CHAPITRE XIV
Histoire des cruautés commises par le parti catholique romain ; le massacre de Ca^ hrîércê et de Mèrindol / infidélité du sieur Matmbourg là- dessus , Cfuelle justice dans V affaire d* Amboise , massacre de Vassy^ mauvaise foi du sieur Maimbaurg ; divers massacres par toute la France ; cruautés qui y furent exercées , horribles cruautés commises dans la Provence; cruautés de Monluc : assassinat du prince de Condé par Montesquieu : horreurs du siège de Sancerre\ assassinats en pleine paix. Caiholiques romains cruellement massacrés sur de vains soupçons de luthéranisme ; massacre de la St. Barthélémy.
wtàs voila bien suffisamment ce me semble ^ pour justifier que toutes les perfidies des siè- Dles y ont été renouTellées dau& l^ tl^Vl^ \ '^^
Vol uipoîogie
faut présentement faire voir qu'il n'y a point dft cruautés imaginables, qui n'ayent été mises en usage par las bons amis du sieur Maim*bourg 9 lequel nous accuse d'être la plus cruelle de toutes les sectes ; j^ai déjà dit bien des choses qui prouvent ce que j'ai dessein de prouver dans ce chapitre, car en justifiant nos martyrs et en accusant nos persécuteurs y j'ai fait voir que les derniers étoient possédés par un esprit de fureur et de rage^ qui trouve à peine des exemples entre les persécuteurs des premiers chrétiens» Toute la cruauté de Fhaiaris et de Néron n'a pas égalé celle dont on a usé contre ces pauvres gens qui ne se défendoient que par des prières et par des larmes. Retournez donc à ce chapitre Monsieur^ afin de voir le tableau de ces cruautés^ si ce n^est que dès à présent vous vouliez me Suivre dans l'assurance que je vous donne que, Bans compter les cruautés dont nous avons parlé , il nous en reste à déduire beaucoup plus qu'il n'en faut, pour faire voir que dans les pays de la barbarie , les barbares mêmes n'y font rien, comparés aux saints et zélés cathor liques du Sieur Maimbourg.
Bien qu'iisembledepuis quelques chapitres,
que nous nous soyons renfermés dans les règnes
de Charles IX et de Henri m, il 'faut pour-
^x^ remontei ic\ îu^iy^i^UT^^^de Françoii
pour la Reformations etc. 4oS
premier, poary voir les massacres deCabrièrea et deMérindoI qui sont tropronsidérables dans l'ordre des cruautés , pour être oubliés. 11 n'y a point de lieu où le sieur Mainibourg découvre son esprit de caloini}ieet de malignité d'une maïuèie plus honteuse qu'en celui ci. Il entreprend la défense d'une action qui a donné de l'horreur a toute Ja terre, qui a été mise dans le mémerang que le massacre de la St. Barthélémy, et qui même a été pimie par Henri II , le plus cruel ennemi que nos huguenots ayenteu entre les rois. 11 vamême jusqu'à démentir du Pleix, historien emporté contre noas, et qu'on n'auroit jamais soupçonné poa« voir ^tre suspect à celui qui entreprendroit d^écrire Thistoire du Calvinisme. Il fait Tapo* logie du président d'Oppéde, l'un des plus méchans hommes du monde , et suppose en sa faveur des faits d'une fausseté notoire et qaHl ne sauroit appuyer d'aucun auteur. Il faut donc nécessairement faire ici l'abrégé -de cette triste histoire pour l'opposer au faux récit qu'en fait le sieur Maimbourg. Je pren- -drai cette histoire du président de Thou , Hfin qu'on ne dise pas qu'elle est de la façon *^ës C-alvinistes. (i) Tout le monde aujourd'hui sait l'origine de ces habitans de Mérinidol et de Catbriéres ; c'étoient des échappéa
{ 1 } Ue Tiiott , lir. 6t
4o6 jipotogie
de cette cruelle persécution que les pape) avoient excitée contre les Vaudois. Et ces pauvres gens habitoient dans les monta*gnes de la Provence : lieux incultes dont par un travail prodigieux ils avoient fait un asses bon pays^ propre à nourrir du bétail.
