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dans son poste avec trois prisonnici*s iroquoiri ; r^u'ils en avaient cédé un aux Algonquins, et qu'il avait obtenu de ceux-ci, quoique avec bien de la peine^qu'ibj lie fissent point mourir leur captif, avant que d'avoir rc;u de ses nouvelles. Le gouverneur profita de cette conjoncture, pour entamer des négociations de paix avec un ennemi qu'il se voyait hors d'état do réprimer. Il se rendit aux Ti-ois-liivières, et proposa une aosemblée générale des sauvages voisins de la colonie.
114. Au jour convenu, il parut dans la place ùu fort, qu'il avait fait couvrir de voiles de bar-qucs, et «'assit dans un fauteuil, ayant à ses côtés le gouverneur des Trois-Itivières et le P. Vimont, avec les principaux d'entre les Français. Les déjmtés iroquois, au nombre de cinq, étaient à ses pieds, assis sur une natte, pour marquer plus de respect à Ononthio, qu'ils n'appelèrent jamais autrement que leur j^ère ; le ■. Algonquins, les Montagnais. les Atticamègues et quelques autres sauvages de la mémo langue, étaient vis-à-vis ; les Ilurons demeurèrent mêlés avec les Français. Tout le milieu de la place était vide, afin que Ic^ orateurs pussent faire leurs évolutions sans cmbarra-.. Les Iroquois avaient apporté dix-sept colliers, qui étaient autant de paroles, c'est-à-dire, de propositions qu'ils avaient à faire ; et, pour les exposer à la vue de tout le monde à mesure qu'ils les expliqueraient, ils avaient tendu sur deux piquets une corde pour les suspendre. Tout étant prêt pour la conférence, l'oratem* des cantons prit un collier, et le présenta au gouverneui*. c Ononthio, dit-il, prête « l'oreille à ma voix : tous les Iroquois te parleiit c par ma bouche. Mon cœur n'a point de mauvais c sentiments ; toutes mes intentions sont droites, c Nous voulons oublier nos chansons de gueiTC, et c leur substituer des chants d'allégresse. } Aussitôt il se met à chanter en gesticulant et en se promenant à grands pas, ses collègues marquant la mesure avec leur hé ! qu'ils tiraient en cadence du fond de leur ]>oitrin . I/o second collier remerciait le gouverneur
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d'avoir rendu la liberté à un iroquois ; le troisième lui ramenait un français. Les autres avaient rapport à la ])aix qu'on devait conclure ; l'un aplanissait les chemins, l'autre rendait la rivière calme, un autre cnter:'ait les haches de guerre. 11 y en avait pour représenter les festins qu'on allait se donner, et les visites amicales qu'on allait se faire mutuellement. La pantomine dura trois heures. Deux jours après, M. de Montmagny répondit aux Iroquois dans une assemblée aussi nombreuse que la première, et leur lit autant de présents qu'il avait reçu de colliers. Pieskaret, chef des Algonquins, et l'un des plus bravey d'entre les sauvages, j&t aussi son présent, et dit: « Yoici une pierre que je mets sur la tombe de ceux ) qui sont morts durant la guerre, afin que personne » ne f 'avise d'aller remuer leurs os, et qu'on ne songe » point à les venger. » Un chef montagnais, appelé Nega'::amat, présenta ensuite une peau d'élan, et dit que c'était pour faire des souliers aux députés iroqu(/is, de peur qu'ils ne se blessassent les pieds en retournant chez eux. La séance finit par trois cou2)s de canon, et le gouvei-ncur lit dire aux sauvages que c'était pour annoncer partout hi nouvelle de la paix. Le lendemain les députés reprirent la route de leur pays. Deux français, deux hurons et deux algonquins s'embarquèrent avec eux, et trois iroquois demeurèrent en otages dans la colonie.
