CHAPITRE V
jtbrégé de Pliistoife de lu rèjormation dn Z'iiglise Ahglicdnesous Henri VIII.
E sieur Maimbourg ne dit rien de la ré^ /ormation d'Angleterre y cor ce qu'il en dit ^fi4 si peu de ckoee que cela fie peut prôpre* jent^nVappeler rieQ. De sorte que si nous avioos dessein denous-l.epir Klans Içs bornes d'une i:éppi]!se précise, ^nous n'aurions pas besoin d^en rien dire non plus. Mais , Monsieur , ^omme ceux à qui vous avez prpmis cette ré* ponsej espèrent d'y.trouver une histoire abrégée de la manière dont; notre réforiqî^lion s'est établie dans la plupart des lieux de l'Eu* rope i, op Qe. les doit pas frustrer de leur atfente. EJf V.A.?>§l|et.erre est nne partie trop con* Bidérable .4u monde féforiné pour ^tre ne-* ,.gligée. C'est. pourq;UOL nous dqnnerons ici un récit. abrégé. de la féforinajLi9n de ce beau royaume y. ^elon l'histoire que noirs en a doix* né lar,.aaxi^nl^ docteqr Burnet ^ qui n'a pas
^ppqyé apg rH<îiU..cnm^Q >Sandftriyg fv^f deS
"satjres'et'^des libeiles calomnieux et scanda**
%Aû ' Apologie
leux ^ mais sur les registres publics , sur les actes des Parlémënlà et sul* diverses pièces authentiqués , dont il a pris soin de mettre le recueil à la fin de son ouvrage. Et je crois cela d'autant plus nécessaire que depuis quelques années un bel esprit s'est avisé de mettre en beau français cet infâme et scandaleux roman de Thistoire du schisme d'Angleterre de Sanderus. £t même je sais que l'on doit voir bientôt paroître en ces provinces une nouvelle édition de ce méchant ouvrage) dont en b'ônne jdstice on pourroit défendre )a ||!>U'blication. Si l'on n'en peut eimpécher le débit, le public doit être averti que c'est un tissu de faussetés , de mensonges ti d'impudenteiB ca^ lomnies. ' i- .
On pourîpoît commencer rhistoire de la réformation d'Angleterre dès le temps de Wiclef; car il est certain que depuis lui TAn^ •gleterre a toujours eu grand nombre de fidè- -fes défenseurs des mêmes vérités -^tie nous défendéhs aujourd'hui. La 4 jafimme papalb qui étôit établie en ce royaiiiBé ^lus qu'en aucuiie ]^artie du ntoUdè^^ iVoit fait dès efforts prodigieux pour "étouffer ces semences de la vérité. ( 1) Le Clergé oblint.de Henri IV réi d'Angleterre » lîtte déclaration confirmée par le Pariement pour rechercher et poursiii^i^
pour la R^formation i etc. i43
i toute outrance et jusqu^au fea cens qui défendoient la doctrine de Wiclef : et en effet depuis ce temps- là , les Evêques et les pré- Ires persécutèrent sans quartier (i) tous ceux qui s'opposèrent a leurssuperstilionset à leurs toreuTB. Mais tous leurs efforts n'empêché^ rent pas qu'au commencement du seizième siècle avant que Luther eût jprêché en ÂUe» magne , l'Angleterre n'eût ses prédicateurs , tes fidèles et ses martyrs. Martin Luther ne comaiença à faire du bruit dans le mondeque Yen 1518 ) et Tan ISog nous apprenons que VËvé^ue de Londres contraignit à foire ab« juratibn plusieurs personnes qui étoient ac« iBUsées j d'avoir parlé avec mépris des ima^' ges de la^Vierge , d'avoir condamné les pà^ iérinagj&f d^avoir dit que les images n^ étoient que du bois et des pierres , d'avoir nié la ver^ tu du' Sacrement de Pautcl en disant que Jà^ jÊUS- Christ ne pourvoit pas être en même temps au ciei et sur ta terre. On ajoutoit à cela que ces gens nioient Tascension de notre Sei* gneur Jésus-Christ au ciel ; mais c'étoit afin de feeè rendre odieux aux peuples. Car c'est tme contradiction absurde et folle que de nier rascension de notre Seigneur | et de nier eq
fttertifpni^
i 44 \Apologie
même temps la présence réelle du corps de 3éëus-Chri6t dans le sacrement , par la raison que ce corps ne peut pas être en même temps au ciel et sur la terre* Car si Jésus^Christn'e^t point monté dans le Ciel > la présence réejle ne le fait point être au ciel et sur la terre en même temps. L'an i5i i , on trouve que l'Archevêque Warhan força trente ou quarante «personnes à abjurer les articles suivans ; /. Que le corps de Jésus- Christ n'était pas réellement dans V Eucharistie, II. Que la coor fession des péchés au prêtre n'est pas néces^ -saire, II L Que le prêtre d cet égard n^a pas plui de pouvoir que les laïques. IF'. Que la solennisation des mariages n^ est pas néce^r saire. K. Que le sacrement de l'extrême onc'* ' tion n'est point utile. VI. Que les pelé rina^ -ges ne sont d^ aucun usage pour le bien de lame. VIL Qu'il ne faut pas adorer ItS Suints, ^yill. QuHl ne faut invoquer que Dieu. IX. Que Veau bénite et jle painbén^i ne sont pas plus saints après la bénédiction ida prêtre qu^ai/.ant. X. Que la confirmation m'est point un Sofirementy d quoi l'on ajoi^" , toit que le baptême n^est d'aucun usage pour rame. Afin d^ rendre ces pauvres gens riiprreur du peuple^ parmi les vérités dont ils faisoient profession , l'T)n mêloit de ces sortes d'erreurs coQtre les vérités généralement r^-
çue3
pour la Rpformàtion , etc. 1 45
çaes de tous les chrétiens. Ceut qui ne tou^ lurent pas abjurer ces prétendues erreurs furent condamnés au feu , comme hérétiques obstinés. Nous ne nous faisons point de honte de compter ces gens*là entre nos martyrs , et de commencer par eux l'histoire de notre réformation.
