Arrivé au saat^aiut-Loui.i, il trouva que ::oii
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:abscîico do la traite l'année précédente, avait produit ^ur l'esprit de ces peuples une fâcheuse impression. Xies désordres qui avaient eu lieu en 1612, les mau- 'vah traitements qu'ils avaient essuyés de la part do <;[uclque3 français mal intentionnés, et, plus que tout •cela encore, le désappointement de ne pas y ren- -contrer Champlain, comme il leur avait promis, les vivaient entièrement dégoûtés de la traite. Il ne vint •cette année au saut Saint-Louis que quelques canots iilironquins, assez richement montés, il est vrai, mais «n trop petit nombre pour satisfaire la cupidité des marchands, qui avaient fait cette année de grandes avances.
G 1 . Pour rétablir la confiance des indigènes, en même temps que pour connaître par lui-même les parties <lu pays qu'on n'avait encore pu explorer, Champlain se décida à remonter la grande rivière des Algonquins (l'Outaouais). Un français, du nom de ISTicolas do Yignau, avait rapporté, au retour du voyage de 1612, ■que la rivière des Algonquins avait sa source en un lac -qui se déchargeait à la mer du Nord, assurant avoir été jusqu'à cette mer, et avoir vu de ses yeux les débris d'un vaisseau anglais. Les découvertes qu'il udson iivait ftxites tout récemment dans les mers du Nord, •et sa malheureuse fin dans l'un de ces voyages, Tenaient encore donner de la \Taisemblance à sa narration. Plusieurs seigneurs de la cour, entre iiutres le président Jeannin et le maréchal de Brissac, furent d'avis que Champlain devait aller voir la chose par lui-môme, et s'assurer de la vérité d'une découverte qui pouvait avoir des conséquences de la plus haute importance. Il partit donc le 27 mai 1613 de l'île Sainte-Hélène, avec quatre français et un sauvage. Après avoir franchi péniblement tous les rapides de l'Outaouais, nos voyageurs arrivèrent à la résidence de Tcssouat, chef des Algonquins de l'Ile (1). Là, en
{!) Ces sanvapjcs habitaient l'ilo des Allumettes, et s'appelaient en leur langue Kichesîpirini, ou hommes de la grande rivittrc. Par sa position, cette ilo était commo la clef de l'Outaouais.
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présence des sauvages avec qui il avait passé l'hiver précédent, de Yignau fut contraint d'avouer qu'il n'avait jamais été j^lus loin, et que tout ce qu'il avait conté de cette mer du Nord, n'était qu'une invention qu'il avait imaginée pour faire de nouveau le voyage du Canada, et obtenir quelque récompense de ses prétendues découvertes. Champlain eut besoin d* toute sa douceur pour se contenir en ce moment, et dut même user de son autorité pour empêcher les sauvages de lui faire aucun mal. Avant de prendro congé de Tessouat, il planta sur le boixl du lac, en un lieu éminent, une croix de cèdre avec les armes de. France, que les sauvages lui promirent de respecter, ainsi que toutes celles qu'il avait érigées le long do la rivière.
G2. En repassant au saut de la Chaudière, Chamj^jlain fut témoin d'une cérémonie à laquelle les sauvages ne manquaient jamais. Les vo^^ageurs se réunirent } l'un d'(îux prend un plat de bois, et fait une quête parmi ses compagnons. Chacun y met un morceau de petun, ou tabac ; l'on pose le plat à terre, et tous font à l'entour une danse accompagnée de chants cadencés à leur mode. Un des capitaines fait une. harangue, rappelant à ses camarades le respect qu'ils, doivent toujours avoir pour une coutume si ancienne et si efficace à les garantir contre les attaques do leurs ennemis ; les malheurs que pourrait leur causer le méchant manitou ; jouis il prend le plat, va jeter l'offrande au milieu de la Chaudière, et tous ensemblepoussent un grand cri au moment où le tabac disjoarait dans l'abîme. Les soixante canots qui accompagnaient Cham.plain arrivèrent au saut Saint-Louis le 17 juin. Aussitôt que la traite fut finie, Chamjolain se hâta de repasser en France, sur le vaisseau du sieur do MaisonnouvQ, qui partit de Tadoussac le 8 juillet, et arriva à Saint-Malo le 2G août.
