De retour en France, dans l'automne de 161S
Champlain avait réussi à obtenir, pour le printemps suivant, un armement un peu plus considérable, et il se disposait à repasser avec sa famille ; lorsque les membres de la compagnie lui firent savoir, avec certains ménagements, qu'on lui ferait bonne réception, vnais que l'on avait jugé opportun de donner le commandement de l'habitation au commis général de la traite, Pontgravé, afin de lui permettre de s'occuper lui-même plus activement des découvertes, pour lesquelles il avait une aptitude bien connue : c'est-à-dire, que la compagnie voulait se débarrasser de tout contrôle, et faire de Champlain un sim^^le coureur de bois, pour amener, de tous les coins du pays, autant de pelleteries que possible à son magasin. Champlain leur fit réponse : Que, comme lieutenant du vice-roi, il avait, par ses lettres de commission mêmes, droit de commander au fort et à l'habitation de Québec, le magasin excepté ; que, pour son ami Pontgravé, son âge le lui faisait respecter comme son père ; mais qu'il ne consentirait jamais à lui céder un droit dont il croyait avoir raison d'être jaloux. La compagnie poursuivant néanmoins ses prétentions, Champlain fut obligé de demeurer en France l'été de 1619, pour obtenir justice (1). Pontgravé fît donc seul le voyage de 1G19, et hiverna à Québec, en attendant que la difficulté fût réglée, comme elle le fut effectivement à l'avantage de Champlain.
82. Dès l'automne de cette même année 1619, les Pères Récollets commencèrent à rassem-blcr les matériaux do leur couvent de ^otre-Dainc-des- Anges (2). Ils choisirent pour emplacement un endroit solitaire et agréablement situé sur le bord de la petite rivière à laquelle Cartier avait donné le nom de Sainte-Croix, et que les Montagnais appelaient Cahirecoubat. Les liécollets la nommèrent rivière Saint-Charles, en
(1) Champlain profita do son séjour en France, pour publier la relation des voyager- qu'il avait faits depuis 1G15.
(2) Il ne faut pas confondre ce couvent, qui est devenu plus tard rii6pital-G('n(Tal, avec celui des .J-'-suitcp, qui porta le luèiuc nom, et qui était sit'io de l'autre côté de la rivijjro Saint-Charlcs,, pr^'S do l'cmboucburc de la petite rivière do Lairct. i >y> 'liK»]-' i *'[ .i
lG2iJ CHAiIPLAIN. -i7
mémoire du grand vicaire do Pontoise, Cnarle.s des Boues, l'un de leurs insignes bienfaiteurs.
83. En 1620, le prince de Condé, toujours impliqué dans les troubles qui agitaient alors la France, céda au duc de Montmorency sa commission de vice-roi de la lî^ouvelle-France. Champlain, persuadé que la colonie allait prendre une nouvelle face amena avec lui sa famille, repara les logements, et fit construire le fort et le château Saint-Louis (1). <l Cette maison ainsi bâtie, dit Champlain, ne plaisait pas à tous nos associés ; et pour cela il ne faut pas que je laisse d'eftéctuer le commandement de Monseigneur le vice-roi ; et ceci est le vrai moyen de ne point recevoir d'affront. » En effet, la population de Québec n'était 2)as encore assez considérable pour faire respecter ses droits dans un cas d'attaque ou de difficultés comme l'égoïsme des traiteurs pouvait en faire naître tous les jours. On vit, dès l'année suivante (1G21), la sagesse des précautions que Champlain avait prises. Les intérêts de la compagnie de Eouen se trouvèrent en conflit avec ceux d'une association nouvelle, à la tête de laquelle le duc de Montmorency avait mis les sieurs Guillaume et Emery de Caen. Le fort Saint-Louis était là pour en imposer aux mécontents.
84. Les personnes les mieux intentionnées, tout en évitant de se prononcer soit j^our l'une, soit pour l'autre des deux compagnies, ne pouvaient s'empêcher de gémir sur les maux que causaient toutes ces querelles particulières, et voulurent y apporter un remède. Il y eut donc, le 18 août 1621, au moment où les vaisseaux allaient repasser en France, une assemblée de tous les notables, où il fut résolu, « qu'on i'erait choix d'une personne de l'assemblée pour aller aux pieds du roi présenter le cahier du pays, auquel seraient contenus les désordres arrivés notamment
(1) Le châtaau Saint-Louis, qui était situe à la place môme de la Iftrracc Durhaul, a servi do résidence aux gouverneurs du Canada jusqu'en iSoi, qu'il fut détruit par un incendie. Ce qu'on appcllo aujourd'hui chûtcau Saint-Louis, est un corps de logis qui a'ctait qu'une dépendance de l'ancien château.