Quand la réformation vint au monde, se re- Gonnoissant pour être les frères de ceux qu'on appelloit nouveaux venus, et voyant tous leurs dogmeaJans ces opinions qu'on appeloit nouvelles et qu'on dé test oit cumme d'abominables bérésies, ils eurent la même joye qu'oot des personnes jetées dans quelqu' isie déserte de l'océan éloignée des terres , quand après avoir demeuré là plusieurs années dans une affreuse solitude , ils voyent venir à eux des vaisseaux et des liommes. Seuls protecteurs de la vérité dans un océan de courruplions et ^'erreurs ils eurent la joye de voir sortir co!n« ne du milieu des ondes un renfort si considérable et un secours si peu attendu. Cela les conBrpia plus qu'on ne saurait dire dans la profession des vérités qu'ils tenoient de tout temps. Mais le parlement d'Aix, grand persécuteur des fidèles, l'an i/)4o, les fit ajourner à comparottre. Ils envoyèrent à Aix ^ demandèrent conseil , mais personne ne leur conseilla de comparoilre,s'j1s ne vouloient étr#
brûlé» vifs | comme d^xant Içurs yeux ila ^
pour la Rèformation y ete* 4o7
rirent brûler plusieurs pour cause de luthé-i Taiiisme. 11 ne comparuient donc pas et sur défaut^le parlement rendît ce fameux, ce cruel et cet épouvantable arrél par lequel tous les liabitans de Mérindol furent condamnés à mourir; leurs maisons^ leurs bois et leurs retraites à être rasés et brûlés; eux^ leurs biens et leurs personnes confisqués au roi. Cet arrêt ne fut pas si tôt exécuté, parce que les habitans de Mérindol et de Cabrières porr tèrent leurs plaintes au roi François premier^ qui les voulut bien écouter. Il donna ordre à Guillaume du Bellai , sieur de Langeai , lieu» tenant de roi en Piémont, de faire information de la foi et de la vie de ces Vaudois. Le sieur dé Langeai comnîit des gens pour faire cette information et les commissaires rapportéreuty 1^ que ces habitans de Mérindol et de Cabriè-* ^ res demeuroient là depuis environ trois cents 1^ ans^ (i) que par leur travail ils avoient ^ rendu habitable et fertile ce pays inculte ^ et inhabité, qu'ils souffroient aisément le t ra* ^ vail et le jeune^ qu'ils avoient en horreur 9^ les procès, qu'ils étoient fort charitables ^ envers les pauvres, qu'ils payoient aux ^ princes les tributs et à leurs seigneurs les ^ redevances avec une souveraine fidélité , ^ qa'ils ssrvoient Dieu par des prières conti-
4o8 jipologiê
y^ nuelles et par une vie très innocente y qu'au jg reste ils fréquentoient fort pea les églises y^ des saints, si ce n'est quand ils ailoieiit dans ^ quelques bourgs ou villes de leur voisinage ^ pour leur trafic : que si quelquefois ils ^ enlroientdans les églises dédiées aux saints y ,, iisnese prosternoient pas devant les images yy et ne leur offroient pas de torches ou d^au- ^ très présens , qu'ils ne denmndoient point 1^ aun prêtres de dire des messes pour leurs ^ morts; qu'ils ne faisoient point le signe de ,^ la croix quand il tonne , comme on a cou* y^ tume de f^ire ; qu'ils ne prenoient point 1^ d'eau-bénite^ mais qu'ils levoient les yeux y^ au ciel pour invoquer Dieu; qu'ils n'alloient ,, pas en péléiinage , et qu'ils ne saluoient ^ pas les croix en passant dans les chemins; y^ qu'ils faisoient leur service en langue vul- ^ gaire et avec des cérémonies différentes de y^ celle de l'église: enfin qu'ils ne portoient ^ aucun respect au pape et aux évêqueSj mais ^j quMs se choi&issoient d'^ntr'eux des prêtres y^ et des docteurs pour faire leur service et j5 les enseigner."
