CHAPITRE II
HiBÈoire de la réfàrmation de Genève. Pro^ digieuse superetition ou cette ville étoit -plongée : débauches du Clergé ; obstacles que les réformateurs eurent à combattre. Justification de la conduite des réformés dans la réformation de cette pille.
'E que noas venons de dire pour Zurich ikoxis do\t épargner beaucoup de réflexione à regard de Genète. Car bien que la réforma* tioD se soit faite dans cette dernière ville aveo plus de trouble qu^à Zurich, cependant elle y a été achevée de la même manière : c'est ]^ar Vautorité du Sénat» Au reste puisqu'on veut regarder Genève comme la source d'où est sorti le Calvinisme , il est bon d'examiner un peu exactement comment il s'y est établi. On ne veut pas nier que le dessein des habitans de maintenir la liberté de cette ?ille contre les entreprises de FEvéque et des ^ocs de Savoye, et l'alliance avec le Canton de Berne n'ait été roccasîon du changement qui arriva dans cette ville à l'égard de la reK-gion. Mais Dieu a zts conseils et les honvmec
3o jfpologîê
les leurs : les habitans de Genève quand iIa s'allièrent avec les Bernois y n'avoient assurément aucun, dessein de réformer leur Eglise, Au contraire leur ville étôit plongée dans une profonde superstition d'une part, et dans une souveraine débauche de Tautre. Le Clergé: y étoît comme le maître , par l'autorité de TËv-éque qui s'en disoit Seigneur temporel. Et comme cela est ordinaire à cette sorte de gens y ce Clergé abusoit de son autorité pour prendre toute sorte de licences , et pour commettre toute sorte de crimes et de débauches. Les Pr^étres et les moines n'ygardoient près* qu'aucunes mesures d'honneur et de bienséance. Ils corrompoient les femmes , ils vio- Icntoient les maris, ils attentoient sur la pudicité des vierges , et les monastères de filles étoieni des lieux d'une prostitution presque publique. Quand il fut permis de pénétrer dans ces abominables mystères , on découvrit un petit sentier souterrain qui faisoit une com., munication entre le couvent des Cordeliers, et celui des religieuses de Sainte Claire. C'est par là que ces hypocrites qui cachoient sous un froc une concupiscence brûlante^ alloient répandre leurs flamn^es impures, dans le seîa^ de ces prétendues^ vierges sacrées , les épou^^*
ses de Jésus-Cbrist. Les Chanoines étoient
dans un si ho^r|ble débordeç^ent que cin^
poTir ta ÉÂformation ^ etc. ti
ans avant qa'on pensât à aucane reformations le Conseil de la ville fit dénoncer à ces débauchés f qu'on leur alloit ôter les revenus ecclésia&tiques y dont ils faisoient un si elFroyable abus , et qu'on alloit appliquer ces biens â rhôpital. Mais Tintercession du Canton dô Fribourg et la promesse que firent les Cha« noines de mieux vivre à l'avenir , empêché-^ renf que la sentence ne fut exécutée. Pierre de la Baulme ^ le dernier Evéque de cette \iUe , osa bien porter un jour son insolence jusqu'à ravir une fille de la ville pour en zhuser^ Et même il fit cette action dans la carême , qui est un temps de mortification , maïs \e peuple ne put souffrir cette violence ^ il se souleva et menaça de se faire justice ^ mais pour Tappaiser on lui rendit la fille» D'autre coté la superstition y étoit au com-«' ble. Tous les temples étoient remplis de reliques et de corps saints , et le Clergé qui ue vivoit que des erreurs du peuple , l'entreienoit dans Tignorance et le suçoit jusqu'à la moelle par le moyen de cette fausse dévo* lion. On leur faisoit adorer un bras de St. Antoine dans l'Eglise de St. Pierre y et le cerïeau de cet Apôtre.
r Mais l'an 1535 , quand on ouvrit ces mystérieuses caisses , Ton trouva dans celle de St. Antoine^ le membre d'un cerf; et dans
fiit' Apologi€
Tautre caisse , au lîéa du dervean de Saint Pierre , une pierre ponce. Il jT a de cela au- <ant de témoins qu'il y avoit alors de personnes dans Genève de Tune et de Tautre religion. Il n'y avoît pas de fraudes dont ca Clergé corrompu ne se servit pour abuser le misérable peuple poiir le retenir diam la superstition et pour lui tirer son argent. Dkns le temple qui porte le nom dé St. Gervais > reposoient sous le grand autel les corps des saints Nazaren , Celse et Pantaléoâ. Comme ces saints n'étoient pas du premier ordre, et que leur règne étoit passé 9 la dévotion qu'on âvoit eu pour eux étoit fort diminuée > et lô gain des Prêtres de cette Eglise aussi par conséquent. Ils s'avisèrent d'une fourbe pour rallumer la ferveur de la dévotion et rétat)lir leurs reveAus. Ils firent courir le bruit que les corps saints méditoient de se retirer ailleurs, et qu'on entendoit un murmure dans leur tombeau qui témoignoit leur mécontent lement. On perça leur cercueil , le peuple y accourut en foiile ^ chacun appliquoit son oreille à l'ouverture de Ta caisse et on entendoit un bruit confus comme de gens qui par- ^loient bas ensemble. On faisoit descendre dés chapelets par ce trou, et l'on ne pouvoil lek retirer , comme s^il y eût eu quelque main là-dedans qui\es eût retenus. Incontinent on
pour la Béformation y etc. SS
cria miracle par toute la ville ; le s^iot Pan* laléon avec ses compagnons eurent plus d'à* dorât eurs et les prêtresi plus d'offrandes que iameâs. Le jeu recommençoit tout aussitôt que la dévotion se rallentissoit. Enfin un temp# Tint qu'on apprit la cause naturelle du mi* racle. L'on trouva qu'à cette caisse répoadoienl certains canaux et tu3'aux souterrain9 è-peu-prés comme ceux de^ orgues , qui , recevant le son et les paroles des assistans , les portoient daqs le cerçuçil et y causoient un certain mugissement| qyi représenloit fort bien un son de parple^ confuses. On trouva aussi que par dedans tout étoit plein de cro« clieXs , qui retenoient les cordons deç chape* Jets qu^oD y faisoit descendre. C'e^t encore If un fait d'une notoriété publique.