C'étoit li réUt de TCglise anglicane quand Henri VIII monta sur le trône, l'an i6og« Prince élevé sur un gi^and théâtre pour être le spectacle de toute l'Europe , l'objet de l'adw niiration ou plutpt de Téton nement de son tîfecle, et Tun des prodiges de l'histoire. Dana un état où les rois ont bien voulu prendre toutes les précautions possibles 9 pour ne pouvoir pas devenir tyrans quand ils le vou^ droient , il a régné non<^eulement en maître et en souverain ^ mais en empereur revêtu d'un pouvoir sans bornes. Il n'a point eu d'au^ très lois que sa volonté , et point d'autres ar-« mes pour exécuter ses volontés que son au-» torité 9 sa hardiesse dans ses entreprises et sa fermeté dans teê résolutions* Il vpuloit, et c*étoit asses pour forcer seh peqples et amei» ner son Parlement à vouloir avec lui Içs mé-r mes choses. )1 renversoit la religion , \\ chan^ geoit les lois » il faisoit la banne et la mau^ vaise fortune de ses sujets selon son caprice» Il 0Ç distingua dans la çpQdpitQ de ts?^ ti\^^^\\ ^
X'40 ' Jtpblbgît
oommB dans le gouvennemenf de son état , «ar il fut marié «ix fois ^ il répudia deux de ses femmes ^rfit oouper la tête à deux autres, il vit mourir l'une de mort naturelle , et la dernière enGn le vit mourir , après s'être rue pcéle de passer par la main ^'un bourreau comme deux des précédentes. C'est ce prince dont j)ourtant Dieu se voulut servir pour jeter les ibndemens de la réformalion générale du royaume. Il fut réformateur sans être ré«« formé , il rejeta le Papisme sans embrasser la véritablereligion , il fit des martyrs de toutes les religions. Il semble donc qu'il ne fit yien , cependant il fit tout , et sans ce qu'it £t(on n'c^UFolt jamais vu éclore la réforma-> lion qpi se poursuivit sous Edouard VI son %\sy et qui s'acFieva sous Elisabeth sa filles Il fit tout , puisqu'il fit le grand coup d'où dépisnd tout le reste , il rompit avec le siège de Rome » et fit ce sehisme si éclatant qu'oit peut regarder comme l'une des actions le» plus hardies qui aient jamais été faites. A* éette action près y \p sieur Mairobourg est fort salibfaît de la religion de Henri VIII , et trou^ Te qu'il aété très bon catholique, ( i ) parc^^ guUl n^ ^çiilut jamai9 reoeùoir etucune de ces noupel/ee hérésies gui e^éle^èrent en ce fièole- Id eontre VJSglise catholique ^ $t se dé^
pour la Réformation j etc. a 47
clara toujours ennemi moi tel des hutliéfien^^ \l0S Z^wingliens et des Cahinihtea qi/ilfit ri^ goureusement punir. Cela soit dit en passfiqt^ c'est an avertissement pour le roi très-clné^ tien » qui \pi fait icomprqçdr^ si^e/s démêlés fivec le saint siège a.Uoient )jusqu'à U^upture, il ne laisseroit pas d'être bon catholique pour* vu qull détruisit les Calvipistes , et qu^il de-^yneurat le.bon^ami des Jéanites. C'est là une théologie fort nouvelle : car j'avois cru jus-: qti^i^ci qti!B selon les idées que les théologiens de la communion de Borne nous donnent do VSgWse, l'adhérence au saint \siège étoit Iq poini fondamental, le centrede Tunité ^ convtne ils l'appellent, le lien de l'union ^let que sans cela il étoit impossijble d'être dans I'Ët. glîse , et. par conséquent; d'êtr/e cal];iolique^ rlflais ç0la n'est rien, la théologie dt^ P, Maim^ bouTgva selon les temp^.-Ilse trompe pour^ tant qqandil ditjqueHenfi VIfl ne. fit autre chose que rej (S 1er Tautorité dii.paj}e poijir.ap mettre en iiaiplace dans le^iroj^au^nfeid/Ai^gUT- •terre, >Ciir 'no)i9 .v^rroj|>s qu'ijL ^t jlp>.e}|^4.'A unîtes céfprinatiQqs , iet;qu'4parppjS|ra; Içi^t.p^iir Je ebângeioei^t qui s^e fit^(3M# spp,4uçcQsfeur,, Tx)ui ieéinonde ;«Ait rhJPÏP^râ 4e ^m àçisov^ ce aveoiGsAbfiinis lofiini^j^doISspagqe^ tenv^e^l^a AYQil^él^fiiiAfiéeeii pEejpHr^es 0,0^/99 )à Ar^iiMi;»
il8 jtpoloffiê
dispense de la conr de Rome cette princesso f poQsa le cadet après la mort de Paîné. Henri ne ravoit épousée qu'avec chagrin durant la vie de son père ^ et ne la retint que par con« sidération quand il fut roi , pour ne se pas mettre sur les bras au commencement de son règne la maison d'Espagne et celle deBour-* gogne. Mais quand il fut affermi et que son dégoût pour cette princesse ^ fut augmenté p parce qu'elle ne lui aVoit pcfiitt doiiiié de fila qui eût vécu , il résolut de s'en défaire}, et peut être si elle avoit été sa sujette , elle n'en nuroit pas été quitte à meilleur marché qu« Anne de Boulen et Catherine Howard à qui il fit trancher la télé. Il prétendit que son mariage étoit nul ^ cause de la défense de la loi de Pieu à un homme d^épouser les deux sœurs , oti à une^ femme d'épouser les deux frères. ]1 consulta 14- dessus toutes les universités p\ tous le9 gens savans de l'Europe. L4 cour de Rome eût durant un temps du pen-* chant a lui acoçtdér la cassation de son ma^ riagef^aîs )es intérêts d'état , et la crainte qa'e^ lé Pape du rèllBritiment de Charles V^ dont Catherine reine d'Angleterre étoîl la tante , lui firent prcîi*e d'autres mefsttres. Henri yili , lassé cfé- ces longues remises de la cour de Rome- /fit casser son timriage par le
iR?/^/wîfe»^td'Aîï^ïetçrr»ct w «wrifc |iuW^^«•5
pour ta Réformaiion , etc. l4g
ment avec Anne de Boalen. Le Pape Clément VII 9 après s'être longtemps fait solliciter ^ s^ déclara enfin en farear de la tante de Charles V, et ordonna à Henri VIII , sous peine de .censure , de la reprendre. Dès lors Henri Vltl résolut d'achever ce qu'il avoit déjà commencé s car Tautorité du Pape avoit déjà été fort amoindrie en Angleterre , par divers ar* rets et déclarations qui défendoient de porter les annates à Rome et d'y mener les affaires ecclésiastiques par appel. Cette grande aflaire de la rupture avec le Pape fut con* sultéè trois ans , enfin l'on convint que le roi pouvoit reprendre sa place naturelle et se faire chef de l'Eglise. Non pas comme disent les docteurs de l'Eglise romaine que le TOI d^Angleter re.se soit mis justement en la place que le Pape occupoit , et qu'il se soit attribué le pouvoir de décider de toutes les controverses ecclésiastiques , et que par voie â*appel on pût se pourvoir devant lui de tout jugement desEvêques en des choses qui regardent uniquement la conscience: Ainsi la juridiction ecclésiastique est demeurée en son eniiersans avoir été confondue avec la juri-diction civile. Seulement le roi s'est déclaré protecteur de l'Eglise , pour donner par ses déclarations force de loi aux règlemens des ecclésiastiques , pour nommer aux sièges va^^
iSé Apologie *
cattis' eft pourdonnei' ordre que les pasteùrll fsss^t leur d^oir et obéissent aux lois éta"blies par l'Eglise et par TEtat, Henri en fif i'àire Tacte Ïb' 20 du mois de Mars de l'an ââS4 , par leqtiel il fut déclaré qne la 1yran«» jîIb que le Papd aVoît exercée sur la nation âànsr les siècles précédens n'auroit plue ]ibu , que lou^ tributs, annates^ deniers dû St. Pieri'e , qu*on avôît accoutumé de payëifr à la cbur de R^omô seroîenl éteints ,' élf quri ïe foi seroit reconnu pour éliief de PEgli^e èm* glicàne. Cet acte passri pré^^uè witi cotisé tradictîon , et même cte qtrf est untf cHbsë pro* tlîgîeUse , aucun Evéque ne se pré§êjfi<ff'p<nif dout*înir la <^au^e du' Pape excepté Fischer i' iBvéque dfe Roôhester,
