‹ Histoire du CalvinismeChapitre 24 sur 30 · CHAPITRE XVÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVÏ

'apologie pour les réformés au sujet des sé-^ ditions et des cruautés dont on les accuse : que nous avons condamné les briseurs d^i* mages : réflexions sur les cruautés dont on nous accuse y deux affaires de Nismes que le sieur Maimbourg confond. Fausse accu^ sation de sédition contre ceux de Nismes de Pan i65o. Emeute de Popincourt : gran* de infidélité et malignité du sitiur JUaim'^ bourg là dessus.

JLj

lÊ sîenr Maîmboiirg , coVnme ton» les au^ très auteurs de son parti qui ont écrit l'his*» toire du siècle passé , revient souvent à ces séditions populaires dans lesquelles les images ont été brisées , les églises pillées et les autels profanés , c'est pourquoi il est juste que nousnous y arrêtions un peu. Nous pourrions nous justifier en quatre mots en désa* vouant toutes ces actions et en déclarant qu'on ne les doit pas imputer au calvinisme. Si ce.. h*est qu'on trouve juste d'imputer à la tliéo-*logîe él à la philosophie Io:a^ \^s> ibX^vsv sijjîv^

466 TÈpologiê

J*on fait de leurs principes. Le notre esî qnè les images sont défendues de Dieu , que le culte qu'on leur rend est Aie véritable idolâtrie, et que rien de plus honteux et de plus scandaleux à la religion n'a été introduit dans le christianisme. Mais il ne s'ensuit pas «le là que des gens sans caractère , sans autorité ^ •ans vocation contrela volonté des magistratSy ail mépris de l'autorité du prince soient en droit de s'emparer des églises , de briser les images et de renverser les autels : quelque bon que soit un parti y il est certain que ces actions doivent passer pour un parti de fureur. Ce n'est point par complaisance que nous disons cela aujourd'hui , nous l'avons dit de tout temps , nous l'avons dit quand nous avions ]es armes à la main , dans uà temps où de part e\ d'autre on ne disoit et oïl ne faisoit guères de choses par complaisance. Nos propres historiens en rapportant ces actions , les traitent d'emportement et de sédi** tions populaires. Ils blâment ceux qui les premiers se saisirent de quelques églises pour y { 1 } pré( lier sans le consentement du magistrat, he colloque de Poissy y dit l'^in d'eux> donna telle hardiesse à ceux de la religion presque partout le royaume ^ joint que les états d'Orléans avaient requis des temples

{S } Hki. ecrk ttv. S. ^t4U «

pour la R^formatlon , etc. 467

çue plusieurs impatiens et indiscrets quelques remontrances qu'on leur sçut faire , se saisirent de quelques coui^en^ et autres églises en divers endroits du royaume. Et méuie il dit incontinent après qu'on envoya à Orléans Claude dn Moulin , ministre de Fontenay ^ exprès pour exhorter ceux de la religion de ne se saisir d'aucune église des catholiques romains. Voici comme il parle de l'entreprise de ceux d'Aiitun qui voulurent abattre les images. ( 1 ) Certains étourdis ^ ou quoiqu^il en soit j menés d'un zèle indiscret et mal réglé commencèrent à Autan d'abattre les croix et les images des lieux pubïics de jour et de nuit , et déjà etoient tout prêts de se saisir des temples de la religion romaine quand les curés convertis et protestàns , étant de retour, remontrèrent virement au peuple que ce wVtoit pas à eux d'entreprendre une telle chose sans t autorité du magistrat ^ et que quant à eux ils leur déclaroient quHls n^approut^eraient jamais tels actes ni ceux qui les conù^ mettroient. Il maltraite encore bien davantage les briseurs d'images de la ville d'Agen ; il les traite de canailles et de garnemens. Dans le même temps les nôtres firent tout ce qui fut possible pour arrêter ces violences. Un $yno« jle de la province de Guyenne assemblé