Il y avoit une image de ^otre Oamç dans l^glise des Âugustius de la iiiême ville y qui faisoit miraculeusement ressusciter les enfaus morts sans baptême , pppr autant de temps qu'il étoit nécessaire afin qu'ils pussent être baptisés. C'étoit par le moyen d'u^ machine , qui faisoit enfler 1|3S cadavres de ces pauvres enfans mgrts , et même quand oo leur paasoit une plume sur les lèvres , elles ' .paroissoient se mouvoir. Paf le moyen d'un . feu caché et d^une chaleur artificielle , par JlaquellQ ils échauffpient le corps luort , il pa-
54 Hpoîngtê
îoîssoît suer pour quelque temps , et cela dûroit jusqu'à ce que le bfiptéme fut administré. Vous pouvez juger quel profit cela dèvoit apporter à la maison. Car il n'y a point de mère affligée de la damnation de son enfant, qui , pour le tirer des enfers , ne fut prête à donner la moitié de son bien. L'an î535 , quand la réformât ion fut établie , tout ce que je riens de dire fut vérifié en présence de plusieurs milliers de témoins , oéx on trouva foutes ces machines. I/on trouva aussi cer* taines formes de terre creuses où l'on fourroit des lampes , par le moyen desquelles les prêtres et les moitiés feignoient des retours d'ames du purgatoire , en faisant marcher ces fantômes le long des murailles des Eglises. Il estaifé de comprendre qu^une ville nourrie de ces effroyableîs fourbes , et possédée par un Clergé avare et sacrilège n'étoit guères «n état de souhaiter la réformation.
Ce peuple, esclave de Terreur et de la superstition , ne pensoit donc point à celte liberté spirituelle qui fait* le bonheur des fidèles. Mçiis Dieu permit que les vues qu'il eût pour conserver la liberté de la ville contre les entreprises des ducs de Savoye et de TE- . vêque , servirent à lui faire trouver ce bieii * qu'il ne cherchoit pas. Les Bernois qui prirent celte yille en leur protection ; y établi-
pour là Rêformation , eie. 55
rent insensiblement la religion qu'ils aroient choisie depuis peu. Mais ce ne fut point par la Toie de rautorilé et de la violence. Et même les premiers Bernois qui jetèrent les se*. mences de la réformation dans Genève , le firent sans ordre de leur Canton. Ce furent des particuliers qui fréquentant Genève et la voyant plongée dans la débauche et dans YidoJÂtrie , ne purent s'empêcher de parler avec liberté des désordres de la vie du Clergé, et des abominations dont il se servoit pour entretenir la fausse dévotion des peuples. Cela fît plus d'effet qu'on n'eût osé l'espérer*. Plusieurs goûtèrent l'exhortation qu'on leur faisoît Â^imiter ceux de Berne leurs protec^ tears , en secouant le joug de cette tyrannie spirituelle S6us laquelle ils étoient. Il se trou* va dans la ville quelques ecclésiastiques honnêtes gens y qui sentoient eux-mêmes la gran^, de corruption dans laquelle leur corps et leur Eglise étoient engagés , et qui donnèrent da courage à ceux qui en manquoient. L'un d'eni tr'enXy nommé François Bonnivart , consulté sur l'affaire de la réformation y répondit que si on l'entreprenoit y il ne la falloit pas faire à-demi. Dans le même temps il arriva une .cliDse qui donna courage à ceux de Berne do parier plus haut. L'ArcKevêque de Vienne, le Métropolitain de la Province ^ jeta un in^
W Apologie
tordît «rai' la Yillt* de Genève , et le fit afficher aux lieux publics. Les députés de Berne étoient alors à Genève. Ils dirent hautement qu'il falloit se moquer de ces sortes d^ana*thèmes , qu'il falloit craindre les foudres de Dieu et mépriser celles des hommes ; que le% foudres du Pape et celles du démon ne fâisdient de mal qu^à eenx qui avoient la foiblesse de les craindre. Tout cela ne de* meura pas sans effet , le Clergé perdit beaucoup de son crédit , le peuple commença à rèrenir de »es illusions » on parla avec assez de liberté des impostures des Prêtres , et la religion établie commença à étr« méprisée • Enfin l'an i552, il y eût quelqu'un qui eut ]a hardiesse d'afficher daifs les places publiques des inscriptions , qui promcttoient plei^ ne et entière indaigence , et la remission universcUe de tous les pécKês par Jésus Christ ^ c'était pour anéantir ces prétendues indul- . gences qu'on débitoit encore dans cette ville {Ivec une avarice et une impiété prodigieuse. Ces aljBches furent Toccasion de la première déclaration de guerre. Les Chanoines et les Prêtres se mirent en devoir de les àrrafcher, mais le peuple les en empêcha : le Clergé émut la sédition et prit les armes pour se fai- . re obéir j le peuple^es prît pour se défendre, Haid le trouble fut apposé par Vautorilé da
pour la RèformcUion , etc. Sj
Sénat 9 qui ne se trouva pas encore assez fort on asse^ bien intentionné pour changer la Religion. C'est pourquoi l'on ordonna que les choses demeureroient dans l'état où ellea étoient.