' • J&urattt toute^l'ed pi*océdures de éetle grau* fte aflîiir)3 oa n'airôit rien relâciiëd^là sévé-» Hté tdntire les Protestans. Fifeclier, Evéque île fîocïiester , et Thomas Moruâ le Chancejîer,. leô faisoient bnâlet stans miséricorde et avec' là dernière cruauté. Mats Dieu le leu» rerîçlit bietitôt après à Van et TautTé. Fischer après avoir été prisonnier plus d'oiV an dans iiTie tréfs-grande misère j futcôndaiiiné à avoî^ la tête tranchée, ce qui fiit exécuté/ Le Chan-* telierMtriruaf paîisàr par la mêim^ peine , toni deux pour la même cause, c'étbit pour n^avoîf pat roulo^reconnoitre là souveraine autorité
pour laJUfbrmatiun y ete. iSi
ûu TOI dans les affaires .de l'Eglise. Il faut pourtant ici bien observer la distinction que fait en cet endroit le savant docteur Burnet. C'est que ces deux personnes distinguées et les autres qui moururent pouir le même sur jet 9 ne furent pas condamnées à la. mort 9 comme le disent les historiens papisies*, pour avoir refusé de prendre le serment qu^on appelle de suprématie. Car alors on ne contraignoit personne à ce serment : mais ils moururent pour n'avoir pas voulu se soumettra a la loi f qui défendoit de disputer au roi ses fitrea , sous peine d'être réputé criminel de lèze- majesté. Si donc ils eussent voulu se tenir dans le silence et laisser pai>8iUement>oi)if* Henri de son titre ^ clief de L'Eglise angli^ c^o siai^a s'y opposer , ils auroient pn vivr^ paisilplement chez eux. comme firent quantité d'autres qu'on laissa vivre sans prétrer aucuQ serinent. Mais Dieu qui se voulut veçger dep cruautés que ces dieux homme» avouent ëxeitcées contre ses fidèles , permit qu'ils tombas* sent dans cet esprit d'aveuglement et d'opi- Tiiâtreté 9 afin de leur faire trouver la juste punition de la tyrannie qu'ils avoient exePr cée sur les conscienceft^
Pendant que ces deux persécuteurs e%err çoient mille cruautés sur les réformés , et qnf ^e roi occupé aux affaires d^ son divorce avec
\h^ Apologie
Catherine d^Arragon, les lais8o!t faire, Ta réjbrtnation ne laissoit pas de se fortifier. On laisoit des assemblées pour servir Dieu purement presque partout , à Londres , à Oxford^ à Cambridge et à la campagne. Quand Faatorité du Pape fut renversée , les réformés eurent quelque relâche , il y eût interruption de supplices ^ et la réformation s^avança fort BOUS la protection d'Anne de Boulen , mère de la reine Elisabeth. Elle avoit pris la place de Catherine d'Arragon et possédoit fort le cœur du roi. Comme elle étoit réformée ^ elle favorisa la réforui^tion : elle fut secondée par Thomas Crammer y Archevêque de CaïUor* 1>éry , et par Thomas Cromwel qui fut secré* taire- d'état sous Henri VlII , fort avant dans fea faveur , et l'un des plus ptiissans instru- :mens dont ce prince se servit pour abattre en Angleterre la tyrannie papale. Le duc de Norfolk» etGardiner,Evêque de Wiachea-- 1er> succédant au zèle du Chancelier Thomas Idorus et de Fischer ^ Evéque de Rochester » s^opposoîent violemment à cette réformation et vouloient retenir le reste du papisme que Henri VIII leur avoit laissé : les moines qui ont ^es liaisons étroites avec la cour de Rome y favorisoient les desseins du duc de Norfolk. Us yoyoient que cette autorité papale ^ui les meltoit à Tabri de l'autorité des roit
pour la Rèformation , etc. i5j
%t des magialrats étant abattue , et que tous leurs privilèges qui les faisoient relever imméiliatemeot du saint siège étant annuUés ^ ils deoieuroient exposés au bon plai&ir du roi, ils rentroient sous la domination des Evêques et se voyoient soumis aux puissances séculiè* res. C'est pourquoi par leurs sermons et surtout dans les confessions, ils essayèrent d'ins* pirer aux peuples de l'aversion pour laper* sonne du roi et pour sa conduite. Cela donna occasion à Henri VIII de pousser la réforma-, tion plus loin , et de joindre la ruine des moines à celle du Pape. Dieu avoit permis que l'e Cardinal de Volsey^ très- attaché au papisme, eût pourtant fait le projet de. la destruction de plusieurs monastères pour ériger de nou- TeauJE évéchés : et Cromwel qui avoit été son secrétaire avoit. appris sous lui comment on devoit se conduire en cette affaire. C'est pourquoi il fut de grand secours à Hepri VIII pour Je faire venir à bout de ce desseiu. Crammer et loi qui agissoient de concert avec la reine dans raifaire ^e la rèformation suggérèrent aaroi qu'il falloit. commencer par une visite' de tous les mon^stères^^ et le fortifièrent dans les justes crainteé qu'il avoit .que si J'empereur à l'instigation du Pape , et pour venger sa tante qui "avoit été répudiée y venoit & porter la |;uerre dans l'état ^ toi^é les moines se
j5i Apologie
déclareroient pour lui, et seroîent tout antant crennemîs ouverts contre le roi. Mai* Crammer, outre ces vues en avoît d^autres , et il regardoit les monastères comme les citadelles de la superstition , car il concevoit que jamais on île viendiroit à bout de renverser les erreurs du purgatoire , de la messe , de l'adoration des images, de Tin vocation des saints et de l'adoration des reliques , à moins c|u'on n'extirpât la race des moines : parce' r|ue ces gens ne vivant que de ces abus ont îîn très-grand intérêt à les maintenir.
Dans cette visite de monastères qui fut sans doîîte faite avec un esprit de sévérité et k des-' 5ein de ne rien pardonner , on découvrit des^ abominations effroyables. Presque touté'S ces f?lîes vierges consacrées à Jésuf^Clirîst fuj^ent trouvées groisses'du fait de leurs ébùfe&seurs' et' des moines qui, en avoient la gardfe : on* trouva que dàrtS les èbuvens des àtôîrtes il s'y cotiimettoit des crimes hoiiteux et dont on ne faufoîl parler honfiètemehlefiajïtttins termes^ parce que ce sont dés irfiiitlretés ^î hôrtibVéà qu'on ne peut en* d^ttrtér dés idêfiâ siinâ souiller l'iiiâgiriâfiôn. Sotis îè règtie clé'Mâi;îé Yoti\ essaya d'dbolit tous'' lés; j^roc^s'-WrBapt ^uî fûrétlt faits dans cette visité /et %|uî s'etoienf conservés. Mçis on ne put si bien ïaîre' qu'il, zi'en restât des âô'nliniëhi ^cdÎTsiàé^ables. L*^'
p our la Refortnatixjn ^ etc. j^s
docteur Burnet noas assure avoir un extrait de ces procès -verbaux faits dans ht fisite de cent quarante quatre maisons religieuses^dans lesquels on lit des abominations plus grandes que celles qui se commirent à Sodei>ie. Toutes les preuves de ces faits, apportées et misses en bonne forme , portèrent le Conseil d'Angleterre à supprimer entièiement loué les monastères. Cette suppression est une grande partie de la réformation et elle n'est pas moins importante que le renversement de l'autorité du Pape. Ainsi le sieur Maîmbourg qui compte cela pour rien et qui dit qu'ace schisme près Henri VIII fut bon catholique y fiiit bien voir que si le roi veut détruire le» moîaes , il ne lui en fera pas une affaire pourvu qu^il fasse régner la secte de Loyola.
