I ■• I PI 1 I I ' ■ I. I|I.I|«W
^4 • ApoUfgU
9dtiu^* Au r^sto danft:l'hi6toiireda~sea regrets et de la douleur ^u'eU» eut de q^uiltes la Frailoe»^ oomnii» Ito rl^i^porte Brantôme, on ¥oit toue tee etfaetèseb' d^une ame* pésétsée de Kàmofiis ^ dut; pladsîr^ et qui! eut py^féré d« bon )coDur tes détf ceB de* Ia> oocir d^l^caace. H. toute» ies conaidiératiens d% la réputaiiça,. dd éon hésneiir et de sa gloire » et à tous^les ia^^ térétftde sa religion eide^sesiétalsu • MaiS) Moifsieur, pour é4re le moins lon^ qu'il npu» sera pos»ble> jetriendcai auxgraii-»-* des aventures de la vie de cette reine, qui l'otft précipitée s smnrîne ; c'est sou âiariage aveq Henri Stoart^ ses galanteries avec David Ri<r sio , l'assassinat de son daari par fiolfayr^l , efc son mariage avec cet assassin. Voyons pre-* imèrenréntceque dit sur tout cela Monsieur dé Tbou. (1) H-s«roîfl: trop long de voiu&le copiei} Ici i mais je me contenterai de vous indiquer les endroits et de vous en donner l'abrégé : tous savez lire et vous entendez la langue da rancienne Rome. Vous pouvez cènsulter l'a« riginal si vons voulez Voir ces aventures plût étendues^ Marié épousa Henri Stuart son couW sin ; mais à peine ce' mariage fut* il faid qu^ello fut dégoûtée de son mari. (}e mariage^ s'étoil feit par caprice C s }^ et par inclination^contrè
f^^mmmmmmfm^mmmmimmmmmmi^^^m^^ '
( % ) Livre 37,
jiour la Itêformation , etc. g5
fe coiisreTTteineritd^s pifndpaux duroyanme^ dontre celoî de \^ réiile Elizabeth , et méinv i^tït le comeiitémént des pritices de Otiise , ot^eleflT de lu reine. Ccé soHes d'unions où la fais^on ne présidé pas , ne sont pas de longu# darée. Elle se dégoûta incontinent de st)n ma-* fi et elle donHa des nfiarques pdbliqnes de l'aliénation de son coeur. Gar au commencement elle faisoit mettre le n'om du roi son marri atant le sien Aactis les af rets qui se rendoient ; mais ellene Yoiiluf plus cela; le nom de son mari fût mis aptes le sien. Elle tre réserva Fautori-^ a toute entière et n^eri faisoit aucune part au roi* C'e&t \nie vérité à laquelle son bon ami lé Laboureur e^ obligé de rendre témoignage. Moilsfenr de Thou dit que le prétexte fut les fréqûentes^ absences dû roi, qui éfoit presque toujburs àlâ eampagne dans les plaisirs de la cbasseetdù Vol de l'oîseati. Cela étoit cause , di^oit elle, que les affaires étoient retardées^ et qu'il en potivoîtrésulterde grands maux. (i) ZjQ fhépfi^ alià si loin qu^elle relégua son ma" H durariPt uà ô/^él hyper au fonds de P Ecosse iiJiPi déréloigtïêt dé tdute connoissance des affdl'féi ^ ei qu^ùn lui eut toute ^obligation des biehfaitÈ ^tjfùn paûi^oit tirer delà cour. £t metué dtftfs cet ejcii il petisaxnourir de faim lui et 0'à ftiaisôn , assiégé par des neiges d'une hau-
g6 Apologie
leur extraordinaire , qui lui coupèrent toute communication avec les lieux d^où il pouvoit tirer du secours. A mesure qu'elle s'aliénoit de son mari , elle se tournoit du côté d'un mi** sérable musicien nommé David Bizio. Le Laboureur avoue q}xe{i)ceDauidRizio,piémon^ tais y était pli4» capable de servir aux diver^ tissemens de la reine par les petites gcntilleS'ses qui favoient éleué do la qualité de chan* teur et de musicien à celle de secrétaire ^ qu^d la conduite des principales ajffai^es du roy au* me. Monsieur de Thou nous apprend qu'il étoit fils d'un musicien de Turin ^ qu'il avoitla voix belle et avoit appris de son père à chanter età jouerdesinstrumens^ Il voulut se pous<* ser dans la cour duducdeSavoye , c'est à-dire y avoir quelque place dans la musique du Prince. Mais cela ne lui ayant pas réus&i , il suivit en qualité de chanteur le comte deMo* ret j qui à son retour de Piémont fut envoyé en Ecosse. La reine qui savoit elle même bien chanter , quiaimoit la musique ^ et qui avoit le cœur tourné du côté de tous les plaisirs qui sont capables d'amolir une ame ^ s'entêta de ice personnage ^ çt après l'avoir eu quelque temps pour son musicien elle en fit son secré<taire , son confident i son premier ministre ;
Pendatit
^1) AdditioAt <u Ut, 3,
rn^mf^
pour la Reformations efe^. 9 y
Fendani que le roi son mari étoit absent et relégué , ce David Rizio stgnoit pour le roi avec \in cachet de fer , sur lequel on avoit gravé la nom du prince. Toute l'Ecosse frémissoit de Yoir que cet honnane sorti de la poudre de U terre et d'une réputation infâme , étoit élevé au-dessus do tous les grands du royaume « quiétoient contraints de le flatter , de lui fairo la cour et d^attendre à sa porte pour avoir audience. Ç\) Mais on avoit horreur de voir que ce malheureux avoit une maison beau^ coup plus splendide en meubles , en officiera et en éijuipages que le roi mime. La reine le faisott manger avec elle ^ elle atloit souvent manger chez lui , elle se tenoit enfermée aveo lui très soutent et très-longtemps. ËH« vou^ lut le faire entrer dans le Conseil aGn qu'il y eût sa voix ; et parce qu'il n'y avoit pas d'apparence d^élever a la dignité de cofiseiller {q) du royaume un homme sans naissance 9 sans titres et sans bien^ elle employa les menaces et les prières pour obliger quelques grands do royaume de renoncer à certain^ biens dont elle vouloit le mettre en pctoâes^sien. Le roi de retour de cet espèce d'exil ^ dans lequel il avoit été , ei^t les oreilles re^
' 10 De Tho.a^ lUi, 40, ^ t?)OeThoa,UT. 4I>>
gS .apologie
battues des bruits désavantageuK que Von faîsoit courir de la reine , et de sa conduite avec Rizio : ^ maisâl n'en youlut rien croire ^ jusqu'à ce qu'ayant été ( i ) averti que cet ^ homme étoit entré dans la chambre de la ^ reine un certain soir , il j alla , il vou* ^ lut entrer par une petite porte dérobée Il dont il avoit toujours la clef ^ et qui étoit ^ toujours ouverte pour lui ; mais il la trouy^ va barricadée par dedans contre la couturi ^ me. Il frappa , il appela , personne ne ré- ^ pondit j et dés-lors convaincu par ses proy^ près yeux il prit la résolution avee ses ^ a^nis de s^ défaire de ce rival qui lui en^ ^ levait un royaume et une femme. ^ La reine sçut quelque cho^e de 30a dessein , elle essaya de Hnlimider lui et ses domestiques. jMais cela p'empécha pas qu'un jour comm^ la reine soupoît en tiers avec David et la comtesse d'Argathel , le roi n'entrât par un petit escalier qui communiquoit de l'appartement de la reine à celui du roi , et qu'en sa présence il ne fit poignarder David Hizio. n roa^^mble que dans cette conduite de la reine , qui est attestée par tout ce qu'il y a d'honnêtes gens , on voit la passion du monde la plus folle et la plus déréglée. Les amitiés innocentes ne peuvent produire de sem-..
.' I I i.i.i I pyii II. I '9'^^m^ '
'pour la Réformmîion ^ ete^ gg
blables effets; élever un homme de la plus basse condition et d'un métier infâme aux premières charges de l'état , entrer avec lui dans des liaisons si étroites^ prostituer sa ré^ pulation pour lui , et l'élever au-dessus d'un mari ; ce sont des excès qui jètent dans Tame des soupçons les plus apparens et les mieux fondés qu^il y ait jamais eu. Il faudroit avoir un grand fonds de charité pour croire qu'une femme naturellement fort tendre après avoir abandonné tous les dehors et renoncé k toutes les apparences , gardât encore quelque^ mesures au-dedans. On peut aisément concç*» voir combien elle eût et d'horreur et de dou« leur d'avoir ainsi vu son idole brisée devant ses yeux , aussi s'en vengea-t'elle de la m^^ nière du monde la plus terrible. D'abord il fallut qu'elle parut un peu radoucie parc^. que les grands du royaume qui étoient d'in-« telligence avec le roi la tenoient fort serrée jf mais elle trouva le moyen de s'échapper aveo deux cents chevfinx qu'on amena a son seçpursi et elle emmena avec elle le roi qu'elle i^^enaç^ de faire tuer s'il n'obéissoit , morii^ injectQ meta ni paruis^ei , dit M. de Thou. Quand elle fut en liberté | elle traita le roi son m^r( Qon pas en mari et en roi ^ mais en ^ujet dia^ "^gracié. Les prétendus complices de cette ac^^' Hqu fureat craeUament if9Li\é^ \ oa ^xvx^V^'^'^x
lt)é 'apologie
même dans l'affaire plusieurs innocens; et -poxxt rétablir la mémoire de David Rizio en achevant de ruiner sa propre réputation , la reine fit enlever le corps dé ce misérable qui avoit été enterré devant la porte d'une Eglise , et le fit mettre dans la sépulture de son père Jaques V , ( i ) auprès du corps de Madelaine de France fille de François I^ première femme de Jaques : se peut-il rien voir de plus honteux ?