Ce fut dans ce temps là que Farel arriva à Genève ; son nom seul jeta l'effroi dans tout le parti papiste. Car il s'étoit rendu redou tableaux partisans delà superstition par la manière vigoureuse dont il l'avoit attaquée. On peut dire qu'on avoit vu dans cet homme de ces mouvemens qu'on appelle héroïques y et qui peuvent être comparés à celui de Phinées^ qui perça l'Israélite et la Moabite , lesquels se souîUoient par la fornication et parTidolàtrie» Étant à MoDtbéliard , où il prêcha la vérité a<vec une hardiesse surprenante, un jour voyant nne image de St. Antoine y qu'on portoit publiquement en procession et que tout le peu- ' *ple idolâtroit ^son zèle s'émût et arrachant Timage au prêtre > il la jeta dans la rivière de dessus le pont. Le peuple enchanté de sa superstition y et qui selon toutes les apparences deyoit sacrifier Farel à son ressentiment , dejjnenra frappé de cette vue comme d'un coup à» foudre ; il fut saisi d'une terreur panique et . yétitablement miraculeuse^ ainsi chacun s'en- ' fuket seretira chez soi. Cet homme puissant
en discours et qui tonnoit d'une maniées C'^mt'
88 apologie
droîante contre les erreurs et Tidôlâtrie , ne fut pas plutôt arrivé à Genève que les prêtres résolurent de l'en faire sortir , et l'accusèrent devant le Conseil d'être un brouillon , un séditieux et un perturbateur du repos public. Farel étoit muni de lettre^ de recommandation de la république de Berne , il répondit aux accusations qui iui furent faites , et se défendit si bien que le Conseil n'osa rien décerner contre luî , de peur d^offenser les Bernois dont ils avoient SI grand besoin pour être maintenus contre les continuelles attaques du' duc dé Sayoye. Mais la justice de l'évêque , qui fiubsistoit encore , ne garda pas la même modération. Le Procureur fiscal de l'évéché se. rendit parliecontrelesnouveaux prédicateurs* Ils furent cités et comparurent. Quelques-un» étoient d'avis qu'on prit un peu connoissance du fonds de 1 affaire, et qu'on entra dans l'examen de ce que les prédicateurs prêchoient. Mais le procureur de FEvêque s^écria , que si Von entrait en dispute j tout leur mystère et oit ruiné. Farel eut bien à souffrir dans ce procès» Il fut couvert d'injures, de crachats et souvent de coups. Pour s'en défaire !promptement et sans péril , on lui tira un coup d'arquebuse comme il sortoit de cette assemblée ^ mais la balle le manqua. Il fallut enfin qu'il cédât au Clergé romain qui dominoit encore ^ et qu^il
pùur la Rêformation , etc. 5g
se retirât de la ville. Mais il laissa en sa place un jeune homme nommé Antoine Froment ^ qu'il exhortoit de se rendre à Genève ,lui disant que 80H nom étant moins connu et moins odieux entre le» prêtres , il pourroit avancer la vérité et la persuader à plusieurs. Froment se laissa persuader avec assez de peine, cependant]] obéit et vint à (ienève, où il établit une école , dans laquelle il enseignoit leff enfans,et leurversoit en même temps dans l'ame la connoissance de la véritable religion. Cette école changea bientôt de face , et devint un grand auditoire où tout le monde de tout âge , de toute condition et de tout sexe se rendoJt. EtDiea bénit si visiblement les travaux de cet homme qu'en peu de temps le parti de la réformation devint considérable. Il arrivaa* lors une chose remarquable et qui mérite d'être écrite dans la mémoire des hommes. Les prêtres avoient persuadé à leurs dévots que les Luthériens étoienttous magiciens et qu'ils ensorceloient tons ceux qui s'approchoient d'eux par certaines paroles , qui avoient la vertu de charnier. Une de ces dévotes étoit si bien prévenue de cette imagination , qu'ellene pouvoit en aucune façon êlre persuadée dVIIer écouter Antoine Froment. Cependant un jour vaincue par les importunités de ses jTOÎslnes , elle y alla , mais toute chaTjg;^^ ^' K.^
'40 'Apologie