cette année 1G21. î La présence de Champlain étant nécessaire à Québec, on confia cette mission délicate au P. Georges le Baillif, qui, par son état et sa naissance était plus j^ropre que tout autre à la faire réussir. Quoique Louis XIII fut fort occupé à appaiser les troubles de religion que suscitaient la prétendue réforme, le Père obtint cependant les princi2)aux articles de son cahier. Il obtint, entre autres cliosee, \i\\ arrêt du conseil d'état qui réunissait les deux compagnies en une seule, moyennant certaines corn- ]^ensations, et qui accordait à la compagnie de Montmorency le privilège de la traite, à condition néanmoins que tous les sujets du roi pourraient être admis à iairc partie de l'association. Au printemps de 1622, lo P. le Baillif eut le plaisir de voir toutes les discussions terminées, et la paix faite entre les deux partis.
85. Le succès de ses démarciies ramenèrent la confiance dans la petite colonie naissante. Le duc de Montmorency commença à concéder quelque étendue de terre à Louis Hébert et aux Pères llécollets ; les missions prirent un nouvel essor. En 1623, arrivèrent à Québec deux nouveaux missionnaires, le P. Nicolas Yicl et le Frère Gabriel Sagard (1), qui montèrent au pays des Ilurons sous la conduite du P. le Caron. Avec les missionnaires étaient deux frères donnes,, quelques algonquins accoutumés au maniement des armes à feu, et onze français.
86. La compagnie, occupée avant tout de son commerce, laissait toujours l'habitation dans un tel état de gène et de soulfrance, que Cham])lain se décida à reconduire sa famille en France. Il partit de Québec le 15 août 1624, après avoir bien recommandé de continuer la bâtisse du nouveau magasin (2), et \cï^
(1) Le Frère Sagard retoirnacn France rann^^o suivante, et publin. Cil 10:52, son Grand Voi/(tf/e an jmi/'i dff Ilurons, et, en 10. ,(5, fon Ili'itoirf: du Cunudtt. Ces deux ouvrages renferment des détails picciciix ]>our la connaissance de cette époque, sur laquelle il y a si jicu de documents. . *
(2) C'est co magasin qui plus tard fut remplace- par ^cgI]^•.o do I:i. basse ville. De l'ancien inagaan, Champlain Ht l'imc des aîle.^ du nouveau bâtiment, celle qui ftnîMa plus voipino du Cul-de-Sa .
1625] ciiAiipLAiN. 49
travaux nécessaires du fort Saint-Louis. En ral)scncc de Champlain, le sieur de Caen laissa son neveu pour commander au fort, avec la charge de commis général <ie la compagnie.
87. Le duc de ^lontmorency, fatigué de toutes les tracasseries que lui causait le mauvais vouloir des marchands, céda sa charge de vice-roi au duc do Yentadour, sous le bon plaisir de sa majesté, qui fit oxpédicr les nouvelles lettres de commission au mois de mars 1625. Ce seigneur, qui s'était retiré de la cour, et avait même pris les ordres sacrés, ne se chargea des affaires de la Xouvelle-France, que pour y procurer la conversion des sauvages et l'avancement des missions. Aussi accueillit-il favorablement la proposition qui lui fut faite, d'envoyer des Jésuites au secours des Pères Iwécollets, qui eux-mêmes en avaient fait la demande.
88. Les premiers jésuites destinés aux missions du Canada furent les Pères Charles Lalemant, Enncmond Classé et Jean de Erébeuf; ils étaient accompagné de deux Frères, Frère Franyois et Frère Grilbcrt. Un pérc récoilet, nommé Joseph de la Poche-Daillon, de la maison des comtes de Lude, était sur le même vaisseau. Chamj)]ain, demeura en France cette année, tant pour les atfaircs de sa famille, cjue pour celles de la coloîiie. Arrivés à Québec (1625), ]qs Jésuites no tardèrent pas à s'appercevoir qu'on avait excité des préjugés contre eux ; toutes les portes leur étaient fermées. De Caen ])arlait déjà même de les ramener en France ; lorsque Ïc6 liécoUets leur offrirent généreusement rhos])italité, en attendant qu'ils pussent se b'itir uîi logement convenable. Afin de n'être pas à charge à ce.i bons religieux, ils choisirent poiu* emplacement, un endroit agréablement situé, à une petite distance du couvent des liécolletS; inais sur la rive opposée de la rivière Saint-Charles, et qu'on appelait alors le fort de Jacques-Cartier. Dès le pre- Tiiier de septembre de la même année, ils y plantèrent solennellement une croix, en présence des Pères Hjcollets et des principaux français. L'année suivante
50 CIIAMPLAIN. [1G2T
(1626), le duc de Ycntadour leur concéda les terrea avoisinantes, auxquelles ils donnèrent le nom de Notre-Dame-des- Anges.