La reine priyée de David Rizio ^ se jeta entre les bras de Jaques Heburn^ comte de Bôthweljlui donna auprès d'elle tout le créditât toute la faveur qu'avoit eu l'autre favori^ Amçfto Rege , dit M» de Thou , après avoir écartp |e rçij à qui on avoit oté toute sorte d'autorité ; et même il n^approchoit jamais.de là reine qu'on ne lui fit connoitre par le mauvais accueil qu'on lui faisoit ^ que &b présence étoit à charge. Bothwel devint si fort le tout puissant que l'on ne ppuvoît rien obtenir de la reine que par spn moyen. Enfin le ro| Tassé (Aë se voir abandonné de tout le monde Qt plein des outrages <9[u'il recevoit continueU lement de Botwel se retira à St^rlin : ( â ) i> D'où partant pour aller à Glascow# voir
M ■ I ^. in, uji if>yy^wpw^p^'y^i.ii"n>^"i.*i. iiji 'IF'
j[ 1 ) De Tiicu,
pour là Rèformaiion y etc. mi'
D son père ^ il n'étoit pas à mille pas de la D ville y qu'il fut attaqué d'an^ yéhéinente D douleur qui le saisit par tout le corps , et )) peu après il. parut, sur sa peau des pustu^ D les de couleur livide avec une si grande D violence de mal ^ qu'on crut qu'il alloit )) expirer dans peu de momens. Jaques Abre- D netb^ médecin fort expérimenté, étant con- )> suite sur la nature de ce mal y répondit que }) c'étoit l'effçt 4'un jioispn très-violent ; la )» jeunesse du roi et la force de son tempé*r » raimnept surmQUtèrent la force du poisoQ. » Mais la reine pour dissiper tous les soup* l> çoBs qu'on avoit contr'elle , s*en alla treuil ver Je roi à Olascow , etc. ; et apr^s bien y> dçs r£proc}ies y des .plaintes et des larmes^ ^ elle se réconcilia avec lui. » Parce qye l'en* droit est important , je ne sdurois m'empêcher 4o continuer la ti^adqction du tex^ de Monsieur de Thoumot-à-mot. «Dç là ^ c'est- » à-direde Sterlin, où s'éioit faite cette appa- D rente récopciiiation , on trfinspprt^ le roi I) eu titiére à Eldimbourg , et on le logea D dans une maisçn que Bot)[iwel lui avoit fait D préparer, c'étoit une vieille maison irih^- )> bitée depuis plusieurs années, attachée aux )> murailles de I9 ville., environnée des mai> .sures de deux vieilles Eglises , et d'pù l'on » ne pouvoit être entendu quelque bruit <yi^
•i02 .' ' apologie
» Ton put faîre, )) Il faudroit être bien aveugle pourne pasToir pourquoi l'orn faisoit choix d'un tel lieu , il n'y en aroît"p2ts un plus propre au monde pouréxlêcufcrVattôntat ^ue l'on méditoit. (i) ((Oh lui làisiik^bn tirés- petit 9) nombre dé ses doiné8ti()ue8 ^ encore ne pu* » rent-il8 jamais obtenir cles maréchaux des D logis , qu'on leur mit eii main les clefs de D la maison de leur inaître. Alors on com- -» roença àiràiter*de Ik mort ^u roi : le des- )) sein en fut communiqué à quelques grands }) tiu . royaume ^ H qui Ton 'fit comprendre j) qu'il y alloil de Tintérêt de la religion ca- )) tholique^ parce que le roi avoit fait un trai« > té avec lés Proîeslans pour l'exterminer : V et par (^e 'moyen on leî» amena à promettre )) leur secours pourrexécntion. Pour les sou- )) tenir dans ce dessein on produisoit des let- 9) très du Pape et du Cardinal de Lorraine. » Car le Cardinal ayant demandé de l'argent » au Pape pour travailler au rétablissement v de l'ancienne religion , il avoit répondu y) que tous ledrs efforts' seroîent inutiles jus- » qu'à ce qu'on se fut défait des personnes » qui apport oient empêchement à ce dessein^ » et entre ceux qu'il falloit (lépêcher on nom- » moit expressément le comte de Mourray j> et Jaques Duglas coitofe de -Morton, Comme
Y j;De'Tlical4v.40.- ' " )
pour 2a Rêformation y etc. io5
D le roi étoit simple et crédule il étoit assuré )) que le retour de sa femme étoit sincère et D de bonne foi. Mais ceux qui faisoient des-* )) sein de hâter sa perte, firent courir le bruit D qu^il se vouloit sauver en France on en D Espagne 9 et que les anglais de concert avec » lui , tenoient un vaisseau tout prêt à le 2> recevoir. C'est pourquoi sur ce bruit on » décida de hâter l'entreprise et de l'exécu- D ter la nuit suivante , et Bothwel donna les D ordres nécessaires pour faire ensorte qu'on y> ne sçut qui aiiroit fait le coup , parce que » c'étoit un lieu où beaucoup de gens abor- I» do\ent. La conduite de cette affaire ne fut XI pas si secrète que bien des gens ne sonp- > çonoassent que la réconciliation de la reine i> avec son mari fut feinte , et qu'ils n'en tin rassent un très-mauvais augure. Mais pour )) ce pauvre prince y possédé de l'amour de sa D femme au delà de c^ qui se peut imaginer^ » il n'en voyoit rien ; et il n'y aivoit person- )) ne qui osât l'avertir du péril où il étoit, » parce que pour se bien remettre dans l'es- I» prit de la reine , il lui redisoit tout ce qu'on » venoit lui découvrir. Robert frère du comte » de Mourray , ou par pitié pour ce'jeune » prince , ou ayant horreur de l'atrocité de 1» cette action, vint lui révéler les embûches » qu'on lui dressoit : selon sa coutume y il dit
!lo4 Apoloff,e
^ tout à la reine » et il en pen8a coûter la vU
H à Robert , etc. Ceft exemple ilt peur aux
a) autre». Ainsi quoiqu'on prévit le mal , on
D D\>6t en avertir le rai« La reine pour éloi«
JD gmer toiid les soupçons > fit transporter son
9> lit di» palais dans une chambre qui étoit
D ^u-*de4SOU8 de celle de son mari. E}le y cou*
«> cha même plusieurs nuits et eût de grands
« entretiens avec lui pour feindre que les an-
D ciennes querelles entr'elle et lui étoient
s» bien éteintes ^ et que Tamour de son mari
•f) pour elle étolt rallumé. M^is quelque des-
n sein qu'on eût de cacher lep suites de cette
9» action ^ par une souveraine imprudence ^
)) om vit disparpitre ce lit qui étoit riche et
)) un antre d^e moindre prix fiiit mis en sa pl4*
Tù ce au grand étonn^ment de tçut le monde^
')) qui ne put asse^ admirer que celle qui pro-
)) diguoit si fort sa réputation , épargnât un
y$ meuble de si peu de valeur» En même temps
Hk on Çt une mine pleine de p^oudre à canon
?) soias le logis » %y^ le soir la reine ayant
}> eu un assez long entretien avec le roi j
)) le quitta brusqi^tqent et s'en retourna au
n palai9 , sous prétexte qu^elle étoit obligée
» d'iiUer mettre au lit la nouvelle épouse de
I) Sébastien le .^ni»icien , qpi se marioit ce
t> jour-la. Quand elle fut arrivée au palais ,
M ayant eu iinç longue conversation avea.