( 4 } Votlft mêifiie . li caoYerÂoa ^% ces cwii,^ t'ft-A^'^*

468 Apologie

St. Foi ordonna^ ( i ) qu^on Uêeroit de cèfl* sures plus expresses que jamais , pour repri* mer toute insolence , attendu que les praiei armes et Jorces de la religion étaient spiri' tueltes , étant Voffice des magistrats et non des particuliers dealer les marques de Pido^ latrie. J'avoue que cela ne put empêcher qu'on ne fit des désordres ; ( a ) mais toutes nos églises en corps les condamnèrent. Les ministres et députés des églises en écriuireni bien aigrement par Blereaux^ député de Bor* de aux j aux églises de Guyenne ^ avertissant toutes gens de bien de se séparer de telles gens rebelles au roi et contempteurs des cew sures deVéglise. Enfin ces actions de violen* ce ont été publiquement et authentiquement désavouées p^r les avis des députés et des ministres des é^glises réformées de France » étant en cour quand Tédît de Janvier fut accordé. Voici ce qu'ils disent. (5) Par te «econd article il est défendu d^abattre les ima- .ges , de briser les croix et défaire aucun acte scandaleux. Il faut obéir comme aussi il a été, ordonné dans les synodes çi-deçant tenus^ car

(0 1561,?. 804^ C 2 ) Pag. SOS.

f I ) Avfs €l coiKelU des mûiUtres ^«^(âtéf/.etc BUf. eçctcau

pour la Réformation , etn. 4ffy

Tojfflce du ministre est d'abattre les idoles des cœur des hommes par la prédication de le^ parole de Dieu , et non autrement. Et la va* cation des personnes^ privées ne s^ étend pa9 plus avant que de prier Dieu qu^il inspire tellement les rois et les princes quHls s^em^ ployent à avancer sa gloire et d abatttre toute idolâtrie. Voilà précisément la religion dtt' calvinisme sur ce point là : s'il s'est fait quel« que chose par les calvinistes d'opposé à cela, il ne s'en faut pas étonner , car tous les joura îl arrive aux gens d'agir contre les principes* de leur propre religion. Mais aussi nous n^a?' vous pas manqué à châtier de tout notre pouvoir ceux qui se sont rendus coupables : nous' les avons déférés aux magistrats et nous n'avons témoigné aucun chagrin qu'on ait pen-" du les principaux auteurs de ces séditions pour en faire des exemples. Je dis la même chose des briseurs d'images de Flandres et des Pays- bas. C'éloient des troupe» de mutins désavoués de tous les honnêtes gens , la plupart papistes qui émouvoient ces séditions* aSn de piller et de s'enrichir. Les profestans' confédérés les faisoîent pendre eux-mêmes* quand ils en pouvoient être maîtres. ( i ) Les • nobles confédérés \ îïbu's dit Meteren , vouli^, renf aussi montrer quHls n^ étaient point 6ri*

ijo apologie

êeurs (Vimages , mais qu'ils poulmênt ienif la promesse gu^ils aifoient faite à la régente et partant iL enfirpnt prendre et pendre plurieurs partout. Ce que dit encore le même auteur est très* considérable ; ^^/^ de tant de briseu s dHmages qui prit été mis sur la queS' tinn , jamais on n'a pu tirer de pas un qu'ils pussent été poussés à cela par des réformés ou gueux.

C'est assez pour faire Toîr que nous ne prenons point ces gens-là en notre protec- ^on et ne les reconnoissons point pour vrais réformés. 11 est pourtailt nécessaire de dire ifi deux choses : la première, qu^en beaucoup de lieux les moines et les prêtres > la l)uit,onteux mêmes abbattus leurs propres ijutages , afin d'émouvoir sédition contre les huguenots comme auteurs de ce désordre.