89. Ohaniplain, revenu au Canada eh 1626, trouva fort Saint-Louis et l'habitation dans l'état où il Icff avait laissés deux ans auparavant. Il lit achever le magasin, et agrandir l'enceinte du fort, qu'il forma, de fascines, de terre et de troncs d'arbres.
ClIAPITEE IV.
Compagnie do la Nouvelle-France, ou des Ccnt-Afsock's ; ses privilèges^, et ses cnga einents — Prise du vaisseau de Roqucmout — Famine — Prise de Québec par les Kcrtk — Traite do Saint-Germain.
90. Les sieurs Guillaume et Emery de Caen, qui ctaient calvinistes, étaient plus occupés de la traite des pelleteries et de leur commerce particulier, que de la conversion des sauvages et de Taccroissement de la colonie. Il n'y avait encore que quelques arpents de terre de défrichés, et la faiblesse où se trouvait l'habitation, rendait les sauvages de j^lus ea plus insolents. Ce déplorable état de choses engagea le cardinal de Eichelieu à remettre en d'autres mains le sort de la Nouvelle-France. Il forma une puissante compagnie de cent associés, qui fut appelée « Compagnie de la Nouvelle-France, > et où entrèrent le sieur de Eoquemont, le commandeur de Easilly, le sieur Houel, Champlain et plusieurs autres personnes distinguées par leur naissance ou par leurs richesses.
91. Le roi leur concéda à perpétuité le Canada, y compris la Floride, avec toutes leurs dépendances, ne se réservant que l'acte de foi et hommage, une couronne d'or du poids de huit marcs pour chacun de ses successeur.^, et la confirmation des principaux officiersde justice. La compagnie pouvait fabriquer des armes, fortifier les places nécessaires à la conservation du ])ays, concéder les terres à telles conditions qu'elle jii.';ci'ait à j-ropos, jouir exclusivement de la traite de»
pelleteries ^r, pendant quinze ans, de tout autre commerce 2)ar terre et par mer, excepté la pèclie de la morue et de la baleine, que sa majesté laissait libre à tous ses sujets. Les lettres patentes accordaient encore beaucoup d'autres faveurs, soit pour attirer des membres à la compagnie, soit pour engager les Fran(;ais à passer en Amérique avec leurs familles.
92. La compagnie de son côté promettait d'envoyer en Canada dès l'année suivante (1G28) deux ou trois cents ouvriers de tous métiers, de porter avant quinze a:is la ])opulation de la colonie à Ib'OO âmes, de loger, de njurrir et d'entretenir les nouveaux colons pendant tx-ois :ins ;iprés leur arrivée, de leur distribuer dc.> tcri'Ci défrichées et de.s grains pour les ensemencer^ de pourvoir pendant quinze ans à la subsistance de^^ rainistre.^ de la religion et à l'entretien du culte, i'n 'in les colons devaient tous être catholiques. L'histoire (le la colonie a fait voir qu'il était plus dilïiciloà la com]>agnie de la ]S'ouve lie-France de tenir ses promesses, qu'au roi de lui laisser ces éblouissants privilèges.
