CHAPITRE XX
De la cinquième guerre ; naissance de la Li* gup ; que cette cinquième guerre est dèf^^U'^ sive de la part desp^totestans. De la sixiè* me guerre.
ETTE dernière paix fut juréeettraîtéedela manière du monde la plus solennelle; maison xietintriende ce que l'on avoit promis aux(j) protestans. Il n'y eut que les allemands qui furent payés parce qu'on les vouloit renvoyer dans leur pays. Leduc d'Alençon qui s'appeloit alors IVIonsieur, se fit aus^i donner co qu'on lui avoit accordé. Il se tint à Bourges et ne voulut point revenir à la cour qu'on ne l'eut mis en possession de tout ce qu'il avoit obtenu, La cour eût bien voulu le tromper comme les autres , mais on ne put , et il eut tout
(l)V,GiicïfeJ57rç
556 Jipologie
ce qu'il voulut : parce qu'on le vouloit détacher à quelque prix que ce fut d'un parti dont 1 on avoit juré la perte. Quand cela fut faitja , guerre recommença avantqn'une année futécoulée depuis la ])aix , et ce fut la cinquième de r^-^ gtierres, qu'on vent appeler de religion. Riais celle-ci et la suivante à qui l'on donne encore le même nom de guerre de religion, ne devroient point être con«iidérées comme des affaires ^\\r lesquelles nous fiiS.sions obligés de nous justifier : désormais c'est l'affaire de la li^ue appelée à Rome et par les dévots la sainte union , mais appelée parles sages la détestable ligue, q'.'.ine vouloitpas moins qu'arraclier la couronne au souverain séant alors sur le tiorie , afin que de dessus sa tête elle ne pût passer sur celle de ses légitimes héritiers. On (li> que cette ligue prit sa naissance en Picardie incontinent après la quatrième paix de religion. Maisla vérité est qu'elle tiresasourcedebien plus loin. II la faut tirer du commencement delà première guerre : car il est certain que la confédération du duo de Guise^du 1 maréchal de St. André , du connétable de Montmorency, dans laquelle on fil entrer le roi de Navarre , étoil une véritable cabale , et absolument 1a même ligue qui éclata en lôyG. Cette première ligue aussi bien que la dernière prenoii pour çtfev^iJ^^Y^^NÂx^^vv^xi del^hé;
pour la Réfotmation, etc. 667
rébîeôt la conservation de la foi catholique: lïiais l'une et Tautre avoit pour but la ruine do la maÎFon des Bourbons, et jetoit les fondemens du .dessein que Ton avoit de faire passer )a couronne dans une autre maison que celle des Capevinglons. Ainsi le roi de Navafre qu'on avoit fait entrer dans cette première ligue et que Ton en fil le clief titulaire, étoit la dupe de ce parti , il travailloit à sa propre ruine, et on se vouloit servir de lui pour perdre le prince de Condé son frère , sachant hien c^ue quand ce prince seroit ruiné on se déferoit facilement de ce pauvre roi. Tout le monde asu que l'un des articles du traité des triumvirs étoit la ruine de la maison de Bourbon. Nous apprenons du Laboureur que le cardinal d« Lorraine étant au concile de Trente (1 ) quand on y apporta la nouvelle du gain de la bataille de Dreux par le parti de la cour , on y proposa cette ligue et cette union des catholiques romains pour la conservation de la religion. {e) Aussi tient on y dit-il , que parmi tant d' applaudissemens des obligaticns que la re» ligion avoit à touti> sa maison , et d la pâleur de son frère , qu^ilàcoutoit de toutes ses oreil^ les , il écoula de la part des ministres du pa^ pe certains avis pieux en apparence, mais très funestiS dans leurs suiies^ de faire une
568 Apologie
liffue ou association catholique pour la difelfi se de la foi en France, dont toute la, conduitedh i^oit appartenir aux princes lorrains comme les plus zélés et les plus capables de ce grand desstin. La chose est si notoire qu'il ne fait pas difficulté cl^en parler ailleurs comme d'âne affaire certaine. ( i ) La mori du duc di Guise , dit- il , renversa tou*^ lt>s grands deS' seins qu*avi'it l* cardinal de Liorraine sonfrl' re , de le faire chef du parti catholiqm «l France , et délier unefortp correspondancéth i^ec le pape et avec toute la maison d'j4utrithz% La ligne étoit donc dans la téfe du cardinal de Lorraine , la mort de son frère lui ôta le chef qu'il prétendoit donner à ce parti. Il fallut donc attendre son neveu à croitre , en effet tout aussilôf qu'il se fut fait connoître poor aussi grand et pour plus ambitieux que son père, celte ligue qui s'étoit couvée durant quinze ans vint a édore. Monsieur de Mezeray nous apprend aussi que cette grande ligue na fut proprement que la réunion de plusieurs corps qui éloîent déjà formés dans l'état (9) La jonction que le duc d^A'ençonavoiteue avcc le^y rvligionnaires et les politiques ^ et la paix avantageuse qu'on leur avait accordée ^ etc. dit il ^firent éclore cette grande faction d
. ( 1 ) Addition , Sec. tiv. ^i. p. 7$.