Les prêtres de Rouen, diverses fois^ abattirent leurs images l'année jdôg, pour charger de ce crime les réformés. Le cardinal de Bourl^on^ archevêque de Rouen ^ fut souvent occupé à les f élever en grande cérémonie. En« j|n un moine de l'hôpital fut convaincu d'à- T;pir rompu les images du cimetière de St« l^aur, (i)mats parce qu'il avoit fait cela a* vec bonne intention on ne lui fit aucun maL X^^ î'iquisiteurs dans les Pays bas firent la

^4) IM. «ccUs.U^.lvt. \^9.

pour la ïtêforTrtation , etCé %i%

Ihéme chose , et même ce vénérable cardinal deGranvelIe,(i) évéque d'Arras , fit briser la nuit un grand crucifix de pierre qui étoit^ au lieu où Ton mettoif les pendus. L'autre^ chose que je voulois dire , c^est que si dur rant la violence des troubles quelques unst 86 sont laissés aller à briser les images , c^est. bien peu de chbse en comparaison de ce^ que Von faisoit contre nouSé On nous brû^ loit, on nous écarteloit, on nous démem-% broit , on rasoit nos maisons , on égorgeoit^ à nos yeux nos femmes et nos enfans , on à<«: battdit cruellement les images vivantes de \ak divinité. Il n'est pas fort étonnant qu'09 aitquelquefois perdu patience et qu'on se soit, "vengé sur du bois , sur de la pierre et sxxx^ des couleurs. ^

On nous objectera sans doute que nous oe. devons pas compter leb briseroens des images pour tin payement des cruautés qne Von, exerçoit contre nous , parce que nous rer^'^ dlons bien cruautés pour cruautés , et le. pillage des églises par-dessus; Il faut don<^ dire quelque chose de ces cruautés pour ré-^ pondre à cette objection. Le sieur Maimbourg emploie plusieurs pages dans le quatrième livre de son histoire, à dépeindre ces cruaur tés^ etilsesert de tous les termes les plus forlfr

. (2) iMctcrem , Hy, 3. (ul 5 1\

ly# ' Apologh

que l'on peut employer pour en faire un ^ùfi trait a(Treux. )) Je n'entreprendrai pas , dit^ D il j de raconter et de bien exprimer ici les )> abominables excès d'impiété , de sacrilège, ï> d'impureté, d'avarice, de barbare cruauté » et de tous les crimes les plus exécrables / D que commirent dans ces villes et aux envi- I» rons à la campagne ces furies déchaînées y ï) etc. Il ajoute, qu'après avoir tout désolé D par le fer et par le feu , ils massacroieot » de sang froid et contre la foi donnée leurs » plus illustres prisonniers, ils tourmentolent, i> bourreloient, déchiroîent) et enfin fàisoienf X) mourir une infinité de catholiques et surtout » de religieux et de prêtres par des supplices )> inouïs et de nouveaux genres de mort que » les tyrans les plus barbares, et les perse- » cuteurs les plus inhumains du nom chrêyy tien n^avoient jamais pu inventer.'^ Sur cela , premièrement je dis que ce sont ici les excès et les exagérations ordinaires de l'élo* quence de notre orateur. Il ne sauroit prouver qu'on ait fait mourir une infinité de catho* Jiques j ou nous prouverons qu'on a fait mourir cent infinités de huguenots. Caf il est cerUin que les catholiques ont fait périr cent huguenots contre un papiste qu^ les hu" gvenofs ont tué. Il ne sauroit non plus proufer que pour faire n\o\xt\v w% ^^vSwil tenues,

pour la Ééformalîon , ele^ ' ifS^

on aitinventédes supplices d'une cruau té noa^ velle et inouïe: le soldat tuoit, précipitoit/ mass&croit, p«ndoit tout au pins. Ce ne &ont point des supplices eruela et inouïs , c'est sofT parti qui exerçoit ces cruautés inouïes , qui ouvroit les hommes tout vivans , qui les dé-* membroîi avant que de les avoir tués, qui arrachoît les enfans du ventre des femmes, qui les empâloît toutes* vives, qui brnloit les gensr à petit feu, qui leur arraohoit les yeux , et le coRur pour le manger. Je dis en second Ueu, que ces cruautés se faisoient par représailles , et que nous n'avons pas rendu la centiènve partie de ce que nous avons reçn. Naua a-^ vouons que ce droit de représailles n'e^ point da tout conforme aux loix de l'évangile. C'est une cruauté et une injustice de rendre le mal pour le mal , et aurtout de faire souffrir des innocens parce qu'un parti opposé a tué d'aii.très innocens. Mais la guerre et ses loix ne veulent point suivre les règles de Jesus-Christ» Ceux qui ont excité ces guerres qui nous ont poussés à bout , et qui les prenriers ont com«* mencé la querelle en rendront compte à Dieu. J'ajoute à tout cela que bien que ces cruautés fussent des représailles nous ne les a^ vons point approuvées, tons les sages de notre parti les ont condamnées et V^ ^otjN. ^^posés» Ceux ^ui les out elwcfe^% ^^wv^*^^^"^