pour la Rèformntion > ^tc. Ji o5
» Bothwel y elle le congédia. Ihiî changeant )» d^habit et ayant pris ses armes sortit en » Tille à travers la garde. Deux troupes des D conjurés arrivèrent a la maison du roi^ eiip trèreût dans sa chambre dont ils avoient la I) clef, le trouvèrent endormi , rétranglèrent D avec un seul domestique qui étoit auprée p de lui , et sans leur faire autre chose , ils
V portèrent ces deux corps dans le jardin. En D même temps on fit jouer la mine , qui ren^ D versa la maison avec un tel fracas que les
1) maisons voisines en furent ébranlées. Les
2) plus éloignés et les plus endormis en furent v> éveillés» La reine comme si elle n^eût riea D 8Ç11 de l'affaire , envpya pour apprendre ce
V que c^toii : on lui rapporta ce qui étoit D arrivé et elle commanda qu^on lui apporta y le corps. Des portefaix mirent le corps sur » un banc et le posèrent devant la reine. £lle "» regarda longtemps ce corps le plus beau de 2) son siècle avec une grande attention , mais I' sans donner aucune marque de tristesse ou x> de joie. Celaarriva le 9 Février. Les grande » seigneurs qui étoient là présens , furent d'ar )) vis qu'on lui fit des funérailles magnifiques* » Mais elle le fit emporter par les mêmes por* l> tefaix et le fit enterrer la nuit sans pompe. »
Il faudroit avoir bien méchante opinion de l^esprit des lecteurs pour faire des réflexions
io6 Apologie ^
«ur les circomf ances de cette histoire ^ à dessein de faire voirque Marie Stuart est la première coupable de l'assassinat de son mari. Tout parle de son crime ,elle le fit empoisonner : ayant manqué ce coup y elle le fit placer danà une maison séparée de toutes les autre» pour le faire égorger , elle Fendormit par des caresses feintes, et même elle n'eut pas assez de force pour pousser la feinte plus loin , ni feindre quelques marques de douleur à la vue il'un spectacle aussi affreux qu'est le corps d'un mari assassiné. Mais afin qu'on ne puisse pas révoquer en doute eon crime iM.deThou poursuit son histoire > et dit, qu'elle fit courir le bruit dans la cour que c'étoient les comtes iîe Mourray et de Morton qui avoîentfait cette action. Et là dessus il rapporte le roman qu'elle et ses partisans firent composer pour sa ju&tification. C'est que* le comte de Mourray fi voit dès le commencement conjuré la perte de cette pauvre reine , que revenant de France et passant par l'Angleterre, il avoit travaillé à persuader Elisabeth d'arrêter la reine Marie qui devoît passer par là : qu'ensuite il avoit essayé déporter Marie à nommer quatre hommes de la famille des Stuarts sans avoir égard s'ils étoient bâtards et légitimes; pour lui succéder en cas qu'elle vint à mourir sans eufans. Que la reine voyant rà tendoîenl .ces
pour la Reformations etc. 107
conseils , pour satisfaire cette ameambitieuse^ l'avoit fait premièrement comte de Marre et ensuite de Mourray : que devenu puissant , il avoit chassé delà cour tous les amis de larei* lie I le duc d'Hamilton , le comte d'Aran son fils , et Jaques Heburne ^ comte de Bothwel; qu'il l^avoit porté par une espèce de violence k se marier avec Henri Stuart , comte d'Arlay , qu'après avoir acheminé les affaires au mariage, il avoit obligé la reine d'Angleterre à le traverser et à s'y opposer sous prétexte que Henri Stuart étoit ennemi de la réformation : que n'ayant pu empêcher le lîiariagei le comte deMotlon et lui avoient conjuré débrouiller Je roi et la reine , que pour en venir là , Morfon avoit inventé des calomnies pour aU lumer la jalousie dans l'esprit du jeune roi, qu'il l'avoit poussé au meurtre de David Rizio , qu'ensuite le comte de Mourray avoit es^ sayé de persuader à Bothwel de penser aii mariage avec la reine , et pour cela de se défairo' duroi^ que Mourray, Morlon et BolTiwel âvoientfait un traité ensemble sous leurs seing<^, où tout cela étoit contenu : que de concert* Mourray s'étoit retiré de la cour sous prétexte de visiter sa femme malade , afin que lui étant absent le soupçon de l'assassinat qui devoit é« tre commis sur la personne du roi, put avec -j|das de facilitéretomber sur la reine ; q^ue-U
JioS apologie
vxèm^ comte de Mpurray après le meurtre da roi avoit perauadlé à la reine d'épouser Bothwel^ afin de U rendre odieuse à toute l'Angleterre. Tout cçia étant fuit I Mourray avoit soulevé toutç l'EcQSse contre sa reine pour des crimes doot il étoit l'auteur. Et que cette longue traîne de crin)e9 avoit été imaginée par le comte de Mourray pour se rendre maitre de l'état et du gouvernement. Voilà le roman comme le rapporte de Thou: et c'est ce roman qu'on dé« bite encore aujourd'hui comoie une histoire j qui es^t le principfil titre de la canonisation de Marie^Stuart }et qui donne lieu au sieur Maiml^ourg de dire avec une hardiesse sans exem« pie, que /aguesSluart,comle de Mourray Hoit Vun des plus perfides dont en ait jamais ouï parler.
Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu un ro-* inan scandaleux plus mal imaginé , plus fou €t plus insemé. Si le Comte de Mourray avoit ai grande epvie de se saisir du gouvernement ^ que n'y traviiiUoit - il pendant que Marie Stuart.jétQÎt fpcor-e en France après la mort d|e U B^gente et du {loi François II. Jamais îi n'y eut tant de lieu d'exclure la Heine d'E- €oW. L'£lgliise étoit tout nouvellement réfor* mée : Mené était violente , ennemie des réfor* més^ nourrie comme elle étoit dans des cou-
wils et 4e6 9Peçtaçle3 de sang et d^ çmcmgn
pour la H'formafion y etc. 109
conir'eux. Les Ecossois aroient raisonnablement à craindre que Marie revenue en Ecosse n'imitât Marie d'Angleterre et ne renversât cet ouvrage de la réforraation , qui ne venoit que d'être fait et qui étoit encore tout frais. Le Comte de Mourray ponvoit facilement nourrir et fomenter ces frayeurs , et par ce moyen faire fermer à sa sœur la porte de TEcosse. Au lieu de cela il s'en va lui même la chercher en France , et la force de revenir dans ses états. Mais cet ambitieux après une longue suite de fourbes inventées pour seren* dre maitre du Royaume par l'expulsion de la IR^eine demeure en beau chemin. Quand Marie Stuart fut prisonnière après le massacre du Roi, le Comte deMourray demeura maitre du Royaume, et de l'héritier de la couronne. Il lui éioit bien aisé alors de satisfaire toute son ambition^ le Roi étoit un enfant'de peu de mois, il n'éloit rien si aisé que de le mettre entre les mains d'une nourrice infidèle ^ laquelle sans aucun%oupçon auroit éteint celte lumière de vie qui tenoit à si peu de chose. Il est si peu vrai que le Comte de Mourray fut du caractère dont on le dépeint , qu'on lui rend le témoignage d'avoir été l^in des plus honnêtes hommes de son siècle. Monsieur de Thon dit que quand la Jleine Marie arriva en B:.£co6ae9 lacunes Stuart ^ui fut depuis Coiuta^
110 Apologie
de Mourray , gouvernoît les affaires et qu'il étoit les délices de ce peuple, {y) Administrante: rempublicam Jacobo fratt e ob fortitudinem , et aoquitatemcunctis percaro. Il étoit chéri de tous à cause de sa fermeté et de son équité» Il dit ailleurs en parlant du mariage de Marie avec Henry Stuart , que le Comte de Mourray désapprouvoit , ( s ) Moraviusab omni assenr tatione et simulatione alienus hominem aper-^ sabatur.W étoit éloigné de toute flatterie et de toute feinte : là même il l'appelle, priscœ se^ vèritatis vir ^ un homme d'une austérité, et d'une gravité semblable à celle des anciens. On Taccuse d'avoir insulté à sa sœur quand il la vit prisonnière. Toute cette insulte au rapport du Président de Thou , consîstoit à l'exhorter à se repentir de ses péchés et à implorer la miséricorde de Dieu. Austero pir inge* nio eam ad ajirendam pœnitentiam et implo" randam miséribordiam Dei hortabatur. Mais je suis d'avis que pour le présent nous interrompions nos réflexions sifir Tinnocence du Comte de Mourray , que l'on veut noircir par ce ridicule roman , et que nous poursuivions notre Histoire selon qu'elle est rapportée par lePrésident^e Thou. Vous allez voir une suite d'iniquités qui vous donnera de l'horreur.
fl) Uv. 29.