gnufi Dei , de Chapelets , de Reliques et de taut ce qu'elle crut capable de surmonter la force du charme. Quand elle eût écouté le prédicateur avec attention , elle se trouva subitement changée , elle fut énoue , elle pleura»elle Toulut lire THcriture sainte. Incontinent elle envoya quérir Froment, qu^elle avoit regardé comme un magicien , lui versa ses larmes dans le sein , lui Gt sa confession de foi et renonça aux erreurs et aux superstitions dont elle a-, voit été enchantée. Elle convertit même sa famille, son mari et ses parens, et se distingua en toute manière par une vie sainte et pleine de bonnes oeuvres. Enfin Antoine Froment fit de 81 grands fruits qu'en peu de temps la salle o^ l'on s'assembloit chez lui , ne fut plus capable de contenir la dixième partie du peuple qui le vouloit auïr. Ce peuple dans la ferveur de soiïzèle le prit, le porta sur la place du mar-' ché a(ipelée le Molard , Téleva sur un banc et l'obligea à prêcher publiquement. C'est le premier sermon public qui se fit4 Genève^ ce fut. le premier jour de Janvier de l'an i533« Cette action hardie jeta l'effroi dans tout le parti des superstitieux. L'on envoya sur le champ un huissier qui commanda à Froment de se t^irç, 11 n'en voulut rien faire et répondit qu'il valoit mieux obéir à Dieu quaux hommes. Mais les prêtres ayant ému la sé4ition > armèjeaJ(lçi:|r^
pour ta Béformation | etc. 4|r
partisans et alloient immoler cet homme & leur fureur , s^il ne se fut dérobé à leur rage et ne se fut retiré de la ville. En même temps le can-* ton de Fribourg fit de grandes instances par ses envoyés auprès du Conseil à ce qu^*on re« primat la hardiesse des novateurs, et que Ton. conservât l'ancienne religion : en menaçant les Genevois que s'ils renonçoient à la religion do leurs ancêtres , ils romproient le traité qu'ils, avoient fait avec eux , et les abandonneroient à lears ennemis. Le Conseil qui craignoit les effets de cette menace, et qui d^ailleurs n'é-toit pas encore fort disposé à la réformation ^ xè^ndît qu'il avoit fait tous ses efforts jusques là pour réprimer les novateurs , qu^il le ferait encore y et qu'il joindroit pour cela ses soins àcenx du grand vicaire de l'évéque. An* toine Froment ne laissa pourtant pas de revenir à Genève bientôt après 9 et y courut en arrivant le plu s grand péril du monde j car il tomba entre les mains des prêtres et de quelques-uns de leurs dévôts^qui alloient] le mettre en pièces ^ si quelques honnêtes gens ne l'eus* sent arraché des mains de ces furieux. Toutes les menaces du canton de Fribou r g , la fureur diàClergéetles soins du Conseil n'empêchèrent pas que le parti de la réformation ne grossit , et qu'il ne fit ses assemblées secrètes dans lesquelles on communia pour la premiècQ fois
49 jtpologié
au commencement du mois de Mars de Kan i533. Comme d'^un côté le Canton de Fri-^ bourg faisoit tous ses efforts pour empêcher la réfoimation de Genève, celui de Berne qui étoit beaucoup plus puissant travailloit à Tavancer. Il écrivit au Sénat , se plaignit de la manière dont on avoit traité Farel prédicateur , qui étoit autorisé d'eux ; et deman^' âa qu'on reprimat la licence et la fureur du Clergé , afin qu'il fut libre à chacun de suî* tre la religion qui lui plairoit le plus. Le Con-^ seil de la ville s'assembla pour délibérer sur les lettres de Messieurs de Berne. Alors le Clergé entra en fureur et avec une troupe de séditieux qu'ils avoient ramassés, ils s'en allèrent au Conseil pour demander justice contre ces prétendus perturbateurs du repos public , qui avoient extorqué ces lettres du Canton de Berne. Le Conseil les renvoya en leur disant qu'ils eussent à se tenir en paix^ et qu'on travailleroit à la sûreté de l'ancien» ne religion, lis s'en retournèrent y mais ils remportèrent avec eux leur esprit de sédition 9 qui éclata peu de jours après. Ils for* mèrent un parti pour l'entière extirpation de ce qu'ils appeloient le Luthéranisme, et pour la ruine des Luthériens. L'assemblée se com^ mença dans la maison du grand vicaire , et }es prêtres amassèrent au son du tocsin plus
I jpour la Réformation ^ etc. 45
ie sept cents bourgeois armés y dans IlSgliso de St. Pierre. Les Réformés , avertis du péril et de la conjuration , se précautionnèrent ^ . prirent les armes et se préparoient à défen« , dre leur vie. Les Syndics et le Conseil avertis de cette émeute envoyèrent aux uns et aux autres pour les obliger à mettre bas les armes. Maïs la fureur du Clergé étoit telle que rien ne ie put arrêter. Ils mirent leur troupe en bataille sur le Molard , et s'en alloient enfoncer les maisons où lea réformés s^étoient enfermés , pour les égorger tous. Dieu no permit pas cela , et il voulut que des Marchands de Fribourg, qui étoient alors à Ge* nève^ fussent plus heureux que n'avoient été les magisirais , dans le dessein d'appaiser cette fureur populaire. Par leur médiation le tumulte fut appaisé , le Conseil rendit un arrêt par lequel amnistie fut donnée aux au* teurs de la sédition, et il fut ordonné qu'on précberoit la vérité conformément à la parole de Dieu ; c'est le premier pas que fit le Conseil vers la réformation.