G3. Si le voyage de 1613 n'eut pas le succès qu'on en attendait, il eut cependant un résultat très-important pour la colonie. Les funestes effets qu'avait joroduitsl'avidité des marchands, en tarissant la source môme
■du commerce, firent comprendre à Cliam])lai;î que le seul moyen de travailler efiieacement à l'honneur do la France et au salut des infidèles, était de former, sous la protection du prince do Condé, une bonne et puissante compagnie, dont les ressources collectives permettraient, bien mieux que toutes les richesses individuelles, de poursuivre et améliorer les entreprises déjà commencées. Champlain se rendit donc à Fontainebleau, où étaient le roi et le prince, leur rendit un compte fidèle de son voyage, et leur fit agréer son. projet. Les marchands do Koiien, de Saint-Malo et do La Ivochelle furent invités à prendre part à la nouvelle compagnie. Les Normands et les Malouins se trouvèrent prêts au temps marqué ; les Eochelois se firent iittendre. Champlain ne laissa pas de conclure raffaire, on réservant toutefois un tiers aux Eochelois, au cas que dans un certain temps ils voulussent encore entrer dans la société ; mais ils furent si longtemps à se •décider, qu'enfin il fallut les laisser de côté, et diviser les parts moitié par moitié entre ceux de Rouen et de Saint-Malo. L'acte fut ratifié par le prince, et 'confirmé par le roi pour onze années ; ce qui fit regretter aux Eochelois leur négligence ou leur obstination, parce que les privilèges de cette compagnie firent cesser la liberté de commerce dans tout le Saint-Laurent.
CIIAPITEE IL
iirrivdo des Pères Rdcollcts en Canada — Premières missions huronncs — La mer Douce — Troisième ex])cditiou de Champlain contre les Iroquois — Le lao Ontario — Arrivée de la famille dllébert.
64. Ayant intéressé tant de personnes riches et puissantes au sort d'un pays qui renfermait déjà tous les éléments de sa prospérité future, Champlain s'occupa fictivement à lui procurer les secours religieux auxquels il avait été impossible de j^ourvoir jusque-là. A la suggestion du sieur Houel, contrôleui* général des
salines de Brouagcs, il demanda et obtint quatre Pères Kécollets, que la compagnie s'engagea à fournir de tout ce qui leur était nécessaire. Il partit de Honfleur le 2-1 avril 1G15, sur le vaisseau de la coms pagnie, le Saint-Etienne, commandé par Pontgravé, amenant avc-c lui les premiers missionnaires qui aient annoncj l'évangile sur les bords du Saint-Laurent, les Pères Denis Jamay, Jean Dolbeau, Joseph le Caron,. et le Frère Pacifique Duplessis. Au bout d'un mois, ic 25 mai, le vaisseau mouillait l'ancre devant Tadoussac.
65. Dès qu'il y eut une barque de prête, Champlain voulut monter à Québec un des premiers, avec lo P. Dolbeau, pour y fixer, de concert avec lui, l'emplacement d'une petite chapelle (1) et d'un modesto logement destiné à recevoir les nouveaux missionnaires. Peu après, arrivèrent les barques de la traite, et le P. le Caron, impatient d'exercer f^on z'de pour lo salut des sauvages, ne voulut pas môme arrêter à l'habitation, et se rendit immédiatement au saut Saint- Louis, moins pour visiter les lieux, que ^^our avoir une première entrevue avec ces barbares, à la conversion desquels il venait de dévouer toute son existence. Poussé du même zèle, le P. Denis ne fit aussi que passer à Québec, et en repartit vers le 8 avec Champlain, pour aller rejoindix) le P. le Caron, et voir j^ar lui-môme les moyens qu'il y aurait à prendre pour le succès de ces nouvelles missions. A peine étaient-ils rendus à la rivière des Prairies, qu'ils rencontrèrent le P. le Caron qui redescendait en grande hâte à Québec, pour chercher les ornements et autres choses nécessaires à la mission lointaine qu'il avait déjà concertée.