(2) Uv. 3r.
pour la Réformation ^ etc. f 1 1
Cet Historien après avoir rapporté les bruits fabuleux que la Heine et ses partisans répandoient touchant les auteurs et les causes de l'assassinat de Henry Stuart, dit que l'on raconta ainsi la chose en France. Cest que ceux d'entre les grands du Royaume, qui étoient encore Catholiques Romains y avoient fait assassiner le roi pour la conservation de la religion catholique ; parce qu'il étoit convenu avec les seigneurs protestans de leurpréterson autorité pour l'exterminer entièrement. Et co qui rend cela vraisemblable , c^est que peu de temps auparavant, le pape Paul V avoit envoyé Vincent de La are , évêque de Mont Royal , nonce en Ecosse : par lui il écrivoil à Marie de sa propre main } l'exhortant «î rétablir la religion catholique dans son royaume , loi promettant pour cela toutes sortes de se* cours. Bile fit arrêter le nonce à Paris et lo pria de ne point passer en Ecosse^afin qu'il no fut pas témoin de la sanglante tragédie qu'elle alloit jouer , et qu'il ne fut pas accusé lui même d'en avoir été acteur. La reine qui n'a-voit paru sentir aucune émotion quand on lui apporta le corps de son mari , ayant appris que le peuple l'accusoit tout hautement de Tas* Sâssinat du roi j se força pour faire paroitra quelque apparence de deuil(î) frraturn popu'»'
4 „■ ' ■ ■ I' *■ ——m II ■ «m ■-■■ I II I 1 I mil
HP Apologti
lum composite in lu(4um vultu placare iristi* fuit , (lit élégamment notre Thuanus. Mai» «llene fut pas capable de aoutenir longtemps ce personnage. Selon la coutume du pays les reines demeurent quarante joursaprès la mort de leurs maris sans voir la lumière^ enfermées dans une chambre tendue de deuil ,dont toutes les fenêtres sont fermées. Mais elle , se lassant de cette contrainte , au bout de douze jours fit ouvrir toutes ses fenêtres , et s^enalla a la campagne à sept milles d'Edimbourg aci^ eompagnée de Bothwel, qui ne Tabandoiinoit jamais. L'ambassadeur de fjranceUiireprésen* ta fortement que celle action la couvroit d'infamie , et que ce commerce avec un homme si violemment soupçonné d'être l'assassin de son mari^ la perdoit de réputation. Elle revint donc de la campagne pour travaillera la jus-^ tification de Bothwel : l'on fit évader les témoins j on intimida ceux qui auroient pu être juges , Ton interrogea les domestiques du feu roi , on leur demanda raison pourquoi ils avoient laissé entrer les assassins dans la chambre. Ils répondirent qu^ils n'avoient jamais eu les clefs et qu'elles étoient che^lareine.Coni-' me ce commencement n'alloit pas bien , l'on arrêta tput court les informations , sans ob-' server aucune forme. Après l'on cita les parens du mort pour être accusateurs ipontro
-pour la Reformations etc. li5
JBothwel , mais en même tems on les intimida par d^épo avant ables menaces. Et en effet il n'y alloii pas moins que de la mort s'ils eussent paru. CO Pas un d^eux n^osant paroitre | Bqthvirel n'ayant pas de partie^ les informations n'ayant pas été poursuivies , les juges étant intimidés par la peine du crime de leze majeaté , dont on les menaçoit^ prononcèrent qu'ils ne voyoient rien sur quoi ils pussent condamr ner BothweL Ainsi cet homme fut absous sans %\xe îustifi.é } car il demeura couvert d'infamiq. comme la j ustification deBoth wel n'étoit qu'un préliminaire pour passer au mariage. Cela ne fut pas plutôt fait qu'il déclara son dessein d'épouser la reine ^ et par une partie faite indu biteUement entr'eux , ayant assemblé Ic^s seigneurs du pays qui étpient de sa fs^cticn • U leur fit signer une requête p^r laqqelle ils di^ mandoient qu'elle accepta le comte pour mur ri. La reine cependant feignit de vouloir aller voir son Gis à Sterlin , Bothwel l'a rencoi)tra sur le chemin 9 et elle se laissa enlever par lui^ feignant de le souffrir comme une violence Îl laquelle elle ne se pou voit opposer. Il la me* na à un château près de là où elle demeura fort paisible (a) etfor^ en sûreté avec sonravisr
( 1 ) Thnamis. Metaperdaelionis inteutato coacti jvdices promiiiclant «e non yidere cor Bothuelinm coudemnent. ZU BotbtteUns absol^ tag potins qoam infamia Ûberatus.
^ (i) Initinere ex compacto quasi ?apU est.
Ïi4 Apologie
seur. Sans délai le mariage se fut consommé ^ mais il s'y trouva un petit obstacle qu'il fal- ' lut lever; c'est queBothwel avoit déjà deux oa trois femmes. Il en avoit répudié anequiétoit encore vivante , et en avoit pris une seconde de lamaison de Gordon. II ne pouvoit pas en prendre une troisième sans avoir rompu avec cette seconde. La femme deBothwel étoit d'une chasteté reconnue de tout le monde , c'est 'pourquoi il ne pouvoit pas demander d'être séparé d'elle pour cause d'adultère. Mais l'on s'avisa d'une chose assez plaisante , Ton contraignit la comtesse de Bothwel de se porter partie contre son mari , et de demander la séparation et la dissolution du mariage^ sur l'accusation d'adultère qu'on lui fit former contre 'Son mairi. Outre cela on 6t intervenir une parente de la comtesse , av^c laquelle Bothwel avôit mal vécu avant son second mariage. L'affaire ne souffrit pas de difiBculté , Bothwel est «accusé |il confessé^ il est condamné et en dix 'joui^s son mariage est dissous tant dans le barreau civil , que dans la justice ecclésiastique. L'archevêque de St. André facilita le succès de cette entreprise parce qu'il étoit bien aisé de voir cette femme|folle et aveuglée se précipiter à sa ruine } espérant qu'étant tombée f le gouvernement reviendroit àsa famille qui étoU celle des Hamiltons^ les plus prochefr^^
potir la Réformation , eU. 1 15
héritiers de la couronne. Quand cette comédie du divorce de Bolhwel eut été jouée , on joua le dernier acte. La reine épousa Bothwely ^personne excepté les intimes amis et les créatures de Bothwel^ ne youlut assistera ses noices. Du Grod , ambassadeur de France , quoi* qu'il fut créature de la maison de Guise ^refusa de s'y trouver (i) et dit qu'il n'étoit pas de son caractère de se trouver à des noces^ qui étoient l'exécrât ion de toute la terre. Quand les premières fureurs de sa passion amoureuse fuirent éteintes^ elle vit bien quelles dévoient être les suites de son action^et qu'elle alloit être l'ob* jet du mépris des étrangers^ et celui de l'aversion descB sujets. C'est pourquoi elle consul* fa sarlèa moyens dont elle se devoit servi)* pour arrêter et prévenir les malheurs qui la menaçoient. Elle pensa d'abord à se justifier dans l'esprit du roi de France, de la reine mè* re , et de ses oncles. Pour cela elle envoya un ambassadeur en franco^ qui fut chargédé mémoires pour travailler à sa justification t ces mémoires méritent que vous en lisiez ici au moins la substance , car cette apologie est d'un caractère aussi singulier que chose qui soit au monde. D'abord elle s'excusoit de ce qu'elle leur apprenoit la nouvelle de son troisième mariage avant que deleur avoir demandé leur
f^ ( 1 ) Tlrcttuf . Qiat diris execrationibns tnlg o devoYteutUK^
ji6 Apologie
avis j en disant que le mérite du comte de Botliwelet les grands services qu'i} avoit renâfi à l'état et durant la vied^la reine ç^ère y et dur rant celle de son second jrnptriHe|an3tu^tde^ voient faire pardonner cadéfajpt déformai! téf. Que les grands services qu'ail lui ayoit fsit et À l'état , Tavoient rendu hardi et insolent depuis la mort de son second mari^ parce qne cette mprt l'avoit rendp encore plus nécessaire pour 4;ontenir dans son devoir ijij|e nation difficile A i^CindAiire. Qu'a la vérité il aypiit perse véré dans 64 fidélité, mais ^u'il étoit i^tanlé a tel degré d'arrogance qu'il ne croyoit pas que là reine fut rien capable de le récompenser de ^s services qu'elle m^^\ que ]a reine avoit^té fort touchée de ce procédé iiasolqot , mais qu 'â Gau* ae des temps fàcheui^ elle ^roit été obligép 4e dissimuler': mais que le comt^ avoit px^us^ aon audace plus loin » qu'il avpit persuadé à la noblesse que sa recherche n'étoit pas déâkag,réable i la reine > et que per ce moy^n il avoit obtenu d'euy une requête par laquera elle étojt suppliée de 1? vouloir accepter ppur mari.Qvie ce témar^iris chargé de cette pièce avoit biep eu la hardiesse de Tenlever en chemin commue ellealloit voir son fils, etl'avoit emmenée aa château deDumbar. Que la reine arrivée dans ce lieu fut bien surprise de voir larequétedes seigneurs |. qu'elle mit en considération les
pouT la Réformation ^ fte» 1 1 7
grands services de Bothwel ^ et que jugeant
bien que les Ecossois ne lui permettroient pas
. Âe vivre longtemps sans mari ; elle avoit enfin
fait céder sa constance à la né cessité y et avoit
promis au comte de Fépouser : que Bothwel
après avoir commencé par un attentat de la
dernière insolence , ne lui avoit donné aucun
relâche y mais l'avoit fatiguée de prières et do
raisonnemens. Et qu'enfin il avoit extorqué
d'elle la consonmiation du mariage sans aucun
délai. Qu'en cela la reine connoissoit que Bo<i
tbwei avoit mal agi avec elle , et qu'il avoit eu
plusd'égardà satisfaire sa propre passion qu'à
ce qui èloit dû i la reine , laquelle avoit été
élevée dans l'ancienne religion , que rien au
vioncfe ne pôurroit l'obliger d'abandonner.
