj^.

m !■ '^.^^■<^TWi^^^>^^^*»-^w^i^^— ^n

388 jipoiogh

» rer de la captivité de sa mère et de son D frère le duc d'^Ânjou. » Peu de temps apré« le roi fit encore revenir l'amiral à la cour, sous prétexte de se servir de lui dans une négociation avec la reine d'Angleterre, a Cette )) aeconde fois il est encore plus favorisé que la )) première, on Taccahle de caressas, de dons ï> et de grâces; les courtisans en murmuroient, )> les ecclésiastiques frémissoient d'indigna-^ ï> tion , de voir que celui qui avoit tant brûlé )) d^églises tint le premier rang dans la fa- D veur , et les peuples disoient que le roi )) s'en alloit le grand chemin du prêche. » Le pape Pie V , qui n'étoit pas de Tintelligence , envoya un légat en France pour s*oppp^er au mariage de Marguerite de Franco avec Henri .de Navarre , hérétique et chef des hérétiques. Le roi , en refusant au légat ce qu'il lui demandoit là-deçsus , lui serra les mains et lui dit: ô s'il m' étoit permis de m*ex» pUquer dai^aniagel Pour achever d'endormir ces misérables que Ton vouloit égorger , on fit tout de bon les préparatifs d'une guerre étrangère , on assembla des troupes , on fit Jes premiers actes cl'hostilité ; sous l'autorité du roi , Ludowic de Nassau prit Mons et la Koue bras de fer , surprit Valenciennes. L'a- Xniral fut alors parfaitement persuadé de la

JfonM $0% 49 la^o^ip et cr^t lal'rance eiigagéç

pour la Rèformation i etc. P89

en guerre avec l'espagnol. C'est pourquoi il ne fit plus de difficulté de s'abandonner entièrement au roi , il se rendit à Paris ; ( 1 } et Vexemple de ^amiral attira tous les au^ ires seigneurs dans le piège , etc. U excès des caresses qu^on leur faisait et oit si grand et si visible que si Dieu ne les eut aveuglés y ils eussent facilement apperçu les couteaux que Pon aiguisait pour les égorger. La partie étoit donc faite d'assai^siner l'amiral , sur quoi l'on ne doutoit point que tous les seigneurs huguenots ne prissent feu et ne se missent en état de se venger, d'où Ton préteildoit avoir ocra&ion de faire main basse sur eux et sur tout le peuple de la même religion, mais ce projet manqua. L'assassin que la maison de Guise avoit posté chez Villemur tira sur l'amiral et ne fit que le blesser à la main droite et au bras gauche. On enfonça la porte de la maison d'où Ton avoit vu partir le coup. Mais le tumulte ne passa pas plus avant , et l'on ne put ayoir de prétexte de faire main basse sur les protestans pour ce jour la. Cependant le roi qui avoit joué jusques là une si honteuse comédie , acheva de pousser la dissimulation jusqu'au bout. Il jouoit à la paume avec le duc de Guise quand on lui vint apprendre la nouvelle de l'assassinat de Ta-

( 1 ) Mezera/.

^o 'Apologie

mirai ; il jeta sa raquette comme en colère j vint Voir l'amiral , parut touché de ce mal* heur et lui dit , ( i ) c*est à vous que la plaie a été faite , mais c'est à moi que la douleur repient, ajoutant avec ses sermens ordinaireê^ Je jure que je ferai de cette injure une d exemplaire vengeance que jamais la mémoi* Te n^en sera effacée. Il avoît raison , Paction qu'il méditoit devoit faire une telle impreiiftîon dans les esprits et un endroit si remarquable dans l'histoire, qu'il pouvoit bien être assuré que ^mais la postérité ne l'oublieroit. Sous prétexte d'arrêter l'assassin , de pourvoir à la sûreté de l'amiral et de prévenir les desseins de la maison de Guise contre lui , il fit fermer les portes de Paris , logea le régiment des gardes dans la ville ^ renforça ses gardes de 4oo homrnes et ordonna â toute la noblesse de la religion de s'aller loger dans le quartier de l'amiral. Le parti des proteatans délibéra si l'on enlèveroit l'amiral et si l'on se retireroit de Paris. Lea plus sages étoient de cet avis , mais Téligny , gendre de l'amiral , s^ opposa. Les bonnes gens sont facilement trompés ; ce gentilhomme le plus fidèle et le plus sage du royaume , ne pot pas s'imaginer qu'il y eut de la perfidie cachée sous la conduite du roi. Ainsi pour avoir trop