Voici encore une autre grande réformai !on qui fut faite par le roi d'Angleterre. C'est qu'il fit traduire la Bible en arfglais etréta* blit l'autorité de l'Ecriture Sainte. C'est ce qui m'a fait dire que Henri VIII qui s'emblort n'avoir rien fait pour la véritable réformation ^ avoit' pourtant tout fait, puisqu'il a renversé le faux tribunal et cette faus^ aii^ torilé du siège de Rome ^ et a rétabli le véri-' table tribunal de ITEgKéé, c'est la lecture et l'autorité dé la- parole de Diiiu j laquêUeavpit été ensevelie dans les siècles précédsns^ Les
l56 Apologie
choses étoient en* cet état et prenoîent un boit train pour achever la réforroation qui avoit été commencée : quand les amis de la cour de Rome trouvèrent un moyen d'arrêter ses progrès ^ en faisant tomber Anne de Boulen à la faveur de laquelle elle s'avançoit. Il n'y K point d^accusations atroces dont les papistes n'essaient de noircir la réputation de cette pauvre reine. Rien n'est plus semblable au portrait que le sieur Maimbourg , Bolsec et Berthelier font de Calvin et de Beze, que celui que Sanderus fait d'Anne Boulen , ce qui fait voir que c'est le même esprit , c'est- a dire Tesprit du démon qui dans les uns et dans les autres a fourni les couleurs. Si l'on en croit cet infâme imposteur , cette femme fut un monstre d'impudicité , qui avoit fait éclatet les dérèglemens de sa vie avant son mariage dans les cours étrangères, au point qu'on lui avoit donné en France le nom de Haguenée â^ Angleterre , et quand on sçut que le roi Henri YIII la vouloit épouser , oq dit qu'il épouseroit la (i) mule du roi de France. Cela c^t tout aussi vrai comme il est vrai que Théodore de Be&e s^est accusé eu plus détestable de tous les crimes , et que Calvin a été fouetté et fleurdelisé pour ses énormités.Afin que cette pauvre princesse fut aussi difforme de corps
pour la Rêformation ^ eic. iSj
qae^ d'esprit ^ il en fait on monstre en lair dear. Elle ayoit y dit-il y six doigts à la main droite » le yisage long , jaune comme si elle eut été travaillée des pâles couleurs , et une une loupe sous la gorge. Voilà bien une figure propre à charmer deux rois , et aprèt avoir été maîtresse et concubine du roi de France, François I , emporter comme de vive force par ses charmes un roi d^Angleterre pour l'épouser y malgré les brèches qu'elle avoit faites à sa réputation. L'esprit de fureur et de calomnie est presque toujours accompagné d'une destitution de jugement qui fait que ces misérables calomniateurs détruisent fine caionmie par une autre, (i) C*est pourlaiif là J auteur qu'on s^ei>t donné la peine de tourner en beau français depuis peu. Le temps paroit favorable à tout le monde , de renou«teller tontes les calomnies inventées contre la rèforraation afin de la rendre odieuse par ton- . te la terre.
Quoiqu^il en soit le duc de Norfolk , Gardinerus et les autres ennemis de la reine An« ne de Boulen trouvèrent que le plus sûr moyen d,ela perdre étoit de l'attaquer du côté de sa chasteté* Us firent entrer le roi Henri VIII en
( I ) Venl«A de lUdstoire du schisme^ etc. p« Msuçroix Chan. ielJMiBi.
^58 ' "jipologU
soupçon et en jalousie , des liaisons étroitei que la rpine avoît avec le lord Rocliefoï son frère : comme s'il n^étoit pas naturel i une sœur d'aimer son frère , et à un frèn d'avoir un grand attachement pour une soeui qui est reine. Tout ce que l'on peut prouvei c'est qu'on a voit vu le frère assis sur le lî1 de sa sœur. Voilà un grand crime ! II est vra: qu'entre ceux qu'on accusa d'avoir été le« complices des débauches de cette princesse ^ on fit confesser à l'un d'eux qu'il avoit couché trois fois avec elle : mais on extorque celte confession parla promesse qu'on lui fil de lui donner la vie j les autres ne cotifessèrenl rien : ils moururent pourtant également , cinq qu'ils étoîent ; le lord de Roc/^^ fort , Henri Norris , IF^eston , Brereton , e1 un musicien nommé Marc Srrieton ^^m fut celai duquel on extorqua comme de l'ame la plus basse la confession qu^'il avoit couché avec la reine. Sur ce seul témoin qui ne lui fut pas même confronté selon les îoîx, le duc de Norfolk présidant à l'action , Ton condamna une reine à être brûlée vive : chose qui fait horreur seulement à rapporter. Ce fut par la grâce da roi que son supplice Tut changé , et qu'on se contenta par grande débonnairelé de lui eotiper la tête. Et poQr 6ter àsa^Ue £Usabet)i Ipate espérance de posséder quelque je^ur la
pour la Rêformalîon , etel ^!?gf
oonronne d'Angleterre , Yon Gt déclarer nul le mariage de Henri VIII avec Anne de Boa* leh , 60US prétexte d'un engagement qu'os disoit qu'elle avoit eu avec le comte de Nor<< thumberland , avant d'avoir é'émariée au rcy La pauvre reine eût la foiblesse d'avouer cel engagement pour éviter d'être brûlée , et aiiit qu'on se contentât de lui couper la tête : car on ne voulut changer son supplice qu'à cette contlitioni Mais le comte de Nonhumberland qui n'avoit aucun intérêt à le nier, puisqu'oa n*avoit aucun dessein de lui en fuire un* crime , le nia pourtant constamment.
Celle chute d'Anne de Boulen retarda bîe» à la vérité les progrès de la r^^formation, mais ne /es arrêta pourtant pas entièrement. Thomas Cromtvel le premier favori , et Thomas Crammer , Archevêque de Cantorbéry , pour qui le roi avoit une amitié beaucoup plus so*» lidey comme il parut dans la suite., ne per-^ dirent pas courage. Le Parlement d'Angle-terre Vassembla , (i) il y fut parlé des abus dont on' devoit faire la reformations^ et des erreur» dont on vouloit empêcher la propa-gfttîon.'Et Cromwel eût bien la hardiesse de» faire entendre publiquement un savant ^docA te'ur éoossaâs nommé j4l^xandr0 Alesse , qui' promra dams l'assemblée , formée pour les af-*-
■■M ■ t ■' lU. . ..>''■''■ f. ■ ■■■■' ' '» I ■ K ' .■■■■■ ■ ^
ikires ecclésiastiques, qu'il n'y ayoit que deux sacremens instilués par Jésus- Christ. Cette assemblée ecclésiastique convint, sons l'auto*' rite du roi , de faire une espèce de confession de foi qui a la vérité étoit plus papiste que réformée. Cependant elle corrigeoit quantité d'erreurs , et en diininuoit quelques autres. Par exemple dans le premier article , elle renvoyoit les hommes à Tautorité de l'Ëcri* ture Sainte et des Symboles des Apôtres , de Nicée et de St. Athanase, leur commandant d interpréter toutes choses conf rrhément à ces règles et en même termes , sans les ren<» voyer à l'autorité de TEglise ou à la tradition. C'étoit là une ajBTaîre capitale et de laquelle il étoit impossible que toute la réfornation ne sortit pas dans la suite. Le troisième article détruisoit entièrement le mérite des oeuvres et établissoit la justification gratuite. ji cela y disoit il , doit être jointe une. foi en la miséricorde et bonté de Dieu , par /agaelle le pénitent dûii espérer que Dieu lui pardonnera et leréputerajustiJiéyComme étant du nombre de ses erifans élus , non par au^ cun mérite des bonnes œuvres qu^ilpcut avoir faites y mais uniquement par le mérite du eang et de la passion du sauveur Je sus- Christ. Dans le quatrième article la présence réelle jétoit établie ^ seulement en termes généraux
pour la Rêformation ^ etc. 161'