QQ. Lorsque Champlain arriva au saut Saint-Louis, lessauvagcs témoignèrent une extrême joie de son retour^ et lui représentèrent qu'ils ne désiraient rien tant quo
(T) Cette prcraicrc chapelle, qui fut jusqu'à la prise du pays par le» Kertb, la seule église paroissiale do Québec, paraît avoir été placée au fond do l'ancc du Cul-de-Sac (aujourd'hui lo marché Champlain), à. peu près à l'encoignure de la rue Champlain et de la rue Sous-le-ïorL
l'amitié des Français, maintenant surtout qu'ils amenaient avec eux des hommes de prière, pour leur apprendre à connaître le grand Esprit ; mais qu'il leur serait toujours bien difficile de descendre en grand nombre, tant qu'on ne les aiderait pas à réduire leurs implacables ennemis, les Iroquois, qui leur barraient constamment le passage. Champlain en conféra avec Pontgravé, commis général, qui, comme lui, fut ■d'avis qu'il était nécessaire de leur prêter secours, tant pour se les attacher, que pour arriver plus facilement à bien connaître le pays, et à favoriser les généreuses résolutions des missionnaires. Il fut donc convenu que Champlain, avec autant d'hommes que possible, irait jusques dans leur pays, pour y organiser une grande et vigoureuse expédition contre les Iroquois. Les sauvages alliés devaient foui-nir de leur côté deux mille cinq cents hommes de guerre.
07. Avant que d'entreprendre un si long voyage, Champlain se vit contraint de descendre à Québec, pour y régler l'ordre à tenir pendant son absence. Il rencontra de nouveau à la rivière des Prairies le P. le Caron, qui revenait de Québec. Les Pères y chantèrent solennellement une messe le 23 ou le 24 de juin, en présence d'un grand nombre de sauvages, émerveillés de toutes ces imposantes cérémonies, dont ils n'avaient jamais été témoins. Une couple de jours après, le 26 juin, le P. Dolbeau de son côté célébrait à Québec, au son de la petite artillerie de l'habitation, la première messe qui y ait été dite depuis l'époque de Jacques Cartier. Champlain, qui avait promis d'être de retour au saut dans quatre jours, en fut dix à son voyage ; Pontgravé et le P. Denis, qu'il rencontra sur le chemin, lui dirent que les sauvages étaient partis avec le P. Joseph le Caron et douze autres français, croyant, sur de faux rapports, qu'il avait été pris et tué par les Iroquois. Sans se décourager, Champlain s'embarqua avec dix sauvages, un interprète et son scrv^iteur. Pour couper au plus court, nos voyageurs
? prirent la rivière des Prairies, et remontèrent 'Outaouais et le Mataouan l'un de ses tributaires ;
puis, rendus à la hauteur des terres, c'est-à-dire, au laa Kipissing, descendirent à la mer Douce (lac Huron) par la rivière des Français. Enfin, après avoir côtoyé les boi*ds rocailleux de ce que nous appelons aujour-^ d'hui la baie Géorgienne, ils arrivèrent le prémicr d'août, au pays des Hurons, où ils trouvèrent que la P. le Caron était déjà rendu depuis quelques jours.
G8- Les Hurons, dont le nom sauvage était Houendat, habitaient cette presqu'île située au fond de la baio Géorgienne entre le lac Simcoe et la baie de î^ataouasagué, pays sablonneux, mais fertile et bien arrose. Ils étaient au nombre d'environ trente mille âmes,, formant dix-huit à vingt villages, dont six étaient fortifiés et entourés de bonnes palissades. On ,;y distinguait quatre grandes tribus : celle de l'Ours, ou des Attignaouentans, qui occupait la pointe nordouest de la presqu'île ; celle de la Roche, ou des Arcndaronon, qui était sur la limite opposée, vers lo Couteau-Croche ; les Attignénonghac et les Tohontaenrat, qui occupaient le centre.