%ijt C4pologle

impies et des gens sans religion que Téglise ^Komaine elle même tious avoit donnés. Par exemple on nous veut rendre responsable àos, cruautés qu'a faites le baron des Adrets qui faisoit sauter les prêtres de dessus les tours en bas. Il n'y a point de justice à cela , ce baron étoit un papiste mécontent qui pour se venger du duc de Guise changea de, religion ^t de parti, et qui ne fut que peu d'années de la religion. Car il retourna incontinent à la religion romaine qui nous l^avoit prêté à notre honte, et son fils fut Tun des plus cruels mas-, sacreurs à la St. Barthélémy. Au reste je suis bien aise que le sieur Maimboug avoue luimême. » Que ces cruautés firent tant d'hor- ,) reur même , à l'amiral et au prince de Con«. yy dé qui l'avoit fait son lieutenant dans ces ^, provinces, qu'il envoya gouverneur en sa ^ place dans Lyon le sieur de Guise. Ce qui ^ fut cause que le même dépit qui avoif fait ^ passer cet homme sans religion du parti n catholique dans celui des huguenots, le fit ^: repasser du hnguenotisme et de la rébel* ^ lion, dansréglise dont il étoit sorti , et dans ^ le service. du roi^^' On avoue donc que nous n'aimions pas les cruautés et que nous ôtions les gouvernemens et le commandement à ceux ^ui les exerçoient : au lieu que dans l'autre fàrti^ on donnoit \ts gc^Tv^^^ \^^^m\^^Ti^<^% Qt

pour ta Reformations ete. îfyR

les bâtons de maréchal de France à la cruauté. Monluc sur la fin de ses jours ue fut honoré du bâton de maréchal de France que pour reconnoissance des barbaries qu'il avoit commises dans la province de Guyenne. Oa n'étendoit le pouvoir des gouverneurs qu'à, proportion de ce qu'ils savoient bien massacrer les huguenots» Je voudrois bien que la sieur Maimbourg nous put tirer de Thistoire,' de son parti un exemple à celui que lui méma nous a fourni de l'amiral qui chassa de Lyoa le baron des Adrets , à cause de ses cruautés. Celte action de Tamiral ôte toute croyance a ce qu'il dit de ce même amiral sur l'année 1568^ qu'il fit d'horribles cruautés au Poitou. C'est' une calomnie , il n'y avoit rien de &i opposé à son naturel que cela. S'il a fait faire quelques exécutions ) elles ont été en très- petit nombre , et il y a été forcé par la justice el par la nécessité.

Le sieur Maimbourg n'avoit pas garde d'our blier l'affaire de Nismes qui fut effectivement une espèce de massacre commis parles nôtresj^ poussés a cela par les cruautés que Ton exer-^ çoît contr'eux. Nous désapprouvons cette action comme les cinq cents massacres qui ont été faits des nôtres par les catholiques ro-; mains. Il est vrai qu'il y eut bien quinze h^>\xl^eois et environ trente &oVda\^ Wfe% î^a^û.^ ^^t.