5ans parler de transsubstantiation ^ et il éloit ordonné de recevoir le Sacr'^raent avec rivi-^ rence y mais l'adoration n'étoit pas commanw dée 9 et il n'en étoit rien dit. Il me sembla que voilà déjà de grands progrès en réfontia<« lion. Ainsi le sieur Maimbourg sait bien mal l'histoire d'Angleterre, de nous dire que Hen« ri Vin ne fit que secouer l'autorité du Pape. Cette confession de foi fut publiée par Tantorité du roi et soussignée de dix- huit £vé<^ ques. Et même le roi y joignit des déclara* tions par lesquelles il étoit ordonné de fair^ recevoir partout les articles qui avoient été arrètèa dans l'assemblée. Il éloit défendu de ne plus exposer les images et les reliques pour en abuser par un culte superstitieux ou par un principe d'avarice et d'intérêt^ et il étoit commandé qu'on instruisit le peuple à la véritable dévotion , qui étoient les œuvres de charité et l'observation des commandemens deDieu« Leb papistes joignirent alors les con* seila de violence à ceux de la finesse , et les suppôts qu^ils avoient à la cour , ne réussissant pas assez bien pour empêcher la réfor» mation , ils prirent les armes dans la province de Lincoln et dans les parties septentrionales d'Angleterre , et parurent trente mille hommes en corps, ai ces gens*là eussent été Calvinistes ^ on les appelleront des rebellesi e|^
ifts Jtpolpgié
le Pcre Maimbourg ne leur feroit point d«) quartier 9 car ils- prennent les armes contre leur roi. Mais parce qu^ils se révoltent.en fa« veur du Pape et de Tancienne superstition ^ U est certain qu'on regarde leur entreprise comme étant très légitime* Il ne plut pour-* tant pas à Dieu de bénir ces desseins si lé<f gitimes^Jes rebellés furent dissipés y les lorda IDassy et de Hussy qui s'étoieiît mis à Jeu9 tête eurent la tête tranchéeé • Pendant ce'temps on firavailloit tou|our8 à la ruine des monastères , et par conséquent k la réformatiom Les visiteurs eurent soin dei recevoir les ^Confessions des moines.^ étlàplun part confessèrent leurs crimes: fort f^anebe-f tnent«Bl reste- encore ime de? ces cjonfessîoa^ faites, par le priieur et les béniédîolipSi de St. Ai^dré dans la province de Narthemy tonx dans cette confession ils avouent ka désordres d9 leur vie passée ; Pour lesqueh te puits dêBen^ fer était prêt de les engloutir 9 qu'ils atwient négligé lesen^ioe dèJDiea j ^écu en paressa , tn gourmandise et en toutes sortes de sensua^ liiés. L'on visita anssidans les mêmes eouvess les reliques et les images qui faisoient des mi-« racles , par lesqueis'les>moinds attiroient à eux les peuples sous. prétexte de dévotieh. Ces images furent brisées et ces reliques Jetées au veut par autorité royale } enlr'autres un célè«
pour la Rèformntion ^ etc. |83
bre cracifiz de la province de Kent, qu'on ap« peloit/a Verge de grâce jAuqïxéi on disoil qu'il se bài8£oit et sehaussoit de fois a autre j qu'il remuoit les mains , les pieds et les yeux : c% crucifix faiseur de miracles fut brisé par un évéque et par ordre du roi. Dans la province de Glocester une fiole du sang de Jésus-Christ^ (i538) mais que Ton rafraichissoit tous les ana du sang d'un canard , fut mise en pièces. La châsse dé Thomas de Cantorbery fut rompue^ et ses cendres jetées au vent ; ses os confondus avec cenx des autres morts , son trésor emf f orlé. L'on remplit deux coffres de l'or qui y fut trouvé , que huit hommes bien forts eu? rent de la peine de tirer de l'Eglise j le roi s'en accommoda ; il me semble que cela sent bien ton Iconoclaste , pour un prince qui mourut si bon eathoKque ^ (i) Après avoir fait dire la messB dans sa chambre , adoré le saint sa^ crement , et Vapoir reçu sous une espèce.
Dans la même année le pape excommunia Henri VU!. Mais cette bulle d'excommunica* lion fut rejetée et méprisée par l'église anV glicane et par celui sur lequel on faisoit tom-^ her la foudre» Toutes ces procédures d'Henri VIII 9 si peu chrétiennes selon le christianisa me de' Rome^ n^empéchèrent pas quele cîelne lui accordât ce qu'il souhaitoit avec le plus
41)H!std]iCalT.!iy.3.a]i. Ift6i; . i
i64 Apologie
d^ardeùr , e^étoît un fils. Il vint au monde Tafi 1537 au mois d*Octobre: mais cette naissance coûta la vie à sa mère Jeanne Seymour , troisième femme de Henri , qui avoit succédé k Anne de Boulen. On dit que ce prince fut ex*' trémement a£Sigé de cette mort ^ et qu'il lui fallut deux ans pour se consoler j car il fut autant sans se remarier. La naissance de ce fils qui éloignoit de la couronne Marie j fille de Henri et de Catherine d'Arrajon , abattit un peu le parti papiste 5 qui jusqueslà vivoittou« jours dans l'espérance que Marie, très zélée pour le pape, succédant à son père, rétabliroit l'ancienne religioti. Les éréques partisans do Rome voyant évanouir leurs espérances continuèrent dans cette honteuse dissimulation par laquelle ils avoient donné les mains an com ? mencement de la réformation , et surtout à la ruine de la puissance du pape en Angleterre. Gardinerus, évéque de Winchester , et Bon-* ner , évéque de Londres se firent distinguer entre ces lâches dissimulateurs : spus le règne de Marie ils furent les plus cruels persécuteurs de ceux quiavoient causé laséparation de l'E* (|lise anglicane d'avec le siège de Rome. Mais sous Henri VIII y ils souscrivirent à tout ce ^Q^l ordonna là- dessus , le reconnurent pour le chef de TËglise 9 consentirent à la destrucjtion di^% monastères et donnèrent les mains à
pour la Reformations etCs i$S
toutes les autres reformations dont nous ayons parlé j les préobèrent eux mémos et les jirent prêcher dans leurs diocèses. Ils épioient par* tout les occasions de ruiner le parti des réfor* mes à la tête duquel étoit Crammerj arche-- Tequede Cantorbéry y et après la mort de 1a jreiney mère d'Edouard VI, ils excitèrent une nouvelle persécution contre les réformés^qu'ils appeloient sacramentaires. Ils en firent brûler tout autant qu'ils purent et trouvèrent moyen enfin de porter Henri VIII à faire passer en loi C Iô39)le8 six fameux articles, pour pour établir I. La présence réelle , mais sans parler de transsubstantiation. lI.La communion Boas une espèce. IH. Les vœux de célibat et de chasteté. IV. Les messes privées. V. La nécessité du célibat des prêtres. VI. Et celle de la confession auriculaire. Thomas, arche^ véque de Cantorbéry , s^opposa à ces articles au moins aux cinq derniers : car pour la présence réelle il ne la pouvoit combattre alors iparce qu'il étoit encore luthérien sur ce point. Son opposition ne servit de rien et n'empê-* cha pas que le Parlement ne confirmât les ar« ticles et n'en fît une loi. Cette confession de foi si abrégée , et réduite à si peu de points , «embloit abandonner tout le reste à la contrai* diction des pfotestans ; car là- dedans il n^étoit parU pi d'invocation de saints | ni d'adoraiioui
&6$ ApoUg^e
d'irn^g^ , ni de reliques ^ ni de pèlerinage». Ainsi Henri VIII consentoit tacitement à la suppression de ces abus. En effet si les réformés avoient voulu souscrire à ces six articles^ ^8ans doute on ne leur auroit point fait de pror ces sur le reste. Latimer et Shaxton j premier jévêque de Worcester et le second de Salisbu* ry 9 résignèrent leurs éyéchés plutôt que d^ consentir à cette doctrine des six articles j» et l'un et l'autre furent mis en prison. Quant 4 Crammer » il étoit si avant dans les bonnes gra* res du roi , qu'il ne fut obligea rien qnfau si* ience. Le roi même lui permit de coacher par îécrit les raisons qu'il avoit à dire contre )es six articles et de les I ui faire voir. Cet écrit tom^ .ba malheureusement entre les mains de ses ennemis , qui furent ravis d'avoir de sa maio «des preaves sutlisanfes pour le perdre. Mais rCromwel grand ami de Crammer , et qui tra-ivailloit avec lui à la réformation , le tira decet^* te adaire , et arracha ce papier des mains de jcelui qui l'avoit trouvé*
La réformalion fut comme arrêtée (i64o) -par la rigueur avec laquelle on faiaoit recer •voir par tout cts' six articlâs, en envoyant iQO prison ou à lamortriouaceox qui les refùsôient* •Elle reçut alors deux grands coups par «deux événemens considérables ; le premier ;f ut 1» xnariage de . Henri TJII avec Catherine ;Kqb
pour la RèformatiQH , etc. idf