Peu de temps après un chanoine de Fribourg 9 armé de toute pièce comme un sol * dat y Pépée à la main ^ au milieu des rues ex-^ ' cita une nouvelle sédition , dans laquelle lui- ^ même périt. Ceux de Fribourg se plaignirent jcit demandèrent vengeance de la mort de leur
44 Apologie
chanoine : cens de Berne an contraire ]ires« aèrent qu'on accordât & tous la liberté de cons« cience. Le conseil , combattu entre ces deux puissances dont ils avoient besoin , promit â ceux de Fribourg le châtinient de ceux qni avoient tué le chanoine ^ et à ceux de Berne qu'ils trarailleroient avec équité à }a conservation de la paix publique. Et en effet pour satisfaire les Bernais on fit mettre en |>rison^ quelques, chanoines et quelques prêtres auteurs de la sédition. Au commencement de Juillet de cette année 1 533^ Pierre de la B^ul« sne Evâque de Genève , revint accompagné de quelques magistrats et de quelques prêtres de Fribourg. Il commença par Félargisârement des chanoines et des prêtres qui avoient été emprisonnéis pour sédition. Les gens de Fri«bourg j soutenus de la présence de PËvêque ^^ recommencèrent leurs instances pour avoir raison du meurtre commis en: la personne de leur chanoine. L'Evêque voulut prendre connoissance de cette affaire ^ il la voulnt éteir au Sénat et la faire évoquer à la justice de ITEvêché ? Le Conseil s*y opposa soutenu par le Canton de Berne. Celui de Fribourg avoit fait avancer des troupes aux portes de Ge-^ îiève pour soutenir le Clergé et TEvêque. Et en même temps le grand-vicaire fît prendre et emprisonner neuf personnes .accusées du
pour la Réformatîon ^ etc. 45
meurtre da chanoine de Fribourg. Les ma-* .^istrats redemandèrent les accusés et prétend dirent que c^étoit à eux à les juger. Ainsi il s'élera un violent conflit de juridiction en« ire TEvéque et l'officialiié , soutenus par lo Caaton de Fribourg d^une part , et le Conseil et les Syndics soutenus par le Canton de Berr ne d'autre part. Dans cette dispute TËvô^ que succomba et l'on fut obligé de remettra les prisonniers entre les mains des Syndics et dans leurs prisons. Us jugèrent ces neuf personnes accusées , l'une paya pour les autres 9 les huit autres furent relâchées. Ainsi la movl. du chanoine de Fribourg fut ven-* gée f quQÎgull se la fut attirée par la sédi« tion qu'il avoit émue. Le peuple entra dans les intérêts du Conseil de la ville et des Syn* dies , il fit garde partout pour prévenir les entreprises de l'Evéque qu'on savoit fort bien
* airoir dessein de se saisir de la ville et d'op* '.primer sa liberté. L^Evéque voyant bien que aa partie étoit mal faite « craignit la fureur d'un peuple jaloux de la liberté qu'on lui #v:o«l^t (9ter , et ae retira de Genève pour n'y ^ereojjr jaiaais , %uin^ jovirs après y êtve ea<*
^•,1^ piMir ila 49rnièi!e ,foi^.
^^v! (Ce rue £urt peint la cause .de la rel^ion qui V-W cihiissa : il 0st vr^^i lQu!il cpropiençoit à se
-Igryier iw fîtes j{wriji,^rf^ V^x^\N?v
46 Apologh
Mais ce parti étoit encore le plus foiUe c beaucoup. Le Clergé étoit encore en posse ftion de tous lès biens , de tous ses droits • de toutes les Eglises ; les Protestans ne fa: 'soient encore leurs assemblées qu'en secre Ce furent les habitans papistes qui prirent \ parti des Syndics dans le conflit de jurtdi lion qu'ils eurent avec l'Eréque y tout aus bien que les autres. Ainsi l'Evéque sortit uni quement pour se sauver de la fureur d'u peuple qui étoit très-persuadé qu'on l'avo vendu au duc de Savoye , et qu'on ne chei choit que les occasions de le livrer. Quand fut sorti il écrivit au Conseil , non pas coii me à des gens qu'il crut corrompus dans I foi ^ mais simplement pour les obliger à veil 1er exactement pour la conservation de l'an cienne religion en chassant lès nouveaux pr^ dicateurs.