Qu'elle reconnôiftsoit sa fstote en tout cela ,
mais qu'elle prioitle roi, la reine et ses oncles
de lui pardonner et de li'en vouloir point de
ma! an comte deBothivel: que pour elle , elle
voulôit regarder tout ce qui avoit été fait du
bon c6té saÉs en vouloir de mal & Bothwel ,
qu'elle vouflbitbien ôonsidérer comme son ma-:
ri aiûA tjfi^il l'étort yélritablement : qu'elld
prioic àtfssi le rcii, la rerine , ses oncles et ses
anris , d'imputer & la grandeur de sônanioury
ce ^u'il avoit fait. Voilà ce que l'évéqne de
Dùmbldn fot chairgé de représenter à la cour
Ij^^ttnde ^ùvtt U justification 4e h tem;
JiS jipologie . *.
Monsieur de Tbou en peut savoir quelque chose, il étoit vivant et en âge de prendre connoissance d'une aussi grande affaire. Ne trou-^ Vez-votispasquesur ces mémoires cette bonne reine est bien à plaindre , de se voir ainsi enlevée par un sujet audacieux et insolent ^ d'être forcée à consentir à un mariage indigne d'elle avec un homme qui étoit encore tout chaud et tout rouge de l'assassinat de son mari 9 et qui d'ailleurs étoit un scélérat achevé , qui avoit troisfemmes vivantes^ deux en Ecosse et une en Danemark. Mais si elle est malheureuse , elle est encore bien plus débonnaire. Elle prie pour un sujette plus criminel qui se puisse imaginer ^ elle demande grâce pour un homtne qu^elIe appelle un insolent , un téméraire , un audacieux. Elle confesse les crimes de ce ravisseur , mais elle ne veut pas qu'on en aime moins le criminel. Ne faut-U pas avouer qu'il n'y eut jamais de plus impertinente comédie ? Aussi cela divertit il fort la cour defrance. Avant que l'ambassadeur do Marie Stuart arrivât , l'on y avoit reçu deslet-* très de l'ambassadeur du Croc et de Cocburn, qui avoit servi dans les armées defrance; dans ces lettres tout ce qui s'étoit passé en J^cosse étoit fort naïvement raconté. Quand l'ambassadeur eut achevé sa harangue dans laquelle
il AVoit amplifié les bçUes choses ^ue mw ^^i
fowr la Rèformation , ete. 119
?ofl3 vues en raccourci et surtout les louanges de Bothwel^Ia reine froidement prit la parole^ tira les lettres qu'elle avoit reçues d'Ecosse^ol enfitlecture en présence de tout lemonde , c% qui fit rire toute lacour et couvrit de confusion ce pauvre ambassadeur. C'est encore Monsieur deThou, qui rapporte cette circonstance} et )e no vous ai pas (^ un seul mot qui ne soit de lui. Il étoit vivfft alors et savoit les choses avec certitude: il a de plus lu et sçu tout ce qui s'èloU écrit pour et contre Marie Stuart. Je suis trompé s'il n'est un peu plus digne de foi que Brantôme , qui étoit une créature de la mai* ^on de Guise , qui avoit été l'un des adorateurs de cette princesse I et qui avoue avoir pris ce qu'il dit en -sa faveur , d'un livre qui avoit été écrit pour prouver son innocence , c'est à dire de ce roman dont nous avons parlé.
Mais, Monsieur, si vous voulez avoir da plaisir y lisez le Laboureur , qui a fait les additions aux mémoires de Casteinau , dans l'endroit que je vous ai marqué. Il est résolu à faire de Marie Stuart une sainte et une martyre comme les autres flatteurs. Cependant il y a certaines vérités qu'il n^'oseroit nier , qui ne s'accordent pas avec son dessein ; il ne sait qu'en faire , et il semble que pour un moment il ait fait divorce avec le bon sens. U A./^yoa9^QeÇotliwel étoit auteur de la piort du
jR.oi: mais il ajouté que ce fut le Comte 'de Mourray qui le poussa à ce crime. Cependant % Président de Thou nous assure que le Comte de Mourray étant revenu âËdimbourg rappelle parle grand éclat qu'y avoit fait cette action, il pensa être assassiné , et que Bothwel lui même entreprit de faire le coup. Quand ils auroient prouvé que fli|urray étoit entre les auteurs de la mort du Roi , il ne seroit pas moins vrai que la Reine étoit complice , comme il est clair par toutes les circonstances dont l'histoire nous a donné le détail. Le Laboureur ajoute que la Reine témoigna beaucoup d'afiDiction de la mort du Roi. Comment peut on renoncer à la bonne foi avec tant de hardiesse, et s'inscrire en faux contre la notoriété publique? Il est notoire qu'elle n'en versa pas une larme , que douze jours après elle alla se promener à la campagne avec l^assassin; et qu^après quelques mois dans la même année elle reçut dans son lit celui centre lequel il y avoit au moins de violents soupçons. Quand Bothvfet aux oit été innocent, une Reine affligée de la mort de son mari auroit elle voulu èe marier au bout de trois mois avec celui que toute l'Europe regardoit comme le parricide de son Roi. Il dit que Marie pressa ie procès 3e Botliwel, mais qu'on empêcha les témoins. Mais gui est-ce qui empêcha les Xémoim, et à
pour la È.éformation , elc, l à i
qui Teùt pu faire contre une Reine irritée de Tassassinat de son mari, et qui n*eût respira que la vengeance? Il est vrai qu'on empêcha les témoins, et c'est là le seul endroit où la Laboureur dit vrai, mais nous avons vu qui ce fut qui empêcha les témoins, et de quels moyens on se servit. Enfin il dit que la Reine épousa Bothwel, mais qu'elle y fut forcée; Comment est-il possible qu^un homme saga, dise une aussi grande sottise. Marie Stuart étoit la femme de son- siècle la plus altière et la pJus impérieuse: quand elle se vit prisons- Bière à Edimbourg peu de temps après son mariage avec Bothwel , toute désarmée qu'elle éioït, et ayant tout à craindre d'une nation irritée^ qui la regardoit comme un raons*' tre entre les femmes , elle ne laissa pas de nieiïacer par les fenêtres de sa prison^ ce peu<p pie , du fer, du feu et des dernières désola^ fions. Elle traitoit le roi son mari avec -la hauteur dont un prince peut traiter le . dernier de ses sujets ; et l'on peut nous persuader que cette femme fière et altière s'est laissée forcer à épouser l'assassin de soii mari au bopt de deux ou trois mois. Une honnête femme mourroit plutôt qiie !de consentir à un sem-p hlable. crime.. Après tout où sont les c^rméi^s , quelles 9ont le|S violences dont on s'est servi ' ppur la ppntraindire ? Une r^^pêle «\g;a^^' <^
ifli Apologlt
dix àVL douze personnes dont on avait mendie les signatures .9 étoit une pièce bien forte poui arrêter une femme animée à la vengeance de bon mari. Encore faut-il remarquer que la t>ll|^part de ceux quinvoient signé cette requête 0e rétractèrent le lendemain et le firent savoii a la reine. Elle consentit à ce mariage par con* trainte : cependant elle avoit pour ce ravis* .f enr une passion si folle et si déréglée , qu'elle aima mieux sacrifier son honneur • sa vie . $on repos et sa couronne que de l'abandonner au juste ressentiment de son peuple irir^téf Qua^d le royaume se souleva {>our veii^ ger la mprt de pon roi^ pour toute satisfaction !pn dema&doit a la reine qu^elle abandonnai ^othwel et qu'elle fit divorce aveo lui, (1^ ^lle répondit qu'elle jiipioit inieu:i^ vivre mi» «érable avec lui que de régner heureuse sauj lui. La bonne reine étoit bien revenue depuis la ficdenoe qia'elle s'étoit faite peu de jours auparavant en épousant Bôthwel. C'est ainsi -que lee auteurs les plus graves et les mieus •^enséis a^xpos^l ^ ^^t^ tournés en ridicuk iquand ils se font des idoles qu'ils entrepreiliient.de défendre contre leur conscience el fsontré la vérité* Car d'ailleurs le Làboureui
• f ti'ii \\ \ • '■ Il I I I ij^ I I j j iiy
{ \ ) Thaa^, Ub. 40. Se libeniius ciim Boln extremis fortunàe i4
pour ta Réformation , etc. 1 si
est un écrivain sage et qui écrit ayeo juger ment.