pour la Rèformaiiorij ete^ 891*

ÛM bonne foi et ponr croire que les autres en avoient , il fut cause de cet horrible mas^ saore ^ de sa propre mort et de celle de son beau-père. Cependant comme on craignoit à la cour que les conseils de prudence ne remportassent enfin sur ceux de Téligny , on se résolut de ne plus attendre d'occasion ni de ne plus chercher de prétexte , mais de faire le massacre sans façon et sans détour : le signal en fut donué et l'exécution s'en fit. . Qn ne peut pas s'empêcher de regarder a- Tec étonnement cette longue suite de four^ bes 9 et il est malaisé de comprendre comment uû prince impétueux et violent jusqu'à la fareurapujouerune telle comédie durant deux ans sans se démentir et sans se découvrir. La dissimulation et l'humeur violente ordinaire*ment ne sont guéres compatibles. Et ces deux extrémités n'ont pu être alliées dans cette action que par un fonds d'iniquité sans exemple et par cet esprit effectivement diabolique qui règnoit dans toute cette société. Ainsi je ne. •ais coiftment il peut monter dans l'esprit d'an ïiommequi n'a pas renoncé au bon sens, qu'un parti capable de concevoir de si horribles desseins , de les conduire à travers tant de noires trahisons et de les exécuter avec tant de barbarie» soit celui de la vérité^ de la justice et de la véritable religion. Pour preuve g^<^ V^-.

Sj)* Apologie

motir delà religion ne pouvoit être le priatipA de ces horribles résolutions , c'est que dam cette conjuration on n*en vouloit pas moiai aux catholiques romains ennemis de la cour ou de la maison de Guise > qu^aux hugne'^ iiots« Le maréchal de Montmorency qui n'étoit pas huguenot , n'échappa que parce qu'il fut plus clairvoyant que V amiral, il feignit de se trouver mal de son voyage d* Angleterre et obtint congé de se retirer à sa (ly maison de Chantilly. Cossé, Biron grand maifre de l'artillerie^ le chancelier de l'Hôpital et plusieurs autres étoient sur le papier ronge. El mille gens furent massacrés dont le crime étoît^ o« d'avoir de l'argent et des charges que l'on Touloit leur ôter y ou d'être mal vus de la cour.

Mais la principale réflexion que ye faÎB sur cette histoire, c'est qu'il est clair comme le jour que la partie étoit faite de longue main^ et que le dessein étoit d'assassiner non seu-* lement l'amiral , mais tous les huguenots. Si Ton n'en eût voulu qu'à l'amiral seul, à quoi bon tant de mystères ? Par deux fois on l'attira à la cour et chaque fois on pouvoit s'en défaire avec la dernière facilité. Vou« ]oit>t'on l'assassiner? il n'eût été rien de plus aisé quand il entroit ou sort oit de chez le roi.

pour^ la Rèformation | cte. SgS

n* est donc clair qu'on en yonloit à toute la noblesse françoise hugiTenolte , et qu'on attendit une occasion pour les pouvoir îous as^* sembler. Pourquoi choisir pour assassiner l'amiral les noces de Marguerite avec Henri de Navarre, si ce n'est que parce qu'on n'en vouloit pas simplement à l'amiral, mais atout le corps, dont on vouloit assembler sous pré* texte d'une grande féte^ toutes les têtes en un seul lieu afin de les couper en un seul jour? Que veulent dire ces paroles de Charles IXy au légat du Pape sur le mariage de Marguerite avec Henri, chef des huguenots iOlsi JepoU". pois tout dire \ Auroit-il voulu sacrifier sa sœur et sa religion uniquement pour la mort d'un seul homme et ne voit on pas que cela signifie , que ce mariage étoit le piège où dévoient périr tous les protestans ? Si le roi n'en veut qu'à l'amiral, pourquoi dissimuler plus longtemps, quand il le voit blessé? Il le va Toir accompagné de ta reine mère, des ducs d'Anjou et d^Alençon et de tous ses gardes : il n'y avoit qu'à tourner les yeux et le faire acheveren sa présence. Pourquoi placer tou($ la noblesse de la religion auprès de la maison où étoit logé l'amiral , si ce n'est afin qu'ils ne pussent échapper et qu'on les pùltrouver plus facilement rassemblés en un seul quartier. Le sieur Maimbourg lui même avoae o^v^ ^^\