69. Champlain, prit terre au port d'Otouacha, ou Toenchain (la baie du Tonnerre), visita quelques villages de la tribu de l'Ours, et arriva enfin au bourg; de Carhagoua, qui paraît avoir plus tard changé son nom en celui d'Ihonatiria ; là, il eut la consolation d& voir le P. le Caron, avec lequel il passa une dixaine de jours lui et les autres français, afin d'aider à disposer tout ce qui était de première nécessité pour le logement du missionnaire et le service divin. Pendant que les Hurons et les Algonquins faisaient les préparatifs de l'expédition, Champlain prit le parti de se rendre de village en village jusqu'à Cahiagué (appelé plus tard Saint-Jean-Baptiste), où était fixé le rendezvous de toute l'armée. Sur ces entrefaites, arriva une jinouvclle qui donna du courage à ceux qui n'étaient pas encore bien décidés à la guerre. Une nation du Hud, que l'on suppose être les Andastcs^ fit savoir aux Hurons qu'elle était disposées Ijur prêter main forte,, et à faire comme eux alliance avec les Français. Djs ce moment, on ne songea plus qu'à faire les festins et
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lo3 cLincos d'usage dans ces sortes de préparatifs. Avant lo départ, on dépêcha deux canots vers les Anda.stcs, pour les prévenir du départ de l'armée, et fixer lo jour o à les cinq cents hommes promis vien* dmlcnt surprendre les Iroquois de leur côté.
70. L'armée se mit en marche dans les premiers jours do {.cptcmljrc, traversa le lac Simcoc, et vint prendre lc3 rivi.res d'Otonabi, de Trent et la baie de Quinte, pour travei-ser le lac Ontario d'ile en île jusqu'à la pointe de la Traverse (aujourd'hui Stoney Point). Là, on cacha les canots, et l'armée s'avança avec précaution vingt-cinq ou trente lieues dans les terres, c'est-:1<lire, jusque vers les environs du lac Canondaguen (ou Canandaigd), dans l'état de New-York.
7L Le 10 octobre, sur les trois heures de l'après-midi^, les alliés arrivèrent devant le fort des ennemis. On avait résolu de ne donner l'assaut que le lendemain ; mais il fallut que les Français, pour contenter l'impatience des sauvages, fissent voir de suite aux Iroquois l'efFet meurtrier de leurs armes à feu. La première escarmouche cependant n'eut guère d'autre résultat que d'abattre quelques ennemis, et forcer les autres à. se réfugier dans leur fort. Les alliés se retirèrent à la portée du canon, hors de la vue des Iroquois. Ce fut alors que Champlain leur fit de sévères reproches sur le peu d'ordre qu'ils observaient entre eux ; ce qui ne pouvait que tourner à leur confusion et à leur ruine. Il no laissa pas, cependant, de leur suggérer divers stratagèmes et ruses de guerre, entre autres la construction d'un cavalier en bois, du haut duquel les arquebuses françaises pourraient plonger dans le fort et prendre les ennemis à découvert ; ce qui fut exécuté de bonne heure le lendemain. C'était lo jour où devaient arriver les cinq cents hommes promis par les Andastes, qui cependant ne paraist^aient point. Champhiin, voyant qu'ils étaient en assez bon- nombre pour totttcr i'ntlaquo, et jugeant qu'un trop long l^etard ']f)oHrrîiit faire tènt manquer, pareb q ne les ennemis commençaient à renforcer leur.; rctraiiche- Tneirts, cmgagea le-i alliez à livroi* i'hs^^iojt ^itr le
charr>^). Deux cents hommes approchèrent le cavalier, du haut duquel trois ou quatre arquebusiers suffirent pour déloger les Iroquois de leurs galeries ; tandis que d'autres étaient chargés d'apporter les manteleta par ordre, afin de mettre le feu aux palissades. Mais, dans l'entraînement de l'action, ils n'écoutèrent plus que leur propre inspiration ; si bien qu'au lieu do mettre le leu du côté où le vent donnait, ils l'appliquèrent du côté opposé, et les ennemis, qui avaient de grandes provisions d'eau, l'éteignirent en un instant jnir le moyen de gouttières préparées d'avance pour cette fin. Pendant trois heures, les flèches volèrent de part et d'autres, et les Français pointèrent leurs arquebuses de leur mieux. Enfin, les alliés, voyant deux de leurs princi2)aux chefs blessés, avec une quinzaine d'autres, commencèrent à parler de retraite, en disant qu'il fallait attendre le secours des Andastes. Il fallut donc regagner le retranchement. Champlain, qui lui-même avait été blessé à la jambe et au genou, leur fit encore quelques remontrances sur leur indiscipline. Mais le découragement les avait déjà gagnes ; ils consentirent à attendre encore quatre jours, dans l'espérance de voir arriver les Andastes, et restèrent campés depuis le 12 jusqu'au 16 d'octobre. Au bout de ce temps, le secours attendu n'arrivant point (1), on se prépara à faire retraite en bon ordre. Los blessés furent attachés dans des espèces de paniers, et portés ainsi tant qu'il y eut quelque danger, au milieu de la troupe, dont les ailes et les derrières étaient bien armés.
