DE CHATES
qne le premier, mais qui n'avança pas davantage les intérêts de la colonisation. Il en préparait un troisième pour l'année 1601, lorsque la mort vint mettre fin à ses projets.
35. Après la mort de Chauvin, sa commission passa au commandeur de Chates, gouverneur de Dieppe, homme de beaucoup de mérite, qui s'était signalé en plusieurs occasions par sa bravoure et sa fidélité. Comme les entreprises de cette nature exigeaient des fonds considérables, M. de Chates forma une compagnie puissante, où entrèrent plusieurs gentilsnommés et les principaux marchands de Kouen et fie quelques autres lieux. Pontgravé eut la conduite «les vaisseaux, comme étant le plus expérimenté en ces grandes expéditions, cl fat charge en outre de continuer l'exploration du grand fiCuve jusqu'au saut Saint-Louis et au-delà, pour en faire son rapport, et préparer un second cmoarquement, auquel devrait se joindre le commandeur en personne.
36. neureusemcnt pour le Canada, M. de Ciiatcs rencontra, pour le seconder dans ses généreux desseins, un gentilhomme de capacité et de me rite :■ e^était Samuel de Champlain, que la providence destinait à être lui-même le père et le fondateur de la Nouvelle-France. Né à Êrouage en Saintonge (1), Champlain avait servi j^cndant quelques années comme maréchal de logis dans l'armée royale ; lorsque le licenciement des troupes que le roi entretenait en Bretagne lui fournit l'occasion de passer en Espagne, et de faire le voyage des Indes Occidentales, où il fut environ deux ans et deux mois.
37. Il y avait peu de temps que Champlain était revenu de l'Amérique Espagnole, lorsque le commandeur lui proposa de se joindre à Pontgravé pour faire le voyage du Canada, y examiner soigneusement le pays, et lui en faire un exacte et fidèle rapport. Il y consentit, avec l'agrément du roi, et partit de
Q) Il était fils d'Antoine de Champlain, capitaine de TaîsEeaU| et de Margaerito le Roy.
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Honfleiir avec Pontgravé le 15 de mars 1G03. Les. vaisseaux restèrent à Tadoussac, où devait se faire lu. traite, et, avec un bateau fort léger, Pontgravé et Ghamplain remontèrent le fleuve jusqu'au saut Saint- Louis, qu'ils ne purent franchir non plus que Jacques Cartier, et reprirent le chemin de Tadoussac, remarquant soigneusement les lieux favorables à un établissement, et recueillant de la bouche des indigènes, tous les renseignements possibles sur le cours des
Erincipales rivières et l'intérieur du pays. La grande ourgade d'Hochelaga avait disparu, et Stadacono n'était plus qu'un cn]) solitaire, recouvert d'épaisses forêts, auquel les sauvages donnaient dès lors le nom de Québec. De retour à Tadoussac, Champlain employa le peu de temps qui lui restait avant le départ des vaisseaux à poursuivre ses explorations jusqu'audelà de Gaspé, dressa une carte de toutes ses découvertes, et publia le récit détaillé de ce premier voyage.
38. En arrivant à Ilonfleur, Champlain et Pontgravé apprirent avec douleur la mort du commandeur de Chates. La perte d'un homme si puissant et en même temps si bien intentionné, était un vrai malheur pour le Canada, et il paraissait bien difficile de trouver personne qui put comme lui commander le respect et faire taire l'envie. Cependant il se présenta un nouveau protecteur, qui, sans avoir toutes les qualités do M. de Chates, était animé d'intentions droites, et jouissait d'un grand crédit à la cour : c'était Pierre du Gas, sieui' de Monts, gentilhomme calviniste, gouverneur de Pons. Il obtint une commission trètample, avec privilège exclusif du commerce des pelleteries pour dix ans depuis le quarantième degré do latitude jusqu'au quarante-sixième, et des lettres patentes de lieutenant général en toute cette étendue de pays. Le roi lui permit Texercico do sa religion en Amérique pour lui et pour les siens, à condition toutefois qu'il y protégerait la religion catholique, et qu'il y établirait une colonie.
39. M. de Monts conserva la compagnie formée par soa, prédécesseur, l'augmenta même do plu.sicuro
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négociante do Hoiien et de La Rochelle, et, au printemps de Tannée 1604, équipa quatre vaisseaux, dont l'un était destiné à faire la traite à Tadoussac ; le second, sous la conduite de Pontgravé, devait aller croiser dans le détroit de Canccau et sur les côtes du Cap-Breton, afin de maintenir les droits et privilèges de la nouvelle compagnie. Lui-même, accompagné de Champlain et de M. de Poutrincourt, conduisit les deux autres en Acadie. Arrivé au bout d'un mois (le G mai 160-i) en vue de La Ilève, il passa environ im mois à faire avec Champlain l'exploration des côtes de la presqu'île et de la baie Française (Fundy), et vint enfin fixer sa colonie à l'entrée de la rivière des Etchemins (ou Sainte-Croix), sur une petite île qui fut aussi nommée île de Sainte-Croix, Cette île, n'ayant qu'une demi-lieue de circuit, fut bientôt défrichée ; on eut même le temps de commencer des jardinages à la terre ferme. Mais, l'hiver venu, on se trouva sans eau douce et sans bois, et, comme on fut bientôt réduit aux viandes salées, le scorbut se mit dans la nouvelle colonie, et enleva trente-six personnes jusqu'au printemps. Au«si, dès que la navigation fut libre, M. de Monts fit équiper une barque, et prit sa route vers le sud, accompagné de Champlain et de quelques autres gentilshommes, pour chercher un climat moins rigoureux. Il rangea la côte jusqu'audelà du cap Cod. Enfin, ne pouvant trouver un lieu qui lui offrit tous les avantages qu'il cherchait, il revint à Sainte-Croix, où il fut décidé que l'on retournerait à l 'Acadie. On se met à l'œuvre ; chacun démolit ce qu'il a bâti avec tant de peines, et l'on se transporte armes et bagages à Port-Royal.