Voilà ce qui fut trouvé et ce qui se prouvji
par des actes authentiques et par une infor-
nmtion qu'on trouv^roit encore aujourd'hui «
hi Ton n'avoit pris soin d'«n supprimer lef
originaux. Comparez cQ\aa.\^cV^igotlcait<\ii'en
pmtr la Ri\fonnation y etc. 4pig
ait le sienr Maimbourg, qui les dépeint conir ne des scélérats et des voleurs nichés dans les montagnes d'où iU faihoient des courses ;ur tous les pays pour piller, pour enlever les >iens, pour tuer et pour saccager. M^is surout remarquez l'extravagante calomnie dont 1 les noircit, d'avoir levé seize mille hommes într^eux pour assiéger Marseille. Notez, je 'DUS prie, que quand il fait de ces gens des *ebelles qui veulent aller assiéger la plus im^ )ortante place de la province j il leur fait lerer cette armée de seize mille hommes. Il fal-' oit pour cela qu'il y eût entr'eqç popr la ûoins cinquante ou soixante mlUç âmes ; caip*. es femmes^ les enfans, les vieillards cç por-ent pas les armes, et même on ne mène point l'armée toutes les personnes capables d'atiq[uer et da se défendre > on ep laisse pouç. L garde du pays. Mais qu^nd îl compte ceux ui n^oururent dans le massacre et qui péri« »nt de misère tapt hommes que fpmmes , il 'en trqiave plus qu0 trpis mille , et six pent4 onimes dps plus forts , qui furent envoyés Lix galères. Çt en^u il ne donne 4 ces .^ens ne neuf cents maisons dans leufs. bourgs et illages: juge^ si cinquante pu soixante mîUei^ er^onnes {peuvent demeprer <}^ns neuf centa ^bançs dp paysans. Si l'on <\\\ comme an l^ yblia algrs que q^ trpupe^ èVoV^uV ^^%\twx>
Si.
peaux, fussent en état de lever et d'eoti fjçs armées (étrangères. Cet horiima p jugement par la passion qu'il a de rend pauvres fidèles CiîniîneU* pour justifie froyuble carnage que l'on en Gt. Si vo demandez sur quoi il appuyé tout cela sur le plaidoyer du président d'Oppèdi pour sauver sa tête chargea son accu des plus horribles calomnies que la inalignilé de son epprjt lui put fournir ; effet ce fut un des moyens dont ce bi se servit pour obtenir du roi la pern d'exécuter l'horrible arrêt quîavoit été quatre ans auparavant : il écrivit qt Vaudois se préparoient à attaquer Ma avec seize mille hommes. Cette calomnie son coup et le roi irrité les abandonna
/iir«>iir fto m ninlhpiirf>iiT niiî Ipvh iti
V pour la 'Reformations etc. 411
irieil lards , tout y fut exercé avec la dernière brutalité e1 la plus ardente fureur. Cependant )e ne saurois taire cette horrible circonstan* ce y qu^après avoir pris Cabrières à compoTsition et à discrétion y on mena tout ce qui s'y trouva dans une prairie où on les égorgea tous , au nombre de huit cents, tant de ceux qui se trouvèrent dans la ville que dehors* Oppède fit enfermer toutes les femmes dans une grange pleine de paille et y fit mettre \9 feu 9 et quand elles se présentoient à la fenêtre pour se jeter en bas, on les repoussoit avec des fourches et on les reoevoit sur la pointe des hallebardes. Ceux qui se sauvèrent dans les montagnes ne furent pas plus heu* reux : la faim et. les bétes farouches les dé?* vorèrent , parce qu'on leur coupa tous les -chemins: on les assiè'gea comme des lions dans txn fort 9 on défendit sous peine de la vie do leur donner aucun aliment. Ces misérables députèrent vers Oppède , pour obtenir de lui .la permission d'abandonner leurs biens et da Me retirer la vie sauve dans les pays étran-' ^éra. Le capitaine Poulin^ autrement appelK 4e baron de la Garde, le ctuel instrument de :]a barbarie d*Oppède,.étoil pourtant comme fléchi :, mais Oppdde répondit brusquement p non Je lès veux tous prendre sans q/^'aocGUTi «et réchappe f^felee veux envoyer Kàb^Ur ou^
cef paavres gens de tous les crimes les p bominables y ajoutant que va la nature d crime on les ayoit fort épargnés. Il obti roi une espèce de confirmation de ce qu'il fait ; ce fut par le crédit de ce grand pei leur le cardinal de Tournon^ auquel le Maimbourg fait un grand honneur d'une cule comédie que ce pédant joua devant '. çois I , en entrant dans sa chambre un li la main et faisant semblant d'y lire un pa d'Jrenéoi pour se faire demander, gue vous^ monsieur le Cardinal ^ prendre de \ casion de détourner le roi de faire venir Janthon auprès de lui« Cet homme^là se xioissoit bien en actions graves et sages mettre cettç petite farce en ce rang.