pour la Reformations eiâ. &6§
agnelle ses auteurs donnèrent le nom de sain* e union , et le vulgaire celui de la ligue. Ou lour mieux dire , rei^eillèrent et rassemblèrent outes les autres particulières qui aboient déjà Hé faites en diuers endroits sous le règne de uharles IX. Car les seigneurs durant ces trou* ')les , s^étoient en/iardis d faire des traités et les confédérations entr^eux sans en attendre ^,a permission du roi. Là même il recite comne il y avoit eu une ligue faite en Languedoc mtreles cardinaux de Stro2zy et d^Armagnac^ me autre dans le Bourdelois dont le marquis le Trand de la maison de Foix étoit le général, une plus grande dont Moulue conseilloit I Charles IX de se faire chef. Il se fit aussi diverses confrairîes en divers lieux du royaume lesquelles étoient autant de ligues particu- [iéres, d'où enfin l'on vit sortir cette ligue générale, qui durant vingt cinq ans a fait du royaume un théâtre et un champ de fureurs^ 3e combats, de batailles et de massacres. •
Le prétexte sur la paix accordée aux huguenots , et le lieu du premier éclat fut la Pi* cardie : parce que le gouvernement en avoit été rendu au prince de Coudé, et Peronne lui avoit été donné pour lieu desa résidence. Cette ville et cette province feignirent de craindre que le prince de Condé, qui étoit huguenot très- zélé, ne travaillât à éVsLbVk ^^ x^\^^^
f!'}0 jtpologie
rlans son gmivemement. Les eccIésîasliqaSi Id noblesse et les principaux habitans des t} Ic^ s'assemblèrent et firent une ligue et B traité , par lequel après avoir exposé les crâiï tes où ils étoient que le prince de Condéefr t) ant en possession du gouvernement ne bouI^ Tcr.^ât la religion f ils s'obligèrent à défendreli religion, les ecclésiastiques et les églises enreR tous et contre tous sans en excepter persofliv: à rendre toute obéissance à celui quiscroilt élu pour chef de la sainte union : à tenir secrit tout ce qui seroit délibéré dans les assembUs de la sainte ligue : à fournir des armes et Targent pour armer : à courir sus et détruin tous ceux qui ne voudroient pas entrer daM cette union : et à plusieurs autres choses qui sont portées parce traité^ qu^on trouve toutj entier dans Tliistoire de France d u sièclepassé Et tout cela fut conCi mé par un serment solennel dans lequel on faisoit entrer le ncnul» l^dorable trinité , et où Ton engageoit exprèssèment son salut éternel. Ce feu courut ptf toute la France avec une vitesse incroyable parce que la matière étoit toute prête à concevoir la flamme. La faction n'avoit pas encore de chef découvert, mais le duc de Guise éloit l'ame invisible de ce grand corps. Et dès Ion il conçut nettement les hauts desseins que son père et soa oixv:V^ ^xov^vil laissés infortnei>
pour ta Rdformailon , eîc. tft
jîenrî III, étoit revenu de Pologne pourpren- Ire la couronne de France ; il en étoit revenu Mrec tous les défauts qu'il y avoit portés, et àvec plusieurs autres qui n'avoient pas encore parus, au moins au degré où ils parurent tout aussitôt qn'il se vit en possession du royaume» Ce prince qui s^étoit distingué par ses cruautés pendant qu'il étoit duc d'Anjou , se distingua par sa mollesse, par sa fainéantise, par ses sales voluptés, par la tyraruiie de ses mignons , par ses débauches de toute espèce, par ion luxe, par ses furieuses dépenses, par son jeu. // perdit pour un soir quatre-vingt mille icus. Ce qui dans ce temps là étoit une somme prodigieuse. // alloit souvent en masque , on le vit courir la bague avec tous les affiquets iVune coquette. [ i } Il fit un festin entr^autres ouïes femmes servirent a table en habit d'hùm^ mes et vêtue ^^ de vertj tous les conviés ayant les mêmes livrées. Et la reine sa mère lui ten^ dit la pareille par un autre ou les plus belles de lit cour firent le mcme ojfice ayant la gorge ilrcouverte et les chxiveux èpars, C*est proprement ce qu'on appelle im Sardanapale. Pour Fournir à ces effroyables dépenses il falloît charger les peuples de grands impôts. On n'entendoit parler daus cette cour que de plaisirs et d'édits./?«7'5flrttA;. C'est justement sous de