72. Quand on fut de retour au lac Ontario, Champlain demanda aux sauvages qu'on le ramenât à l'habitation ; mais il ne se trouva ni canot, ni guide, qui voulût cntrc])rcndre le voyage à une saison aussi avancée. Les Hurons, du reste, étaient bien aises de garder avec eux Champlain et ses compagnons ; ceux-ci pouvaient leur être encore d'un grand secours, et surtout leur enseigner le secret de bien se défendre
(1) Le.s Andastes n'arrivèrent (|ue deux jours après le départ des sauvages alliés.
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contre les attaques et les surprises de leurs ennemis.' Il fallut donc se résoudre à hiverner avec ces barbares. Heureusement que Champlain était homme à savoir tirer parti d'un pareil contre-temps. Il profita de son séjour parmi les sauvages, j^our mieux étudiorleurs mœurs et leurs coutumes, acquérir une connaissance plus exacte de leur pays, des nations environnantes, et former entre eux et les Français des liens d'une amitié plus durable.
73. Après s'être reposé quelques jours chez son hôte lo capitaine Atironta, à la bourgade de Cahiagué, Cham2)lain voulut revoir le P. le Caron. Il le trouva à son village de Carhagoua, bien portant et disposé à entreprendre le voyage de la nation du Petun, qui demeurait à quelques journées au sud-ouest du pays huron. Ils partirent ensemble le 15 janvier, et y arrivèrent le 17. Les Tionnontatés (c'était leur nom huron) cultivaient le maïs, et menaient une vie sédentaire, comme les Hurons eux-mêmes, dont ils parlaient la langue. Ils leur firent très-bon accueil, et leur offrirent des présents de leur chasse et de leur pêche, promettant de descendre aux Français l'année suivante. De la nation des Tionnontatés, Champlain et le P. le Caron poussèrent jusqu'à celle des Cheveux- Kolevés (les Andataouat). Ces sauvages avaient Ic.i cheveux relevés, fort bien agencés, et mieux peignés que n'aurait su faire le plus fin courtisan. « Ce sont, dit Champlain, les plus propres sauvages que j'aie vupj en leurs ménages, et qui travaillent le plus industrieusement aux façons des nattes, qui sont leurj tapis de Turquie. > Ils cultivaient aussi le maïs et les légumes ; mais ils avaient surtout la réputation d'être grands guerriers, fort habiles à la chasse et à la pêche, et ils faisaient le trafic avec des nations éloignées de trois à quatre cents lieues. Les Cheveux-Relevés firent aux étrangers le meilleur accueil possible, et les invitèrent à leurs festins. î^os voyageurs avaient inte«tion de se rendre jusqu'à la Nation-Neutre (1) ;
(1) La Nation-Neutre (ou Attiouandaronk) s'appelait ainsi parco qu'elle se tenait constamment dans un état do stricto neutralité entre les llurons et les Iroquois, ou leurs divers alliés.
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mais on ledr fit un portrait si sombre de ces peuples, qu'ils jugèrent plus prudent de ne pas se hazarder plus loin, et retournèrent au pays des Hurons.