Pour revenir à ceux de Merindol et à
)pour la Riformation , eié. liS
peut-être ici l'un dés endroits de l'hiitoire le plus incroyable et qui marque le plus la providence de Dieu et la certitude de %e% juge^ mens* François I fut grand ennemi des Pro ' teatans , il eii fit : brûlier tout autant qu'il en put découvrir ;so|i fils Henri II n'avoitpas l'a*^ ine guères plus tendre pour eux que le prési*. dent d'Oppède. Il commit des cruautés en sa vie contre les réformés qui ne valent guères mieux que*celies de Merindol : cependant£Mea se; sert de ces deux princes, ardehs per^écu* tèurs des réformés , pçur venger là persécu*** tion qui avoit été &ite & Ceux qu'eux mêmes persÉcotoicjnL Henri IF rendit un ârrétdâns lequel sont exposésftous' le^ excès etlescrt* mes qui ont été commis dans, l'afikire de Me^' rindol et de Cabrières ; et dans lequel il ordonna que le parlement d'Âix , le président d'Oppède , de Lafont , JBalet et autres liotir-* reaux vinssent rendore compte de leulri actions. La cause fut renv^oyée à la- chambre .du pïirle* ment de Paris ^. où ellefiit plaidée'datis dn*^ quante audiences en présenop^^ qn peut dire,, non de tout Paris mais de toute la France. De> tantdecoupablesilio'en coûta. la vie qu.^âGuar^ rin , avocat au pari^menft .d^ix , qui fut pendu : Oppède . en jru;r quitta. p<H3r utfe piriBon clé quelques mois. S^^ 'j^\fshx^]}\p ^^ev\n fut la victime^ ce n'est pas ^u't\ lvA\^ '^>Mk ^v^
'4i4 Apologie
mînel , au contraire il n^avoit suivi Oppèda dans celle expédition que par force ; mais Oppède étoit rcTêtu d'un gros caractère ^ et il trouva de grands amis qui le sauvèrent. Ce jie fut paa dans la mort d'un «seul homme que Dieu exerça sa vengeance^ ce fut dans ce que Dieu permit que, durant plusieurs jourii Aubery , lieutenant civil, parlant comme avocat dtt roi, étala'aveo une force admirable les excès y les viols ^ les meurtres^ 4es inceûr: dies I les barbaries et les inhumanités qui Bvoient été commises par ces aélés catholiques. Si le président d'Oppède échappa & la main des hommes , iln^éoha^pa.pàscellede Dieu , nnus avons appris du président de Thou qu'il mourut dans des douteurs horri* bles de vessie dans ses entrailles ^ où le feu a'étoit mis. Nous avons aussi remarqué que le sieur Maimbourg , pour détourner la vue de ce visible jugement de Dieu î 'suppose avec une hardiesse qui n'a point d'égale , que la mal lui vint d'une sonde empoisonnée dont un chirurgien huguenot le sonda. Encore un coup , c'est un fait qu'il a' inventé , qu'il n'a jamais lu nulle part y qu'il n'a peut-être jamais oui dire- à personne et dont on le défié de dire l^utèw.r A{iré$ 'cela fies^vous à cet Jjomme qui'Sftns pajflb toujours^ de sa sincôr
pour ta Réformation , êtê. 4i5
le passerai par-dessas le règne de Henri II 9 parce que nous avons assez parlé de3 cruautés qui y furent exercées y et je viendrai au règne de sesenfans. Le premder c'est François II , sous lequel se Gt le carnage d'Âni'boise : c'est bien l'action la plu9 cruelle qui ait jamais été commise. Il y avoit une conjuration ) je l'avoue ; il est encore vrai qu^en^* tre les conjurés il y avoit beaucoup de hu* guenots : mais il est vrai aussi ^^ comme je Tai prouvé j que la conjuration n'étoit pas contre le roi» elleétoit contre des tyrans qui avoient Qsurpé l'autorité royale et qui en abusoient de la manière du mronde la plus terrible. Mais supposons tout ce qu'on voudra du crime de ces conjurateurs et de leurs