'%y6 Apologie

tumnlte. Ilest vrai aussi que Jean de FebèraO) grand vicaire et archidiacre de Pévêché , fut du nombre de ceux qui furent tués et jetés dans un puits. Mais le sieur Maimbourg qui BQmêle d'écrire I^histoire ne sait point du tout celle-ci. Il confond la sédition de Nismes qui arriva en 1667 avec ce qui arriva en 1669, quand les huguenots se rendirent maîtres de ^tette ville par le canal d'un ruisseau qui tra* Tèrse la ville. Voilà les deux histoires bien distinctes. La première aventure arriva après lâ conjuration de Noyers contre le prince de Condé. Le prince , échappé par miracle de eè péril I se sauva à la llochelle et de la donna le signal à tous ceux du parti protestant pour prendre les armes. Ltts protestons de Nismes étoient les plus forts en ncHnbfe A^ns la ville ; on leur avoitdepms peu fait qcelques violences , on les avoit privés depuis la paix de iô63 du premier consulat que l'édii avoit laissé aux réformés > lu garnison qui oceiipoit le château faisoît les consuls par pure violence au préjudice du privilège des bourgeois , qui aVoient droit de les nommer à la pluralité des voix. Outre cela il y avoit une grande division dans la ville entre les Albenas et les Calvières, qui étoient les principa- Ips familles^pour des injures particulières. Sur

Mtf enf re&ites le se\èû.^\vt ^^ ¥\w^\XkS.^^ ^^ U

pour la R^formation , etc. 1^ "^

Maison d'Uzez, apporta Tordre du prince de Condé de prendre lea armes à tous ceux qui voudroient mettre leur vie et leur conscience en sûreté. Sur cet avis toute, la ville s'émut, le dessein de prévenir les catholiques romaine fit prendre les armes aux huguenots , et cj^ans cette action il mourut quarante ou cinquante personnes. C'est un grand miraclequela chose n'alla pas plus loin y car quand un peuple -est en fureur , il ne sait plus de quelle reli*« gion il est et il ne respecte personne. Les sages du lieu firent tout ce qu'ils purent pour arrêter le cours de cette fureur. Le consistai- ^ Te députa un ministre et un diacre, pour- prie)^;' les chefs de cette faction de renoncer à cette furieuse entreprise. Le sieur de Servasde la religion , qui étoit gouverneur , s'y. oppoaa autant qu'il put et la désapprouva: on saura l'évêque , et le Sénéchal de Nismes mit l's^irocat et le procureur du roi et trois chanoi^ nés en lieu de sûreté. Tous les autres ecclésiastiques furent aussi sauvés à l'exception du grand vicaire et du secrétaire de Tévêque* Ainsi c^est à quoi se réduit ce grand nomb|\o de chanoines et de prêtres qui furent marty risés à ce que dit le sieur Maimbourg. £n supposant des martyrs où il in'y en a pas ^ il • est aisé défaire beaucoup de mart^tolQ^j^^v^îw''

egt KJC^i ai^ssi que le ]^^m\tx ^^UV2^^ ^^^^^^

47S Apologie

que romain y fut tué^ mais il ne s'appeloît pas Mesfiire Robert de Georges comme l'ap* pelle le sieur Maîmbourg : c'étoil un nommé Guy Rochette , docteur en droit. Ainsi ceux qui ont consulté les archives de Nismes pour le sieur Maimbourg l'ont très-mal servi ; car ce que nous venons de rapporter est ce qu'on en a trouvé dans les archives. Le parlement de Toulouse punit comme il put cette action; il rendit un terrible arrêt par lequel il con-^ damnoit à la mort cent habitans de la ville de Mismes et a deux cents mille livres d'amende: •il ordonnoit qu'on raseroit les maisons des principaux mutins et qu'on y érigeroit deif tpilastressur lesquels on écriroit leur condam- •nation pour immortaliser la peine de la sédition ; mais la guerre empêcha que cet arrêt ne fut exécuté.

L'autre aventure que le sieur Maimbourg

confond avec celle-ci arriva en 1569, Les ha-

'bitans de la ville de Nismes étoient sortis ppur

'Se trouver à labatiûlle de IVIontcontour. Après

• la perte de la bataille ils retournèrent che^s

eux , et trouvant les portes fermées et leuri

ipaisons occupées par les catholiques romains^

'ils trouvèrent moyen de rentrer en rompant

les grilles de Taqueduc , et se rendirent les

inaftres de U ville. Il y a bien apparence que.