Les prêtres cependant qui sentoient qu leur parti s'afFoiblis8oit,le voulurent appuyc de quelque homme qui eut de l'habileté ou 1 réputation d'en avoir. Ils firent venir du cou vent des Jacobins de Montmélian un certai docteur appelé I*'ourbî , qui prêcha dans TE glisedeSt. Pierre avec fort peu dé savoir mais avec beaucoup de violenèeetd'emporU ment contre les luthériens* Antoine Fromei
pi quelques autres revenus à Genàyo s'oppo
pour la Réformation j etc. 47
soient avec assez de vigueur à Fourbi. Mais lo Conseil qui n'étoit encore rien moins que réforme j ou qui n'osoii le faire pa^oitre,fit dé« fense à Froment et à ses collègues de s'oppo-^ ser au Jacobin. Il bannit même de la ville quelques-uns des prédicateurs de l'Evangile. Le Clergé croyant qu'il falloit alors faire un grand coup pour achever d'abattre le partisan commencement de l^an lô34 fit un décret , par lequel il défendit toutes les assemblées pour cause de religion sans permission de Tévéque^ et ordonna que toutes les bibles en français et en allemand seroient brûlées, ç)t qu'il ne se^ roit permis à personne d'en retenir dans sa jnaison ,sous peine d'excommunication. Mais cette action produisit un effet tout opposé k celui qu'ils attendoient. On eut de l'horreur pour un décret quiordonnoit de brûler l'Ecri? ture sainte, qui est l'ouvrage du Saint Esprit. I^arel qui avoit été chassé l'année précédente , et Froment accompagné de Pierre Viret, qvii ^'étoit joint à eux , rentrèrent dans Genève et y firent de3 assemblées pour instruire lepeur pie et pour prêcher ensecret , parce qu'il n'é* toit pas encore permis de le faire ouvertement* • ;.La république de Berne offensée des însolen- , ce» du Jac obin fourbi ^ dont Jes prçdicati<^ns n'étoieiit composées que d'injures et d'où*
}SH^ ? ^^ ^epJeflient contre YÊxMii\\^ ^
Apologie
tnais contre le Canton et le Conseil de Berne , députèrent au Conseil de Genève, et lui déclarèrent que si Ton ne reprimoit la violence de ce prédicateur 9 ils s'alloient retirer de leur alliance. Ils passèrent même jusqu'à demander qu'on leur livrât ce moine qui les avoit chargés en chaire de tant d'outrages , aSn qu'eux mêmes en fissent le châtiment. Le con* «eil promit à la république de Berne de lui faire justice du Jacobin ^ et en effet on le mit en prison. Or voici la semence d'une nouvelle guerre. Le Clergé se plaignit qu'on violoit ses privilèges ^ il dit que le Jacobin étoit prêtre , et qu^il n'étoit pas soumis à la juridiction civile il demanda qu'on renvoyât Fourbi par de* Tantses juges naturels, qui étoientles juges ecclésiastiques, hts Bernois qui étoient les parties de Fourbi , s'y opposèrent par la bouche de leurs ambassadeurs , et ne voulurent poin t reconnottre d'autres juges dans un procès où ils étoient parties^ que les Syndics et le Conseil. Au contraire ceux deFribourgsemir rent encore de la partie, et soutinrent les intérêts du Clergé et de Fourbi. Voici donc un nouveau conflit de juridiction , qui mit le feu «ntre les bourgeois , et qui commit. même ea-^ tr'eux deux Cantons de Suisse , Berqe et Fri* bourg. Enfin les Bernois gagnèrent leur cau- «e^ h C9»3«lretjijît 4'afiwe ae Foçirbi. Il fut
çiti
pour la R'Jbrmafion , etc. 49,
cité devant le Conseil des deux cenU. Les envoyés de Berne plaidèrent contre lui , prou« vèrent qu'il avoit injurié les Bernois d'une manière atroce. Les appelant bourreaux de Jésus- Christ y chiens et turcs ^ et déclamant d'une manière épouvantable contre rallianca que les Genevois avoient faite avec eux.IU dirent de plus que ce déclamateur les avoit accusés d'hérésie , qu'ils prétendgient que cet homme les en convainquit par la parole de Dieu y ou qu'il fut puni comme un calom** niateur. Fourbi se retrancha sur l'iqcompé^ tence des juges , voulut faire valoir sa qualité de pTette et de docteur de Sorbonqe , nia qu^il fut obligé à répondre. Mais il y fut con**' damndy et cela donna occasion k une disputa de religion , qui dura plusieurs jours en pré<^ f^ence de tout le conseil. Les tenans étoient Fourbi d^une part et Farel de Taulre. Le suc»' ces ne fut pas heureux pour Fourbi , il n*avoit ni la vérité ni la science de son parti. On disputa sur la puissance de TEglise à faire des lois j sur l'autorité du Pape et sur lés traditions. Le Jacobin fut. battu partout ^ et ayant été bien convaincu des faits que le« Bernois avoient portés contre lui^ il fut con* 4ainQé par le Conseil à se dédire publique-* ment dans l'Eglise 4e St. Pierre , de toutes' les choses qu'U atoit téxuérairex^ent av%Y\5.i^m
So jipologiê
contre la parole de Dieu et sa gloire , et con-* tre l'honneur qui étoit dû aux illustres Confédérés dn Canton de Berne. Le 1 5 de Février de l'an 1 534 , il fut mené de U prison n TEglise de St. Pierre et mis en chaire pour y faire sa rétractation selon la sentence. Mais AU lieu de cela il se moqua de ses auditeurs et ne leur dit rien de ce à quoi Ton s'atten» doit. Après qu'on l'eût longtemps écouté , enfin l'on perdit patience ^ il fut remené en prison où il demeura^deux ans y et d'où il ne fiortit qu'à la sollicitation du roi François I. Ce! fut un terrible coup pour les ennemis (de l£^ véritéf Mais ils ne se rendirent pourt^i^t pas si tàtf Ils ayoient encore des partisans 9 du crédit, des forces , et le Conseil n'ér toit point encore déclaré cpntr'eux. Ils se ser« TiT'çnt de tputes les. forces qui leur restoient pour opprimer la vérité. Ils émurent de nou? velles séditions et contraignirent plusieurs foi|i les réformés à se défendre par les armes^^ coiiime ils étoient attaqués par les armes. Le Conseil s'en mêla encore et l'on mit en pri^r fiop (quelque» sé4i.tieuX) entr'autres Jean PorS lier 9 secrétaire 4e l'Evêque , par le moyen (duquel on découvrit une terribje conjuration^ Cw ou trouva dans les papiers de cet Jioiuipe des mémoires , par lesquels il parut qua .'