40. Après avoir à la hâte jeté les fondements de la nouvelle habitation, M. de Monts s'embarqua pour la France, laissant à Pontgravé le soin d'achever les constructions commencées. A son arrivée en France, il trouva les choses bien changées à son égard : les pêcheurs et les marchands avaient représenté à la cour, que le privilège de M. Monts, en ruinant des centaines de familles employées dans ce négoce, ne
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manquerait pas de diminuer considérablement lo revenu des douanes du roj^aume. La cour crut devoir céder à ces remontrances, et le privilège fut révoqué. 31. de lAlonts ne perdit cependant pas courage. Il lit un nouveau traité avec M. de Poutr incourt, qui so chargea de préparer une nouvelle expédition pour le printemps de 160G. La lenteur der. préparatifs et la longueur de la traversée firent croire aux habitants de Port-Royal qu'on les avait abandonnés. Pontgravo mit tout en œuvre pour leur donner du courage ; mais, outre que le terrible mal de terre avait moissonné une douzaine de personnes pendant l'hiver, on allait manquer bientôt de toutes provisions, et il se vit à la tin contraint de s'embarquer pour la France avec tout son monde, ne laissant dans le fort que deux hommes, qui voulurent bien demeurer seuls pour garder les effets qu'on ne pouvait emporter, rontgravé était à peine sorti de la baie Française, qu'il rencontra une l)arv^ue venant de Canceau, qui lui annonça l'arrivée de M. de Poutrincourt. On reprit donc le chemin de Port-Royal, où l'on trouva lo vaisseau déjà rendu. L'abondance remédia à tous les mau?v : les maladie? diminuèrent, les grains ensemencés fructifièrent au-delà de toute espérance, et, quand l'hiver arriva, les nouveaux colons étaient prêts à en affronter les rigueurs.
4L Tandis que Port-Royal donnait de si belles espérancej^:, les ennemis de M. de Monts achevaient de le perdre en France ; ils parvinrent enfin à lui faire ôter sa commission, et il ne put même obtenir d'autre dédommagement, pour les avances qu'il avait faites, qu'une somme de six mille livres à prendre sur les vaisseaux qui feraient le commerce des pelleteries. Au fond, cette gratification n'était rien ; car, outre que la distance des lieux et la nature du commerce ne lui laissait aucune chance do recours contro res débiteurs, les frais de poursuite auraient infailliblement dépassé la somme à laquelle il pouvait prétcndro. Au reste, deux fautes surtout devaient causer linn'no do l\ï. do Mont j : la première était d'avoir
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lit partir se ^ colons avant de savoir précisément où. 5S établir ; la seconde, de n'avoir pas, dès le com-
fait le.
mencement, pourvu sa colonie de grains et dt bestiaux, au lieu d'attendre sa subsistance des vaisseaux d'outre-mer.
DEUXJÈME ÉPÔOIE
DEPUIS LA FONDATION' DE QULBEC JUSQU'a L'ÉTABLIS- SEMENT DU CO^iSEIL SOUVERAI>(. (1 G08-16()J.)
CII^VPITEE PEEMIER
Fondation Je Québec. — Nations indigènes amiesctennomics. — Premièro et seconde expéditions de ChampLiin contre les Iroquoi?, — La traite au saut Saint-Louis ; Placc-Rojalc. — Chainplaiu rcmonto rOutaouais. — Formation d'une nouvello compagnie.
42. M. do Monts, sans se laisser décourager par lc3 contradictions, eut le crédit de se faire rétablir pour un an dans son privilège, et voulut faire encore uno tentative de colonisation. Cette fois, il tourna ses vuej vers le Canada. De concert avec ses associés, il équipa deux navires : l'un, sous les ordres de Pontgravé, devait surveiller la traite des pelleteries ; et l'autre, commandé par Champlain, était destiné pour Québec, oà il arriva le 3 juillet 1608. « Je cherchai, dit Champlain, un lieu propre pour notre habitation ; mais je n'en
Î)U3 trouver de plus commode, ni de mieux situé quo a pointe de Québec, ainsi appelée des sauvage?, laquelle était roniplie de noyers. i> Il était impossible en effet de mieux placer le chef-lieu d'une colonie n/iissant«. Un superbe promontoire, formant uno citadelle déjà presque achevée par les mains de la nature ; im vaste bassin et une rade profonde, où plusieurs flottes peuvent mouiller à l'abri des tempêtes ; un ensemble de beautés pittoresques comme on en trouve peu dans le monde entier ; une position centrale, au bord d'un fleuve majestueux et profond.