( 1 ; Ak^eray vie ii*H \\i\ïl\.
57* Apologie
semblûbles princes qulwxiïfiat Ififl-gr anisSîf i - Tolùtions des états, parce que dans leur coo-| ^ duite on trouve tout ce gui e^t capaWft'ft' t leur attirer et le mépris et la hainedûJifiliDf d peuples. Par leurs voruptes infâmes ilssefoni[ p mépriser , et par leurs grandes dépenses et parles impôts ils se font haïr. Le duc de GaiM et toute sa maison, persuadés que le ciel arait amené le point favorable à leurs desseins^ firent tout ce qui se devoit faire pour ptoStec de ces heureuses conjonctures. Ils voulurent avant toutes choses s'assurer de la cour di Rome, et la consultèrent sur leurs desseinSi Les mémoires en furent trou vés entre les main de l'avocat David. Ils contenoient les raisons^ dit Mr. de Mézeray-» qu'il falloit employa pour persuader aupape de dégrader la maison de Capet qui avait usurpé la couronne et de rétablir dans le trône les descendans de Chat' lemagne , c* est- dédire les Guises, et avec ceb les moyens d'exécuter un si haut dessein.
Quelques gens ont révoqué en doute la vérité de ces mémoires ; mais ils en ont douté | c parce qu'ils vouloient bien en douter, sans qu'il y eut aucune ombre de raison de le faire. Tout le monde présentement est pleinement convaincu qu'en effet c'étoit l'intention delà maison de Guise de se rendre maîtresse du
trône « Au xnoitv^ e^v'AVyv^xi w\\x):\xi ^vsssucî
mi
pour la R^formation , etc. B^^-
1 5 qui let) fit massacrer à Blois en étoit perladé. On avoue aussi que la circonstance du ^nîps étoit tout- à fait favorable; la branche ss Valois s'en alloit périr dans Henri III , qai ar ses débauches s'étoit rendu incapable avoir des enfans; et dans le duc d^Alençon 3tit corps infirme et qui ne promeltoit pas ne longue vie. Celle des Bourbons ne pou— >it revenir à la couronne que par une généa* gie qui les faisoit venir de St. Louis par ne descente de trois ou quatre cents anSf étoit revenir à une si grande succession de len loin , et rien n'est si certain que l'od au-*. ^it traité cela de vieille chronique ^ et de roits surannés si la ligue étoit demeurée vie* trieuse. Enfin cette famille des Bourbons 3.ns la branche à qui la couronne apparteoit, n'avoit que des princes qu^on appeloit érétiques et relaps, c'étoit le plus beau pré- )Xte du monde pour éloigner les esprits d'eux. *outes ces circonstances étant rassemblées^ u'y a-t-il d'incroyable en cela , que Vun de 98 séditieux de'la ligue se soit chargé de la Dinmission d'aller faire approuver ce projet la cour deRome?On sait bien que dans cette raxide entreprise on ne pouvoit rien faire sans lie et qu'elle devoit être le grand ressort de JUS les mouvemens. Voilà qu'elle fut la nalsî-
mce de la li^ue, dont \e b\ft\xt 1i\acvxsîc^wxx^
dit <1éj4 Mon du mal ;!ans sou Instoire du caV^ ^t
vînisme, et se prépure à ce que Ton croit, àeil v
dirt^. bcauroup davant^Tgo diins le prcinierlo-l 9
me de ses liiétoires qui d.îîi paroîlre, II ditj ^
( I ) Que cette ligue pmsa perdre l\^tat et h
rt'Iiffion , que ceux qui «V Jf^tureni , ou poi
mieux dire^ qui s'y précipitèrent aveughmti
a ec tant d^ardeur et de passion et principo^
lement les peuples^ les ecclésiastiques il l^
moines ne furent que les dupes de cens 5»