«6 n^ fut paiBr san^ efiu%\otL Cl^ ^^\^^\^ \^.<it

pour la Réformatîon , etc. ff ^

dVutre^ mais il ne se trouve point ^qu 'il y ait eu de massacre ni d'ecclésiastiques^ ui d^aa- ^res. Il est clair que ces deux actions sont pa«« rement militaires et de la nature de celle qui 'se fit à Toulouse dans la première guerre de i56s. Le prince de Condé avoit envoyé Tun de ses capitaines pour se rendre maître dd TToulbuse , les réformés à la sollicitation de ce prince firent leurs efforts pour cela, ils se mi« Yent en défense dans la maison de ville , ils battirent , ils furent battus. Mais enfin ils fu-* rent vaincus , chassés de la ville 9 et l'on en fitijn si grand carnage et une si horrible JU9« lice que Moiiluc lui-même avoue n'avoir ja« mais tant vu sauter de têtes. Les réformés de "Nismes furent plus heureux que n^avoient ^té ceux de Toulouse ; s'ils avoient manqué leur entreprise , oii ne se seroit pas contenté d^en faire mourir quarante ou cinquante; il ne se* roit peut-être pas resté un huguenatdans cet* te ville.

A propos de la yille de Mimes il est bon de justifier aussi les réformés de cette ville d'une sédition de plus nouvelle date , dont le sieut Maiiùbourg les accuse. A la fin de sou hi]Stoire du calvinisme , pour prouver que le roi àvoit très grande raison de révoquer tous les édits de pacification 9 il dit que nous ayon^ ^ouv^xv% tiontrepenu 4ce$ édita par (let entre]gTi.%e%\T^

48o apologie

criminelles contre VaiUorité du roi ^ mSmedé nos jours 'y et il cite en marge ^ séditions dei /iaguenot6 d Nimes, en 1670. Il est assez bon de savoir cette histoire pour entendre ce que le sieur Maimbourg appelle sédition. Un nommé le sieur Conte , secrétaire durci , en mourant laissa de grands biens et un fils unique sous la tutelle de son frère et de son beau frè* re. Ces tuteurs laissèrent aller cet enfant aa collège de la ville dont la moitié des régens é* toient Jésuites ; ces bons pères qui sont pour lo moins autant altérés du bien d'autrui que du salut des âmes , travaillèrent à corrompre cet enfant pour ee rendre maîtres de sa personqf et de son bien. Un jour ils supposèrent que ce petit garçon leur a voit déclaré qu^il vouloit aller à la messe , et sur cela, ils le firent enleref et le menèrent à la maison deTévêque. Lesoades tuteurs s'en allèrent à Tévéché et rede« mandèrent Tenfant, on le leur refusa. Aprèf plusieurs refusils portèrent leurs plaintes de* vant le Présidial et prouvèrent le rapt et la set; bornalion. Il est clair queTaction des 3ésuitei et de révêque étoil formellement contre les édits I principalement à cause de Tâge du petit garçon qui n'avoit que douze à treisse ans. Ce-* pendant le présidial intimidé par l'évêque et composé de conseillera la plupart de la religion fomàmOfteïixseide rendre justice. Le^ totieurft

pour la Réformation , etc. 48 1

'ôyatit ce refus s^en allèrent encore une fois I Févêché 9 parlèrent à l'évê^ue, redemandè- 'Clït Tenfant , Tévêquele ri^fusa encore» Étant lur cette contestation , les oncles entendirent .^enfant dans la chambre voisine^ l'ayant ourerte ^ sitôt que le petit garçon les vit , il courut se jeter entre leurs bras et protesta qu'il rouloit vivre delà religion. Les tuteurs conjurèrent encore une fois Tévêque de leur per-^ nettre d'emmener l'enfant ; l'évêque s'y op-f [loea' fortement , et appela ses domestiques pou r ^'y opposer :les oncles eurent pourtant le bonlecur et la vigueur de tirer cet enfant des mains 1^8 valets de l'évêché et l'emmenèrent. Sur cela, l'évêque cria à la sédition , se retira à Beau-* Dliiire comme s'il n'eut pas été en sûreté à Nxf; mêB ; il fit faire de grandes informations de la riolence quM avoit soufferte ; ceux de la religion informèrent de leur part ^ et de part et 3'autre on députa au roi. Le roi mit cette af^ Faire entre les mains du lieutenaul général, et 3éMr. de Breteuil , intendant delà généralité. Uen deux Messieurs ne trouvèrent aucun mal Sans la conduite de ceux de la religion , par leuf avis l'enfant demeura entre les mains da Bes tuteurs , le roi ordonna à l'évêque de retourner à Nimes ^ et abolition fut accordée à ceux de l'une et de l'autre religion. Ce Q^jax ^v\\. enregistré dans la chambre^ à,^Yfe<X\V. ô.^^^ ^\^"