93. Le début de la société fut marqué par une époque de très-mauvais présage. Les premiers vaisseaux qu'elle envo^'a en Amérique furent 2)i*is par les Anglais, à qui le siège de Larochelle fournissait un ]>rétextc pour commettre des hostilités contre la France, quoique les deux couronnes fussent en paix. Un français calviniste, natif de Dieppe et réfugié en Angleterre, nommé David Kertk, sollicité, dit-on, par Guillaume de Caen, qui naturellement ne devait pas voir d'un bon œil la nouvelle compagnie, s'avança avec une petite escadre jusqu'à Tadoussac. De là, il envoya à Champlain une lettre, dans laquelle, après lui avoir notifié sa commission du roi d'Angleterre, il lui dit : (T ...Vous serez averti comme entre les navires î que j'ai pris il y en a un appartenant à la nouvelle ï compagnie, qui vous venait trouver avec vivres et 3) rafraîchissements, et quelques marchandises pour la ) traite. Je m'étais préparé pour vous aller trouver ;
1 > mais j'ai trouvé meilleur seulement d'envoyer une
2> patachc et deux clialoupcs pour détruire et se saisir j du bestial qui est au cap de Tourmente ; car je sais 2> que quand vous serez incommodés de vivres, j'obj tiendrai plus facilement ce que je désire, qui est i d'avoir l'habitation ; et pour empêcher, que nul 2> navire ne vienne, je résous de demeurer ici jusqu'à j ce que la saison soit j^^ssée. C'est pourquoi, voj^ez :» ce que désirez faire, si me désirez rendre l'habitation a ou non : car, Dieu aidant, tôt ou tard il faut que je j l'aie ; je désirerais pour vous que ce f Cit plutôt de ^ courtoisie que de force, à celle fin d'éviter le sang qui » pourra être répandu des deux côtés ; et, la rendant de 3 courtoisie, vous vous pouvez assurer de toute sorte de ^ contentement, tant pour vos ])ersonnes que pour vos 2) biens, lesquels, sur la foi que je prétends en paradis, » je conserverai comme les miens proj^res, sans qu'il :» vous en soit diminué la moindre partie du monde. 2) Mandez-moi ce que désirez faire... »
94. Les habitants de la ville étaient réduits à sept onces de farine de ])ois par jour, et il n'y avait pas cinquante livres de poudre dans le magasin. Cej^endant Champlain, pour mieux cacher aux envoyés la disette où l'on se trouvait, leur fit faire bonne chère, <3t fit une réponse si fière, que l'ennemi jugea à propos de ne pas aller plus loin, et se retira, après avoir brûlé les vaisseaux qu'il y avait à Tadoussac. Kertk n'était pas encore rendu au golfe, qu'il rencontra l'escadre française que la nouvelle compagnie envoyait au secours de (Québec. M. de Koquemont, qui la commandait, risqua le combat, et perdit du coup toute la ressource d'une colonie prête à succomber. Ses vaisseaux, chargés de colons et de provisions, furent désagi'éés et contraints de se rendre.
95. Cependant les quelques habitants que renfermait (Québec, n'avaient plus absolument rien pour vivre. Les sauvages avaient bien rapporté de leurs chasses quelques clans, que l'on fit durer deux ou trois mois ; mais bientôt l'on tomba dans une disette encore plus grande qu'auj^aravant, et l'on se vit contraint d'aller l'hcrclier des lacines dans l(h bois voisins. Aussi,
1G29] CIIAîtfPLAIN. 55
lorsq^iic, sur la fin de juillet 1C29, les vaisseaux de Kcrtk parurent derrière la pointe Lévis, on regarda ce capitaine moins comme un ennemi, que comme un libérateur. Bientôt, l'on vit s'avancer ime chaloupe avec un pavillon blanc. L'officier qui la commandait s'arrêta vers le milieu de la rade, comme pour demander la permission d'approcher. On la lui donna en arborant un pavillon semblable au sien, et dès qu'il fut débarqué, il alla ])résenter au gouverneur une lettre de Louis et de Thomas Kertk, frères de l'amiral David Kertk, qui était resté à Tadoussac avec le ccros de la flotte. Cette lettre contenait une sommation dans des tcrmc^' extrêmement polis, laissant le gouverneur lui-même maître des conditions. L'officier revint le soir demander les articles de la capitulation, qui lui fui*ent remis aussitôt. Les principaux étaient : 1^ Que les Anglais fourniraient à Champlain un vaisseau pour passer en France avec tous les Français ; 2^ que les gens de guerre sortiraient avec leurs armes et les efrets qu'ils pourraient emj)orter ; 3^ qu'il ne seVait fait aucune insulte à personne. Ces articles furent agréés sans beaucoup de difficulté ; seulement il fut réglé, par ra])])ort au second, que les officiers sortiraient avec armes et bagages et tout ce qui leur appartenait ; les soldats avec leurs armes, leurs habits et chacun uiio robe do castor ; les religieux avec leurs livres ; mais que tout le reste demeurerait dans la place. Le lendemain, 20 juillet, Louis Kertk vint mouiller dans la rade avec ses trois navires, prit ])Ossession du fort et du magasin. Il demeura à Québec pour y commander, tandis que Thomas son frère, emmena Champlain A Tadoussac, où celui-ci fut reçu avec assez de courtoisie par l'amiral David. Pontgravé et la plupart des autres français le rejoignirent au bout de quelques jours, et tous furent emmenés sur les vaisseaux anglais.