fondèrent cette cabale^ oii t\zmùiiion^ latMr
lice et Vintérét eurent plus de part que la rt
liffion qui rCy entra qu'yen apparence pott
tromper le monde. Si le sieur Muiinbonrgétoii
obligé devant le trône de Dieu comme il seri
quelque jour de confesser la vraie raison qui
loi fait condamner la ligue, il seroit confraiit
d^'lvouer que c'est parce qu'aujourd'hui II
maison de Dourbon est sur le trône. Si elb
avolt succnrv'bé dans cette querelle , j'oscdi-
re avec la dernière assurance que tous les gcBi
du caractère du sieur Mainibourg élèveroient
lali^.ue, comme la [)Ius sainte çtla plnslégiti'
me union qui fut jamais} car en effet elleffli
a toutes les marques selon les principes de l'é*
glise romaine. Elle a pour but de conserver U
foi, de détruire l'hérésie, et d'éloigner du tronc
un prince qui n'y çouvoil venir que defortloini
1 1 ; Wvfç 4i
qpour la Rèformùlion , êtô^ 5tSi
tquM'ailîeurs étant hérétique confirmé ne pouroil devenir le maître qu'en ruinant la religion [u'on appelle calholîqtic et apojitolique. Je .uis persuadé que si le rcn'aumo »c trouvoit ïîicore en pareille cîrconsiancc et le 5Îeuf Maimbourg et tous les Jésiiiles seroient corn- ODieils furent alors, les plu» pui^san* promoteurs de cette sainte union. Mats la li^zue a succombé et tous ses héros ont été malheureux: Le père Matmbourg n'aime pas ces gens-là.
Dans la suite de cet ouvrage nous aurons encore occasion de parler de la Ligue, et je n'ai rapporté en cet endroit Thistoite de sa naissance, que pour justifier nos huguenots de la cinquième guerre. Ce fut la Ligue qui la commença. Les états se tinrent à Blois Tan 1577. Dans ces états la Ligue obtint la révocation du dernier édit de pacification ^ et fit dire A Henri lil. ( 1 ) Que son intention Hoit de ne souffrir (Vautre ^ religion que la catholique dans son royaume , quHl Vavoit ainsi promis sur le saint sacrement de Vautel^ quHl pouloit que ses sujets fussent avertis de n^ajouter point de foi d tout ce quHl pourroit dire ou faire au contraire , et que sHl en étoit réduit à ce point là il ne tiendroit son serment que jus^ gu*à ce qu^il eût les forces et r occasion de h rompre. Voilà comme vous voyez une décla-
576 Jépotogiê
ration bien catholique et très digne d'un m très chrétien; il promet d'être faussaire, de 38 parjurer et de se servir du nom de Dieu pour tromper ses sujets^ peut-être n'a-toal pas d^exemple de chose semblable , c'est être traitre et perfide de bonne foi. Il fit plus, il signa lui même la Ligue et s'en Gt le chef. Voila comme de roi il devifU chef de cabale ^ ( l ^et de père commun ennemi d^une f ortie de ses sujets, La^ conclusion de ces étaV&^l qu'on leva de grandes armées , qu'on força Henri III à la guerre pour achever l'extirpation des huguenots. Le roi de Navarre et Henri prince de Condé , firent une contre Ligua et publièrent un manifeste vigoureux pourréveiller les esprits et les obliger à courir sus aux ennemis de l'état et de la couronne ^ dont ils se déclarèrent protecteurs. Dans cet te guerre défensive , nos huguenots ne firent pas grand mal) mais ils en souffrirent assez , on leur enleva plusieurs places et entr'autres la Rochel« le. Il restoit pourtant encore trop de choses a faire après cela: la mollesse d'Henri III ne pou* voit soutenir la vue de ces longues entrepris tes qui troubloient ses plaisirs , il s'étoit laiisé forcer à la guerre , les choses forcées ne sont I pas de longue durée , c'est pourquoi bientôt l la cinquième paix se fit, après la cinquièin* 1
■pnir*"''^
( I ) Mesecayi I
pour la Rêformation , etCn S'jj
guerre par l'édît de Poitiers au mois de Septembre de Fan 1577.