74. A peine Champlain était-il de retour chez son hôte Atironta, qu'il fut appelé à juger un difféi*end qui s'était élevé entre les Algonquins et les Oura ou Attignaouentan. Ceux-ci, fort mécontents de ce qu'Iroquet avait adopté pour son fils un prisonnier qu'ils ne lui avaient remis que pour en faire bonne justice et le tourmenter à leur façon, avaient envoyé quelqu'un pour aller tuer ce prisonnier. Le huron eut l'audace d'exécuter sa commission en face même des principaux de la nation algonquine, qui, transportés de colèrs, lui firent payer immédiatement sa témérité. On court aux armes, et les Algonquins se virent sur le po"nt d'être tous massacrés. Il n'en fallait pas plus pour empêcher les Hurons de descendre à la traite, parce que les Algonquins leur eussent immédiatement interdit le passage de leur rivière (l'Outaouais) ; d'un autre côté, cette querelle rendait encore imj^ossiblc le voyage que lesNipissings avaient promi.ï do faire faire à Champlain vers les sources do l'Outaouais et la mer du Nord. Les deux parli.% sentant chacun leurs torts réciproques, avaient essayé d'entrer en accommodement, mais sans pouvoir arriver à une entente cordiale. Champlain, qui n'avait pas voulu s'immiscer trop tôt dans leurs affaires,. consentit enfin à accepter l'arbitrage entre les parties contestantes, et parvint à apaiser l'excitation.
75. Dès que la navigation fut rouverte, les Ilurona s'assemblèrent pour descendre à la traite, et reconduire Champlain et le P. le Caron à Québec. L:i flottille, partie le 20 de mai, fut quarante jours à f;>.iro le trajet, et n'arriva que sur la fin de juin au saut Saint-Louis, où était Pontgravé, avec tous les autres traiteurs. Quand les sauvages eurent troqué paisiblement toutes leurs pelleteries, Champlain se hâta de descendre à Québec, avec son hôte Atironta, auquel il tenait à montrer les logements et la manière do vivre des Français. La ï'éjouissanco fut ^-rando dans
toute la colonife, quand on vit arriver Cliamphiin et lo P. le Caron, sur le sort desquels on commcnc^ait ;\ avoir de sérieuses inquiétudes ; la petite chapcilc retentit de chants solennels d'actions de grâce-, pour remercier Dieu de les avoir conservés à travers de si grands dangers.
76. Avant le départ des vaisseaux, les missionnaires ti .'iront une espèce de conseil, pour réunir toutes les connaissances qu'ils avaient acquises dans leurs différentes courses, et convenir de ce qu'il y aurait à faire pour la conversion des sauvages et le succès des missions du Canada. Connaissant le zèle et l'expérience de Champlain, ils le prièrent d'y assister avec six autres des personnes les mieux intentionnées. Les principales conclusions auxquelles on arriva, furent : 1° Qu'on n'avancerait jamais à rien, si l'on ne commençait par fortifier la colonie d'un plus grand nombre d'habitants, laboureurs et artisans ; mais qu'il était important surtout pour l'établissement de la foi, d'interdire l'entrée du pays aux huguenot 3 et à tous ceux qui pourraient malédifier les sauvages ; 2^ que hi fondation d'un séminaire, pour l'instruction des enfants tant sauvages que français, était une couvre à laquelle il fallait intéresser et la comp:ignic et la France tout entière ; 3° enfin qu'il fallait plutôt que la traite fût libre à tous les français, que de laisser entre les mains de quelques particuliers intéressés les moyens d'étouffer dans sa naissance toute entreprise de colonisation ou d'agrandissement.
77. Champlain, demanda au P. Jamay et au P. le Caron de vouloir bien l'accompagner, pour obtenir plus efficacement tous les secours nécessaires. Le P. Dolbeau resta seul de prêtre à Québec, avec le FrvTC Pacifique Duplessis. Avant son départ, Champlain fit fortifier l'habitation, qu'il agrandit d'un tiers, parce qu'elle n'offrait pas assez de logement. Le 20 de juillet, il quitta Québec, en compagnie des deux Pù-c:^ K 'collets, pour aller prendre le vaisseau de Pontfrr:ivc à Tadoussac, qui mit à la voile le 3 d'août, cfc arriva à Ilonfleur le 10 de septembre 1616.
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18. Le prince do Conclé, par suite dç hi part qu'il avait prise aux troubles de la régence, venait d'être mis à la Bastille. Son emprisonnement ne fut pas sans influence sur les affaires de la Nouvelle-France ; «car, comme observe Champlain, le chef étant malade, les membre^i ne peuvent être en santé. » Quelques intriguants profitèrent des circonstances pour i"airo nommer le maréchal de Théminesà la2)lacedu prince de Condé, qui li'en persista pas moins à exiger de la compagnie ce qu'elle était convenue de lui payer. Il s'ensuivit un grand procès, qui fut porté devant le conseil du roi, et de L\ renvoyé devant la cour du parlement.