OG. En arrivant en Angleterre, Champlain se rendit aussitôt chez l'ambassacleur français, auquel il remit un mémoire exacte de tout ce qui s'était passé, et l'original de la capitulation do Québec. Il s'écoula
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plus de doux ans avant que la difficulté fut réglée. Enfin, le 29 mars 1G32, le traité de Saint-Crermain-en- Laye remit la France en possession du Canada. Il portait que tous les eftets qui seraient trouvés à Québec seraient restitués, aussi bien que les vaisseaux, pris de part et d'autre, avec leur charge ou l'équivalent ; et, comme les sieurs de Caen avaient le 2)rincipal intérêt dans cette restitution, Emery de Caen fut d'abord envoyé seul en Amérique, pour porter à Louis Kertk le traité, et en poursuivre l'exécution. Le roi jugea mémo à propos de lui abandonner le commerce des pelleteries pour un an, afin de le dédommager des pertes qu'il avait faites pendant la guerre. A son arrivée à Quéliyce, la place fut remise ; mais les Anglais n'en continuèrent pas moins de trafiquer avec les sauvages toute cette année et la suivante, malgré le traité, qui leur interdisait expressément ce commerce.
CIIAPITEE y.
Hetour de Champlain — Etablissement des Trois-Tlivicres — Fondation du collcire des Jésuites — iMcrt do Champlain — Le chevulicr do Montraagny lui succède — Son zùle pour l'instruction des enfants sauvages — Le: iiiissicns huronnes — Fondation de Sillcry.
97. En 1G33, la compagnie de la î^ouvelle-Erance rentra dans tous ses droits, et, connaissant le zMc et l'expérience de Clnimplain (1). elle lui confia de nouveau le ixouvernement de laNouvellc-Erance. avec des pouvoirs plus amples qu'auparavant.
98. Pour assurer davantage le succès do la ti-iite, et remédier en même temps aux incursion?, de..; Iroquois, Champlain commenta, dê.s cette année 1G33,
(1) Champlain uf.li^a son .«:i'jour en Franr'e, en publiant (1().';2) i:no nouvelle éditic n de tous ?os voyages, à lu suite de3![ucis il rjouta tout ce qui s'était ])nss6 do plus remarquable au Canada jusqu'à cette îinn^-e. Son b-.-it était évidemment de faire ronnaître les avantagea et les ressources du ])ayr, et engager par là le roi et la cour à en jcclaracr la restitution avec plus d'instance.
1(.'35] CHAMPLAIÎ^. 55-
à fortifier un petit îlet auquel on donna le nom de Tlichelieu, situé en haut du rapide qui porte le même nom, à peu près à mi-distance entre Québec et les Trois-Eivières. L'année suivante, il envoya le sieur La Violette établir un autre poste aux Trois-Eivières mêmes, à l'embouchure de la rivière du même nom, que les Montagnais appelaient Metaberoutin.
90. Champlain avait comj^ris qu'un des plus grands obstacles à la conversion des sauvages et à la prospérité de la colonie, était la mauvaise conduite de quelques-uns des habitants. Aussi il avait obtenu qu'on n'envoj'ât de France que des familles de mœurs irréprochables, connues par leur attachement à la foi et à la piété catholiques. On continua les années suivantes d'avoir la même attention, et l'on vit bientôt dans cette partie de l'Amérique commencer une génération de fervents chrétiens, vraiment dignes des premiers siècles de l'église. Eicn peut-être ne contribua davantage à cet heureux progrès que la fondation d'un collège à Québec par René Eohault, fils aîné du marquis de Gamache. Ce projet avait été formé dès l'arrivée des .Jésuites en Canada, et le marquis avait oifert pour cette fondation six mille écus d'or, qui avaient été acceptés avec reconnaissance ; mais la prise de Québec par les Anglais avait forcé d'en remettre Tcxécution. Enfin l'affaire fut commencée au mois de décembre 1635. Des lors, quantité de français, assurés do pouvoir procurer 'curs enfants une éducation qu'on ne trouvait pas vAcs dans bien des villes du ro3\aume, ^e fixèrent volonticc, 'ans la colonie, et les sauvages, dans l'espoir d'y fau-c ^stru!re les leurs, se rendirent (le toutes parts aux enw 'ons de Québec.
100. La joie que causa cette heureuse nouvelle, fut bientôt troublée par la perte que la Nouvelle-France fit de son gouverneur. Le jour de Xoël de cette même année 1635, Cham})lain mourut à (Québec, après une maladie de deux mois et demi. Jamais homme ne fut plus universellement regretté, ni ne méritait j)lus de l'être. Champlain avait un grand sens, lîcaucoup de 'pénétration, des vues fort droites, et