594 Apologie

ordre fut donné avant que les seigneurs Im'^ giienots eussent pris ce conseil de vengeancs dans la maison de ^amiral, ce ne fut donc pas ce conseil qui fit prendre la résolution da massacre. Le sieur IVlaimbourg se trahit encore d\ine manière plus imprudente. Car il dit que le roi avoif déjà pris dans le conseil sec/ et cette effroyable résolution de faire un massacre genér.J r/> ttus les huguenots^ mais qii*on le lui avoit fait quitter. Pourquoi donc avoit il dit quelques lignes auparavant que jusque-là on n*avoi1 en autre dessein que de faire tuer Tamiral? Et où a-t^l pris cette révélation que Cliarles IX après avoir pris la résolution de faire le massacre général, iV voit quittée? N'y a-til pas bien plus d'apparence que l'ayant prise il ne Ta jamais aban* donnée puisqu'il Ta exécutée? Je crois 1res bien ce que l'on dit, que ce prince trembla cent fois à la vue de cet énorme crime qu'il 4àlloit commettre j et qu'en un qaart d'heure il vouloit et ne vooloit pas successivement. Car où est l'esprit et le coeur assez affermis contre la vertu et contre la justice qui ne frémissent quand il faut exécuter on tel dessein? Si l'on n'en vouloit qu'à l'amiral , d'où venoient ces bruits qui se répandirent dans Paris au moment de la réjouissance des noces? Sur co que le roi de Navarre et toute la noblesse da

pour la R^formation , efê. oyo

Ia religion aprèfr la bénédiction du mariage s'étoient retirés pour ne pas assister à la messe, ( i } une voix s'éleva parmi le peuple que bientôt on lesobligeroit à se trouver à la messe. Les principaux de la ville disoieu t hautement dans les conversations que dans ces noces on verseroit plus de sang que de vin. Monsieur de Thou, premier président du parlement de Paris, le père de rhistorieni avertit un des seigneurs de la religion de se retirer promptement de la cour •'il vouloit mettre sa vie en sûreté. Et Monluc, évéquede Valence , en partant avant le massacre pour son ambassade de Pologne,donsaavis à laRochefoucaultdese retirer promp-j tement avec tous les autres grands seigneurs. D'où pouvoit dis-je venir tout cela que de cef que ce massacre général étoit prémédité de longue main? Le sieur Maimbourg dit encore une chose qui détruit entièrement ce qu'il a*- Tance, qu*on n'avoit dessein de^tuer que l'a^ mirai. C^est que dans le conseil secret qui avoit été tenu sur cette aifaire,Ie roi s'étant levé avoit dit en parlant de l'amiral , Oui mort . . , , Je peux ijue Von s'en défasse, mais je veux €Uissi qu^on tue tous les huguenots^ afin qu*il ne re^te personne qui me puisée un jow réiprocher sa mort. Voilà le conseil pris de massacrer tous les hui^uenots. IVIais , dit -il , il

5c)6 Apologie

le quitta î et comment? » C'est que Albert » de Gondy^ maréchal de Relz pour empêcher » qu'on ne pût imputer au roi une si terrible }) exécution fut d'avis qu'on ne fit tuer que le }) seul amiral ^ parce que , disoit-il , les hu« » guenots, ne doutant point du toutque ceux » de Guise ne fussent les auteurs de ce meur* j> tre j ne manqueroient jamais de courir aux n armes pour s'en venger sur eux, et que les D Parisiens et tous les autres catholiques ac- )) courant de tous les quartiers de Paris aa D secours de ces princes y les huguenots se- )) roient accablés de la multitude, et qu'on ^ auroit ainsi fait , à ce qu'on prétendoit ^ l> sans qu'il parut que le roi y eut part. » Ne ▼oîlà-t'il pas une belle preuve qu'on n'avoit conclu dans le conseil d'assassiner que J 'admirai 7 L'avis du maréchal de Retz fut suivi, je n'en doute pas, mais n'est-ce pas une pleî-. ne résolution de massacrer généralement ? Il ne s'agit que de la forme : seulement on voulait le faire faire par les Guises et par les Parisiens sous l'ombre d'une querelle parti-^ culière et sans un ordre exprès du roi. Le sîeur Maimbourg n'en doit pas savoir pltts que Brantôme qui vivoit de ce temps- là , et qui ne doit pas être suspect quand il blâme les gens de la faveur , car cela ne lui arrive pas souvent. Il avoue que Charles fit la paix ^