48 d jipohgiê

vince h la requête non des nôtres mai procureur-général de la chambre. Voi!

qu'on appelle une sédition qui nous res dignes des faveurs de Sa Majesté.

Je pense avoir examiné toutes les ac< lions particulières de séditions et de cru^ que nous impute le sieur Maimbourg ex< celle de St. Médart et du lieu appelé U triarche. Il faut voir ce que c'est. Ce fi l'année i56i que les réformés préchoient bliquement à Paris par la permission i reine sous la protection du marécha Montmorency qui en étoit gouverneur, l'amiral de Chatillon qui y étoit présent, •des lieux où ils préchoient s'appeloit le triarche , situé asses prés de Téglise d Médart dans le fauxbourg de St. Marceai sieur Maimbourg dit que l^on sonnoit lei ches dans cette église de St. Médart poi vêpres, (i) que là-dessus les cahinistei tant de leur prêche tout en furie attai r église y rompent les portes qu'on auoi\ mées , y entrent enfouie les armes àlan frappent à droite et d gauche indiffèrem '^ur tout ce qu^ils rencontrent ^ renuersen terre prêtres , laïques , femmes et enfana sent et mettent en pièces autels , images é/eauXy bancs et chaires^ et s'efforcent dé

pour la Reformations etc: '483f

"^e le feu au clocher pour y brûler ceux qui

y ctoient sauvés. Et après un si bel exploit

entrent comme en triomphe dans la ville |

mmenant avec eux trente d quarante prison^^

iers quHls avoient faits dans ce tumulte. En-

ore si ces Messieurs dans leurs romans étoient ussi prudens que les auteurs de nos romans

i'aujourd'^hui , ils garderoient le vraisembla-^ ►le. N'est-il pas bien apparent que pour 1$ »ruit des cloches; sans autre su jet, des gens sans utre forme se jètent dans une église^ tuent^ irisent et massacrent tout ? Gela n'est-il pas »ien imaginé que des gens sans caractère dç lige ) fassent des prisonniers dans unç sédi« ion? Voici donc l'arepture ainsi qu'elle so >a88a véritablement. Pendant que les réfort pé# préchoient , les prêtres et les marguili^. ^rs de 3f« Med^rt par une partie faite se à\^ rertissoiant a faire sonner toutes leurs clqchef iGn que \^ prédicateur hnguenot ne fut pa(i mtendu et^ue cela causât quoique sédition^ dnsi quHl arriva. Un seul homme , nomnié Pasquot , sorti (lu Patriarche, entra dans Té* {lise de St. Médatrt par une petite porte et [>Tiales prêtres d'interrompre ou de diminuep [jDur sonnerie pour quelque temps. On lui rô« pondit selpn U civilité qui s'observoit alprs într« les den^L partis. Pasqupt ^ wck tc^^xsx^'^

j*iaioi , m ce quil put pour arrêter l pie et en effet il en retînt la plus grant pliiii considérable partie : et ce ne furen les Iiiiguenots (iui forcèrent les portes glise de St. Médart , ce furent le prt ia connéUblie , appelé Rougeoreille, Jardins , lieutenant criminel de robe c que le maréchal de Montmorency avoï mis pour empêi-lier qu'aucun trouble n à l'occasion des asGemblées des réforr furent , dis je, cea deux juges autorii leur caractère et par une commission culière du gouverneur àç Fnris, lesqu tendent le bruit effroyable dci gens qui c BU meurtre dans Téglise, rompirent h les pour &ire cesser la sédition ; mais ■rent repoussés avec violence p^r ceux •dans * de sorte que ces deux juges furei