115. Dans l'hiver qui suivit la paix des Ti^ois- Rivières, on vit ce qu'on n'avait point encore vu depuis l'établissement du pays : Iroquois, Hurons et Algonquins chasser ensemble aussi ])aisiblement que s'ils avaient été d'une même nation. Les missionnaires profitèrent de ce calme pour travailler avec une nouvelle ardeur à la conversion des sauvages. La traite des pelleteries, qui se faisait principalement à Tadoussac et aux Trois-Eivières. fournissait l'occasion d'en instruire un grand nombre. Ceux-ci rapportaient dans leurs cantons la connaissance des vérités chrétiennes, et ne manquaient jamais de revenir avec des prosélytes, que les missionnaires achevaient de dis-
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pvO; or au baptême. !Mais les Iroquoîs ne tardèrent pas à troubler ce calme si nécessaire à la propogation de la foi. Le P. Joirues retourna chez eux l'année suivante (1016), avec le sieur Jean Bourdon, ingénieur, liommo d'énergie et d'ex])érience ; M. de Montmagny les avait chargés d'une mission assez délicate ; c'était d'aller atîermJr dans leurs bonnes dispositions ceux des cantons qui avaient signé la paix, et s'assurer des intentions réelles des Agniers, dont la conduite était assez suspecte. Les deux ambassadeurs furent bien rc;;us partout.
lie. Le P. Jogues, après être venu rendre comjDte au gouverneur des dispositions des Iroquois, retourna une troisième fois chez ces barbares avec un secret pressentiment de sa mort prochaine. Il avait à peine passé les Trois-Eivières, qu'il se vit abandonné de ses conducteurs, et resta seul avec un jeune français nommé Lalandc. Ils gagnèrent un village iroquois, où ils furent reçus comme des prisoimiers. On leur déclara qu'ils étaient condamnés à mort, et on ne leur épargna ni les cou2:)s de poings ni les bastoiiades. Bnfin, le 17 octobre sur le soir, un huron ryant emmené le P. Jogues dans sa cabane pour lui dcnner à manger (car ni lui, ni son compagnon n'avaient encore rien pris de la joui'née), un iroquois, qui s'était caché derrière la j^orte, lui fendit la tète d'un coup de hache. Lalande eut le même sort un moment après. Cette perte fut d'autant plus sensible à la colonie qu'on venait de perdre l'hiver précédent deux des premiers missionnaires, le P. Enemond Massé et le P. Anne de Xoue. Le premier mourut à Sillery dans l'exercice d'un zèle que rien ne rebuta jamais. Le second, étant parti des Trois-Eivières le 30 janvier pour aller disposer la garnison du fort Eichelieu à célébrer la fête de la Chandeleur, s'écarta de ses guides, et fut trouvé, le jour même de la fête, mort de froid, à genoux au milieu de la neige.
d'ailleboust. [IG-i^
CHAPITEE yil.
M. d'Aillcboust remplace M de Montmagny — Le P. Eruillcttcs députd à la Nouvelle-Angleterre — Changements dans la composition du conseil — Dispersion de la nation huronnc.
117. M. de Montmagny s'était toujours conduit avco tant de sagesse, de piété et de désintéressement, qu'il était également chéri et respecté des Français et des sauvages. Mais la cour avait pris la résolution de no plus laisser les gouverneurs en place que trois ans. Le chevalier de Montnuigny reçut l'ordre de remettre son gouvernement à M. d'Ailleboust. Non-seulement il accepta cette dccisicn de la cour avec respect et soumission ; mais il voulut même préparer à son successeur une réception digne de la qualité dont il était honoré. Le nouveau gouverneur était un homme de bien, rempli de religion et de bonne volonté. Il avait été de la société de Montrc'al, toute composée de personnes pieuses et zélées pour la conversion des infidèles ; il avait commandé dans cette île pendant un voyage que M. de Maisonneuve avait été obligé de faire en France. Ainsi il connaissait parfaitement les besoins du pays, et il ne négligea rien de tout ce qui dépendait de lui 2)our y pourvoir ; mais, comme il ne fut i)as mieux servi que ceux qui l'avaient précédé, la JSTouvelle-France ne pouvait manquer, sous son gouvernement, d'essuyer les mêmes malheurs.
118. M. d'Ailleboust apportait avec lui un nouvel édit du roi, crtant un conseil composé du gouverneur, du supérieur des Jésuites, en attendant qu'il y eût lin évoque, du dernier gouverneur sorti de charge, de deux habitants du pays élus de trois ans en trois ans par les gens tenant le conseil et par les syndics des communautés de Québec, des Trois-Eivières et de Montréal. S'il n'y avait point d'ancien gouverneur dans le pa^'s, l'on choisissait le cinquième conseiller. Les gouverneurs des Troie^-Eivièrcs et de Montréal avaient outrée, séance et voix délibérativc au conseil^
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lorsqu'il.', se Irouvaici^/ .i Qu;'bec. Lo^ premiers membres de ce nouveau con^-eii, furent M. d'Ailleboust, le P- Jérôme Liilemant et le^ .sieur., de Chavigny, Godeû-oy et Ci-iliarvl.