• pour la Rifotmatlon , etc. S97

1 qu'il la désirât autrement , sinon pour oréparer mieux à la fête de la St, Bar^ *l('my 9 et attirer à soi par ce moyen Va-* rai à lilois et ci Paris comme il le fit. Ensi l'on n'avoit dessein que de sedéfiire de niral , n'étoit ce pas une conduite folle et ensée d^assembh^r pour cela, sou« prétexte ne noce , toute la noblesse huguenote de ince? C'étoît appeler pour témoins de la rt de Tainiral^ des gens qui en auroient été 18 autant de vengeurs , et qui sans doute uroient pas manqué sur le champ de s'en sentir ; car il est certain que si , après Ta-^ rai tué , on avoit donné aux autres six hea* pour se reronnoifre , ils auroient vendu r peau un peu chf^rement , et sans doute massacreurs auroient été massacrés à Jeur T. Ainsi le conseil que Ton fait prendre à arles IX , d'assembler tous les huguenots •aris pour y Luer l'amiral seul, étoit juslent propre à le faire périr lui et toute sa ir. Il ne pouvoit donc franchir ce RuLicon rs passer outre } et tuant l'amiral il falloit r tous ceux qui eussent pu lui reprocher te mort comme on lui fait dire ^ et qui mér aoroient pn l'en punir sur le champ. Cela Rt pour prouver que ce massacre général it une affaire concertée depuis longtemps 9 par conséquent (|ue c'est ici la plus g^vdiade

59* 'Apologie , »

de toutes les lâchetés , la plus noîre de toii-«« tes les trahisons et la plus honteuse de toiif. tes les actions I d'amener par uae si longuQ^ suite de fourbes , tant de noblesse , tant dft^ braves et tant de peuple à la tuerie , sous Ponir bre de la paix et de la foi publique , et sous le prétexte «rime noce et d'une réjouissance solennelle. Jts n'entre point à présent dans cette cruelle journée, parce que je ne fais que l'histoire de» trahi^^n'is et d«»s perfidies.

Je ne crois pas même qu'après celle ci il soit néce^8aire d'trn exposer d'autres à la vue puisque seule elle est capable de remplir les esprits cl'horreur et deconvaincre que le parti de nos ennemis étoil animé d'un esprit infernal. Si je voulois ajouter quelque chose à. ce chapitre des lâi hetés , je dirois que ca malheureux parti avoit des assassins et des' empoisonneurs à gage. Maurevel ctoit l'un de ces assassins , ce fut lui qui » s'^étant coulé dansl s troupes de Tamiral à dessein de Tas* eassiner, et ne l'ayant; pas trouvé,pour ne pas perdre ab5olument son coup, assassina le mar^ <|uisde Mouy ; ce fut lui qui tira ce coup qui blessa l'amiral deux jours avant le massacre. Odet 9 cardinal de Coligny , fut empoisotiné par son valet de chambre en revenant d'Angleterre : qui est-ce qui pouvoit avoir intérêt i faire empoisonner ce granc) personnage ^ue

pour la Riformation , ete. Sg^

i maison de Guise qui aroit jurè^la perte de >ute la maison de Chatillon? Henri de Bbitron 9 prince de Condé » ftit empoisonné par aelqu'un de ses domestiquera St. Jeand'Ânely , et un breuvage funeste éteignit celui uiétoit l'admiration de toute la France et les élices de son parti. Il faudroit avoir bien de L chanté pour douter le moins du monde ue cette mort de commande ne soit arrivée ar les intrigues des mêmes gens qui avoient ssassihé le père à la bataille de Jdrnac , et ar ceux qui avoient gagné Dominique d'Albe^ omestique de Tumiral , pour euipoisonner D assassiner son maître. Ce misérable à la otence avoua qu^il avoit été corrompu par le uc d'Anjou. ( 1 ) C'est ce même parti ({ui i empoisonner U reine de Navarre, mère de [enri IV, par des gens que lui fit donner abbé de Clugny y bâtard de Claude de Guise. Enfin ce parti étoit si pénétré de perfidie u'il se trahissoit lui-même et étoit toujours rêt à sacrifier Tétat et la religion pour sa- (^faire ses cruelles passions» Monsieur de lézeray reconnoit en plus d'un lieu que le )nseil du roi qui portoit toujours les choses rextrémifé contre les huguenots , étoit un

irti espagnol qui ne désiroit que l'abaisse*

( 1 ) Aubfsoy ^ lîv. 1. cbap. 2.

