‹ Histoire du Canada à l'usage des maisons d'éducationChapitre 15 sur 59 · MONTMAGNY · texte numérisé non relu

MONTMAGNY

jremit ;\ 31. do Montmagny les clefs du fort, où le nouveau gouverneur fut reçu au bruit des salves de canon et de mousc\uoterie.

103. Un des premiers soins du chevalier de Mont, magny, quand il eut pris connaissance des affaires de .son gouvernement, fut de mettre à exécution le plan •<][u'on avait projeté l'année précédente, de fonder un 2)etit séminaire destiné à recevoir les enfants des saunages, et dont le soin serait confié aux Pères Jésuites. On crut devoir commencer 2)ar ceux des Hurons, ■dont plusieurs familles venaient d'embrasser le christianisme ; on jugea d'ailleurs que ce serait autant -d'otages, qui répondraient de la fidélité de leurs j)arents. On invita donc les Hurons chrétiens à «nvoyer leurs enfants à Québec, pour y être instruits des principes de la religion, et formés aux bonnes juœurs. Ils ne firent d'abord aucune difficulté, et promirent tout; mais, quand il fut question d'exécuter leurs promesses, d'un assez grand nombre d'enfants BUT lesquels on avait compté, à peine le P. Daniel, qui s'était chargé do les conduire, en put embarquer trois ou quatre ; encore ne réussit-il à les mener que jusqu'aux Trois-Iliviùres, où leurs pères, les ayant rencontrés, les lui enlevèrent, quoiqu'ils eussent consenti à leur départ. Cette conduite, au reste, ne surprit point le missionnaire, qui connaissait l'attachement •extrême de ces barbares pour leurs enfants, et leur répugnance invincible à s'en séparer.

10-4. On comptait déjà six prêtres dispersés dans les -différentes bourgades huronnes, où plusieurs français les avaient suivis. L'occasion était favorable pour faire dans ce pays un bon établissement ; l'intérêt <les sauvages et celui des Français le demandaient également. Champlain n'avait rien eu tant à cœur, et M. de Montmagny, entrait dans toutes les vues de son j)rédécesseur ; mais il manquait d'hommes et de Bnances. Excepté le commerce des pelleteries, qui n'enrichissait que les traitants et un petit nombre de colons, tout languissait faute do secours, et la compagnie de la Nouvelle-France ne songeait guère

58 MONT^iAQNY. [163T

à remplir ses engagements. Les Iroquois, de leur côté, saisissaient toutes les occasions de nuire aux allies. Après la dernière expédition de Champlain, ils avaient consenti à traiter avec la nation huronne ; mais, pour ne point lui donner le temps de profiter de son alliance avec les FrançaiSj ils s'étaient avisés d'un stratagème qui leur réussit : ce fut de traiter de la paix avec le corps de la nation, et d'attaquer ensuite, sous divers prétextes, les bourgades les plus éloignées du centre, en publiant qu'il n'était question que de démêlés particuliers. Les Hurons se rassurèrent sur la foi du traité, et ils n'ouvrirent les yeux nue lorsqu'ils virent à leurs portes un ennemi vainqucnr dont le nom seul jetait l'alarme dans tout le pay.-. Au commencement de cette année 1636, les iroquoia cessèrent de feindre, et parurent en annes au milieu du pays des Hurons. Cette irruption ne leur réussit pourtant pas ; le peu de français qui avaient suivi les missionnaires, tirent si bonne contenance^ que l'ennemi jugea à propos de se retirer. La retraite de 4eurs ennemis replongea les Hurons dans leur promicre sécurité, et les Iroquois en profitèrent pour continuer à suivre leur premier plan de destructiori. Pour comble de malheur, une espèce de dyssenterie, à laquelle les sauvages ne connaissaient point de renikle, décima les bourgades huronnes, enleva une grande partie de leurs guerriers, et acheva d'abattre leur courage.

105. Les missionnaires profitèrent de ces affliction^ temporelles que le ciel envoyait aux Hurons, pour faire fructifier parmi eux la semence de l'évangile, et, si leur zèlo n'était pas suffisamment seconde par la compagnie de la Nouvelle-France, plusieurs personnes puissantes du royaume s'intéressèrent vivement à la conversion des sauvages, et consacrèrent une bonne partie de leurs revenus à l'accomplissement de cette IvOjinj œuvre. De ce nombre fut le commandeur de Silloiy. Ce seigneur goûta fort le projet que les . Jésuites lui communiquèrent, d'une peuplade :-auvage qrii no fût composée que de chrétiens et de prosélytos^

lo3T] MvONTMAGNY. C' J

et OÙ ils fussent également à l'abri et des insultes dos îroquois, par le prompt secours que les Français pourraient leur porter, et des rigueurs de la flimine, par le soin que l'on prendrait de leur faire cultiver la terre. Il envoj'a donc, en 1637, des ouvriers à Québec, et il recommanda au P. Le Jeune, à qui il les adressa, do choisir un lieu avantageux pour les y placer. Le supérieur les conduisit à quatre milles de la ville, et li: a le site de la nouvelle bourgade au milieu d'une ance appelée par les sauvages Kamiskoua Ouangachit, qui prie le nom de Saint-Joseph de Sillery. L'année suivante, douze familles chrétiennes très-nombreuses prirent possession de l'emplacement qu'on leur avait destiné. Elles n'y furent j)as longtemps les seules, et, en peu d'années, cette habitation devint une grosse 2)euplade, composée de chrétiens fervents, qui défrichèrent un assez grand terrain, et s'accoutumèrent jDCu à peu à tous les devoirs de la société civile. Le voisinage de Québec, et la conduite édifiante de ses citoyens, ne servirent pas peu à former les nouveaux habitants de Siller}- dans la piété, et à leur inspirer une sorte de police proportionnée à leur génie ; car on doit rendre cette justice à la colonie de la]!!^ouvelle- France, que la source de presque toutes les familles qui sont venues s'y établir, est pure, et n'a aucune de ces taches que l'opulence ne réussit pas toujours à effacer : c'est que ses premiers habitants étaient ou d'honnêtes ouvriers, occupés à des travaux utiles, ou des personnes de bonnes familles qui s'y transportèrent dans la seule vue d'y vivre plus tranquillement, et d'y conserver plus sûrement leur religion ; ce que l'on ne pouvait pas toujoui-s faire aisément alors dans plusieurs provinces du royaume, où les religionnaires étaient fort puissants.

Page 1