79. Les disputes sq continuaient au printemps do 1617, lorsque les vaisseaux mirent à la voile pour le Canada. Si l'embarquement ne fut pas encore ausiû considérable qu'on l'eût désiré, le pays du moins lit cette année une précieuse acquisition dans la per^onno de Louis Hébert, chef de la première famille qui ;:.o soit établie en Canada (1).
CilAPITEE HT.
Troubles dans l.a colonie occasionnés par la mcartro d j doux r.v.nn.aij — Difficultds ciitro Champlain et l,i rom})agnîc — Bâtissu du c uvcnt de Notrc-Danio -des- Anges — Cliauiplain conduit sa famille en Canada — Construction du fort et du chûteaii Saint-Louis — Assemblée do 1(321 — Premières concessions do terres — Champlaia reconduit sa famille en France.
80. Les Pères Eécollcts, de concert avec Champlain, faisaient, auprès de la compagnie des marchands,
(1) Louis Hébert était apothicaire. " Outre l'cxpérienco qu'il a on son art, dit Loscarbot, il pruud grand plaisir au labourage de la t:>rre." Contraint d'abandonner l'ort-Ruyal en 1607, il voulut tenter i;ue seconde fois d'établir sa famillo dans lo nouveau mondel Louis Hébert était marié à Mario Piol lot, et avait, lors do son arrivée à Québec, trois enfants : Anne, G:;illemette et Guillaume. Celui-ci était encore en bas âge ; l'aînée, /.nnc, se maria, peu de temps après, à Etienne Jcnfir.est; Guillemotto épousj, en 1G21, Guillaunic Oouillard, "dont la postérité, dit lo i*,Jo Clercq, est dcvoî.uc si liombrcuse, qu'on en compte actuellement (iCOl) plus do deux cent cin^juant.) j)e"sonnc.s et plus de neuf oonta (lui sont alliés à cette famille. "
d'inutiles cftbrts pour obtenir les secours les plus indispen;fables. Cette année, 1617, les vaisseaux furent treize semaines en mer, et consommèrent une grande partie des provisions destinées à l'habitation. Pour ^surcroît de malheur, un événement inattendue vint encore aggraver l'état pénible de la 2)etite colonie. TJ n sauvage mécontent avait assassiné traîtreusement deux français. Ce meurtre ne pouvait rester impuni, et cependant les sauvages persistaient à ne point livrer le coupable. Ils avaient même pris le parti do se débarrasser de cette poignée de français, et ih; s'étaient déjà rassemblés au nombre de huit cents, ])r5ts à faire coup à la première occasion. Le Frère Pacifique Duplessis, qui eut vent de leur complot, fit avertir les français de l'habitation. Les sauvages, se voyant découverts, crurent qu'il valait mieux recourir aux voies de conciliation. Ils députèrent à Québec un de leurs compagnons nommé Laforière, })0ur ])rctester que ce meurtre était le fait de quelque particulier sans aveu, offrant du reste, suivant leur expression, de couvrir les morts par d'honnêtes présents. Comme l:i paix était également nécessaire aux deux parties, l'o]! se montra aussi facile qu'il était possible de l'être. Le criminel fut amené devant le conseil des Français. Par précaution cependant, on leva le ])ont-levis de l'habitation, et Ton se mit en garde, jusqu'à ce que h^ procès fût entièrement réglé. Il fut décidé que ïou attendrait l'arrivée des vaisseaux, pour considérer l'aftaire encore plus mûrement, et que, en attendant, les parents ou amis du meurtrier donneraient quelquesuns de leurs enfants pour otages ; ce qu'ils accordèrent volontiers. Deux petits garçons furent remis entre les mains des Pères PécoUets, qui commencèrent à leur montrer leurs lettres et à les instruire. Les vaisseaux étant arrivés, on s'assembla aux Troih- Eivières, où se devait faire la traite ; lA, il fut conclu définitivement, qu'il était de la prudence d'arranger l'aflairo à l'amiable. Les sauvages firent quelque satisfaction, et on leur promit de tout oublier.