intentions , je soutiens qu'on n^a jamais vu d'exemple d'u« ne punition si sévère. Oa me^ toujours une très-grande différence entre un crinie commis et un crime exécuté^ et jamais la punition ne va aussi loin pour l'un que pour l'autre,. Quand on découvre une conjuration y on se contente d^en punir les auteurs y on pardonne & la populace qui s'est laissée entraîner ; oa fait des exemples. Ciceron , après avoir dé* couvert la conjuration de Catilina» qui n^alloir pas à moins qu'à saccager Rome , brûler les temples y piller les maisons des particuliers et ae saisir de rempire» %^ ^t^^^^ ^>
4i8 '' Jlpàhgiê
irent senlemeYif qn'elqiies-uns et écartèrent le reste. Voilà de quelle manière on fait This* toiresouH le^'nom du désordre de Vassy, comme on parlérttiil^ d^une bataille de paysans où il y âuroit eu quelques coups de poing donnés et quelfjues chapeaux perdus. .IVIais ce -qui me fùrprend, c'est que pour appuyer ce roman on se sert du témoignage de nos historiei^s , C O afnii guê r avouent leurs plus célèhtcs hiètèriensi ;'et en marge on cite d'Aut)ighé. Cela y dis-je , est surprenant, et cet homme sp persuade que nous ne savons pai lire. Ceul qui prendront la peine de consulter d'Aubigné | verront que selon lui c^étoit une partie faite par le Triumvirat. ( 2 } a Ce6 i) premières offenses ^ dit-il , amorces cïes se- B condes j émurent 16 Triumvirat et leart ]» nouveaux adjoints à rompre ouvertement % redit de Janvier. Pour cet effet il fallut hâib ter le duc de Guise , lequel passant à Vassy I» avec le cardinal son frère et toute leur H- % mille trouva l'assemblée des réformés qui » peu, de jours auparavant avoient fait la cè- » ne au même lieu au nombre de trois milles, s> Les moines menoient les laquais agacer » cette troupe : après les laquais , la popu- 30 lace se voyant fortiiiée des gens à cheval et
( 1 ) Ifîst. du CalT. Kt. 4.
peur la Réfortnalitn , etc. 4i%
O à pied , s^échaufib. L'évéque de Châlons y I» étoit allé quelques jours auparavant pour »-le8 convertir par disputes et en étoit rêve* l> nu honteux et moqué , ou pour son igno« D rance ou autrement. Celui-ci enflamma le )> cœur du cardinal de Lorraine , le cardinal 9 celui de la Brosse ^ qui y donne avec deux » compagnies de gendarmes ^ fait sonner i^f i> charge par trois trompettes , et tout oelf » ensemble met en pièces tout ce qui ne se )) peut sauver par les fenêtres de la grange, v Selon ce récit, l'évêquede Châlons est en colère d'avoir été mal reçu à Vassy , il excite le cardinal de Lorraine , ce cardinal promet à révéque de le venger; pour cet effet il donne ordre à la Brosse d'y mener deux compa«« gnies de gendarmes. Avec ces deux compà* gnies on sonne la charge , on donne dessue. Cela n'a-t^il pas bien la mine d'une affaire arrivée par hasard ? Cependant le Sr. Maim* bourg nous dit hardiment que selon d'Aubigné , ce fut un pur haf^ard sans aucun deS'^ Mêiii prémédité. Je vous assure qu'il n'y a qu'à mentir hardiment pour se faire croire ^ car avant que d'avoir lu le passage j'étois près-* que persuadé qu'il contenoit le contraire de ce que j'y ai lu. Croyez le aussi peu sur ca qu'il nous dit, qu'il ii*y eut qu^un fort petit nombre de tués et de bles^s : cat d' k>àS»\^^
42# Âpoîoglê