111). l^js le commeneement de son administration, M. d'Ailleboust eut un moment l'espéranee de pouvoir conclure une paix durable. On vit arriver à Québec un envoyé de la Nouvelle-Angleterre, chargé de pro'ioser une alliance éternelle entre les deux colonies, indépendamment de toutes les ruptures qui pourraient :5urvcnir entre les deux couronnes. M. d'Ailleboust trouva la proposition avantageuse, et, de l'avis de son con.seil, députa à Boston le P. Druillettes en qualité de plénipotentiaire, pour conclure et signer le traité, mais à condition que les Anglais r-Q joindraient aux colons de la Nouvel le-France pour faire la guerre aux Iroquois. La négociation languit quelque temps, et ne fut reprise avec plus de chaleur qu'en 1651. Les colons anglais, tout occupés de leur commerce et de la culture des terres, trouvèrent apparemment la condition trop onéreuse, et aimèrent mieux se voir sur les bras les Abénaquis, les ^raléchites et tous les autres sauvages voisins de l'Acadie, que de se créer des alTaires avec d'aussi terribles ennemis.
120. Pendant que M. d'Ailleboust tâchait de profiter des dispositions pacifiques de la Nouvel le- Angleterre, les Hurons oubliaient qu'ils avaient affaire à un ennemi contre lequel on ne devait pas cesser un seul jour d'être sur ses gardes. Tandis qu'ils s'amusaient à néo-ocier avec les Onnontagués, quelques bandes d'A""niers et de Tsonnontouans surprirent deux grands partis de chasse de la bourgade Saint-Ignace, et les défirent entièrement. On fut ensuite quelque temps sans entendre parler d'aucune hostilité, et il n'en fiUlut pas davantage pour re2:)longer les Hurons dans leur première sécurité. C'est ce qu'avaient ju'étendu les Agniers. Ils armèrent secrètement, et parurent en campagne du coté où on les attendait le moins.
121. Lo P. Antoine Daniel cultivait seul tout un canton, et faisait sa résidence ordinaire dans la boiir-
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gade de Saint- Joseph. L'ennemi, informe qu'il n'y avait alors dans le village que des vieillards, des femmes et des enfants, fit ses approches pendant la nuit, et commença le massacre au j^oint du jour, pendant que ce religieux célébrait les saints mystères. Au premier signal que donnèrent les cris des mourants, la chapelle se trouva vide ; le prêtre n'eut que le temps d'achever le sacrifice, de quitter les habits sacerdotaux, de les enfermer avec les vases sacrés, et de courir à l'endroit d'où venait le bruit. Dès qu'il y fut arrivé, le spectacle le plus déchirant s'offrit à ses yeux : ses chei*s néophytes massacrés sans résistance ; l'ennemi, comme une troupe de loups affamés, ne faisant quartier ni à l'âge le plus tendre, ni au sexe le plus faible ; personne en état d'arrêter la première fougue des assaillants. Il exhorte les chrétiens à mourir dans les sentiments qu'il leur avait si souvent inspirés ; baptise ceux que le repentir et la crainte amène à ses pieds ; court consoler et baptiser quelques malades qui étaient restés dans les cabanes ; revient mettre les vases sacrés et les ornements de l'autel en un lieu sur, et, n'attendant plus que le coup mortel, il fait à Dieu le sacrifice de sa vie. Les Iroquois, ne trouvant plus personne à égorger, mirent le feu aux cabanes, et s'approchèrent de la chapelle, poussant dés cris affreux. Le généreux missionnaire exhorta tous ceux qui l'étaient venu rejoindre à gagner les bois, et, pour leur en donner le loisir, il sortit au-devant de l'ennemi. Une si grande résolution étonna les barbares, et les fit reculer de quelques pas. Revenus de leur surprise, ils environnèrent le saint homme, et, n'osant encore l'approcher, quoiqu'il fut seul et sans armes, ils le 2>ercèrent de flèches. Il en était tout hérissé, et cependant il parlait encore avec une action surprenante, lorsque l'un des plus résolus s'avança, lui perça la poitrine, et le fit tomber mort à ses pieds. Tous se jetèrent aussitôt sur son corps, et, après avoir commis sur ce cadavre sanglant toutes sortes d'indignités, ils le jetèrent dans la chapelle, qui était déjà toute en feu. Sept cents personnes périrent dans ce désastre, et la