pour la Réformalioji , etc. Si
entretenoît ses intelligences dans la ville pour s'en rendre maître par force , et en renverser entièrement le gouvernement. Portier paya de sa tête les crimes de son maître. Et cette conjuration découverte détacha extré* mernent des intérêts de l'Ëvéque et de la re« lîgion romaine , plusieurs personnes qui n*ai« moieni point à la vérité la réformatioji ^ mais quiétoient très jalouses de la|liberté publique.. D'autre part les Bernois , enflés du succès qu'ils avoient eu dans l'affaire de Fourbi^ demandèrent au Conseil .de la ville un temple pour eux et pour ceux de leur parti , qui voudroient être de leur religion ; et parce que lè Conseil différoit de leur répondre , ils cru*<» Tent être en droit de prendre ce qu'ils de^ inandoient dans une ville qui ne conserVoit sa liberté que par leur protection. Ils se saisie rentdoncde l'Egalise du couventdes Cordelien de Rive , et y firent prêcher publiquement Farel la premier jour de Mars de l'an 1034» Cela se fit sans le consentement du consei^l qui repré^entoit le corps de ïa République ; néanmoins le Canton de Fribbmrg conservant son zélé pour son ancienne religion rompit .'AVëcla ville de Genève. Leurs envoyés sa ^■retirèrent et avec eux un assez grand nombro de aélé», catholiques, romains , qui prèvo^oVexiX
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5a Apologie .
Car Dieu préparoit toutes choses pour ce mî-: raculeux changement.
L'on découvrit^une nouvelle conjuration de TEvêque contre la ville. Pendant qu'il entretehoit ses intelligences au dedans , il pré'* paroit des^frpùpés et un équipage de jg^uerre au dehors tant par terré que par le lac pour surprendre Genève. Cette ehtneprise nianq.ua, cela irrita ceux qui étoient amateurs de la liberté, et rendit* odieux ceux qui étoient de. la faction de.rEvêque, de sorte qu'ils se retirèrent", et laissèrent le parti contraire à la réformation fort .afToibli par leur départ. En snême temps TEvêquè fulmiita M«èz à contre? temps une pentepce d^exqonimun^cation contre là" ville , condairiha quelques notables bourgeois à la mort j^'cohfisqua Içurs biens et
iferma les passaïé'^.s ^^ !^ ^^l'® P^"^ ^"^ ^o^per les vivres. /il commancU. aussi à ses juges de se retirer ^'e Geiièvè et déposer leur siège k Gersi. Tout cela servit à repurger la ville, et à dimin\ièr le nombre de ceu3ç qui s'opeoîent à la, réforma tion. II. arriva plusieurs choses piresqùe .tout à la fois qui hâtèrent Foeuvre de jâ ï'rovidencè. Par exemple , on découvrit qu'une vieille sorcière avoit été in» duîte à empoisonner tous les ministres ; elle fut surprise sur le fait voulant empoisonner
JT^Mi «ax»inéQ çt copfdàipnée eUe copfessâ,
pour la Rèformcàion y etc. ^ 53
qu'elle avoit été persuiadée pa^r les chanoines à faire cela. li j)£^ssa aussi pour constant qu^ les^ prêtres av oient résolu ci'enipoisonner le pain et le vin de la comnjunion y afin de fairç périr toyt à la fois ce peuple ennemi^ de leur repos et de leurs vies. Enfin la providence de Dieu voulut que Timpureté des Ecclésiastiques se découvrit aveo plus. d'éclat que jamais. On surprit, plusieurs moines et. prêtres entre les bras de }eurs concubines , et on les mena en pompe dans toute la ville avec leurs maîtresses. Toutes ces choses jointes ensemble augmentèrent l'horreur pour la religion romaine et disposèrent les esprits au changement qui se £t Tannée suivante de cette ma- Djere.
Le parti de la réformatîon étant devenu le plus fort , le Conseil n'osa plus lui refuser la tolérance ', on ne put même lui refuser des Eglises pour y faire publiquement exercice de la Religiçn Protestante. Par un édît du onzième Avril ià35 • on accorda des Eglises aux Réformés , mais on ne leur permit pas de se rendre les maîtres des Eglises paroissiales. On défendit aussi quelques su«perstitions grossières , dont on se servoit pour ' • abuser le peuple y mais sans toucher encore •- . au gros xle Tarbre, ni donner aucune atteinte à la jnesse. Le Père Bernard , qui avovl é,l4.