nous dît expressément qu'il y eut trois centi personnes tuées. La vérité est que le duc de Guise qui avoit fait sa partie avec les deax autres triumvirs et le roi de Navarre » d'anéantir redit de Janvier contre lequel ils avoient tant crié, le voulut faire par un coup d'éclat. En allant à Paris pour en chasser le firioce de Condé et pour empêcher qu'on n'y jjrechât , il voulut faire un coup dressai suc Vassy avant que d'entreprendre sur Paris. Il vint à Vassy non pas en homme qui passe i huit jours avant il avoit fait loger sa corn* pagnie de gendarmes dans celte petite ville, il y arriva avec deux autres compagnies. L$ Brosse qui les çççduisoit entra dans les grandes où Ton étoitï«iss9mblé, commença par un blasphème et jura- qu^il falioit tout tuer^la tuerie commença par un misérable vinaigrier qui se trouva à la porte ; ensuite on lit main basse sans délai sur tout ce qu'on put attrappcr ; le duc de Guise y vint et y parut lui» même répée à la main , l'exploit éloit grand pour un lîéros comme lui. Il y vint , dit-on, pour appai.ser le tumulte ; mais ce prince si Fiîdouté avoil bien perdu de son autorité puisqu'il ne put retenirses gens. Encore pour quelques coups donnés^ quelques morts et quelques blessés passe , souvent avant qu'un mail re sa ^tfi5-se faire obéir il se fait quehpç§ cléptOf'^
pour la Réformixtion , dû. jâi
idreft. Mais je trouve que ce duc est tien^îatient de voir massacrer à ses yeux trois oa quatre cents personnes contre son gré et de n'y pas donner ordre. Si ce fut contre sa volonté que le massacre se fit , pourquoi ne fitil aucune justice d'une violence aussi terrible ? Mais pourquoi en témoigna- t'il du regret à sa mort ? Efoit il responsable devant le trône de Dieu , où il alloit , des crimes de ses valets dont il n'avoit pu reprimer Tinsolence quoiqu'il y eut travaillé ? Pour qui nous prend on quand on nous fait de ces contes- la? V, Depuis Taffaire de Vassy il ne faut plue compter les massacres , ils sont sans nombre» On peut dire avec certitude que jamais il ne s'en est fait autant en au^si peu de temps sous les plus cruels persécuteurs de i'églisei A Ca^* hors , à Sens , à Auxerre , à Tours ^ à Cas-très j à Villeneuve , à Bagnol^ à Signe , 4 Paris, à Bar sur Seine ^ à Senlis , à Agfh p h Tarraube , à Meaux , au Mans, à Aurillac^ à Valongues, à Nevers, àlssoudun, à Amiens, à Caslelnaudary , à Agen , à Gaillac , à Tou-î louse , à Orange , à Saint Etienne , à Gien,' ff Poitiers, à la Charité , à Némoiirs , à Grenade ^ à Mar^ilargues , à Abbéville ^ à 'Châ- Ions, à Epernay , à Chatillon sur- Loire , 4 Angers , à Cran , à Blois , à Mer , à Mou-1 ^ris , à Upuelï , en. plusieurs aulvi^^ \Âfc\xv ^
Ifd jtpoîogtê
dans toute )a Provence , et tout cela en moins de deux ans avec des cruautés qui n'oot guè« rés eu d'exemple entre les nations les plas barbares. A Tours on enferma trois cents per* sonnes dans une église où onles afTamapendant trois jours : après cela on les prit, et liés deux à deux on les mena sur le bord de la rivière pour les y égorger; les uns furent massacrés ^ d'autres furent écorchés , d'autres étranglés, d'autres noyés : on vendoit les enfans unécu* Une femme d'une beauté rare étant du nombre de ces victimes, faisoit pitié à celui qui la menoit à la mort : un autre > pour montrer qu'il étoit incapable de ces foiblesses^ la prit , la dépouilla toute nue pour sacrifier sa pudear avant que de sacrifier sa vie , et lui donna eent coups au travers du corps. Les femmei grosses furent ouvertes et leur fruit vivant îeté dans la rivière. Le président de Toars fut lié à des arbres et on lui fendit le ventre tout vivant pour y chercher de l'or^ qu'on Vwor cusoit d'y avoir caché. A Cahors, après avoir égorgé les hommes , ils les arrangeoient sur le pavé comme des pourceaux , les convroieiit de bois et de paille et les brûloient^A Orangèf on airangeoit les vieillards aux fenêtres afin qu'ils fussent spectateurs des supplices (|u'oil faisoit souffrir à leurs femmes et à leurs en- Ssuiê ; g[u'on lacdolt avec la jjettte pointe des