Nous verrons de quelle manière on se prendra à criniinaliser la conduite des protestant âans cette guerre. En attendant je dirai quo je ne comprends pas ce qu'ils eussent pu faire autre que ce qu'ils firent. Un orage se forme contr'eux, le royaume se ligue sans autorité du roi : n'est-il pas naturel de se défendre? Ce n'est plus Tautorîté de leur souverain ni ses ordres in justes qu'ils ont à combattre, c'est un nouveau monstre qui a cent têtes et un inillion de bras. Il est vrai que Henri III préla fton nom: mais aussi tout le monde avoue qu'il y fut forcé et qu'il agit en cet endroit conlre ses inclinations. Non qu'il aim&t la justice et les huguenots, mais parce qu'il aimoit plus la repos , le plaisir et les voluptés qu'il ne haïs- 8oit le^ protestatls. Pour qui combattpient alors nos huguenots? Ce n'étoit plus pour un princa de Condé éloigné de la couronne par quelques têtes qui la dévoient porter avant lui : c'éf oit pour le jroi de Navarre, pour le légitime héritier dit royaume, pour celui qui devoit monter sut' le trône après Henri Ilf, pour le grani père de Louis XIV, pour celui enfin lequel îW ontfnîé en paisible possession de cette bella succession malgré les fureurs ci les o\^^^%xlions delaJigue. Eut^on évè ^i* a\\^ cy^^ 'j^^^^^
578 ^ jipologîe
celte ligue formée , les armes prises conlr'enx, leurs villes assiégées, eux attaqués en tous lieux, ils eussent mis armes bas^ eussent ouvert toutes leurs portes , se fussent laissé massacrer par les dévots de la sainte union , et eussent abandonné les droits de ces deux premiers princes du sang pour les livrer aux chefs de la ligue? II falloit leur donner leurs têtes et ocelles des princes, ou présenter la pointe des épées à ceux qui leur vouloient ôter la vie» Or^îene me persuaderai jamais qu'en Pétat où étûient les choses et de la manière que la cour ^e gouvernoit, ils fussent obligés par aucune morale, à se livrer à la mort sans se défendre* Il est certain aussi que Dieu se déclara ouvertement pour eux et pour le légitime héritier de la couronne; car si la ligue eut poursuivi «es desseins avec la vigueur qu'elle les avoit commencés^ jie parti de^ la justice et de la vé* rite étoit opprimé. Mais Die|u qui tire la lumière des ténèbres tirade la mollesse d'Henri IIIj le repos ou la^réve qu'il vouloit accorder
aux siens. : >'
Kqus voici arriy;és à la dernière ^uprre qui fte compte pour la sixième 51(^1 ) elle se cornlDen.ça et s^arheva toute en une aii]iiée; Je ni vois pas qjiiei nous soyons obligée de pmiSjajTî^
ter longtemps en ee\ endroit, parce que noui
t" Il ■«
pour la Réformation , etc. 579
avons seulement pour but de justifier les protestans calvinistes sur ces guerres qu^on Ie9 accuse d'avoir excitées à cause de leur religion. Cette dernière guerre n^est point la guerre des huguenots^ c'est proprement cc;Hë d'Henri, roi de Navarre, grand père de sa met* jesté. Le zèle du sieur Maimbourg pow-r-lal gloire de la maison royale remonte bien plu9 haut; c'est pourquoi nous pouvons nous re-poser sur lui ; sans doute il ne manquera pas de justifier dans cet endroit Henri IV, de glo«* rieuse et de triomphante rtémoire.Ce fut,di^»jei le roi de Navarre qui entreprit cette guerre de son chef. On dît que Margneïite de Valois sa femme « sœur d'Henri III,eat bonne part a la rupture* de la paix , et que le dessein de $q venger de son frère, dont elle.