‹ Histoire du CalvinismeChapitre 20 sur 30 · PI · texte numérisé non relu

PI

laS Apologie

se fait entrer dans la chambre où les juges é^ toient assis prêts à prononcer la sentence, et se fait dire à celui des juges qui devoit pro^noncer^ (i) » tu déclareras ici devant Mon- X sieur de Burie et moi ce que je te demande^ D ou je te pendrai moi-même de mes mains | t car j'en ai pendu une vingtaine de plushon^ )) nêtes gens que toi ni que ceux qui ont a$-^ D sisté à ta sentence.'^ Après cela il voulut tirer son épée pour assassiner tous ces ju-^ ges , et il Pauroit fait si le comte de Burie ne se fut jeté sur lui pour Tempêcher. Enfin it en dit tant, qu'apparemment il en est de set cruautés comme de ses belles actions dont on a dit, mulia fecit ^ plura scripsit ^ qu'il en a écrit plus qu^il n*en a fait ; car on ne conçoit pas que dans une ame il put y avoir un aussi grand fonds de brutalité et de barbariei : Je ne parlerai point des brutalités qui so commirent dans les combats contre le droit t' des gens et contre les droits de la guerre ; où se faisoit un honneur de ne faire quartier & personne , et Von né se servoit des appareiices de la bonne foi que pour tromper plus aisément. Après avoir donné la vie k un pri* sonnier, on le massacroit* Entre les exemples âê ces cruelles perfidies on ne sauroit 'oublier celui du prince de Condé qui s'étoit renoua

pour la Reformations et€. lof

leux gentilshommes de sa connoissance. Mon* ;esquiou , capitaine des gardes du duc d'Anou y vint à bride abattue et l'assassina entre (ux. Ce coup détestable ne demeura pas impuni, car ce malheureux assassin fut tué pea le jours après au siège de saint Jean d'Angély. St bien lui en prit de ce que le ciel se char* ;ea du soin de le punir, car il n'en auroit pas \ié quitte à si bon marché : si Dieu eût laiss^ *aire les hommes : il ne fût pas mort au lit l'honneur. S'il avoit des parens , ils ne furent las malheureux d'être ou inconnus ou dans in degré qui les déroba à. la juste colère l'Henri IV , neveu du prince et du comte dj9 3oi83onsson fils. Ils envoyèrent en son pays en iaire la recherche afin d'immoler toute sa race Il leur ressentiment, pour laisser un exemple lotable de châtiment de cet horrible atten-' Mi : mais personne nç^ voulut s'avouer de sa saison. On ne peut pas s'empêcher non plus le regarder comme une cruauté brutale y le jraitement qu'on fit au corps de ;ce pauvre prince qui fut mis sur une ânesse et mené ea . jriomphe dans la ville à travers de l'armée. Le duc d'Anjou devoit respecter son sang et m mérite si rare^ si lui même eut eu de L^ rertu. Il.s'oi^btia dans cette occasion et en plu«« neurf. atifires. Mais Dieu ne l'oublia pas : s»

ren^çfwce je pp^ureuivit, l'çitw\§cûx ^W^ Vt^^^S^

43o Apologie

va par le couteau de Clçment , quoiqu'il fut caché «ous le nom de Henri III, roi de France. Le sieur Maiinboiirg devoit joindre cette ré< flexii^n à celle qu'il fait à propos de l'état où fut réduit te grand prince de Condé : Spectacle pitoyable , dit- il, qui apprend aux grands du monde que Dieu peut confondn leur orgueil et rabaisser en un moment jiu* qu'au centre de la dernière bassesse , quand ils ont raudace de s'élever contre Vautoriik suprême de V église. Les jugemens de Dieu ^ont profonds, il n'y en a pas qui ne soient justes: mais les caractères de malédiction sont bien plus visibles dans le sort de Charles IX) de Henri II et de Henri III , que dans celui de Louis de Bourbon , prince de Condé.

Entre les barbaries qui se commet toient sous prétexte de la guerre, on nesauroit taire celles qui se firent dans le siège de Sancerrd en 1675. Plutôt que d'accorder la liberté de conscience même sans exercîcç public 3o leur religion à des sujets d'ailleurs très-fidèles et qui se vouloient soumettre à tbat , oii les réduisit à une famine si horrible qu'ih furent contraints 'de| manger des chiens^ des chats , des rats , des cuirs y des parchemins 1 des herbes dont les bêtes ne veulent pas manger j et l'extrémité fut si horrible qu^on ]

tlirprit un père et une vokr^ moin^^aRC /edr

pour la Réfbrmation , etê. 45i

propre fille qui étoit mort6 de faim : deux milla personnes moururenide cette espèce de mort la plus funeste de toutes : c'est là ui| échantillon de la débonnaireté catbolicjue. ' C'est ainsi que la guerre se faisoit y mais la paix ne valoit guéres mieux. Ces paix étoiejQt plus meurtrières que n'ont été plusieurs guer« yes : d'une paix à Taufre^quoiqu'il n'y eut pas l^and intervalle , on pouvoit compter deux ^ trois et quatre mille assassinats. Il n'y avoit pas d'homme qui fut en sûreté chez lui. S'il ^pit huguenot , il portoit partout avec lui un péché originel pour lequel on se croyoit aussi t^n droit de l'assassiner partout : s'il étoit ca-* tholiqne romain il suffîsoit qu'il eut des en-* liemis y on faisoit à croire qu'il étoit ha^ gtienot afin de le poignarder ioipunément. Voici ce que dit Monsieur de Mézeray de ce ^n^ Ton fit après la paix de Chartres. D'autrecôtéon ne laissait point jouir les hugue^ nots de la paix ni de la liberté de conscien^ pe. {i) Ils étaient en plus grand danger que durant la guerre : en trois mois dé temps il 0n, fut tué plus de deux mille en divers en^ ^kxffts y ou par leurs ennemis particuliers | comnée René , seigneur de Çipierre y fils de Claude de Sapoye , comte de^Tende , que Oaspard de Fiîleneuve , marquis d^Ar^'\