povr ta Rèformalion , etc. IsS
êpées et des poignards podr les taer lente-* ment et leur faire souffrir mille morts. A Cas<* très, un bourreau écorcha cinq hommes et leur mangea le foie , et scia un homme tout Vîf. A Signe, un bon catholique trouvant sa sœur 9 qui étoit hérétique selon lui, la fit violer par le cordelier qui portoit la croix et par cinq ou six autres ^ puis la brûla avec dii lard flamboyant qu'il lui faisoit distiller snr^la peau. A Agen , en très- peu de temps^ Dn trouva qu'on avoitbien exécuté cinq cents personnes qui furent pendues à un gfbet qu'on appeloif le consistoire. Quant aux femhies , celles à qui l'on sauvoit la vie^ étoient le sujet sur lequel le soldat en dernier liea èxérçoU sa brutalité, quand elles avoient pas* se* par la main des gens distingués. Si Toif frouvoit une femme donnant a lêter à un enant ]; lé soldat pour faire preuve- de son adresse ^ les transperçoit tous deux à la fois. [1 y avoit des pères qui se faisoient un mérita Se faire pendre leurs enfans , comme fit un nommé Ralet , - procureur du roi an siège do ÎTroyes. Il s'en est trouvé q'^^î arirachoient lo tûbxxt de ceux qu'ils Ver -uml d'égorger et qui disoient en mordant decians , je m'étois bien |>romts de manger le cœur d'uu huguenot lEiVant que de mourir.
liç« cruautés qui furent tx«cfe^^ w^"^^^.
lai jipologh '
Tence sons le gouvernement du comte de Sontnervie paroissent incioyables. A Aix j def hommes furent (fendus par les mains tout vivans pendant qu'on leur arrachoit les yeux^ on en trainoil d'autres tout en vie sur le pavé à la queue des chevaux jusqu'à ce qu'ils fussent tout déchirés et que leurs entrailles demeurassent dans les rues. Il y en avoit d'autres que l'on menoit dans les villes les battant à coups de pierre et de bâton jusqu'à ce qu'ils eussent rendn l'ame ; et quelque fois aQû qu'ils languissent plus longtemps on les faisoit lapider par desenfans. D'autres étoient fendus tout vifs et démembrés comme des moutons à la boucherie; on leur arrachoit les entrailles et on les démerabroit tout vi-r Tans. A Signe ^ un. nommé Labon^ âgé de soixante et dix ans* eut les lèvres, ,1e nés et les oreilles coupés, et il fut laîss^ en cet
état attaché à la i/oj te de sa maison. A Di'-
gnes , un nçnxmé Pierre Roche fut enterré vif et il fallut que lui même fit sa foçse. A un autre vieiUard de quatre vingts ans, on lui rompit, les os d^- bras avant de l'enterrer tout vivant, il y en u quelques-uns qu'on a jetés dans des fourneaux de chiux. La fureur est allée quel'iue fois jusqu'à forcer un JBls à poignarder son père. Pour avoir la gloire jf/^iiJ venter de nouveaux supplices | ils p^e^
pour la ÈéforrHàtion , etn. ^iih