C'est une chose curieuse que les lettres àm
'Marie Stuart a ce Botbwel écrites peu d^
temps- avant que son mari fut assassiné* J.t
voudrois vous les pouvgir envoyer en prigi«|
nal 9 mais elles ne sont point à moi , et comr
me Touvrage où elles sont ^ est rare , on ne
s'en voudroitpas dessaisir •(!) Elles sont aussi
.trop longues pour que je puisse merésoudro
.aies traduire et à les transcrire ^-mais je veux
seuJementvous en faire voir quelques extraits»
-Vdifii. dp quelle manière la première lettre
-Commence pour exprimer la douleur qu'elle
avait eue en le quittant» ^^ Il est aisé àdévi-*
'^ ner quel étoit mon air et mon visage quançl
^ je fus partie du lieu où j'avois laissé mon
^ cœur 9(8} car j'étois alors, véritablement
), comme un corps sans ame ; c'est pourquoi
^ dorant tout le diner je ne parlai à person*
^ lie M personne n'^osa m'abor^er» ^^ Apres
quelques discours tendres et de ce nitêm^ica.*
ractère^ellié vient à lui parler de ce quis'é-^
toit j^assé entre son mari malade, et elle ( car
> eette séparation dpjtt elle parle et tce voyage,
c'est celui qu'elle fit pour aller tromrer le roi
«'■ ■ ■■ ■ 'I ij' '!.'■■. '" ' ! ... " ' .' '"H
ii) ^etW,e#|itr A Marital Scot. aeclir. iu i^ua eUu : i(OîÙtts#ftîilQf»i|coUr.MCo«ltesiL^M^
son rtwî malade à St^srlin , aprés^ le jibîson dont il avoit pensé être tué. Elle dit donc que le roi son m'arî l'avoit reçue avec de» caresses et des tendresses* inimaginables , qu'il «voit fait tout ce qâ^fl avôit^pQ-pônrse recOflcîli<éP avec elle 'etP^^ttulr l^àppaisér,'^. En- ^ èuitfe , dit-elle ,41 ttieJ fit ^àtat de pëtîles flat- ^ teries avec tant de dcnic^Jt et d^adreésè que -^5 VOUS en seriez étonné^,'etc;.Il n»e dit qu'il ^, ne croiroit' jamais iqtie:liioi qpi étois sa pro- ^ pre chair fusse cilpa^blecle loifaire^du maly •^5 qu'il avoit bi^n-sçu que^j'avois refusé ^ d© ^ consentir à ;cela,- et qifîe si - qiielqu'iiii^oa4«- ^5 tentoit à sa vie, jeférois que cela luii^oià- » teroit bien cher. Mais qqe personne vk^lûï \^ étoit et ne lui seroit jamais suspect ^ ^t ^j qu'il airaeroit toujours tous ceux que ^ j'ai- '^^ méirois. ilnë vouloit pas permettreique j^ ^, meretirasse d'auprès de lui et me prioitd'y "jj passer la nuit. Je fejgnôisJipi*endre''to^t ^^ cela potar vrai et qire^teltf me tou^hoit .le jj cœur, rtiais je m'excusai de ne ppùvoir ^ veiller cette nuit là r'îl dit qa^il ne poùvoit ''^ dormir; Je ne l'ai jamais va mieùs'distio^é . 55 ni parier plu» ihumblernent. Et -si re»pé* j5 rîeiiôtf'Ab? to'iut «ipprîs que son' cœuii éfoit ,j de cire , njais que le mien étoit de diamant, 5, et ne poùVoît être blessé par aucun? tf ait ^ ^w pa|4imt:d^ voire main , peu «iî»ï?5;:£Vt
pour ta RéformtUion ^ etc. l a5
D fallu qu e je n'eusse ^u de la'compas3ion ponr }) lui ; mais Be craignez pas ^ je défendrai )} la place jusqu'à la mort- De votre coté | ^ prenez gç^rde quq^yopa ne vous laissiez sur? I) prendre, par cette perfide personne , (i) qui )) ne fera pas de moindres efforts contre vou9 » là- dessus^ je^crojs qu'ils ont été instruits en >) la mèxiïQ école.. C^ui-ci , en parlant de )) son mari y a toujpviris la larme aux yeux , D il .fait des civilités a tout le monde. nuêmç ))i)usq^u'aux moindres gens , et se sert de V toutes cliosespoprlçur donner de la romr h pa^çion. Aujourd'hui spn père a jeté du )) »ai\g par le nez çt p^r la bouche , devinez » ce que cela présage. Je ne l'ai point encore }> vu m car il se renferme dans sa chambre. ]» Le r.pi demande que je'lui donne à manger
1) de mes mains ; mais n'ajoutez à tout cela )) pas plus de croyance que moi. )>
» Voilà mpn expédition de la première » journée y je finirai demain , je^ vous écris D tout ^ quoique cela ne soit pas ifnportant , )) afin que vous exerciez votre jugement à
2) faire choix de ce^u'il y ade meilleur. N'a* )) vez vous pas envie de rire en .considérant » que. je joue si bien, mon personnage ^ que » je dissimule si bien ,. en disant quelquefois
» la vérité ? Il • m'a découvert toutes choses
( I ) C'eit U femme de fiothweJ,
5l2v • Apologie
» 80US les noms de TEvêque et de Sader1and« H Cependant je ne lui ai pas dit tin seul mot D dfr tout ce qud vous m'avez déclaré : seu- )> lèment par prières et par flatteries je fais % qu'il ne se défie point de moi et en me plai-^ l> gnantde TEvêque j'ai tout tiré de lui ; vous i> ayez appris le reste. Nous sommes unis D arec deux sortes dé ]iersonfles bien infidè^ D les f le Diable nous reMîlI<^ séparer d'elles % et Dieu nous veuille cotijoindre à jamais* D afin que nous soyons le pïus fidèle couple I» qui ait jamais ét^ uni : c'est là ma foi et )) j'y veux moqri^ : excusez ma méchante )) écriture 9 il faut que vous en deviniez' la )) moitié > mais je ne is^urois qu'y faire. Car » je ne me porte pas fort bien ', tepcftidant ». j'ai le plus grand plaisir du monde en vous i) écrivant , pendant que tout le monde dort, 3) et que je ne puis dormir en l'état où je )) voudrois ^ . c'est à dire entre vos bras , mon i> cher ami ^ pour le bien et le repos duquel )) je prie Dieu^ çtc. Je suis toute nue et je » m'en vais me coudher \ mais je ne saurois )) m'empêcher débarbouiller le reste de mon % papier. Mal en soit à fce. vérole , c^esi son 1) marij qui me ddiiné tftrit dç peine, car » sans lui j'aurois des sujets bien plus agréa- D blés de .voua entretenir. Il n'est pas fort x> gkté quoiqu'il en ait beaucoup pris y il a
pùvr la Hèformation y etc^ la^
» failli à me faire moqrir avec ion haleine ^ D car elle e9t plus puante que celle de volro » Toisin. C^e$t pourquoi je n'approcbe paf D de lui 9 je mets ma chaise au pied du lit. i) Cela est suivi d'une li^te de certains noms propres et d'autres mystères qui étoient enr tre la reine et Bothwel ; puis elle ajoute cer* laines niaiseries qui lui ayoient été dites par un confident.de leurs amours j pour lui ap«^ prendre la force de la passion de Bothwel et l'impatience dans laquelle ce confident lui disait qu'était cet amant de son retour. Après •lie dit à son amant qu'elle lui envoyé un bracelet de sa façon fait à la hâte « et qu'il ne le laisse. voir à personne, parce qu'elle l'a fait devant le monde et qu^ou pourroit le re» conupitre. Toutes ces bagatelles et le tour que cette femme leur donne , sont si fort d'urne personne amollie dans les vanités et nour« rie dans les petites intrigues d'amour ^ telle que les bons amis de cette leine nous l'ont dépeinte , qu'on ne peut en façon du inonde douter que cette lettre ne soit d'elle. Mais je crois que vous serez bien aise d'en jugei^ voQS-même. C'est pourquoi il faut que je me résolve a prendre la peine de vous transcrirai encore ce passage. « J'avois presque oublié 3) que le Seigneur Leniston dîsoit à dame 2> Résie tout bas à l'oreille qu^elle but à la
iaS \Apoiagie -
n santé de ceux que je connoissois^ à condî-» h tion que je bbirdis aussi à cette santé. Et i> après le souper comme j'étois appuiée sur i) lui en me. châafiant j c'est une belle visita )> à faire , me dit- il , que de telles gens. Ils jy'iie sauroient avoir autant de joie de votre )) approche que certain homme a de douleur Tfi de votre éloîgnement, car jamais il n'aura ))'.de plaisir qu'il ne vous revoye. Je lui ai î) demandé qui étoit cel«i-là : En me serrant iî le corps il me répondit c'est un de ceux )) qui vous ont quitté^ vous pouvez aisément i) deviner qui c'est. J'ai travaillé jusqu'à deux V heures sur ce bracelet pour y attacher la 5) clef qui y tient par deux petits cordons. Il ^) est mal fait parce qne je l'ai fait en peu )) de temps , mais je le .raccommoderai; pre-?» '» nez garde qu'aucun de ceux qui sont ici î) rie- vous le voye, car ils le reconnoîtroient, » 'parce que l'ayant fait en bâte, j'y ai tra-r i> vaille devant-tout le monde. » Je souhaiterois ^ue ceux qui ont rendu ces lettres lati- Ties , afin que toutes les . nations les pussent entendre j nous les eussent données en leur original V ou qt^'ils ^sussent laissé l'original auprès de la copie, car sans doute nous y rerrions'des .expressions encore bien plus tendres et plus naturelles. Immédiatement après cela elle en vient aux gros mots.