t3t jipologit

massacra dans Freins comme il reuenoii dé Nice j ou il étoit allé voir le duc de Savoye son parent : ou par des émotions populaires comme à Amiens près de cent personnes , à jiuxerre cent cinquante y plusieurs à Blois , à Bourges , à Issoudun y à Troyps et en vingt autres lieux. Mais rien ne parut plus cruel çue ce que le peuple fit à Ligny en JBarroiSy où un huguenot ayant refusé de tendre de^ vant sa^porte et commis quelque irrévérence^ fut tiré de son logis par la populace en présence du magistrat et brûlé dans la placs publique sur une pile de bois , qu^on alla che cher chez lui. Voilà de quelle manière on observoit la paix et la sûretâ qu'on trouvoit à Vombre des traités. La fureur étoit si gran* de que plusieurs papistes ont été immolés par la barbarie des peuples sur des soupçons ds Jiuguenotisme qui n'avoient pas le moindre fondement. Un jour dans le cimetière de Saint Innocentée Paris , deux hommes se battoient| celui qui n'étoit pas le plus fort appela Taû-v tre luthérien : c'en fut assez pour lu^ faire va« nir un bon secours. I^e peuple sortit en foula àe TEglise où il étoit , écoutant le di^counT d'un moine séditieux. Le pauvre homme., qui étoit aussi pçu luthérien que turc , fut assas* ^iné. Un prieui et chapojne de St. Quentipi jpâsêântpax^lk |yo\)iul^i^€teKr çQtte ripleiicei

pour la Rpformaiicn , etc. 45îî

> on le paya pour cet office de charité d^un

coup de dague dans le ventre et de mille autre5 coups dont il mourut sur le champ. Dans la ville d^Angers , un homme de la religion romaine étant fort pressé au sermon , donna des coudes pour se faire place et gronda un peu haut , ce manque de respect pour le lieu fut une preuve convaincante de son luthéranisme : et sur le champ le peuple lui donna lant de coups de selles et de couteaux qu'il en mourut ; son hôte qui le clierchoit par-? tout ne sachant ce qu'il éloit devenu , trouvât enfin son cadavre entièrement défiguré , il le reconnut seulement à ses habits , et protesta que le jour même de sa mort il avoit été à la messe. Enfin Ton ne sauroit mieux fermer ce ebapitre des inhumanités et des barbaries que par celles qui furent commises dans la jouFr fiée de la St. Barthélémy , mais qui le3 pour** jroît dépeindre? At'on jamais vu de fureur d'une aussi longue durée ? On pardonne un crime qui se commet par une surprise de la passion et par un emportement dont ôrin-et^t pas le maitre , mais ici on fait durer un màs» sacre général plusieurs moi^ par toute laFran* ce. A Paris seul il sei-St pendant sept jours^ qui sont autant d'afireuscs nuits dans notre histoire , car Thorreur des ténèbre» n'a v^^^

d'approchant de l'b^n'eai: à^a a^xiow^ ^^ ^,

Ï94 ^Apologie

furent commises. Paris étoit baigné d sang, les maisons remplies de deuil , le ces de cadavre , la rivière de corps mi vivans. Rien ne fut épargné , ni Tâge . qualité ^ ni la valeur , ni le mérite, ni le ni l'innocence. Ces pauvres victimes égorgeoit en tous lieux , imploroient \i des hommes et le secours du ciel ; elles di e^l ce la paix et la foi royale ? Venge i ces perfidies , mais rien n'éloit capable \ chir ces bourreaux. Et pour comble i voulut perdre d^honneur après leur ayc la vie y on supposa qu'ils avoient conjur tre le roi et sous ce prétexte l'on fit p peux qui étoient échappés au massacr se fit un spectacle de plaisir de voir ces yres corps défigurés , déchirés , demi ] 0t démembrés. Est-il possible qu'on ] croire qu'un parti dans lequel on voit i tant de fureur et tant de barbarie soit ce pieu et de la vérité ? J'avoue qu'il s'esl mis des «ces dans le parti des prot f^uand ils .ont eu les armes a la main, outre mille diflCérencres il y avoit encore çï trâs-èoûsidérablé , c'est que les excé «s coAimètt oient par .les huguenots é désavoués et condamnés par leurs saj far Jes chefs Se leur parti. Au contrair

pour la Réformation j etc. 435

»n8 fait le détail ^ étoient autorisées par des lits cruels qui étoient rendus par les courd $ parlement ^ surtout par celles de Paris et s Toulouse. Far ces arrêts il étoit ordonné ) faire main basse sur tous les huguenots irtout où on les trouveroit , et de chasser )rès eux comme après des bétes farouches* ous pouvez juger ce qu'est capable de faire le populace insensée quand elle estainsi aban^ )nnée aux mouvemens de sa fureur. Le sieur, aimbourg ne dissimule pas que cela fit de France un champ de carnage. Mais il ajoute le c^étoient là les funestes fruits du nouuel *angile. Ainsi pouvoit-on dire des premiers irétiens quand on baignoit Ji'enipidre de i^ui;

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