loient les hommes avec des tenailles par I# lez et les trainoient en cet état, quelque fois ts leur perçoient le bras avec une dague y y mfiloient une corde et les nienoient en lesst somme on mène des ours par le nez. Il y en L d'antres qu'on mettoit à terre et on leur lansoit sur le ventre jusqu'à ce que le sang »t les boyaux sortissent par la bouche. Tou* es les mêmes cruautés s'exerçoient sur les èmmes sans aucune distinction de qualité ^ l*âge , de beauté et de jeunesse. Il est vrai [ue le viol précédoit ordinairement le meur* re quand elles étoient belles et jeunes. ^11 y n a eu que l'on embrochoit avec deis bâtons erres qui les traversoient depuis l'oriâc6 ['en bas jusques à la tête: à d'autres on ar^ acha les yeux et le nez toutes vives. La emme d'un nommé Bertrand Tasquier étant rosse fut fendue toute vive, deux enfans ti-^ es de son corps furent traînés et donnés aux biens. A Cisteron, vingt-cinq enfans furent Liés avec leurs mères. Enfin de ces sortes e supplices en très peu de temps oh fit p6« ir dans la Provence seule plus de sept ou uît cents hommes et presque autant de fem-i les et d'enfaus. Après cela il faudroit être ien incrédule pour ne pas croire ce que it le Meiir Maimbourg : que tout ca que fa (ige et la cruauté^ a inspiré auxplu9 8cV-\^ut%
Sls6 ^Apologie
dans les siècles passés a été rénouPeUé de la mémoire de nos ayeux.
Raconter à présent les cruautés de Mont^^ lue ce seroit perdre son temps , car auprès de cellesMà elles ne paroîtroient rien. Cepen* dant il s'en fait un si grand honneur dan» ses commentaires qu'on lui feroit injure et l'cQ ne suivroit pas ses intentions si on les passoit entièrement sous silence. Nous dirons donf après lui que tout autant qu'il trouvoit de gens soupçonnés d'être huguenots , il les faisoit pendre sans forme de procès: que pendant qu*i^ parlement oit ou faisoit parlementer avec les commandans d'une place qu'il assiègeoit et qui seVouloit rendre, (t) il faisoit entrer des gens par escalade d'un autre côté et faisoit égorger tout ce qui se tronvoit devant t (9) es qui est la dernière et la plus noire des per^ fidiea qui se fasse à la guerre. Nous dirons que quand une place s'étoit rendue à discré« lion I il faisoit passer par le fil de Tépée oi) par la main du bourreau tous les hommes el abandonnoit les femmes aux espagnols qui les massacroient sans avoir aucune compassion de leur sexe. (3) Nous dirons comme il dit lui même 9 çu^U ne se parloit point de rançon
(1 )Lîr.7 p,370- (2) Uv,7.p. 370,
pour la Réforrnaiion , et€* tâfi
que pptir lès bourreaux^ et qu'en nn jour il fit égorger , pendre et massacrer en sa pré-* sence et de sang froid sept cents per6onniës & la prise de Mont&égar. Ce n'étoit pas seu* lement à l'égard de ceux qu'il trou Voit août les armes qu'il en usoit ainsi: (i) en p&ssant €}iemin il euvoyoit des gens dans les bourga et en faisoit pendre tous les habitans autour de leurs lialles , comme il fit à Gironde. Si qafelque brave . capitaine, tom boit entre ses Htainjs il avoue qu^il étoiC le premier pendu^ j^rce qu^il avoit peur qoe s'il trenoit à échap» per il ne leur fit plus de mal que les autreSè Ge fut la raison , dit*iI^ pourquoi il fit: pen^ dre le capitaine Héraud , qui avoit servi avec lui dans les guerres d'Italie, et qu'il avoit con<^ nu comme un homme distingué pour sa vail« lance extraordinaire. Non seulement cela est cruel ) mais il n'est rien de plus lâche , iin homme sans peur comme lui ne devoit crain<«^ dre personne : les vrais braves respectent la vertu et le mérite partout. Il se vante encore d'avoir arraché aux juges ceux qui dévoient être punis comme auteuradu massacre de Cahors. Ces juges étoient commis par le roi pour informer et punir les massacreurs : le sieur do Burie , lieutenant du roi dans la Provincei é« tant obligé de les appuyer de son autorité , il
( 1 ) Uv. 5.