pour la Rèformation , etc. 1^9
)) Je viens , dit-elle , à noire entreprise
)) personnage, de perfide. Souvenez - vous
D que , si ce n'étoit le' désir de vous compluî-' ï) re, j'aimeroîs mieux mourir que de com- > mettre telle chose. En un mot il dit qu'il )) ne reviendra point avec moî qu'à condi- » iion que je lui propietie- de lui rendre )) ma table et mon lit comme auparavant , et )) que je ne rabandonneraî plus : que poi^rvu » que je fasse cela, il fera iout ce que je vou- )) draî et m'accompagnera., mais il m'a prié » de Tattendre jusqu'après demain. Il pailoit )) au commencement bien fièrement de confé- )) rer avec les anglais et de se retirer, comme )) le porteur de la présente vous le pourra )) d[ire • mais il est devenu plus humain. )i Ensuite elle recite a Bothwel avec quel artifice elle avoit répondu au roi sur les instan* ces qu'il lui faispit.de trouver bon qu'ils se rejoignissent. Et sur. cela elle s'écrie : « lié- D las je n'ai jamais trompé personne , mais y> je me soumets entièrement à votre volonté, » apprenez- moi ce que je dois faire , et quoi- )) qu/il puisse arriver je vous obéirai. Pensez )) en vous même , et voyez si l'on ne pour- » roit pas trouver un moyen plus caché, corn*
i> xne une médecine : car il prendra médec D ne et les bains à Cramillarium. II ne pe » pas sortir de plusieurs jours. Enfin auta I) que je le puis comprendre j il est danse >)• grandes alarmes, cependant il ajoute grai )> de foi à mes discours, mais cela ne va pou h tant pas jusqu'à me rien dire. Si pourtai I) vous le voulez , je trouverai moyen de tin |) tout de lui. Je ne saurois trouver du plais n à tromper un homme qui se fie en moi )) mais vous pouvez me commander en touti D choses. Ainsi vous ne devez pas me mése » timer a cause de cela , parce que je le fa )> à votre sollicitation ; car pour ma propi ' » vengeance je ne lui ferois pas une tel 1 chose. » Peu de lignes après elle ajoute î> Bref il est certain qu'il est en alarme de c 1» qu« vous savez et même de sa vie ; pour 1 D dernier quand je lui ai donné deux ou tro )) bonnes paroles , il se rassure , se réjouit < 30 cesse de craindre. Je ne Tai point vu c y> soir parce que je travaillois à yotre brace » let , que je n'ai pu achever à cause que j » n'ai point trouvé de cire , car il n'y a qu «> cela qiii lui manque. Et je crains encoi » qu'il ne lui arrive quelque malheur , < V qu'on ne vous le voye s'il arrivoit que vou D fussiez blessé. Apprenez-moi si vous le voi: » lez ftvoir et si tous défixrez quelque argent
pour la Réformation ^ €te. i5l
jl^ quand je dois retourner , et qu'elle mesura ,, je dois gferder en parlant. ,, Elle entremêle ici quelques discours touchant Lotinton ^ le comte d'Ârgathel , le père du roi et tous les Hamiltons qui sont peu importans : enfin ellp conclut ainsiy {^)^^ Brûles cette lettre, elle ,, est dangereuse et ne contient rien de bon y jy car je ne pense qu'a des choses fâcheuses* yy Apprenez-moi si vous êtes à Edimbourg ,, quand vous la recevrez , et ne vous offen^ ,, sez pas de ma défiance : prenez en bonne yy part mon cher ami , ce que pour vous com« ^, plaire je n'épargne ni mon honneur , ni j^ ma conscience , ni ma dignité y ni ma sû*- ^, reté j et n'en croyez pas les interprétations 99 quy peut donner le trompeur de frère de ^^ votre femme , à laquelle vous ne devez ,^ ajouter aucune foi au préjudice do la plus ,, fidèle de vos amies. N'ayez aucun égard à ^^ elle, et vous souvenez que bw feintes lar« „ mes ne doivent pas être mises en comparai- ^y son avec les fidèles travaux que je soufiVa ,, pour mériter d'entrer en sa place : et pour ,, en Tenir à bout je trahis contre mon in<* fy clinalion ceux qui pourroient y être en em« „ péchement. Dieu me le pardonne , et Dieu ^, vous donne mon unique ami le succès et lo ,, bonheur , que votre humble et fidèle amie
(0 ^e crai^noit ^'U le fut all« voir sa femme.
3 Sa ♦ jipologie
^^, vous souliaîte. J'espère bientôt recevoir de c^, vous une autre récompense de mes travaux^ ?9^ lli«6t tard et je ne saurois ceseer.de vous :,^ décrire. Je finirai pourtant ma lettre après '^j vouâ- avoir baisé les mains : excusez /na ,,^ mauvaise écriture , et la relisez , excusez ^, que j'ai écrit si fort à la hâte, c'est que ^ hier je n avois point de papier quand j'é- ^,i cxivis. ce qui est sur mes tablettes. Souve- ^, nez vous de votre bonne amie , et lui ré- ,, criS'ez souveut : aimez-moi comme je vous •j.ainie, souvenez - vous de Tentrelien tou- :^y cbant llérésie, louchant les anglais , tou- ,^ chant sa mère, touchant le comte d'Ârga^ 5, thel , touchant le comte de Bothwel et tou- ., chant le logement à Edimbourg. „ Cette leKre est là véritable production d'une ame tyrannisée par une passion cruelle , qui n^a pas tout- à fait éteint les lumières de la conscience,.mais qui les surmonte et en demeure victorieuse. Rien n'est si naturel ^ si naïf et fii vrai que cette pièce ; si vous aviez vu le ialin , vous seriez assuré comme moi , que Toriginal étoît en français ; car il est tout plein de gallicismes. Cette lettre fut écrite peu de semaines et peut être peu de jours levant la mort de ce misérable roi ; vous y voyez tous les projets qui se faisoieot pour sa ruine*
pour la Jt^formâiion y éleJ j35
H y a une troisième lettre qui est beaucoup moins longue^ mais qui est encore plus forte , il faut que je vous la fasse voir toute en* lîère. a J'ai fait plus de séjour en ce lieu que jp je ne m'attendois^ je Tai fait pour tirer de D lui quelque chose , c'est ce que le por-« 2) terir vous apprendra : c'est la plus belle » occasion du monde pour pallier et couvrir » nos affaires. J'ai promis que je remmèneh rois demain. Ayez soin dt3 Taffciire si la » chose vous plait. J'avoue , Monsieur^ que y> y ai violé la promesse que vous m'aviez faite D faire ^ car vous m'aviez défendu de ne vous » Tien écrire ni de ne vous rien envoyer. Je » n'ai pas fait cela pour vous offenser , et si V vous saviez en quelle crainte je suis pré- » sentement , vous n'auriez pas tant de soup* M çons dans l'esprit , cependant je pardonne à ^ vos soupçons et je les prends en bonne part^ » comme venant de la chose du monde que » je souhaite le plus , c'est voire amoi^r j D duquel mes bons olilces m'assureront la )) possession ; quant à moi je ne cesserai ja* D mai« de l'espérer. Je vous prie de me dé- D couvrir votre cœur là-dessus ; autrement y) je soupçonnerai que par ma mauvaise for- » tune , il y en a quelques unes que le ciel D favorise davantage, encore qu'elles n'aient D pas la .troisième partie de la fidélité et de la^
f34 ^Apoîogiê
D volonté de vous complaire que j'ai : peut-- S) être qu'elles occupent la première place D en votre cœur , malgré moi qui suis com« I) me la seconde amie de Jason. Ce que je ne D dis pas à dessein de vous comparer a cet D homme à cause de son malheur^ et je ne » me compare pas non plus à une femme dé* )i pouiilée de compassion comme elle étoit. » Encore que vous mo forciez de lui être en D quelque sorte semblable dans les choses qui D vous regardent , et dans celles qui peuvent » vous conserver ^ à celle qui seule a droit )) sur vous. Car je puis bien vous regarder )) comme étant uniquement à moi , puisque » je vous ai acquis en vous aimant si fidèle- )) ment et si uniquement comme je fais et )) ferai toute ma vie au risque de tous les )) travaux et de tous les maux qui pourroient D m'en arriver. Pour tous ces maux que vous )) m*avez causés , faites -moi le plaisir et la )) grâce de vous souvenir du lieu qui est pro« }) che d'ici. Je ne demande pas que dès de- }> main vous accomplissiez votre promesse ^ D mais que nous puissions avoir un tête à )} tête y et que vous n^ajoutiez aucune foi )) aux soupçons sans avoir bien tout exa- » miné. Quant à moi je ne demande rien à )) Dieu sinon que V9us puissiez connoltre ce 3» qui est dans mon ccpur ^ lequel est entiè«
pour la Roformation , eie. 1 35
D rement à vous , et qu^il vous préserve de D mal y au moins durant ma vie , qui ne ro^est D point chère qu^aotant qu'elle et moi vous D sommes agréables. Je m'en vais au lit et D vous donne le bon soir ^ apprenez moi de* p main comment vous vous portez j car je )) serai en inquiétude jusqu^a ce que je le sa» )) che. Si l'oiseau échappe de la cage, et que D je demeure comme une tourterelle sans )) compagne , je chercherai la soUitude pour t> pleurer votre absence , quelque courte » qu'elle puisse être. Celte lettre fera peut- )) être ce que je ne saurois faire moi même p )) 81 ce n'est que votre cœur ne soit déjA en- >> dormi pour moi ; ce que je crains fort. Je » n*ai pas osé écrire en présence de Joseph ^ 2) de Sébastien et de Joachim , qui ne fai*r» soient que partir quand j'ai commencé à D écrire. » Il me semble qu'il est mal- aisé d'écrire avec plus de tendresse et d'un air plus passionné. Y a-t*il bien apparence qu'on ait forcé cette reine d'épouser un homme à qui elle écrivoit ainsi ? Il paroit par ces let-* très qu'elle savoit aimer à la manière de la cour de France , où l'on dit qu'elle avoit acquis tant de délicatesse d'esprit. En effet si ces lettres faisoient autant d'honneur à son cœur qu'elles en font à son esprit , on auroit beaucoup fait pour sa gloire de les conserver.