Wârd sa quatrième femme, mortelle ennemie des réformés , et entièrement dans les intérêts de son oncle le duc de Norfolk , grand ami du papbme. L'autre événement qui pensa tout perdrece fut la disgrâce et la chute de Crom- -wél -, qui avoit été honoré de la charge de Fi-^ cc^gérant du roi dans les affaires ecclésiesti-* qués p lequel aVoit concerté avec Crammer la destruction de la religion romaine. Cet hom* tue ^ l'idole de son roi , que de basse con^ dition il avoit élevé a la qualité de comte d'Esv' sëx , devint l'objet de la fureur de la reine ^ et périt par ses intrigues et par celles du duc de Norfolk , qui ^arrachèrent par une es-r péc0 de violence d'entre les bras de Henri ^ pour le mener sur Téchafaud. Il fut condamné comme convaincu d'hérésie. Il n'étoit pas difficile de l'en convaincre , selon que Ton dé&nit l'hérésie dans l'Eglise romaine ; car il ëfoit vrai Luthérien > il n'en avoit pasfait do mystère ^ et c'étoit ta son crime. Mais aQn da couvrir ta violence que Ton commettoitensa personne , d'un plus apparent voile de jus-tice , au crime d'hérésie on ajouta ccjui de l'extwsipn j et quelques paroles insolentes oontre le roi qu'on lui fit dire, pour le faire mourir du crime de lèze-majesté divine et hnmaine. Jamais sentence ne porta plus de niair^ues et de caractères d'injustice c^ue ç^U^
^6S Apologie
qui fut rendue contre luij> selon même qn'oii la voit encore couchée. Car au crime d'hé« résie près , dont alors on faisoit une grande affaire , il n'y avoit pas dans toutes les autres choses dont on le chargeoit dequoi faire fouet^ ter un page. Et au reste pour son crime d'hérésie 9 c'est à son prince qu'il s'en falloit prendre ; car il n'avoit été hérétique qu'autant que Henri VIII Tavoit bien voulu , puisqu'il n'avoit rien fait que sous ses ordres. Soncri<^ me étoit d'avoir servi à renverser la puissan* ce de Rome et d'avoir détruit les monastères^ or il n'avoit rien fait en cela que de concert avec son roi. Ainsi ce favori paya pour son maître : Henri sentit bientôt combien avoit été lâche la complaisance par laquelle il avoit sacrifié ce fidèle serviteur^ il s'en repentit iU'-' continent , mais il n'étoit plus temps*
Au milieu de toutes ces confusions, Dieu no laissoit pas de faire son oeuvre. Henri fit faire un peu avant la mort de Cremwel une pro-^ clamation donnant liberté à tout le monde de lire TEcriture Sainte, (i) Et peu de temps après une assemblée d'Ëvêques, en vertu d'une commission émanée du roi et confirmée par leParlementy travailla de nouveau sur les matières de la foi. Ils donnèrent une explication
peur la Rèformatiôfi j eiê. t(T^
i\i symbole , de la prière dominicale , detf dix rominan démens , de PAve Maria et der principaux mystères de la religion , dans la-« quelle il y aroit encore plusieurs erreurs du papisme > mais pourtant d'un papisme beau^ coup plus pur que celui d'ao«deli de la mer» particulièrement sur la justiBcation et sur \% nature des bonnes œuvres. Comme le papis-* me étoit alors le parti dominant a la cour f on mit dans cette confession le dogme de la transsubstantiation et celui de la concomi« tance qui n^étpient pas dans les précédentes : \t service des images y fut réduit à ce que di-» sent les catholiques modernes de France : C'est que l*iniagene mérite aucune adoration» et qa^il nous e>t défendu de leur rendre au^, cun honneur diçin , eu que çuand.on encens se une image , ou que Von se prosterne dei i^ant elle , rhonneur est uniquement rendes à Dieu et nullement à Vimage. Sans doutd ils avoient dessein de réformer les abus , et ils ne croypient pas comme on nous veut persuader aujourd'hui que ee fut la ihéolo'» gie de tonte l'Eglise r0miiiQ^ :> leqr intentioa étoit de s'en éloigner en oe poiqt.
Pendant que Dieu travaillpit ainsi par de« voies seorètes à pousser l^.: réfprmation dq plus en plus à 'sa perfection ^ le Diable tra*« yailloit de sa part & Véteiadre. Gardinerus^ %K
i 7b. Apologie
les papistes xélé» qui pensoî^nt que la chût# de Cromwel alloit accabler le parti , afin do faire périr tout d'un coup son ouvrage j fi* rent des efforts ponr arracher des mains du peuple la version de la Bible en vulgaire^ quf Cromwel et Crammer lui avaient donnée^ (1) L'on forma une assemblée pour exami** kier cette version. Henri VIII étoit si affermi dans le dessein de rendre l'Ecriture Sainte au» peuple y qu'on n'eût osé lui proposer desup* primer la version qui en avoit été faite^ Mais On prit un autre tour , l'on supposa que cette version étoit pleine de fautes , qu'il falloit la tirer absolument des mains du peuple, ea supprimer tous les exemplaires^ et travailler à iine autre qui seroit plus parfaiter Qr il eût été fort aisé d'Apporter des délais àvia publi-? cation de cett^ Nouvelle version que l'on pro^ Inettoit , si l'on fut -venu k bout de suppri^ mer celle qui étoit déjà faite. Mais Crammer qui veilloit pour empêcher de mourir ces se« menées dëréformation qu'il avoit jetées , prér? valut enèore celte fois-àûr l!esprit du roi> e^ fit renvoyer èette «flaire aux universitéa. Ëo même tempa qife' te papisme peraécutoit l'K-s ërîture Sainte j il r^6illa anssil^ -persécution confre les fidèles. Pftrce qq'ils avôient perdu le comte d^Ei^ex , leur grand protecteur^ ilil(
pour la RèformÊLtion , tte. 1 7f
nbloient être exposés et tout à découvert X traits de leurs ennemis. Le duc de Norois: assiégeoit perpétuellement le roi ^ et lui soit concevoir qu'il n'y avoit pas d'autro 3yen de ramener les esprits aliénés de ses jets qu'en persécutant les hérétiques. Cet nseils de sang, environ ce temps, (i) cou« *ent la vie à Barnes , Buttolp , Damplickf indholme, Philpot et plusieurs autres mar- 's qui furent brûlés. Cela ne pouvoit satisre Gardinerus et les autres persécuteurs ^
croyoient n'avoir rien fait d'avoir oppri- ) l'innocence de Cromwel , comte d'Ësser^
d'avoir brûlé tant de gens pendant que bornas Cr^mmer étoit encore vivant. Etl'ua mx disoit un jour que c'étoit une grande îede brûler quelques hérétiques et de lais* \ vivre le grand hérésiarque de la nation» y ^ apparence qu'enfin la forte amitié que 9iiri avoil; pour lui , auroit été surmontée r Xen^ sollicitations des ennemis de Cramer %\ Pieu n^eût fait tomber un jugement emplaire wr les persécuteurs, et n'eût frapi^ . un coup qui les démonta tous. Ce fut la ii4aninatioa et 1^ moj't de la reine Çathé^ M Howard % cinquième femme^e Henri [II f nièce du duo de Norfolk j le tout puis* It d^àiors* Ce malheureux parti papiste
■'■'■f— * Il III. iwy ,!■■» ni ■ii»up p 11 ■y^pwy^w^^iimiiiW»
lyii jfpologîe
a^t fuît pérît la pauvre Anne de Boirlen ^ par une fausse accusation d'adultère. Il avoil fait répudier Anne de Clèves , la quatrièma femme. Henri n'avoit épousé cette princesse que par considération , il ne l'aima jamais/ •Catherine Howard ^ femme vicieuse y se pré^ Valut de ce dégoût du roi , et l'ayant rendu ftmoureux l'obligea à répudier Anne de Clèves. Après quelques mois de mariage ^ Diea permit que les dérèglemens de la vie de Cathéf rine Howard furent mis au jour. Le roi en fut informé ^ plusieurs hommes furent con-' vaincus d'avoir servi à ses criminelles volup-^ tés , ils l'avouèrent , et même avec des cîr* constances qui faisoient voir que cette reina^ avoit renoncé à toute honte« Elle-même étant découverte confessa tout et signa sa confession de sa main , (i) de sorte qu'il ne lui fut pas de grand usage de protester de son inno-« cence et de nier son crime sur l'échafand ^ comme elle fit , puisqu'on en avoît une con-fession signée de sa main qu'elle avoit donnée de Éoïï bon gré et sans y être forcée. Outr« cela, elle avoua sur Péchafaud qu'elle avoit été débauchée avant d'avoir épousé le roi y espérant^e cette sincérité d'une partie dtf 9a confession feroît don net croyance à l'an* |re : mais cela ne lui réussit pas , au contrair(|
Il *iiii I mil f n \ • \' t ■ ^1 iiy I ^^1
pour ta Kèfàrmàiion ^ tit. . !i yS
bn crut qu'il n'y avoit pas d'a'ppbrence qa# la qualité de reine 9 et les délices de la cour l'eussent rendue chaste.