étoit méprisée après en avoir été un peu trop aimée , la porta à se servir de tous les artitices^ de son sexe pour engager tous les grands du parti à reprendre les armes. Sa cour étoit composée d'un grand nombre de femmesqu'elle avo4t toutes gâtéeisj^ et qui se servirent par son ordre et à soft exemple de leurs faveurs dont elle4 furent assez libérales , pour engager les hommes a sui^ Tre les seittimens de la reine. C^est pourquoi Von appella cette dètirière guerre, la guerre des ar^oureux ; ce n*est donc pas^ la ^ae\x^ ^^"^ Otlvimstes» Pé cela je m'^iiitaç^xv.^'^^^^
5//?^ logiê
en est ^ mais la raison qui parut» fut la néreA- •ité de renJre les places de £Ûreté ou de les retenir par les armes. Catherine de Médicis avoit fait un voyage enLanguedoc et en Guiyenne pour persuader les huguenots de rendre IcA places avant le temps ; sans avoir pu ea venir à bout. D'Aubigné raconte assez plaisamment que cette reine menoit avec eilePibrac, fort habile orateur, qui avoit pluêieurs harangues de provision , où il débitoit atec une grande force le lieu commun de la soumission que Ton doit avoir pour les rois. I[ apportoit les exemples des pachas de Turquie qui (envoient leurs tétcs au grand seigneur quand il les demande; ceux de l'obéissance aveugle que les Indiens rendent à leurs rois. En un niot^ il ramassoit av^c un gri^nd soin tout ce que la fable et l'histoire ancienne et moderne peuvent fournir sur ce sujet. Catherine, de sa part, apprenoit par coeur des phrases qu'on appelait çon^Utorialas y que les coquettes de )a cour appellpient aussi par raillerie le langage de Canaan : comme, approuver leçon'seil de Gamaiielj qui disait si ce conseil est des hQmmes il sera dissipé, mais s'* il est dé JPieu nous p^y pourrons rien faire: dire, gui les pieds de ceux gui annoncent la paix sont .Idéaux , appeler le roi Point du seigneur ^ Pi^ TPPg^ «?(♦ £^t^t* vivant ^ v'^c<vst v^x^^vs^^Qîey
pour la Rèformaihon j etc. 68 1
èoitjùge entre cous et nous , J'atteste Véternel déviant Dieu et devant si s anges. Elle se fai* fioit tous les soirs, à son coucher, donner des leçons de ce langage par une de ces femmeA bouffonnes qui suivent les cours. Un jour que Pibrac, sur le ton que nous avons dit , a^ voit magnifiquement harangué pour 4a soumission devant ces fronts d'airain j c'étoit ainsi qu'on appeloit les huguenots, la reine après avoir ouï la harangue qui concluolt pour la restitution des places de sûreté, s¥leva et dit comme en pleurant en son style de Canaan^ hé bien mes amis donnons gloire au Divu pi* l^ar?tj faisons choir de ses mains la verge de fer: gu^apez^vous d répliquer *> La plupart de ces bonnes gens qui n'avoient point fait leur cours en réthorique et qui n'avoient jamais ouï si bien dire^ tout étourdis du haut ton de la harangue ne savoient que répondre. IVlais enfin un de ces fronts d'airain prit la parole et dit, ce que m us avons à dire Madame: c'est que Monsieur que i^oilà a fort bien étUdiè , mais nous ne compremms pas que nous soyons obligés de payer ses études de nos tétùs. Catherine et son orateur furent démontés depïiis les pieds jusqu'à la tête par cette brusquerie. Quoiqu'il en soit la reine revint à la cour sans avoir rien fait. Mais la ligue qui aToit ses vues, faisoit •deià&ûn ô^^isv^^^^^ ^'^^
68 9 'apologie .