s 56 V Apologie . \
i la postérité. Voilà , Monsieur^ rhistoire.de cette pauvre reine, dçnt je n'ai déterré les ayeutures qu'avec chagrip et pour justiCer le Câlvit)is,ine , qu'en a dessein de rendre odieux à toute la terre. Si j'avois été le seul au monde qui eût sçu tout cela, volonlisrs je Taurois jenseyéli et aurois souffert Tinjuste accusation qu'on fait aux Ecosbais réformés. JVlaiscom-^ jne tout ce que. je vous ai dit est imprimé , chacun Tauroit pu voir dansées sources ^ corn-' me on le voit ici. . .
Piéscntement , Monsieur, je voudrois bien qu'on nous dit quel tort a le calvinisme en tout cela. Marie éloit élevée en France, accoutumée à voir brûler les Calvinistes , instruite des maximes de ses oncles les Guises ^ qni soutenoient qu'il falloit exterminer sans miséricorde ces prétendus réformés. Avec ces dispositions elle an îve en Ecosse, qui étoit toute réformée à l'exception d'un petit nombre de seigneurs. Le royaume la reçoit, la re— connoit pour reine et lui obéit en tout selon les lois du pays. Ne trouvez vous pas. que voilà une grande preuve, que l'esprit du calvinisme est^un esprit de rébellion et de sang? Je soutiens que dans la disposition oùéloienl les esprits d'alors ,.si une reine huguenotte fut venue pour prendre possession d'un royaume catholique romain avec l'équipage dans lequel
poïir la Réformation y etc. i3f
Marie Tint en Ecosse, la première cboèe qu'on auroit faite c^est qu'ion Pauroit arrêtée;et siel* le ayoit persévéré dans sa religion , on l'auroil fait dégrader par le pape 9 on l'auroit mise à l^inguisition et on l'auroit bnilée en qualité d'hérétiqne. II n'y a point d'homme sincère qui m'ose nier cela. Philippe ^ roi d'£spagne fu^ tenté défaire déterrer ( i ) son père et de fair re brûler ses os à cause qu'il étoit mort entra les bras d'un confesseur hérétique. Et si Henri lY, de glorieuse mémoire , n'eût pas. eu de bonnes armées , de bons huguenots pour se défendre $ il n'en auroit pas été quitte a meilleur marché que le président Brisson , qui fut pendu par les ligueurs de Paris. Les calvinistes écossais passent plus avant , ils souffrent que Marie épouse un seigneur papiste et d'une maison mortelle ennemie de la réformation. Il n'y a point de royaume papiste qui eût voulii » 8onffrirquesareiaeepousatunhuguenot.il est vrai qu'après l'assassinat du mari de la reine et son mariage avec Bothwel , quand elle^^ût poussé les désordres de sa conduite à des excès qui font honte à toute la nature humaine ^ \ef calvinistes écossais perdirent patience. Jls voulurent mettre en sûreté la vie de leur jeune roi , qui n'avoit qu'un an, et l'arracher des mains^de Bothwel qui n'auroit pas épargné lé
( i) Mezer. ■ i. f -.. ^î
apologie
fils après avoir assassiné le père. Ils prirent lei Garnies , ilè se saisirent de leur reine, ils la me* lièrent à Edimbourg faisant marcher devant elle un étendart , dans lequel. étoit peint lefea roi mort et son fils à l'âge d'un an levant le9 yeux et les mains vers le ciel pour demandée vengeance. Il est vrai epfin qu'ils la mirent prisonnière ^ qu^iU délibérèrent aur la peine dont on devoit la châtier , que plusieurs voix allèrent à la mort et qu'enfin elle en fut quitta pour étr^ condamnée à une prison perpétuelle et â une abdication de sa dignité. Mais pouir justifier cette conduite qui paroit si dure, il n'y a qu'à se souvenir que cette nation regarr doit la reine comme un monstre entre les fem« mes. Supposons qu^elle fut innocente de la mort de son mari, ce peuple étoit persuadé du contraire , au moins elle étoit notoirement coupable d'avoir mis dans son sein le parrici*^ de de leur roi. Dans la persuasion où étoient les Ecossais > pouvoient«ils faire moins 7 Les Hàmains se crurent bien justifiés d'avoir fait assassiner Néron , qui avoit fait tuer sa mèrei: je ne piénse pas qu'on put raisonnablement rien reprocher anx Ecossais s'ils s'étoient dé* faits d'une femme contre laquelle ils étoient prévenus qu'elle avoit tué son mari. Pour inoi j'avoue que quand je n'anrois pas d'autre preuve de la mauvaise conduite d^ cettci
\ pow la Reformations etc. iZ^
\ reine que la manière dont -la tengeance de t Dieu Va. poursuivie ^ ce seroit assez pour ma convaincre de ses crimes. Car enfin jamais { on n'a tu d'^exemjile d'une innocence que le ciel ait abandonnée à tant ée cruels malheurs. Tout aussitôt qu'elle eût consommé ses cri« mes par son dernier mariage , elle perdit son honneur et sa réputation qui doit être plui ch&re h une femme que la couronne et la vie; elle tomba de dessus le trône . elle se Tit aban^^ dounée i toute la fureur d'un peuple irrité , et âtons lesreniordsdesa conscience^^leéchap^ ^a^maU elle ne trouva point d'asile, ceux qu'elle estimoil set amis , la trahirent , on la confina àsixïs une prison perpétuelle. Tous les rois ses alliés l'^abandpnnèrent , on ne fit rien pour sa liberté que de foibles sollicitations ; abandonnée de toua les Komtnes aussi bien que de Dieu 9 elle mourut enfin par la main d'un bourreau ; et sa métaioire seroit encore au* jourd'hui généralement détestée si pour faire dépit aux Calvinistes oh n'en ayoit fait unie sainte et une martyre. Voilà deux couron-* nés qu'on lui a acquises dans le ciel qui ne lui ont par fort coûté. Pour peu que le 2éle catholique augmente > je ne désespère paa qu'on ne trouve un secret pour la faire vier-^ ge ) afin qu'elle ait toutes les' couronnes da Paradis.
Je ne suU pai d'avis que nous suivions cette princesseinfortunée^comme on Pappelle, jusques en Angleterre avec Iç sieur Maimbo^^g.ip ni que nous fassions VhistpvrAde sa captivité, et de sa mort. Le. Galviniçme n'fi aucune part à tout cela^ Ce spnt çle pnrS; intérêts d'état gui furent les ressortçde tpus ces ^événeuens* C'est une querelle.que^nous laisserons d^piê- 1er aux anglais.. Ceux qui Jiront. l.'his,tpipc^ d/ Angleterre reconnoîlrçnt b^en .qu'il , y ^yoit; de la n^es&ité à ^air^e -f^ette ;i|i:^usticei Jjr ffVj ^ defjeupje&^egjtV^souveriBj^p^i^
violé le droit des gens à regard de cette .princesse ) c^est un ju:)te jugçment de. ÏDieu c.on* tre celle qui avoit violé tni^jpg Ip ^^91» d^^ la nature. Au reste nous ne. vouions point rai- 1er flétrir jusqu'à la ipaort.j uous savons bi^i^ qu'elle a eu ungrAndatt^^lit?ment pour sa plîgion, qu'elle avoit naturellftOïent rame grande^, qu'elle étpit soutenue par de^randes^ass^on^, 3>îoiis cyoyons qu'p^e put durg.pt sa prison , avoir fa^tde sérieusçs réflexions sur sa coujduile pAS$ée et. s'en êjre répentip y et enfin qu'elle est morte,en héroïne.^, et. qu'elle a.fii^t, de bonne grâce ç^ , qu'elle ne pou voit s'em-
jpécher de faire^ « V^**"-
potw la RéfbrHwtlon > eie. i4i