Àoo Apologie

xnent de la couronne et la grandeur d^Espagne. ( i ) Il Y avoit , dit il , dans le conseil deux partis , rtin qui par dessus fouies cho^ ses dédroit lapaix et la réformation de Pétai,' Vautre qui vouloit exterminer les huguenots à quelque prix que ce put être. Le chance^ lier de V Hôpital avoit été le chef du premier, etc. M jrvilUers ïè toit du second ^ fort hom^ The de bien , mais adonné a de nouif elles dé* potions^ le quelles ayant leurs racines en Es' paffne et d Rome, fdsoient servir la religion à l' exilai tati on d '. ces deux puissances. Dans la vie de Cliarles IX, le même auteur en parlant de la cruauté que les espagnols exercer rent en Amérique sur les français qu'ils égorgèrent ^ qu'ils dét-hirèrent par morceaux et au^(|uels ils arrachèrent les yeux avec une cruauté de cannibales , il dit que le conseil du roi ne tint compte de venger ce massacre par^ ce qu^il ét^ it demi espagnol. (2) Nous avons encore la mémoire dont ce parti zélé , ennemi de Dieu et traifre à son roi » chargea un nommé Artus désiré pour aller solliciter lo rôi d'Espagne d'entrer bien avant dans les affaires de France pour la destruction de Thérésie y d'où sans doute la ruine de i'ctat s'en

< 1 ) Dans U vie de Henri III , 1574. 1 2; Histoire ecdes. liv. 5 p. 73i.

pour la Reformations ete. 4oi

leFoit infailliblement ensuivie : le fameux car« ^inal de Lorraine ^ chef de cette cabale catho* lique^étoît visiblement dans les intérêts de ['Ës^gne. Le Laboureur nous apprend qu^il ravorkoi't }6s intentions de la maison d'ÂutriobepouiP la restitution de Metz, Toul et Ver* iiln à l'empire. ( i ) Parmi les soupçons que to t^ine Catherine' avait de r Espagne ^ elle se iéfioit encore du cardinal de Lorraine. Il avoue que ce cardinal quand son frère mourut , ( 2 ) avoii dessein de le faire chef du 9cirfi catholique en France et de lier une forte )orreipondance avec le pape et toute la mai* wnd'jéu triche. Il ne fait pas. même difficulté le confesser que sans lês Bourbons , il au r oit pu ajouter sans les huguenots , la France se* '•oit devenue une province d^ Espagne. Enfin ;et esprit de trahison contre l'état éclata en* îèrement par la ligue qui se fit en 1675 ^ le« lesseîns de cette malheureuse cabale Se pro* luisirent au jour , et Ton vit qu^elle n^en rouloit pas à moins qu'à la couronne. Ce fut (lie qui résolut d^arracher de dessus le trône 6 légitime souverain pour placer un étran-' ^r , qui voulut raser Henri III et Tenfermei^ fans un cloitfe pour donner à la France un oî espagnol ou lorrain. Catherine de Mé—

( 1 ) Additions liv. 3. p. 835.

( 2 ) Ibid. Xpm. 2. liv. 4. p. 220. Liv. î, ij. $:i^.

4os Apologie

dicis fut de cette conjuration contre son prO|| pre fils. C'est le Laboureur qui nous le dit | ElU ne feignit pas j dit- il , d^étre de la conH^ piration contre son propre fils Henri III if de brouiller l'état quand elle le vit sans en^ fans , pour empêcher que Henri IV ne lai succédât et pour mettre en sa place Henri duo de Lorraine son petit fils d cause de safille» Quand Dieu permit que ce parti ennemi de ea téiité et de son église se divisât , ce fut alors que de part et d'autre on vit régner l'esprit de perfi<lie. Ces deux partis , la ligue d^un côté et Henri III de Taulre , jouoient à qui Temporteroit pour les trahisons. La ligue fit révolter toute la France contre son roi* Le roi , pour massacrer les Guises , les attirii à Blois par les mêmes fourbes par lesquelles lui-même avoit travaillé a attirer l'amiral et la noblesse huguenote à Paris pour les égorger. Henri se réconcilia solennellement avec les princes Lorrains ^ il jura avec eux sur les autels , il communia d'une même hostie en preuve de réunion j et quelques jours après il les fit assassiner. La ligue, afin de ne pas se laisser surmonter en trahisons , aposta un assassin qui 9 en satisfaisant les passions humai? hes , exerça la justice de Dieu* En vengeant au nom de la ligue la mort des Guises y il punit au nom de Dieu le massacre de la St. Bar«

pour la Riformaiion , etc. 4oS

helémy ^ l'assatsinat du prince de Condé t la nort de Montbran contre la foi donnée , et nille autres crimes de même nature dont ce nalheureux prince avbit été le premier con* leiller et le premier auteur.

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