pour la RêfonTiaihn 9 etc. %85

4}uarante de ces séditieux pour' les mettre en prison. £t même ces prisonniers furent saisis * |>ar Gabaston 9 chevalier du guet , qui arriva, pendant le tumulte avec sa troupe. Voilà de quelle manière se passa tiette émotion ^ durant laquelle les prêtres et les séditieux rompirent eux-mêmes leurs images 9 emportèrent leura ornemens d'église , pour avoir lieu d'accuser les réformée de sédition et de sacrilège. Dei sorte qu'au lieu deleur faire justice Gabaston^^ la chevalier du guet ^ et trois autres furent pendus par la plus cruelle de toutes les injus* tices. Nons ne demandons pas qu'on nous en «roye. Nous nous en rapportons à Michel de Casteinau > homme de qualité 9 de probité ^ d'honneur , catholique romain ^ et qui vivoit de ce temps là. Il nous apprend que ce lie fut point par hasard et pour les vêpres dé la fête de St. Etienne y comme le dit le sieur Maim: bourg qu'on sonnoit les cloches de l'église dq ' St. Médart. Il dit que cela se fit à dessein . et que cette sonnerie fut de commande et' excès» 5ive> ordonnée par les prêtres tout exprès.,afin que le prédicateur huguenot ne put être entendu par ses auditeurs. Il nous dit que l'on envoya prier les prêtres Ae faire cesser le bruit et que bien loin d'accorder ce que Ton demandoit ,ils tuèrent l'un de ceux.<\tvi^V^^''oX '«ntrés et sonnèrent le locsm ^aut (^xûjow^^

'486 jtpoiogiê

tine sédition et un massacre dd ceux c ligion. Il est bon de Peiitendre. ( i ) ^ la dispute de Poissy ,* tous les catl ^ portoient impatiemment devoir qu< y^ l'édit de Juillet, les protestans 'fîsi ^ assemblées publiques y prêchant et ^) sarht en divers lieux , mêmeraent ai n bourgs de Paris y ce qui fut cause jj prêtres irrités de cela s^assemblérer ^ glise St. Médart au fauxbourg St« ^ de Paris. Et sitôt que le ministre e ^j mencé de prêcher ils sonnèrent les ^, le plus fort qu^ils purent , de sorte ^ prolestans qui étoieilt en fort gran jç bre en un jardin près du temple , ^5 voient rien entendre. Ce qui fut ca ,, deux ou trois de rassemblée des çj tans allèrent par devers les prêtres J5 faire taire. Ce quMls ne purent ob ^5 de là vinrent aux paroles et aux pri ^5 il y en eut un qui mourut. Les pr< y^ continent fermèrent l'église et moi ^5 clocher sonnèrent le tocsin pour éi ^ le peuple catholique qui accourut ^ au lieu où se faisoit le prêche. ^^ V< vous prie , quel rapport il y a entre et celui du sieur Maimbourg. Il sem -ce soit ici une afTîBiire çeu importante ^

(i } Mémoires à« Ca&UUw ,^\N.'i, t\x. ^»

pour la Rêfdrmation , elô. 487

île pourtant qu'on s'y arrête , car rien n'est flQ8 propre à découvrir la prodigieuse mali-*' îc^^jgnîté de notre auteur , qui a bien la hardiesse réciter ce fait d'une manière toute oppote à la vérité et qui s'inscrit en faux contre n auteur grave vivant alors , ayant part à "^toutes les grandes afiFaires , homme de qualité

* et catholique romain de religion. Que Ton voie par ce récit de M. de Castelnau , qui fu. vent les agresseurs et les premiers coupables:

"si âans la suite les protestans qui se trouvèrent

::Jes plus forts causèrent quelques désordres

^.[dans cette église, à qui s'en faut- il prendre ?

. ^Au reste il fut bien prouvé qu'une partie des

ornQmens de l'église , de la perte desquels on

voulut faire un crime de sacrilège aux luigue-

^ nots , avoient été volés , enlevés ou bridés par

* las prêtres mêmes , afin que cela fut imputé -aux piolestans.

AtÈ ZipologU

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