Cette justice de Dieu vengea rinnocenc# opprimée d'Anne de Boulen , et la vertu nié-« prisée d'Anne de Cléves et sauva la vie à bien des gens , et entr^autres à Crammer. Il reprit courage et sollicita Tannée suivante C 1 ) ^^ acte du Parlement pour Vavancement de la vraie religion et Vaholition de celle qui lui est contraire. Par cet acte il fut ordonné entr'autres choses que la lecture de l'Ecnture Sainte seroit permise aux Laïques , à l'ex<ceplîon des plus viles personnes et de là plus basse condition ^ qu'on présuppose être destituées de lumière et d'intelligence. Les supplices décernés contre les hérétiques furent modérés. Il fut dit que les Laïques accusée d'hérésie y même après la troisième rechute, ne pourroient être punis que de la conliscar tion de leurs biens et d'emprisonnement , et que les ecclésiastiques ne pourroient être condamnés à la mort qu'après la troisième conipiction. Cela mit bien au large les réformés et en même temps il leur arriva encore une autre prospérité. C'est qu'après la mort de Catherine Howard f Henri devint amoureux do Catherine Parr , veuve de lord Latimer. Il
l7* '" Jtpologiê
en fit sa sîxièihe femme, troisième du nom de Catherine : elle étoit protestante de reli-^ gion. (1) Néanmoins dans les premiers jours de sa faveur elle ne put pas détourner une nouvelle tempête qui se formoit contre les déformés. On surprit à Windsor^roaison roya* le j une assemblée de gens qui favorisoient la réformation , on en brûla trois et l'on essaya d^écarter les autres. Ce fut en ce temps-là que Gardiner et son parti entreprirent de perdre Crammer , en représentant au roi qu'en vain avoit'il de la sévérité pour les hérétiques., pendant qu'il protégeoit celui qui étoit leur chef. Le roi a voit pour Crammer un fonds d'amitié qui étoit à toute épreuve , et dont il n'a voit pas fait grand mystère jusques-Ià« Il feignit pourtanl pour ce coup d^étre per« euadé , où au moins enclin â leur accorder c% qu'ils demandoient, et il leur ordonna de lui mettre en main les accusations qu'ils avoiént k ffîre contre Crammer : en ne manqua pas de faire une bonne liste de ttmtes ses héré* fiîes qu^on donna au roi. Mais au lieu de s'en servir à lui en faire un crime , il s'en alla trouver cet archevêque en sa maison deLambeth j lui découvrit toute la conspiration et lui permit de procéder contre ses accusateurs. Mais Crammer n'en voulut rien faire et leur
ppur ta Rêformatîon y etc. ^'j S
pardonna ; depuia ce temps -là Henri paruf; beaucoup plus favorable à la réformation ^ et même il est très-certam qu'il prit la'réso* lution de poursuivre ce qu'il avoit commencé et d'achever de bannir les erreurs de TËglisej ( 1 ) entr'autres il vouloic changer la messe en communion , et ramener le Sacrement | dont on a fait un simple spectacle , à sa véritable origine. On ne laissoit pourtant pas de fair^ tous les jours de nouveaux martyrs sous l'autorité' du roi et en vertu des lois qu'il ayoit établies. On brûla entr'autres une femme de qualité et d'un grand mérite aussi bien que d'une grande piété : elle avoit nom Jeanne A^êhena^ el)e souffrit des coups de gènes si terrïh\e& que %e% membres en furent disloqués. Le Chancelier lui même qui trouvoit que le bourreau ne donuoit pas la gène assez forte ) mit la main à la torture avec tant de violeace ^ qu'il pensa lui séparer du corps les jambes et les bras; de sorte qu'il fallut la por* ter dans une chaise au bûcher où elle fut brûlée avec quatre autres martyrs^ Et ainsi par la fureur des persécuteurs , les réformés ne profitèrent pas de l'adoucissement que Ton avoit apporté à la sévérité des lois» Car ces 2)outefeqx assiégeant perpét^ellement l'esprit de Honri VIII , le tiroient des sentimens do
\jB apologie
douceur et d'équîté , dans^ lesquels il entroî^l quelquefois pour le rejeter dans la cruauté. Ils crurent dans ce temps avoir suffisamment aigri Tesprit du roi contre les réformés pour pouvoir faire une nouvelle tentative sur lui pour obtenir de lui le sacrifice de Crammer. £t certainement la conservation de ce grand liomme que Dieu réservoit pour un grand ouvrage , est un des miracles de ce règne do Henri VIIL Gardiner , évêque de Wincester ^ Bonner , évêque de Londres , le duc dé Norfolk et les autres renouvellèrent leurs plaintes contre Crammer. Enfin ils obtinrent du roi qu'on le citeroitle lendemain au Con« »eil et qu'ils l'enverroient prisonnier à la Tour de Londres s'ils le trouvoient coupable. Ce fut alors qu'ils crurent être venus à bout de tous leurs desseins et qu'ils regardèrent la perte de Crammer comme assurée. Mais soit que le roi leur eût accordé cela seulement pour les éprouver et pour se moquer d'eux , ioit que son amitié pour Crammer Teût fait changer dWis depuis le consentement qu'il avoit donné pour le faire arrêter , il Tenvoya quérir la nuit ^ Tinstruisit de tout ce qui ^e passoit ^ et lui donna des ordres sur tout ce qu'il auroit à faire le lendemain quand il seroitcité devant le Conseil. Lllrchevêque^ quant à lui ;iié demandoit autre grâce au roi
four la Réformation , etc. f^j
•inoii que puisqu'il avoit à répondre de 5a doc* trine , on lui donna des juges qui fussent ca« pables d'entendre les matières. Le roi qui 'wyoit bien que si une fois il étoit prisonnier et accusé , il seroit impossible de le dérober i la rigueur des lois , parce qu'il étoit fort aisé de le convaincre de ce qu'on appelloit hérésie ; le regardant avec étoonement ,il lui dit en riant : vous êtes bien fou d'avoir si peu soin de votre vie ; croyez- vous que quand vous serez une fois prisonnier , ils ne trouveront pas mille témoins contre vous ? Puisque vêus. n^avez pas soin devous-méme fen veux preni dre soin. Et là-dessus il lui donna ordre que la lendemain quand il comparoitroit au conseil sur les accusations dont on lui feroit lecture, il dit qu'ayant Thoilneur d'être membre du conseil privé de Sa Majesté , il prioit ses col«; lègues d^enuser avec lui comme ils voudroient qu'on en usât avec eux. C'est que l'on fit ve-nir ses accusateurs en sa présence et qu'on examinât la chose un peu plus à fonds avant que de rien décerner contre lui : que s'ils le refusoient ,ilenappeleroit au roi^et que pour leur faire connoitre que ce qu'il en faisoit étoit avec aveu de Sa Majesté , il montra à ses juges son anneau et son cachet royal| que le roi tira tout exprès de son doigt et le don« na à rArclieyê:j[ae Crammer. Le lendemain^