armes plus efficaces que les harangues de Pibrac et que les phrases consistoriales , pour ? iarracher au roi de Navarre les places de su- Telé qu'on avoit accordées aux huguenots, .^enri le grand d'autre côté forma la résolution de les retenir à quelque prix que ce fut. C'est pourquoi sans consulter autre que le vicomte de Turenne , Favas, Constans , l'un de ses écuyers, et Marsillère son secrétaire, il entreprit la guerre , et en donna le signal de tous ;€Ôtéspar soixante ou quatre vingt entreprises .qu'il fitfairesur diverses places , dont très peu lui féûssirent. Le .prince de Comlé sans être «d'intelUgence avec lai , entreprit de son côté de se faire justice sur le refus qu'on faisoit de [ le remettre en possession de son gouvernement de Picardie , qui lui avoit été rendu , promis ^t accordé tant de fois. Ces deux princes furent suivis en cette dernière guerre par quelques-uns de noshuguenots et par quelques autres noms. Particulièrement la Rochelle qui entre les villes étoit la tête du parti , suivant les conseils du sage la Noue, demeura en paix et ne trouva pas la guerre assez juste pour y entrer. Les provinces de Normandie , l'isle de France et la Champagne ne branlèrent pas. De iBorte qu'a proprement parler, cette guerre ne d^it être regardée que comme une guerre par- 4^*autière 3 c'e^l Va i^xx^xx^ ^vV^^^ce des pr«-
pour la Rèforynaîion , etc. 585
miers princes du sang^ ce n'est pas celle da calvinisme^ car on peut dire que le calvinisme n'y entra en rien. Si les princes ont eu tort ou non , c'est sur quoi je n^entreprends pas de prononcer, et je ne crois pas être fort intéressé à faire voir qu'ils avoient raison. Tout ce que je ve^ix ajouter, c'est que souvent la nécessité fait violence à la foi. Dans la furent
ou étoit la ligue , si les princes se fusseht désarmés, cette ligue les auroit accablés^ et le triomphant Louis quatorze ne seroit pas au- ' jourd'huî roi des François: or s'ils eussent res*titué les places de sûreté , ils eussent été dé- "safmès et par conséquent ils étoient perdu8| Ainsi l'on peut dire qu)5 la nécessité les força à faire ce "qu'ils firent. Ils dévoient bien se fiouvenir de ce qu'Henri III a^voît dît aux derniers états deBlois, qu'il ne tienilroit ses servinens qu'autant dç temps qu'il seroit trop foible pour les rompre. Ensuite de celte"guerre la paix se fit encore malgré la ligue ; et cette dernière paix fut plus longue que les autres, car elle dura cinq ans , qu'Henri 111 consuma en débauches , couvertes du voile de la bigoterie. 11 avoit souvent s?s heures à la main', mais c'étoit pour y avoir les portraits de ses mignons. 11 étoit de toutes lus confniîries , il faisoit faire des processions très dévotes, mais '•c'étoit pour trouver le mo^^w ^^ ^orri^vsi^^t^
6Si • Âpoîùgiê^ \
les femmes en l'absencQ de leurs maris. Cette paix eût bien duré plus longtemps si l'on eut laissé faire ce prince , mais la ligue enfin leva renseigne de la rébellion contre luî^ %t saisit des meilleures villes du royaume et causa les désolations et les troubles 5 dont nous attendons la description de la plume du sieur Maimbourg , qui aime si fort à décrire des sièges, des combats et des batailles , il trouvera là de quoi se satisfaire» Ainsi nous finirons ici c« que nous avions à dire sur les guerres de religion.