i64 Apoîogîù
gardien des Cordeliers , se servit de la li* berté qui avoît été accordée aux réformée dont il avoit embrassé lé parti. Il proposa des thèses contre la Religion romaine avec laperjtnission et sôUs Fàutorité du conseil; On y invita nôn-seulement les Ecclésiastiques de Genève , mais tous ceux de Lyon j de Grenoble et d^ tous les lieux d^alentour. La dispute fut ouverte à' la fin du mois de Mai , tlans la grande salle dû couvent des Cordeliers et dura jusqu'à la fin dû taiûis de Juin; Le Conseil y eût s^% députés qui y présidèrent en son autorité ; les articles y furent examinés en présence d'ùii grand concoure de peuple. Quatre secrétaires rédigèrent par écrit les actes de la conférence. La' vérité ayant été suffisamment éclaircie , F^rel et ses collègues demandèrent avec grande instance qu'on achevât la réformation , qù^on abolit la messe et tout le service de l'Eglise romaine. Le Sénat n'en voulut rien faire pour l'heure, et deux mois s'écoulèrent ^ans des délais. Enfin le peuple perdit patience, et voyant bien que le Conseil vouloit être forcé , il prit Farel le 8 du mois d'Août et le mena dans la grande Eglise , où il le fiit prêcher , et le même jour on abattit les images dans les Egli-.,. , ses. Le Conseil qui vit bien que ces délais^ :, ne servoient à rien qu'à faire d'une f^çoq ir-<
pour ta Rèformation ^ etCé $$
régulière ce qu'après tout ils avoient dessein de faire dans les formes , se laissa vaincre enfin. Et après avoir donné une audience fort longue à Farel , il ordonna que la messe seroit abolie. Deux jours après on cita le grand Tjcaire de l'Evêque y les chanoines et les re-^ ligieux pour savoir s^ils avoient quelque cho« se à opposer tirée de la parole de Dieu , que s'ils n 'avoient rien à dire qu'ils se rendissent à la vérité. Les moines répondirent d'une manière plus douce et les chanoines parlèrent d'un ton plus échauffé ; mais le sens de leur réponse et oit le même ; c'est qu'ils étoient résolus à conserver leur ancienne religion. Après ceVa se retira qui voulut : les religieu* 8e5 de Sainte Claire furent de ceux qui vou^ lurent persévérer dans la religion qui leur aroit donné le voile% Et le sieur Maimbourg avoue qu'on les conduisit avec escorte et avec honneur sans leur faire aucune violence, jusqu^à Annecy , où elles voulurent se retirer* Cette vérité à laquelle il rend témoignage met une grande différence entre notre conduite et celle des dévots de l'Eglise romaine ; si nous étions animés d'un même esprit qu^eux^ ces filles n'en auroient pas été quites pour fibandonner leur couvent. Il n'y a pas de vio« nces qu'on ne leur eût faites j quand on vouloit repurger un lieu de Huguenot ^ oa
'56 ^ Apologie
y meitoît le feu , on y employoit le fer et oti y exerçoit les dernières cruautés , comme on a fait à Mérindol et eh cent autres lieux. Mais quand Genève a secoué le joug de Rome, elle s'est contentée de donner congé à ceux qui n^ont pas voulu se réformer , et elle a congédié avec honneur ceux qui ont voulu se retirer.
L^on ne se contenta pas d'avoir cité le Clergé une fois , on le fit une seconde et une troisième fois , on offrit de les écouter en tout ce qu'ils auroient à dire , on leur offrit même d'entendre tous les plus célèbres docteurs qu^ils pourroient faire venir d'ailleurs. Mais la plupart demeurèrent fermes dans leur pre^îèrejrésolution. On assigna une pen* sîon à tous ceux qui promirent de vivre paisiblement sans leS'Obliger à changer de relil^ion ; et le reste des biens ecclésiastiques fut appliqué à des usages pieux ou utiles au bien delà République. Voilà précisément de quelle manière s'est introduite la réformation dans cette ville que Ton regarde comme la Métropole du Calvinisme» Et j'ai bien voulu , Monsieur , vous donner cette histoire abréjgée y afin que vous puissiez l'opposer nonseulement au récit du sieur Maimbourg qtiî i; est tronqué 9 imparfait et tourné d'une ma- V^ Tiièrc maligne , mais aussi a certaines histoi-
pour la RéfoKmatitn y etc. 6j
Tes dont les auteurs ont voulu favoriser leurs imprimeurs et obtenir pour leurs ouvrages des approbations et des privilèges. Ce qui les a obligés à supprimer bien^des choses que la sincérité les auroit obligés de dire.
Le sieur Maimbourg dit à la vérité en quelques endroits les mêmes choses que nous , mais eu dissimulant toutes celles qui pouvoient faire voir la conduite irrégulière de ceux de son parti , et en donnant un tour malin à tout ce quUl dit de la conduite du nôtre. Outre cela il y entremêle certains faits tout à fait faux. Comme est celui de la pierre du grand autel , qu'Aniy Perrin fit transporter , à ce qu'il dît , (i) dans la place où Vom punissoit les criminels , et par un ejfroya^ ble sacrilège la fit dresser en échafaud pour y faire les exécutions de la justice» Cela est' uù roman , car nous avons sçu de Genève que cette pierre fut transportée dans Thôtelde-ville où elle est encore aujourd'hui et où chacun la peut voir. Il n'a pas non plus été bien informé des causes de la mort de cet Amy Perrin. Car il ne mourut pas pour avoir voulu faire massacrer les Français ^ mais pour des crimes d'état. II est faux aussi que j , Farel ait été à la tête des jeunes gens quf ij.lbflittîrent les images deux ou trois jours a-
ll)LW. 1. aa. 1542.