^^t jépologie
rArchevêque ne manqua pas d'être cité de^ yant le conseil.II vint. Au lieu de Fouïr pronip-: texnent , on le laissa longtemps attendre à la porte. Le médecin du roi y ami de Crammer f Je voyant traité avec un si grand mépris en vint faire sa plainte au roi , lui disant qu'il venoit de voir un spectacle éfrange , le primat d'Angleterre qu'on faisoit attendre à une porte comme un misérable. Le roi envoya ordonner qu'on le fit entrer et qu'on l'entendit sans délai. L'Archevêque entra et la chose ee passa selon le projet que le roi en avoit formé lui même. Comme le duc de Norfolk pressoit Crammer de répondre , il demanda f[u'on lui fit voir ses accusateurs , et sur le refus il en appela au roi et montra l'anneau. Jamais gens ne furent plus déconcertés que ne furent ces conspirateurs à cette vue : ils se levèrent la tête baissée , et s'en allèrent trouver le roi qui les maltraita souverainement^ et leur dit qu'il pensôit avoir un conseil plus sage qu'il Vavoit paru dans cette action ; iju'il prblestbit que si un prince peut apoir de Vobligettion à un sujet , il en avoit à VAr- , eheuéfjM et qu'il le reconnoissbit pour le plus fidèle de ses sert/iteurs. Le duc de Norfolk voulut payer le roi de méchantes excuses , en disant, qn- il n'avoit eu aucun dessein de Buire ji rArchevêque , mais qu'il avoit voulu
pour la Rèfbrmution , etc. j 75
lui donner liea de «e justifier des soapçon» qu'on aroit contre lui, Henri leur répondit là-dessus selon son impatience ordinaire , et leur commanda de se réconcilier avec Cram* mer , et de ne penser jamais à lui faire d« maK
Il sembloit qne ce mauvais succès devoit empêcher les ennemis de la vérité de faire de nouvelles entreprises* Cependant après cet attentat ils en commirent un autre bien plus grand ; ils voulurent perdre la reine elle mê'* me : elle étoit protestante et réformée presque déclarée ; et faisoit même prêcher assez pu— \>Viquement dans sa chambre. Parce qu'elle avoit de Vesprit et de Tinstruction , elle dispu-! toit assez souvent avec le roi sur les matières de religion. Un jour qu'elle l'avoit un peu poussé , comme il étoit l'homme du monde la plus impérieux , et qui supportoit le plus impatiemment la contradiction, il conçut ducba-r grin contr'elle. Et ce chagrin joint à la mauvaise humeur où le jetoitsa maladie mortelle qui augmentoit tous les jours ,alla si loin qu^il ouvrit les oreilles aux plaintes cju'on lui faisoit continuellement contre la reine : comme contre une hérétiqe déclarée j qui au mépris dea lois et de l'autorité royale favorisoit hautement Vhétéhie , faisoit prêcher chez elle ^ et pe faisoit plus aucun mystère de sa révolte
t.8o apologie
contre l'Eglise. Enfin le roi fut poussé jusqu'à «îgner des articles d'accusation sur lesquels la reine devoit être citée ^ interrogée et en^ Voyéeà la Tour. Le chancelier» cruel persécuteur aus6i bien que Morus son prédéoeseeur ^ qui sollicitoit cette affaire contre la rei« xie , en pensant mettre ce papier en sa poche le mit auprès , et quelqu'un des amis delarei-** ne l'ayant trouvé le ramassa et le lui porta. Hlle fut bien surprise de voir que le roi sem* bloit l'avoir abandonnéeà la fureur de ses ennemis. Sans perdre temps elle alla trouver le Toi , et sans lui dire qu'elle avoit le papier où il avoit comme sîgné l'arrêt de sa mort ; elle lui demanda excuse de la manière indiscrète dont elle l'avoit poussé sur les disputes de religion i| que ce qu'elle en avoit fait, avoit seu* lement été pour s'instruire : Non, non y répondit* il 5 ce h* est pas cela , vous êtes un doC' t0ur capable de nous instruire et ^ui n'apez pas besoin d'instruction. Elle reprit la parole et poursuivît sa justification en disant qu'elle voyoit bien que le roi n'avoit pas bien cornpris ses intentions : que si elle s'étoit engagée si avant ce ti*avoît été que pour le faire parler, et lui faire oublier ses maux en recevant en même temps une instruction , dont elle orvoit bien profité : Si cela est ainsi , lui dit le roi f soyons bons amis , et l'embrassa avec
pour ta Rèformation , etCé iSf
beaucoup d'affection. Le lendemain avoU été marqué pour la mener à la Tour avec quelques-unes de ses femmes. La journée étant belle le roi se voulut promener , il envoya cher* cher la reine pour lui tenir compagnie et se promener avec lui dans le jardin du palais. Comme ils et oient ensemble le chancelier vint ac« compagne de quarante des gardes afin d'enlever la reine ^ le roi l'arrêta et le tirant à part, après quelque discours il le traita tout haut de coquin , de/ou et de bétêy et lui ordonna de se re« tirerpromptement de devant ses yeux.La rei« ne qui ne savoit point de quoi il s'agîssoit , et qui îgnoroit entièrement que le chancelier eut sollicité le roi pour la perdre , prit la parole afin d'adoucir le roi ^ et d'excuser le chance» lier. Mais le roiluirépondit , Madame y uous n*avez pas raison de parler pour lui. Ce coup fit perdre les arçons à toute la cabale papiste, et aliéna entièrement Henri Yllf, du parti des persécuteurs. Il ouvrit enfin les yeux , il vit qu'il y avoit de la fureur dans leur faux zèle , puisqu'ils n'étoientpas capables de respecter ni le trône ^ ni la maison royale , ni le lit de leur souverain. Il conçut une telle aversionpour ce parti persécuteur qu'il i'alloit perdre , et s'abandonner entièrement aux réforxnéSf s'il n'eut été prévenu par la mort. Depxus ce temps ; là il ne put souffrir la vue d|!
i8$ Jlpolagiè
Gardinerus , évéque de Winchester , et il ré» i^olut de se défaire du duc de Norfolk qui a- .Yoit été Fun des instrumens de la jiolenca qu'on avoit exercée contre les réformés. Il fît condamner à la mort et exécuter le fils de ce duc , le comte de Surrey ^ sur d'assez légers prétextes. Et le père déjà prisonnier etcon^ damné alloit avoir le même sort si Henri eut vécu quelques heures de plus. Comme ce^ prince étoit violent, il ne vouloit rienmédio<« cremenf et n'épousoit jamais un parti à demi» C'est pourquoi il y a toute apparence qu'il alloit travailler à bannir les restes du papisme avec tout le feu et toute la sévérité qu'il avoit employés pour les retenir. Mais la mort prévint tous ses desseins et sauvalavie au duc de Nor» folk, qui devoit avoir la télé tranchée le matin^ mais le roi mourut pendant la nuit. ( 1 ) C'est rétat où demeura la religion quand Henri VIII mourut âgé d'environ 67 ans , après un règne de près de 4o ans.